Elle était donc en passe de revivre, pour l'instant allongée sur la banquette du train arrêté. Elle avait sorti le livre qui allait l'accompagner dans son voyage, le sachet de chamallows et le thermos de thé, l'attirail parfait pour les heures de solitude à venir. Du moins c'est ce qu'elle pensait, après tout, cela se passait comme ça depuis 7 ans! Elle fouilla encore dans sa valise et en sortit la meilleure des inventions moldues, le IPod. Le train se mit en branle, dans un jet de vapeur, et elle entendait les élèves s'installer dans les compartiments voisins. Elle savait que personne ne viendrait dans le sien, il était sensé être pour les professeurs mais ces derniers étaient à Poudlard bien avant la rentrée, certains y habitaient même. De plus, c'était le seul compartiment où la fenêtre ne s'ouvrait pas. Le paysage commença à défiler et elle, elle commençait à sombrer, portée par sa musique et le doux balancement du train, mais à peine eut elle fermé l'oeil que la porte du compartiment s'ouvrit violemment. Déçue d'être dérangée, elle se redressa et arma la réplique cinglante qu'elle allait envoyer à la tête de l'intrus...avant de se rendre compte qu'il s'agissait du professeur Rogue. Et il était bien le dernier des profs à qui dire de déguerpir. Comme à son habitude, il ne la regarda pas, d'ailleurs elle se demandait s'il l'avait lui même remarqué. Il s'assit sur la banquette en face d'elle, sortit de son petit sac un livre relié et, croisant les jambes, se mit à lire, sous le regard de la jeune femme, toujours allongée. Elle observait l'intrus, qui plongé dans son ouvrage, affichait un visage plat et calme, ponctué de temps à autres de rictus ou de pincements de lèvres. Elle se rappela alors pourquoi elle l'avait toujours trouvé attirant...
Le professeur Rogue était un homme assez grand, et très présent. Quand il entrait dans une pièce, il était évident pour tout le monde qu'il y était. En effet, sa présence imposait le silence, le respect et pour elle, cet homme était de ce fait un vrai Homme. Il portait toujours et en toutes occasions, un ensemble noir, duquel on voyait le col et les manchettes d'une chemise blanche immaculée, ainsi qu'une longue cape, lui valant le surnom de chauve-souris. C'était le maître des potions, et quand on disait maître, on voulait dire Maître ! Du moins elle le voyait comme ça. Il est clair qu'elle était en admiration profonde pour cet homme, et même plus. Au début, elle en avait profondément peur, et un jour en troisième année, elle décida que ce serait le seul homme digne de l'avoir. Elle n'avait pourtant que 13 ans et des rêves de midinettes dans la tête, et lui, n'était pas le genre de mec dont les filles de cet âge raffolent. Il n'était pas beau comme un Apollon bodybuildé et placide, non, ses yeux étaient noirs profonds, ses cheveux semblaient gras, son visage était assez dur et inexpressif. Il n'avait pas besoin de l'être car chez Rogue, ses yeux parlaient plus que son visage ou ses mots, qui servaient quand à eux à renforcer le regard. Et c'était ça qu'elle aimait chez lui, son désintérêt, sa froideur, sa violence. Il était un être à part des autres, il vivait seulement sa vie, dans son monde. Du moins, elle en avait l'impression. Donc, à ses 13, elle commença une phase d'adoration qui deviendrait cruelle et passionnelle avec le temps et dont elle souhaitait à présent se débarrasser.
Après avoir cru qu'en l'admirant de la sorte, sa vie changerait, elle se rendit vite compte que ce n'était pas le cas. Ce qu'elle avait tant aimé chez lui se transformait soudain en poignards, et elle n'arrivait plus à se passer de lui, de sa voix et de son parfum. Son parfum justement, elle le connaissait tellement bien qu'elle était capable de le reproduire à l'identique. Chaque fois qu'il passait près d'elle, elle le savait, parce que son odeur était encrée dans sa mémoire. Chaque goutte de musc, chaque effluve de menthe poivrée, chaque note d'amande et tant d'autres résonnaient à son nez comme un orchestre à ses oreilles. Oui, il était sans appel qu'elle était devenue au fil des ans, une droguée amoureuse. Et dans ce compartiment, il produisait un bruit assourdissant.
