Bonjour bonjour! La suite est enfin là, après près de cinq réécritures. A la base, le chapitre devait contenir beaucoup plus d'action mais j'ai finalement choisi de développer le background et le ressenti des personnages, ce qui a rendu le chapitre beaucoup BEAUCOUP plus long que je ne l'avais prévu... Donc voilà, pas beaucoup d'action, mais j'espère que ça vous plaira quand même :)
Réponse aux reviews anonymes:
Quelqu'un: Ça me fait plaisir de voir que mes explications étaient en fait compréhensibles xD Et l'homme blessé, c'était bien le Patron qui avait pris une balle dans l'épaule au chapitre précédent. J'ai essayé de rester assez claire sur qui faisait quoi sur ce chapitre-ci, n'hésite pas à me le dire si tu ne comprends pas trop, ma façon d'écrire peut s'avérer assez confuse parfois... En espérant que tu l'aimes quand même! :D
Le Hippie cligna des yeux. Le sol était frais, confortable. Et il était allongé dessus. C'était une information simple, mais il lui fallut du temps pour l'intégrer.
Il était allongé. Par terre. Peut-être qu'il devrait se lever.
Quelqu'un le bouscula à sa droite et s'écarta sans s'excuser. Il s'en fichait un peu. Cela faisait longtemps que les gens ne s'excusaient plus auprès de lui. Et puis, cette secousse lui en rappelait une autre, il y a longtemps.
« Barrez-vous, barrez-vous ! »
« Laisse tomber, gamin, la drogue a fait son effet. Regarde-les ! »
Le Hippie leva la tête. Rien que ce geste lui demandait un effort considérable. Deux individus se tenaient là, penchés sur eux, détritus, pâles copies d'êtres humains. Des masques à oxygène masquaient leurs traits et les faisaient ressembler à des monstres.
« Votre secteur a été réquisitionnée en tant que zone de test ! Vous avez été drogués ! Vous devez arrêter de respirer ! On peut vous faire sortir d'ici ! Vous comprenez ce que je vous dis ?! »
« Laisse tomber, j'ai dit ! » La deuxième voix recelait tellement de colère, songea le Hippie. Une colère au parfum d'impuissance.
« On peut pas les laisser là… »
« On peut, et on va le faire, gamin. Sauf si tu tiens à devenir un légume, toi aussi. »
Ils se rapprochaient. Non, ils s'éloignaient. Comment savoir ? La notion d'espace n'existait quasiment plus dans l'esprit du camé.
Le Hippie se sentait flotter. Il flotta longtemps. Des siècles, des heures ? Qui pourrait le dire ? Depuis combien de temps était-il ici ?
« Mathieu, viens voir… »
Un masque se tenait juste devant lui. Le Hippie cligna difficilement des yeux. Ce masque lui disait quelque chose. Il l'avait déjà vu. Il y a quelques jours ? Quelques minutes ? Il ne savait plus.
Un deuxième masque surgit à sa droite. Tout habillé de noir, celui-là, masque compris. On aurait dit…
« Une mouche géante… » balbutia le Hippie.
L'insecte géant –non, non ! Ce n'était qu'un masque ! – s'accroupit et d'une main un peu tremblante, ôta les lunettes du Hippie. Ce dernier renversa la tête en arrière. Trop de lumière ! Trop de couleurs !
« Remets-les lui, il semble à deux doigts de faire un arrêt cardiaque. »
Les lunettes furent remises sur son nez. Le monde se noya à nouveau dans un brouillard difforme. Réconfortant.
« On l'embarque, celui-là. » grommela une voix rauque.
« Mais… »
« Tu veux vraiment discuter avec moi, gamin ? On l'embarque. »
Une main se saisit du bras du Hippie, le tirant vers le haut, sans excuse et sans ménagement. On le bousculait. On le secouait. Il avança. Pour la première fois depuis longtemps, il sentit ses jambes le porter. Et une main qui l'empêchait de retomber à terre.
Quelque part dans son esprit embrumé, il aurait aimé faire quelque chose pour montrer sa gratitude. Et il devait les prévenir. Les prévenir, oui. Prévenir était toujours important.
« Les coccinelles… » commença-t-il. Sa bouche était sèche, les mots sortaient mal. Il persista. « Les coccinelles… sont des… coléoptères. » Parler, il devait continuer à parler. « Ils… Je… J'en ai trop pris, gros. »
La main sur son bras se resserra. Jusqu'à lui faire mal.
