Update : 22/01/2011

Blabla et l'auteur parle, parle, parle- et honnêtement personne n'en a rien à foutre : Ceci est une offrande, parce que nous attendons tous le 5 février avec impatience, Dieu seul (aka. Dairy's Scribenpenne), sait pourquoi.

Merci à AngellaN et Auteur-Onirique encore et toujours.

Rating : NC-18 Pour aucune raison, n'est-ce pas.

Disclaimer : J.K. Rowling est bien entendu l'unique propriétaire des personnages que j'utilise. Et je ne gagnerai jamais d'argent avec ceci, (ouioui même si vous me proposez de me payer pour arrêter d'écrire) question de principe, d'honneur, toussatoussa.

Note de vous à moi : Vos reviews sont vraiment adorables, alors je ne vous dirai jamais assez merci pour ça. Et puis, merci également à tous ceux qui ont mis cette histoire en alerte. Je ferai tout pour être à la hauteur de vos encouragements.

Bonne lecture mes bichons.


Notes de lecture :

(1) Cette phrase est, par sa simple existence, une référence à notre chère Dairy tout simplement parce qu'elle l'emploi assez régulièrement (même sujet, même verbe, même complément) particulièrement dans Baba.

(2) Ceci est une private-joke en référence à Jellyfish (pseudonyme random) et CamimiZ. Ceux qui ont vu le point culture n'ignorent par qu'elles (les private-jokes) sont prohibées, oui, mais j'assume.


Chapitre 3 : Se perdre en mer.

«Always lost in the sea. Always lost in the sea. »
Noir Désir-Aux sombres héros de l'amer

Murs blancs, fauteuils en cuir noir, table basse en verre, statuettes design en guise de décoration, formes épurées, vie millimétrée. Hypocrisie de façade. Bonheur illusoire. Le loft parisien de Blaise Zabini était à son image : faussement accueillant.

Théodore, assis en tailleur sur le tapis angora du salon, s'appliquait à manger un fromage blanc à la confiture de fraise, comme si c'était la tâche la plus intéressante du monde. Draco en position bancale sur le bord de la fenêtre, ne desserrait pas les lèvres, son air de petit aristocrate coincé au paroxysme de son excellence. Quand au maître des lieux, il ne faisait pas meilleure figure, mais au moins tentait il de combler le silence oppressant de la pièce en baragouinant des futilités à propos de choses inintéressantes. On apprécie l'intention même si l'action est ratée : malgré tous ses efforts la tension était palpable.

Lorsque Blaise déclara que ses actions en bourse perdaient de la valeur et que c'était déplorable, Draco, fulminant de rage, ne put retenir une seconde de plus le venin qui lui brûlait les lèvres.

-Oh. Et tu veux que je te paye histoire de combler ce manque financier important ? Comme ça, peut-être que tu te souviendras enfin en quoi consiste ton rôle « d'ami », siffla-t-il sans presque desserrer les dents et en mimant des guillemets avec ses doigts.

Ses yeux lançaient un millier d'éclairs. Sa voix grondait sourdement. L'atmosphère était électrique : il y avait de l'orage dans l'air.

Blaise pouvait supporter des tas de choses, des plus simples aux plus improbables, y compris les sautes d'humeur de l'héritier Malfoy. Cependant il y avait une chose qui le révoltait par-dessus tout, c'était qu'on lui propose de l'argent, et c'était précisément ce que celui-qui-n'était-désormais-plus-rien venait de faire. Il hésita entre lui cracher à la figure, le pousser pour qu'il tombe de la fenêtre, ou lui raser ses si précieux cheveux peroxydés pour les lui faire manger.

-Je n'ai absolument pas besoin de l'argent sale de ta famille Malfoy, se contenta-t-il de répondre froidement.

Draco émit un rire faux, grinçant et désagréable.

-Raté Zabini. C'est la deuxième partie de la phrase qui aurait dû attirer ton attention.

-Oh. Pourtant, hier encore, ça ne semblait pas être si important pour toi.

Théodore se racla la gorge bruyamment. Il ne parlait certes pas beaucoup, mais ça n'était pas une raison pour faire comme s'il n'était pas là. Cependant ça n'eut absolument pas l'effet escompté car ni l'un ni l'autre des deux hommes dans la pièce ne tournèrent le regard vers lui. Lassé, il consentit à battre en retraite et alluma l'ordinateur portable de Blaise, bien décidé à s'occuper en attendant que la tempête se calme.

Draco émit un grognement sourd, presque animal.