Elle ne revint à la réalité que lorsqu'elle se rendit compte que le livre du professeur était posé sur ses genoux et qu'il la fixait, alors elle s'assit, balança son IPod dans un coin de sa banquette, réajusta son T-Shirt et baissa les yeux de honte. Il n'arrêta pas pour autant de la fixer, faisant fortement augmenter le rouge des joues de la jeune femme.
-"C'est énervant n'est-ce-pas ?" dit il.
Au son de sa voix, elle tressaillit, et hocha la tête, hasardant un regard sur lui. Elle ne fut pas surprise de voir sur son visage un léger rictus prouvant qu'il était fier de faire rougir une élève. A cette vision, étrangement elle reprit contenance, redressa le torse, croisa les jambes, attrapa son thermos et bu, totalement décontractée. Rogue haussa un sourcil avant de récupérer son livre et de se replonger dedans. Mais elle ne pu s'empêcher de lui parler, le son de sa voix récemment entendue lui manquait déjà.
-" Vous avez hâte de retourner à Poudlard Professeur ? demanda t elle d'une voix bizarrement détendue.
- Si-len-ce ,murmura t il en guise de réponse.
- Vous savez, sans vouloir vous manquer de respect Monsieur, il nous reste encore près de 7 heures de train, alors je veux bien me taire mais vous en aurez bientôt marre."
Alors elle se tu, remis son mp3, ouvrit son paquet de sucreries et attrapa son livre, qu'elle commença. Et elle lu, elle lu, sans s'arrêter que pour piocher d'un geste lent un chamallow, elle lu tellement que son livre fut fini avant que sonne 13h. Elle le rangea, se leva et sortit du compartiment se dégourdir les jambes. Elle croisa des élèves qu'elle salua, avant de rencontrer Hermione. Elles discutèrent de leurs vacances, et lorsqu'elle lui avoua que Rogue était dans son compartiment, Hermione poussa un petit cris de surprise avant de lui demander comment ça se passait. Car Hermione avait bien vite compris que son amie, avait pour Rogue une flamme secrète. Après lui avoir raconté vaguement, elle la laissa au profit du chariot de nourriture auquel elle acheta trois sandwiches et une bouteille de jus de citrouille, puis retourna dans son compartiment. Rogue n'avait pas bougé, ses affaires non plus, elle s'installa en tailleur sur sa banquette et se racla la gorge dans l'espoir d'interpeller le professeur. Celui ci soupira, releva la tête de son livre et l'observa plus que froidement.
-" Poulet, jambon ou boeuf ? questionna t elle.
Surpris, il leva un sourcil, ce qui la fit rire dans son fort intérieur.
-Alors ? insista t elle, Vous savez qu'il faut manger à midi n'est ce pas ? Donc, Poul...
-Boeuf, la coupa t il."
Elle lui envoya le dit sandwich, lui souhaita bon appétit et attaqua celui au poulet, heureuse qu'il ne l'ai pas choisi. Bien sur elle savait qu'il ne fallait pas compter sur une aussi grande marque de gentillesse de sa part une fois à l'école mais il y avait un feu d'artifice dans son cœur, qui ne s'éteindrait pas de si tôt ! Elle l'observa manger lentement son sandwich, lui regardait minutieusement chaque morceau qu'il s'apprêtait à mettre dans sa bouche. Quand il eu fini, il se leva et sans jeter un coup d'œil sur la jeune femme, il sorti du wagon. Elle attendit de ne plus entendre ses pas dans le couloir pour se jeter sur son IPod, l'allumer, choisir une chanson et monter le volume à fond dans ses oreilles. Elle savait que c'était le moment où jamais de se vider la tête avant qu'il ne revienne hanter le compartiment. La musique la plongea littéralement dans une bulle, la coupant du monde extérieur au rythme du son, et elle se mit à chanter, les jambes appuyées sur le dossier de la banquette et la tête renversée. Elle chantait et d'ailleurs, elle aimait ça.