« Ouais, je sais, gamin. »
Le Hippie secoua la tête, confus. Il se retrouvait debout sans savoir comment, mais ce n'était pas la première fois qu'il avait des moments d'absence. En revanche, cela faisait longtemps qu'il n'avait plus eu de souvenirs aussi clairs de quoi que ce soit. Etait-ce bon ou mauvais signe ?
« Tout le monde est là ? Rien de cassé ? »
« S'il faut casser une partie de l'anatomie d'une des personnes présentes, je préfèrerais être de la partie, gamin. »
Le Hippie sourit. Un petit sourire, quelque chose de simple. Il inspira profondément. Pour la première fois depuis que sa dimension avait été détruite par l'Empire, et ses habitants réduits à l'état de cobayes, il respirait sans souffrir, sans ressentir une envie de fumée ou de destruction.
Il souriait. Du coin de l'œil, il vit le Geek le regarder avec curiosité. Le Hippie se demanda ce qu'il voyait. Mais à l'intérieur, il était un Soleil. Brillant dans un ciel sans nuages.
« L'air est pur ici, gros. »
Près de lui, Antoine ne savait pas trop quoi penser. Il ne savait pas où ils étaient, il ne savait pas pourquoi et se sentait à deux doigts du pétage de plombs. Mais s'il devait être honnête, Mathieu ne semblait pas gérer mieux le chamboulement de perspectives que lui. Après s'être assuré que tout le monde allait bien et était plus ou moins en un seul morceau, il s'était mis à engueuler le Patron comme du poisson pourri. Antoine connaissait bien Mathieu et savait que gueuler sur son entourage était un des moyens du jeune homme pour pallier la pression. Apparemment, le rush d'adrénaline qu'il avait eu précédemment lui avait permis de rester calme le temps de prendre une décision mais la retombée subite de pression n'avait pas été clémente avec ses nerfs.
« PUTAIN PATRON, TU ME REFAIS UN COUP COMME CELUI-LA ET JE… ! »
« Tu quoi ? Et puis de quoi tu te plains, gamin, j'avais carrément raison. » Le Patron affichait un sourire radieux (mais pervers, par définition du personnage) et semblait étrangement satisfait de lui.
« Raison à propos de quoi mais DE QUOI TU PARLES MEC ? »
« Tu es un Portail. » Le Patron souriait toujours, à la manière du chat ayant attrapé le bol de crème. « Tu es l'un des rares êtres humains à avoir l'intuition de l'existence des autres dimensions et à pouvoir, en conséquence, te téléporter de l'une à l'autre. Tu sais ce que ça veut dire ? »
« … Non ? »
« Qu'on va pouvoir faire un fist bien profond à l'Empire ! »
Mais avant que le Patron ait eu le temps d'approfondir son idée – ce que PERSONNE n'avait besoin d'entendre, merci bien ! -, Antoine retrouva l'usage de sa voix (momentanément perdue, parce que n'empêche, voir cinq copies carbone de son meilleur pote, ça perturbe) pour hurler à son tour :
« PUTAIN, MAIS QU'EST-CE QU'ON S'EN BRANLE ! QU'EST-CE QU'ON FOUT LA ? ET ON EST OU ? ET VOUS ETES QUI ? ET QU'EST-CE QUE JE FOUS DANS VOS HISTOIRES ? ET SURTOUT, SURTOUT, POURQUOI L'HERBE EST PUTAIN DE ROSE ?! »
« Mec.. »
« QUOI ? »
« J'ai pas toutes les réponses à tes questions. Mais pour l'herbe rose, je crois qu'il vaut mieux demander à un autochtone. »
Suivant le regard de son ami, Antoine se retourna et tomba quasiment nez à nez avec un personnage bien connu des internautes, un chanteur vêtu en tout et pour tout d'un kigurumi de panda.
« Bienvenue, nobles voyageurs. Si vous voulez bien me suivre, le Sage du village avait prévu votre venue et se fera une joie de répondre à vos questions. »
Sur ce, et sans se retourner pour voir s'ils les suivaient, Maître Panda – car c'était lui – tourna les talons et partit en sifflotant. Mathieu haussa les épaules.
« Ok, ça sonnait comme un mauvais RPG ou le recrutement d'une secte satanique, je sais pas bien, mais autant le suivre, non ? »
Deux heures plus tard, épuisé, Mathieu s'écroula sur le lit que Maître Panda lui avait désigné. Il enfonça sa tête dans l'oreiller. Il voulait tout oublier. Tout. Sa confrontation avec le ''Conseil des Sages'', cette dimension bizarre et carrément psychédélique, ses doubles, les dimensions parallèles, tout.