-Hier était un autre jour. Là, j'ai besoin de te parler.

Il y eut quelques secondes de flottement avant que la réponse ne fuse, ironique.

-C'est quand tu veux, où tu veux n'est ce pas ?

-Et ça l'a toujours été non ?

-Peut être. Mais t'as raison va. « Hier était un autre jour », singea Blaise avec une voix haut perchée.

-Tellement pathétique.

Théodore attendait patiemment le moment où l'un des deux voudrait bien lâcher prise, mais il lui semblait que, bornés comme ils étaient, cela ne viendrait jamais. Il n'écoutait déjà plus leur conversation, absorbé par la lecture de ses mails. On lui avait toujours appris à ne pas se mêler des affaires des autres, parce que cela apporte beaucoup plus d'ennuis qu'autre chose, et il avait toujours respecté cet enseignement. Il ne releva la tête que plusieurs minutes plus tard, lorsque la porte d'entrée claqua, ne laissant que le silence derrière elle. Un sourire en coin sur les lèvres il chercha Blaise du regard avec l'envie de le taquiner, tout en sachant que ça l'énerverait considérablement. A la place ses yeux clairs croisèrent ceux de Draco qui visiblement, ne comprenait pas vraiment ce qui venait de se passer.

Théodore dû avoir l'air surpris car Draco se senti obligé de se justifier.

-Je comprends pas pourquoi il est parti comme ça… On est chez lui, merde, c'est quoi ce sens de l'hospitalité à la con ?

Draco fixait la porte comme si cela allait faire revenir Blaise.

Il rajouta d'un ton un peu moins énervé qu'avant :

-Et puis, depuis quand ça le vexe ce genre de choses ? Il a vraiment une nana ou quoi ?

L'ordinateur émit un petit bruit sec en se refermant. Draco tourna les yeux dans cette direction.

-Peut être qu'il est juste fatigué en ce moment, déclara Théo comme si c'était la réponse à toutes les questions de l'univers. Son ton était clair : il n'y avait pas matière à discuter.

-De quoi tu voulais lui parler ? ajouta-t-il quand même.

Draco imagina qu'il lui demandait ça parce qu'il n'avait pas envie de rester seul dans la même pièce que lui sans parler, et qu'il n'avait pas non plus envie de partir le premier. Du moins, lui, c'est ce qu'il ressentait, et c'est pour ça qu'il répondit à la question.

-D'un vernissage où il m'a emmené la dernière fois.

-Oh.

-Une nouvelle galerie qui a ouvert à quelques rues d'ici. Ça s'appelle Eclipse. Tellement prévisible comme nom…

-Ah.

-C'était atroce comme soirée.

-Je sais. J'étais là.

Draco sembla sortir de sa torpeur brusquement, et se rappeler où il était et avec qui il parlait. Il jeta à Théodore un regarde dédaigneux et tout deux se replongèrent dans leur mutisme.

De longues minutes plus tard, alors que Théo avait rongé la presque totalité de ses ongles, et que Draco avait trouvé très exactement 73 façons différentes de mettre fin à ses jours sans quitter le salon de Blaise, le propriétaire des lieux revint enfin. Il eut l'air surpris de constater qu'ils étaient toujours là et qu'ils semblaient ne pas avoir bougé pendant tout ce temps. Le souffle court il retira sa veste signée Armani et, d'un habile geste du talon, ses chaussures faites sur mesure chez le meilleur cordonnier italien, dont Draco ne parvenait jamais à retenir le nom. Blaise aimait dire qu'il faisait honneur à ses ancêtres en achetant ce genre de produits haut de gamme. « Avec un nom comme Zabini, il devait bien y'avoir quelque chose du sang sacré des italiens dans les veines des ancêtres obscurs de ma chère mère » affirmait-il en ne plaisantant qu'à moitié. Il avait toujours pensé que ne pas connaitre sa famille avait au moins l'avantage indéniable de pouvoir la soumettre à tous ses fantasmes. Blaise Zabini était comme ça : il préférait « voir la bouteille de whisky à moitié pleine plutôt qu'à moitié vide ».

Il prit le temps de ranger ses affaires bien à leur place, dans un élan maniaque incontrôlable, et d'aller déposer dans la cuisine ce qu'il avait visiblement acheté pendant qu'il était sortit. Après quoi il revient s'installer confortablement dans le cuir de ses fauteuils. Il dévisagea longuement Théodore et Draco.

-Alors… On s'amuse bien ?

