FRUSTRATIONS by bloodykitchengirl

CHAPITRE 7

J'ouvris les yeux peu de temps avant que mon réveil ne sonne et Jasper m'offrit un des sourires éclatants dont il avait le secret, avant de déposer un baiser sur le front. Il était resté comme il me l'avait promis et je ne pus m'empêcher de lui rendre son sourire.

Mon sommeil avait été paisible grâce à sa présence à mes côtés. Il tenait toujours ma main entre les siennes et je ne sentais plus le froid, ni aucune douleur…

C'était étrange, sans dire un mot, je retirais doucement ma main de sa prison de glace et la regardais attentivement. Elle semblait intacte et je pouvais bouger les doigts comme avant l'accident…

- Regarde ma main Jasper !

Il avait lui aussi les yeux écarquillés rivés sur ma main. Il prit ma main et l'examina délicatement à son tour minutieusement, tâtant chaque millimètre carré.

- Tu ne sens rien ?

Pour mieux lui faire comprendre, je secouais ma main dans tous les sens devant ses yeux.

- Non, vraiment rien. C'est un véritable miracle ! Qu'est-ce que cela veut dire ?

- Je ne sais pas…

Je vis Jasper froncer les sourcils et se crisper. Lui, le plus réfléchi de nous tous, était pour une fois perplexe et sans réponse. Il s'adossa contre la tête du lit et resta immobile tel une statue. Au bout de quelques minutes de réflexion intense, il sembla reprendre vie et un petit sourire de satisfaction s'afficha sur son visage plus détendu.

- Va te préparer pour ta journée à l'école ! La chance est de ton côté puisque cela te tenait tant à cœur de reprendre les cours… Je vais te laisser. Viens à la maison après les cours. Des explications publiques s'imposent.

Je ne comprenais pas pourquoi il fallait que j'attende toute la journée avant d'avoir des réponses à mes questions puisqu'il semblait en détenir un certain nombre et la colère commença à s'emparer de moi.

- Et pourquoi suis-je obligée d'attendre ce soir pour que Monsieur « je sais tout » daigne éclairer ma lanterne ? Tu sais que je n'aime pas attendre, tu es vraiment un sadique !

- Non mais dis donc microbe ! Cette nuit, tu étais plus respectueuse et plus coopérative !

Des flashs de nos ébats me revinrent soudain à l'esprit et je me radoucis aussitôt, en rougissant furieusement.

- Jazz s'il te plait, je préfèrerais passer sous silence notre égarement nocturne…

- D'accord, comme tu veux. De toute façon, tout est gravé pour l'éternité dans ma super mémoire. Je n'ai même pas à fermer les yeux pour tout revivre et en savourer chaque seconde… dit-il sur un ton moqueur, en me faisant un clin d'œil.

- Je ne doute pas de tes capacités de mémorisation, c'est juste que même si les autres sont au courant, je préfèrerais que les détails précis restent entre nous, sinon Emmett ne me lâchera plus avec ses allusions salaces jusqu'à la fin de mes jours…

Jasper pouffa de rire puis redevint sérieux.

- Pardon, je compatis ! Pour en revenir à ta question principale, ne t'en fais pas, tu sauras tout ou presque ce soir. J'ai besoin de l'aide d'une de mes connaissances, qui n'arrivera que dans la journée vraisemblablement, pour confirmer mes soupçons. Je préfère donc ne rien dire pour l'instant.

Je ne savais pas qu'il connaissait du monde en dehors des Cullen et des Denali et me demandais qui pouvait bien être cette personne. Me connaissant par cœur, il devança ma question.

- Non, ce sera une surprise aussi je ne te dirai rien de plus ! Apprend à être patiente ! rajouta-t-il en étouffant un petit rire moqueur.

Je lui fis une horrible grimace en guise de commentaire.

- Allez, dépêche-toi, tu vas finir par être en retard ! A ce soir ! dit-il avant de sortir rapidement par ma fenêtre.

J'entendis Charlie passer dans le couloir et se diriger vers la salle de bains. En attendant mon tour, je préparais consciencieusement mes affaires pour la journée. Je choisis une tenue simple et confortable pour m'habiller. Etant de bonne humeur, mon haut portait des motifs aux couleurs assez vives. Mon père sortit de la salle de bains et me dit rapidement bonjour au moment où je m'engouffrai à toute vitesse à l'intérieur. Je pris une douche express et m'habillai sans tarder.

En descendant l'escalier, je sentis une délicieuse odeur de pancakes accompagné de celle du café chaud. Des pancakes ? Depuis quand Charlie savait-il cuisiner ?

- Cela sent super bon, papa ! Tu as fait de gros progrès !

- Euh… merci pour le compliment mais je n'y suis pour rien ! C'est Sue qui les a fait hier et je les ai juste fait réchauffer dans le micro-ondes !