Après plus d'une heure d'explications et de plans douteux, il ne demandait qu'une chose : dormir et oublier. C'était sans compter un certain être aux cheveux fournis qui se faufila dans sa chambre, habillé d'un kigurumi de lapin.
« Bonjour » prononça-t-il d'une curieuse voix de fausset. « Je suis Antoine le Lapin. »
« Arrête de faire le con, Antoine. » rit Mathieu avec un ricanement fatigué.
Antoine eut l'air vexé. « Comment tu as su que c'était moi ? Ça aurait pu être une heu… Quoi déjà ? Une de mes ''versions alternatives''. Je ne suis pas crédible en lapin, c'est ça ? »
« Non, c'est juste que je te connais trop bien. » rigola Mathieu en se redressant.
L'air faussement outragé d'Antoine s'estompa alors qu'il rejoignit son ami pour s'asseoir sur le lit.
« C'est trop bizarre. Cette situation est bizarre. Cette dimension est définitivement bizarre. Pourquoi tout le monde s'habille avec des kirugumi ici ? »
« Pour la même raison que l'herbe est rose, que le Sage du Village soit en fait le fucking Lorax en personne ou que les dirigeants de ce mondes soient des chats, j'imagine. » (1)
« Remarque, sur ce dernier point, ça se rapproche assez du monde réel. »
« Ce monde est réel aussi, mec. C'est juste pas le nôtre. »
Il y eut un silence, confortable, comme cela arrive parfois entre deux personnes qui se connaissent bien. Ce fut encore Antoine qui le rompit et ce fut presque à regret.
« Tu crois qu'ils disent la vérité ? Que notre… Que notre dimension est la prochaine sur la liste de l'Empire ? »
« Yep. »
« Et t'es le seul à pouvoir tous nous sauver ? »
« Yep. »
« On n'est pas dans la merde. »
« Yep. »
Le silence retomba, cette fois avec une tension sous-jacente.
« Donc » reprit Antoine pour meubler. « Laisse-moi résumer : tu es un Portail – même si à voir les yeux de merlan frit des mecs du conseil, tu aurais aussi bien pu être le Messie… »
« Ne me rappelle pas ce moment extrêmement gênant, s'il te plaît. »
« Arrête, c'était pas pire qu'à nos anciennes conventions… »
« C'est censé me réconforter ? »
« BREF. Tu es un Portail, ce qui signifie que tu peux ouvrir ou fermer des passages entre plusieurs dimensions. J'ai bon jusque-là ? »
« Hmhm. »
« Donc le but serait que tu ''fermes'' à clé les trois dimensions où l'Empire s'est imposé pour les empêcher de coloniser les autres dimensions. Alors là, deux questions… »
« Je t'écoute. »
« De un, et les trois dimensions colonisées, on les laisse dans leur merde ? Et de deux, que vont devenir tes trois doubles issus de ces dimensions une fois les leurs fermées ? Et de trois… »
« Tu avais dit deux questions. »
« Je t'emmerde, connard. Et de trois, comment on ferme une dimension de façon définitive ?»
Mathieu fusilla le chewbacca qui lui servait d'ami du regard. « Avoue : tu n'as rien écouté du discours du Lorax. »
« J'ai dû décrocher vers le milieu. » reconnut l'autre. « Comment veux-tu que je prenne au sérieux quelqu'un de si orange ? »
Mathieu soupira. « D'après le Lorax, il existe une sorte de ''clé des dimensions'', une Orbe en fait, qui serait capable de bloquer tout passage interdimensionnel. Elle se trouve gardée dans le Secteur 1, soit la dimension du Patron… »
« Ca va être génial, je le sens… »
« Je ne sais PAS ce que le Patron, le Geek et le Hippie vont devenir. » continua Mathieu sans prendre en compte l'interruption. « Parce que la seule chose que m'a dite le Patron, c'est ''t'inquiètes pas pour nous, gamin. Tu nous connais, toujours prêts à se marrer !'' »
« Rassurant.. »
« Et OUI on laisse les dimensions sous l'emprise de l'Empire dans leur merde parce que je n'ai AUCUNE putain d'idée de faire autrement. » Mathieu enfouit sa tête dans ses mains. « D'après ce que m'a dit le Patron, sa dimension est damnée de toute manière et celle du Hippie complètement ravagée parce qu'elle a été utilisée comme zone d'expérience pour toutes sortes d'armes, chimiques ou nucléaires. A moins que le Patron ne me mente pour diminuer ma culpabilité, mais ça changerait quoi de toute façon ? J'ai pas le choix. »
Antoine se tut un moment, pour assimiler tout ce qu'il venait d'entendre avant de se laisser tomber sur le matelas.