L'ironie lui suintait par tous les pores de la peau. Il respirait la fierté et le dédain, un sourire arrogant planté sur les lèvres.

-Bah. On discutait, tu vois… prononça Théodore à mi-voix sans même le regarder directement dans les yeux.

-Pas vraiment non. Mais je veux bien te croire.

Il sorti un paquet de chewing-gum à la menthe de sa poche et en mâchouilla un distraitement, sans prendre la peine d'en proposer à qui que ce soit. Draco soupira bruyamment : il venait de passer en mode fin du monde. Désormais tout, ou presque, serait une épreuve de plus à vivre, même les choses les plus anodines. L'orgueil qui émanait de son ami l'avait littéralement mis hors combat.

Théodore fixa le mouvement de la bouche de Blaise, qui bougeait au rythme de ses claquements de mâchoire brusques, avec un intérêt non dissimulé. Pour la deuxième fois depuis la soirée catastrophique du vernissage Draco eut peur de ce que cela pouvait bien vouloir dire.

Il connaissait Blaise depuis le collège et coexistait tant bien que mal dans le même monde que Théodore depuis au moins autant d'années. Il avait toujours considéré ce dernier comme un parasite juste assez important pour l'agacer lorsqu'il n'avait rien de mieux à penser. Il croyait, en quittant le lycée, qu'il ne le reverrait plus jamais, et ça ne l'avait pas dérangé le moins du monde. Mais la vie, comme d'habitude depuis quelques temps, avait dû décider que cela serait drôle de laisser Théodore évoluer dans son monde. SON monde. Pour qui, là haut, était-ce donc trop compliqué à comprendre ? Il ne voulait pas de lui dans son atmosphère. Il ne voulait pas de tout ce qui pouvait bien changer ses habitudes. Et il avait l'habitude de venir se plaindre chez Blaise quand il en avait envie. Il avait l'habitude d'être le seul, et même s'il occupait particulièrement mal ce rôle, il tenait à sa place de meilleur ami. La présence de Théodore Nott dans ce salon était donc, à elle seule, à la fois incongrue et gênante.

Le fait qu'il se permette d'analyser avec envie –Draco grimaça à cette pensée, la mastication de Blaise était non seulement contraire à tout ce qui constituait les valeurs d'un Malfoy, mais était en plus de la pure provocation, car cela l'excluait totalement, et ne lui laissait absolument aucune marge d'intervention.

Draco renifla de dédain.

Blaise se leva pour aller se servir un verre de limonade.

Théodore le suivi du regard avec un sourire en coin et, lorsque leurs yeux se croisèrent, Draco senti qu'il y avait entre eux quelque chose qu'il ne pourrait jamais partager, même avec toute la bonne volonté du monde. Il se demanda comment ces deux là avaient pu devenir si proches.

Au lycée, à une époque où Blaise avait une nouvelle copine officielle toutes les semaines et où lui-même n'était pas en reste, alors qu'ils étaient les maîtres de leur monde, Théodore faisait parti de ces personnes à qui ils n'adressaient jamais la parole, et qui n'avaient même pas le droit à la moindre considération de leur part. Durant toute leur scolarité commune, il était venu lui parler une seule fois.

-Draco, je n'ai pas vraiment grand-chose à te dire, en fait, mais mon père m'a donné quelque chose pour le tien, avait-t-il dit d'un ton monocorde et ennuyé.

Draco avait été surpris d'apprendre que leurs parents se connaissaient, mais plein d'un self-control qui faisait sa fierté, il n'en avait rien laissé paraitre. Par la suite il avait mené sa petite enquête et avait découvert que leurs pères travaillaient ensemble. Cela l'avait vaguement soulagé : au moins, ils n'étaient pas amis. C'était le plus important.

-Vraiment ? avait-il répondu du même ton désintéressé.

Théodore avait sortie une grande enveloppe en kraft marron de son sac et la lui avait tendue, puis il était parti sans rien ajouter d'autre. Il avait juste accompli sa mission.

Ce jour là, Blaise lui avait demandé ce que lui voulait ce mec bizarre. Draco pouvait très bien revoir l'expression de dégout qui déformait la lèvre supérieure de son ami lorsqu'il avait regardé Théodore s'éloigner. Il était absolument persuadé qu'ils le méprisaient tout les deux autant.

Alors pourquoi, foutu Dieu, Blaise avait-il aujourd'hui l'air de… l'apprécier ?