Au moins la cuisine était impeccable et je soupirais de soulagement. Qu'est-ce que j'aimais Sue ! Nous savourâmes tranquillement notre petit déjeuner quasiment dans le silence comme d'habitude. Tous les deux, nous n'étions pas démonstratifs et bavards au sujet de nos sentiments et nous profitions simplement de la présence de l'autre. C'était dans des moments comme celui-ci que je réalisai combien j'aimais mon père et combien il m'avait manqué ces derniers jours. Et cela me peinait de devoir lui annoncer que je ne pourrais sans doute pas dîner ce soir avec lui.

- Papa, après les cours, j'irai chez les Cullen car ils vont avoir la visite d'une personne aujourd'hui dont ils souhaitent que je fasse la connaissance. Je ne sais pas à quelle heure je rentrerai…

- Ne t'en fais pas pour moi, Sue nous a également préparé de quoi manger pour plusieurs soirs aussi tu peux rentrer quand tu le souhaites. Je n'aurais qu'à réchauffer mon repas au micro-ondes ! Au fait qui est cette personne ?

- Je ne sais pas du tout de qui il s'agit, je ne sais même pas si c'est un homme ou une femme, Jasper ne m'a rien dit tout…

- Jasper ? m'interrompit Charlie avec un air suspicieux.

Oups, j'avais failli vendre la mèche ! Heureusement qu'il se savait pas que la nuit, il m'arrivait souvent d'avoir la visite d'individus de sexe masculin dans ma chambre sinon il piquerait une sacrée crise malgré le fait que je sois majeure. Bon d'accord, avant Jasper, il ne s'était jamais rien passé de répréhensible… Et en ce qui concernait Jasper, ce n'avait pas du tout été prémédité. J'étais en partie innocente sur ce coup-là…

- Oui Jasper Hale, tu sais bien, je t'en ai déjà parlé ! C'est un des frères adoptifs d'Edward !

- Et alors, tu sors avec lui maintenant ? C'est fini avec Edward ?

Pourquoi fallait-il que mon père soit aussi intuitif ? Que devais-je lui répondre ?

- Non, Jasper sort avec Alice. Et en ce qui concerne Edward, nous sommes un peu en froid ces derniers temps…

J'avais opté pour une partie de la vérité, espérant qu'il ne demande pas plus de détails.

- Et bien tu m'en vois ravi. Ce n'était pas un garçon pour toi de toute façon ! Je ne l'ai jamais apprécié de toute façon, il était toujours trop net, trop parfait à mon goût. Cela cachait quelque chose, j'en suis certain ! Allez, tu es tellement jolie ma fille que tu ne tarderas pas à rencontrer quelqu'un digne de toi ! s'exclama-t-il. A ce propos, je trouve qu'il y a quelque chose de changé en toi mais je n'arrive pas à dire quoi…

Cela avait été une des plus longues tirades jamais entendue en provenance de mon père ! Je savais qu'il n'appréciait pas Edward mais quand même pas à ce point ! J'avais raison, il avait vraiment un sixième sens pour déceler les mystères…

Je ne fis aucun commentaire supplémentaire et Charlie se leva. Il déposa un baiser sur le sommet de ma tête avant de partir au travail.

Je fis la vaisselle, attrapai mes affaires, sortis en m'assurant de bien fermer la porte à clé. Bien que cela n'empêcherait absolument pas les créatures surnaturelles de ma connaissance de s'introduire comme ils le voulaient n'importe où chez nous ! C'était juste pour une question d'assurance et le bien-être mental de Charlie. Il était le chef de la police de Forks et prônait la fermeture systématique à clef des maisons pour limiter le risque d'intrusion intempestive ! Si seulement, il savait…

En arrivant devant ma voiture, je trouvais un mot glissé sous mes essuie-glaces que je m'empressais de déchiffrer.

Ma Bella, tu es ma meilleure amie et ma deuxième sœur.

Je t'aimerai toujours quoique tu aies fait ou que tu fasses dans un proche avenir.

Bisous, à ce soir.

Alice.

Elle savait donc tout et semblait me pardonner mon incartade, non préméditée du moins de ma part, avec son mari. J'étais songeuse. Si j'avais été à sa place, j'aurais été nettement moins conciliante et aurais déjà tué les infidèles…

Tout était tellement bizarre depuis que j'avais perdu ma virginité dans les bras d'un vampire a priori inconnu. J'avais beau faire celle qui ne se doutait de rien mais je pensais de plus en plus que ce vampire était Carlisle et qu'à cause des remords, il était parti avec Esmée se réfugier à l'Etranger.

Je ne savais pas ce que je lui reprochai le plus. De m'avoir caché son identité, d'être parti sans rien me révéler sur ses motivations, de ne pas m'avoir laissé le choix de céder ou non à la tentation ou d'être intervenu dans ma relation avec Edward. J'étais soulagée de ne plus être vierge mais j'avais perdu l'amour de ma vie en même temps à cause de lui.