« On est vraiment dans la merde. »
« Yep. »
Le Patron dévisagea le Hippie d'un air perplexe.
« Donc ici, tu te sens… Clean ? »
« En quelque sorte, gros. »
Pour être honnête, le Patron devait reconnaître que le Hippie semblait changé. Il ne tremblait pas, se tenait droit de toute sa hauteur (même si, petite taille oblige, ce n'était pas très remarquable) et, surtout, arrivait à rester cohérent sans son bédot dans la bouche. D'habitude, être privé de sa came le plongeait dans un état de manque désastreux, ce que le Patron avait vite compris après l'avoir secouru.
Sous ses lunettes, le Patron fronça les sourcils. Il tira profondément une latte de sa cigarette.
« Et pourquoi tu as senti que cette info m'intéresserait, gamin ? »
« Je voudrais rester. Ici. »
Le Patron jeta sa cigarette et l'écrasa fermement avant de tourner son regard vers son double. Le Hippie n'avait pas détourné ses yeux du paysage qui s'étalait devant lui depuis qu'ils avaient commencé à parler. Comme s'il réapprenait à voir, réellement.
« Je regrette, gamin. »
Le Hippie ne réagit pas, si ce n'était pour ses épaules qui se raidirent de manière à peine visible.
« On ne peut pas prendre ce risque… »
« Tu ne veux pas prendre ce risque. »
« Prends-le comme tu veux, gamin. Ça reste non. » Le Patron, pour une fois, ne semblait pas tant vindicatif que lassé. « Je ne t'ai jamais vu lucide. D'une certaine manière, on pourrait dire que je ne te connais pas. Je ne vais pas te laisser hors de ma vue parce que tu me prends par les sentiments. »
« Donc tu ne veux pas me laisser ici, parce que tu n'as pas confiance en moi. »
« Dans le mille, gamin. »
« Laisse le Geek alors. »
Le Patron devint subitement totalement immobile.
« Et pourquoi je ferais ça ? »
« Il nous ralentit, il est faible mais tu t'obstines à le transporter partout avec toi. Pourtant tu as confiance en lui, non ? Ce gosse ferait tout ce que tu lui demandes, même si c'était sauter d'un pont. »
« Il. Reste. Avec. Moi. »
« Si je ne te connaissais pas, gros, je dirais que tu prends cette décision entièrement sous l'emprise de tes émotions. »
Le Patron bougea soudain à une vitesse fulgurante et plaqua le Hippie contre le mur.
« Si tu t'amuses encore une fois à jouer avec ce que tu crois être mes sentiments, je te castre et je donne tes couilles à bouffer aux chats, tu entends, gamin ? » siffla-t-il entre ses dents.
Un léger éclair passa une seconde dans les yeux du Hippie, comme une satisfaction victorieuse, avant qu'il ne lève mollement les bras en geste de reddition. Prenant sur lui, le Patron le relâcha et commença à s'éloigner.
« Tu devrais lui dire, gros. » Le Hippie avait presque murmuré ces mots. « Avant que… Avant. »
Le Patron continua son chemin sans répondre et le Hippie reprit sa contemplation. Il sourit. Voir le monde, c'était bien. Mais il n'y avait rien de plus fascinant que les humains.
To be continued…
(1) Qui est que l'auteure prend de la DROGUE. Mais bon, vous vous attendiez à quoi, c'est quand même la dimension d'un panda chanteur xD
Et oui, ça peut paraître bizarre de rapporter en dialogue la réunion plutôt que de la décrire directement, mais ça me paraissait trop WTF et trop proche d'une crackfic donc :/
Le Hippie lucide peut paraître un peu OOC mais je rappelle qu'on ne la jamais vu clean donc bon... J'ai le droit de prendre des libertés dessus! :D
Comme d'habitude, n'hésitez pas à laisser des reviews, ça me fait plaisir et si c'est pour me faire des critiques constructives, c'est encore mieux! A la prochaine :)