Draco se leva un peu précipitamment et parti se réfugier dans la cuisine en inox. Les murs blancs lui donnaient mal au crâne mais c'était toujours mieux que les regards entendus et complices des deux garçons dans le salon. Tout était mieux que ça, en fait.

Draco ouvrit machinalement le réfrigérateur et y découvrit un plat de poulet Tandori à peine entamé. Agissant comme s'il était chez lui il se servit copieusement et mit le tout au micro-onde.

Il y avait quelques mois de ça, sa mère lui avait demandé s'il était dépressif, et s'il voulait consulter un psychiatre. Il avait aboyé de rire comme si c'était la blague la plus drôle qu'il ait entendu, puis, il avait repris brusquement son visage de marbre et avait répondu qu'il était trop tard pour se poser ce genre de questions. En réalité, il lui arrivait de se demander la même chose. Dans ces moments là, il pouvait passer des heures sur des forums traitent du sujet à tenter de déceler s'il avait les symptômes de telle ou telle maladie, et ce qu'il pouvait faire pour guérir. En général ces recherches n'étaient absolument pas concluantes, et il en ressortait juste encore plus maussade et désabusé.

En observant Blaise et Théodore, il venait d'avoir le même sursaut de lucidité qui lui faisait se demander à quel moment de sa foutue vie il avait tout fait foirer. A quel moment sa chute avait-elle commencée. Est-ce que c'était venu naturellement ? Comme on avance sur une falaise en regardant droit devant soit ? Il y a un pas qui est fatal sans qu'on puisse exactement déterminer lequel. On croit qu'on va poser le pied sur la roche abrupt mais sous nous, il n'y a plus que le vide et alors, on tombe. Et ce n'est qu'à ce moment qu'on se rend compte de ce qui est en train de se passer. Et là, il n'y a plus rien à faire. On peut s'écorcher les doigts sur les roches acérées, on peut hurler et appeler à l'aide, on peut prier, rien ne peut changer notre course folle vers le sol. C'est la loi de la gravité. A quel funeste moment cette loi s'est elle mise en place ? Quand exactement votre corps a-t-il su qu'il allait tomber ? Est-ce lorsque votre pied a quitté la falaise ? Ou lorsque vous avez commencé à marcher ? Ou bien avant ? Au moment même de la conception de votre être, dans cet univers où cette loi existe et où elle est immuable ?

Draco n'avait aucune réponse aux questions qu'il se posait. Il n'avait même aucun réel intérêt à les trouver. Il n'avait juste rien de mieux à faire dans un monde où tout lui était dû que de se demander : « pourquoi ».

La discussion de Blaise et Théodore lui parvenait par bribes et, de temps en temps, le rire du premier, fort et masculin. A cet instant, cela avait le don d'énerver particulièrement Draco. Il se demanda s'il était jaloux ou juste frustré. Jaloux de ce qu'il ne partageait pas avec eux, jaloux de ce qui semblait les rendre heureux. Frustré d'être déjà vieux à 23 ans à peine, de ne pas savoir s'amuser, et de n'avoir personne à qui parler. Frustré d'avoir une existence à son image : sans intérêt.

-Tu me sers un verre au lieu de piller ma cuisine ?

Draco sursauta. Le ton détaché, presque blasé, de la femme derrière lui l'avait surpris. Il se croyait seul. Il se retourna comme un enfant pris en faute.

Madame Zabini était grande, mince, belle et hautaine. Elle ressemblait à son fils, avec en plus cette cruauté dans le regard parfois, qui lui octroyait le respect de la plupart des personnes, et la crainte des autres. Elle était assise, les jambes croisées, et observait visiblement Draco depuis un moment. La tête appuyée sur la paume de sa main gauche, elle offrait une moue boudeuse et un regard désabusé en jouant machinalement avec ses cheveux. Elle avait l'air jeune, bien plus que ce qu'elle ne l'était en réalité, et nul ne savait réellement s'il fallait remercier la chirurgie pour ce miracle. Si c'était le cas, le travail avait été bien fait : sa beauté insolente semblait naturelle. Dans une robe bustier rouge en soie, elle était séduisante, ses formes féminines exacerbées, mais elle aurait certainement parue moins décalée dans une soirée chic parisienne que dans une cuisine –aussi chic fut-elle. Le vêtement dévoilait ses longues jambes brunes au bout desquelles deux escarpins vernis noirs venaient compléter son accoutrement, savamment étudié et légèrement cliché, de femme fatale. A côté d'elle sur la table trônait un verre à pied actuellement vide, où l'on pouvait encore deviner la marque de son rouge à lèvre.