Pourquoi avait-il fait cela ? J'avais plusieurs hypothèses toutes aussi plausibles les unes que les autres mais seul lui pouvait apporter la bonne réponse et j'étais extrêmement impatiente de connaître ses raisons…

Les autres membres de la famille savaient tout depuis le début et je comprenais que ce n'était pas à eux de m'en parler. C'était entre Carlisle et moi. Mais je leur en voulais un peu malgré tout…

J'avais cependant l'intuition qu'il y avait plus que l'identité de Carlisle dans leur secret mais jusqu'à présent, je n'avais aucun indice pour m'aiguiller sur la bonne voie…

Que m'arrivait-il depuis que j'avais perdu ma virginité ? Je sentais bien que quelque chose n'allait pas avec mon corps. Peut-être que Carlisle pourrait me dire ce qu'il en était, encore une autre raison pour laquelle j'attendais son retour. J'espérais que la connaissance de Jasper pourrait m'aider…

Ne voulant plus me triturer l'esprit plus longtemps, je mis le mot d'Alice dans la poche de mon jean, m'installai au volant, enclenchai la radio et pris la route pour Port Angelès.

Je me garai sur le parking de l'école et entrai dans ma salle de classe en même temps que le professeur Wilson.

- Bonjour Mademoiselle Swan, vous allez mieux ? demanda-t-il poliment, en me laissant entrer la première.

Il avait un drôle de regard et je le vis plisser le nez inconsciemment. Et un de plus à me sniffer…

- Oui Monsieur Wilson.

Je saluai rapidement mes camarades d'un geste de la main, m'installai à ma place habituelle et sortis mes affaires. Le professeur commença rapidement son cours et je me concentrais sur ses propos.

- Mademoiselle Swan, vous devrez rattraper les cours et les travaux pratiques que vous avez manqués si vous voulez être certifiée à la fin de l'année. Vous resterez à la fin de l'heure pour que je vous donne les polycopiés que vous devrez travailler.

- D'accord Monsieur Wilson.

Il nous expliqua ensuite les modalités d'examen de fin d'année pour obtenir notre diplôme. Le thème de l'examen final me fit sourire, La passion . Il fallait créer deux desserts différents, un entremets sucré froid et un gâteau à pâte levée. J'avais déjà quelques idées en tête. Il ne me restait plus qu'à me trouver quelques gentils cobayes pour tester mes essais…

Nous partîmes ensuite dans le laboratoire de pâtisserie expérimental et je devais réaliser un bavarois aux poires, une charlotte aux poires ainsi qu'une crème brûlée à la poire pour compenser mon absence de ces derniers jours. Mes camarades avaient juste la crème brûlée à faire.

Je suivis consciencieusement mes protocoles de fabrication et soufflais devant la quantité de poires à éplucher et à tailler. Je n'avais aucune envie de me fendre la poire et remontais littéralement mes manches avant de me mettre courageusement au boulot !

Lors d'un bref moment d'inattention, la lame de mon couteau d'office dérapa et m'entailla sérieusement la paume de ma main gauche. Du sang bien rouge s'écoula aussitôt. Le temps que j'attrape un torchon pour comprimer ma plaie, celle-ci avait disparu.

Paniquée, je tournai rapidement la tête de tous les côtés pour voir si quelqu'un s'était rendu compte de quelque chose et à mon grand soulagement, mes camarades étaient tous occupés à travailler leurs poires et le professeur était occupé au téléphone.

Si j'avais pu m'asseoir, je l'aurais fait tellement j'avais les jambes qui tremblaient à cause du stress généré par ce nouvel incident. Je me retins comme je le pouvais à mon plan de travail en inox et tentais d'inspirer profondément pour me calmer.

Pourquoi ne pouvais-je pas avoir une vie ordinaire comme la plupart des autres êtres humains ? J'en avais les larmes aux yeux. Allez du nerf, cela ne sert à rien de t'apitoyer sur ton sort, secoue-toi ma fille ! Méthode Coué, tous les jours à tous points de vue, je vais de mieux en mieux ! me répétai-je intérieurement en boucle tel un mantra.

Je parvins à me relaxer un peu au bout de quelques minutes et repris vaillamment mon travail en essayant de ne pas penser à la soirée pleine de révélations que je passerai chez les Cullen. La journée allait être très très longue…

La fin des cours arriva finalement à ma grande satisfaction. J'étais fatiguée mais très contente. J'avais eu d'excellentes notes lors de la séance de travaux pratiques et lorsque j'étais allée chercher les polycopiés des cours que j'avais manqués, le professeur Wilson n'avait pas tari d'éloges au sujet de mon talent de pâtissière. Il pensait que j'avais un grand avenir dans cette profession habituellement réservée aux hommes. Si seulement il savait en quoi devait consister mon avenir… remarque, je ne le savais plus moi-même…

Je rentrai tranquillement chez moi, pris une douche et grignotai rapidement une bricole avant d'aller chez les Cullen. J'étais extrêmement impatiente d'avoir enfin des réponses à une partie de mes questions.

Au moment où j'allais partir, quelqu'un frappa à la porte. J'ouvris la porte et fus à la fois surprise et embarrassée en reconnaissant la personne qui se trouvait devant moi, avec une rose rouge dans la main. Il semblait que j'allais être en retard à mon rendez-vous…