-Madame, Draco lui fit un sourire poli en inclinant la tête, pardonnez mon indélicatesse, je pensais être seul.

-Epargne-moi ta fausse politesse et remplis mon verre.

Elle désigna de son doigt manucuré à outrance une bouteille à moitié pleine. Chianti Classico, lu-t-il sur l'étiquette ouvragée. Il fronça le nez. Constatant l'attention particulière qu'il accordait à son vin madame Zabini ne put s'empêcher de faire un commentaire. « Le meilleur vin italien et sans doute le meilleur du monde », déclara-t-elle la voix pleine d'une suffisance à peine contenue.

Visiblement la mère avait la même névrose que son fils : cela expliquait beaucoup de choses. Draco retint un rire narquois et remplit le verre le plus possible.

-Alors… Draco, la femme en face de lui l'étudia longuement du regard et après un silence interminable elle ajouta : « tu es en couple en ce moment ? ».

Draco manqua de s'étouffer avec sa salive.

Il se racla la gorge avant de déclarer d'un ton méfiant :

-Non. Pas vraiment…

Madame Zabini était une femme réellement impressionnante, au-delà du fait qu'elle avait eu 8 maris différents – dont un qui avait été le père de Blaise, qui avaient tous disparus dans des conditions plutôt obscures. Elle avait une façon de dévisager les gens vraiment gênante. Comme si elle pouvait lire absolument tout en eux, et surtout les choses les plus sales. Elle les fixait dans les yeux et ne détournait jamais le regard, même dans les situations les plus complexes. Elle était de ces femmes dont l'existence à elle seule dément l'appellation « sexe faible ». Castratrice et dominatrice, elle ne laissait aucun répit à son interlocuteur. Manipulatrice, égocentrique : face à elle Draco marchait sur des œufs. A plusieurs kilomètres du sol : il risquait la chute à chaque instant.

Elle eut un air absolument satisfait en entendant sa réponse.

-Très bien.

Draco eut l'horrible impression qu'un piège dont elle seule avait connaissance venait de se refermer sur lui et qu'il ne pouvait absolument rien faire pour s'en échapper. Il repoussa son assiette de poulet encore à moitié pleine, dégouté.

-Tu sais que je suis seule moi aussi… C'est dur hein ?

Le ton larmoyant de sa voix ne suffisait pas à compenser son regard froid. Sa question n'en était pas réellement une et elle mettait au défi Draco de prétendre le contraire.

-Mon époux m'a laissée… Une fois de plus, je n'ai plus personne pour me tenir compagnie, moi qui redoute tant la solitude.

-C'est… malheureux… lâcha Draco du bout des lèvres tout en réfléchissant à une solution pour fuir.

Madame Zabini finit son verre d'une traite et le tendit dans sa direction pour qu'il le remplisse à nouveau. Elle huma le parfum du vin comme si c'était la chose la plus merveilleuse au monde. Draco profita de ce silence opportun pour déclarer qu'il allait voir ce que pouvaient bien faire Blaise et Théodore à côté. Elle eut à son égard un sourire malsain et un regard lubrique absolument angoissant.

Draco n'avait actuellement plus qu'une seule certitude : cette journée était atroce et Dieu, s'il voulait bien se donner la peine d'exister pour quelqu'un, lui en voulait personnellement pour une raison connue de lui seul.

Blaise était en train de rouler une cigarette avec application et Théodore en avait déjà une, éteinte, coincée entre les lèvres. Ni l'un ni l'autre ne relevèrent la tête lorsque Draco entra dans le salon. Il fit une grimace dédaigneuse et attrapa les affaires qu'il avait laissé choir sur une chaise en arrivant.

-Blaise. Je m'en vais de cette putain de baraque de timbrés. Sympa ton p'tit plat de poulet.

Il ne lui fit même pas le plaisir d'avoir l'air surpris ou de lui demander pourquoi. A la place il lui tendit la cigarette qu'il venait de rouler comme s'il l'avait réellement faite pour lui.

-A plus mec.

Il attrapa un filtre qu'il coinça entre ses lèvres, en vue de faire une troisième cigarette.

Draco sortit son briquet et tira sur la sienne avant de le lancer à Théodore qui ne le rattrapa pas et grogna de frustration. Il étendit le bras le plus possible pour récupérer l'objet qui avait atterri un peu plus loin, sans avoir à se lever.

L'odeur familière du tabac avait envahit la pièce.

- Garde-le, j'en ai un autre, lança Draco en songeant que c'était sa B.A de l'année. Et toi, Blaise, va donc faire soigner ta nymphomane de mère. C'est complètement flippant mon vieux.

Blaise aboya de rire (1).

-Ouais, elle a ses chaleurs en ce moment. C'est un peu dur à gérer. Elle passe son temps à miauler.

-Je te filerai le numéro d'un vétérinaire qui t'opérera ça vite fait bien fait.

Théodore eut l'air mi-choqué mi-amusé mais il ne dit rien et se contenta de tirer sur sa clope et de relâcher la fumée qui fit un voile grisâtre entre lui et le monde pendant une fraction de seconde.

Il y eut un silence qui s'éternisa juste un instant de trop, le temps de rappeler à tout le monde leurs tensions.

-Bon… Salut.

Draco se retourna pour sortir et personne ne fit mine de le retenir.

Dans le grand ascenseur du couloir, il s'observa longuement dans le miroir, en proie à ses remises en question existentielles. Il n'était pas laid mais des cernes violacés s'étiraient sous ses yeux. Il avait l'air un peu plus pâle que d'habitude. Il colla son nez au miroir pour s'observer de plus prêt. La fumée de la cigarette menaçait à chaque instant de déclencher l'alarme incendie. Il trouva qu'il avait le regard vide. Il se trouvait un air de famille avec les zombies. Pourtant, il était un garçon bien sous tout rapport, plus ou moins. Il se demandait vraiment comment il en était arrivé à ce niveau de déchéance assez alarmant. Sa conscience atrophiée lui certifia qu'il exagérait, une fois de plus, et que son état n'était pas si catastrophique : il pourrait prendre des amphèt' en rentrant.

L'ascenseur s'arrêta au 4ème étage et l'une des voisines de Blaise entra. Elle jeta un regard de pur mépris à Draco et toussa, plus pour la forme que parce qu'elle était réellement incommodée. Il prit un malin plaisir à lui envoyer sa fumée dans le visage.

A l'extérieur il faisait froid. Les doigts crispés sur sa cigarette, il regretta presque d'être fumeur. Presque, parce que le goudron qui tapissait avec application ses poumons était actuellement la seule chose réellement fiable dans sa vie.

Son autodestruction, elle, au moins, ne le laisserait jamais tomber.

Il marcha machinalement dans les rues, comme si son cerveau ne contrôlait plus ses jambes. Puis, à l'angle de la rue, il se stoppa devant ce mur qu'il en était venu à considérer étrangement, sans savoir s'il l'aimait bien ou s'il le détestait. C'était un bout du ciment de la ville après tout. On n'aime pas les décors. C'est du faux. De l'illusion. Et c'était encore pire à Paris. Rien ne semblait vrai et pourtant tout l'était. L'illusion du faux en somme.

Il l'observa pour la énième fois et il ne constata rien. Le vide. Le néant. L'absence.

L'absence totale de réponse. Pas la moindre trace. Ni ici, ni un peu plus loin.

Il se sentait comme un drogué qui n'aurait pas eu sa dose. Sa dose d'imaginaire, d'irréalité, d'absence de logique.

Tout était là. Les lignes noires sur le mur brut. Ses sarcasmes. Le mystère. L'inconnu. Il pouvait même encore déceler, en se concentrant un peu, l'odeur de la peinture dans l'air – ou alors était-ce seulement dû à son imagination ? Tout était là, sauf ce qu'il avait inconsciemment espéré y voir : une réponse. Une coupure dans son quotidien. Une bifurcation sur ce long chemin sans un grand intérêt.

Il se sentit triste, inexplicablement. Puis ça l'énerva.

Il était seul, au fond du gouffre de l'erreur, égaré dans la forêt du mensonge, perdu dans les landes de l'oubli (2). Ouais les landes de l'oubli. Même un putain de con qui n'avait rien de mieux à faire que des graffitis l'avait relégué au second plan.

Lui.

Draco Malfoy.

Le mec qui valait un million.


En attendant vos avis qui seront, je n'en doute pas, aussi divers que variés (ah, on me signale dans l'oreillette que ces deux mots veulent dire la même chose), j'ai n'ai plus qu'à vous informer que les prochains chapitres seront sans doute un peu plus long, parce qu'on rentre dans la partie potentiellement (et j'insiste sur l'utilité de cet adverbe dans la phrase) intéressante de l'histoire.

A très bientôt.

Flasquement vôtre.

S.A.M (Sac à merde, pour les intimes. En effet, c'est dur à porter, je sais, plaignez moi).