Update : 16/09/2013 ~ Tout. Va. Bien.


Merci, aux lecteurs ayant reviewé le chapitre précédent. Je n'ai pas encore eu le temps de répondre par MP, mais je le ferai dans la semaine. Vous êtes géniaux!

Un merci spécial à Hierophant, qui review en anonyme depuis quelques chapitre, et à qui je n'ai donc jamais pu dire personnellement merci : tes messages me poussent à donner le meilleur de moi-même, merci infiniment.

Je KassD10, aujourd'hui et demain et jusqu'à ce que la mort nous sépare (si elle arrive à nous trouver sous notre cape d'invisibilité .HA), ce chapitre à Fabi' (aka. Dwould), déclarée super cuistot 2013, perce qu'elle me prépare des repas qui me font me sentir comme si j'étais une Reine. Bitch plz.

Si vous ne savez pas pourquoi vous êtes ici (ce que je comprends, le malheureux hasard du clic intempestif) vous pouvez aussi aller sur le tumblr de british-cake (cherchez donc le lien, je ne l'ai pas sous la patte) parce que c'est un concept de fanfiction très drôle et prometteur et que vous serez contents de pouvoir dire plus tard "ouioui je suis ce tumblr depuis le début".

Sinon, je vous laissez avec ce chapitre bonus consacré à Luna. Prenez ça comme une entracte avant le livre II (et, j'espère que vous êtes bien assis : j'ai quasiment fini le chapitre 1 et nous ne sommes pas encore en 2025. Incroyable!)

Bonne lecture!


Entracte : Chapitre bonus

Pensine

« Seul l'amour au sens où je l'entends - mais alors
le mystérieux, l'improbable, l'unique, le confondant
et l'indubitable amour - tel enfin qu'il ne peut être qu'à toute épreuve,
eût pu permettre ici l'accomplissement du miracle
. »
André Breton – Nadja

Pour une fin Novembre le soleil est éblouissant. Ses rayons se reflètent puissamment sur l'asphalte qui défile à toute allure sous le petit camion branlant. La musique alternative qui résonne dans le poste crachotant assourdit la cabine avant, et le tout petit chauffeur ne semble pas pouvoir s'arrêter de se trémousser. Je voudrai parvenir à oublier la vie. Tout. Je ne me suis pas sentie si triste et seule depuis tellement longtemps. Passée l'euphorie des premiers instants, ce voyage improvisé me semble soudainement une horrible idée. Où-est-ce que je vais ? Pourquoi ? Qu'est-ce que je m'attends à trouver là-bas, au juste ? A dire vrai, je n'en sais vraiment rien. Je suis perdue. Juste perdue. Irrévocablement perdue. Alors je reprends un biscuit dans la petite boite à gâteaux métallique posée sur mes genoux (plus pour faire quelque chose que parce que j'en ai réellement envie). La route s'allonge sous nos roues, s'étire, infinie, et je sais - je sens - qu'elle ne prendra jamais fin.

C'est un voyage éternel au centre de moi-même. Un cheminement intérieur. Sans retour et, surtout, sans ligne d'arrivée. Le paysage qui file à la fenêtre, s'enfuie, et un peu de moi fuit avec lui paresseusement : une parcelle de souvenir, un morceau de présent, pour laisser place indubitablement à l'effrayant futur. Ces trois déesses jalouses et colériques, passé présent futur, font une danse folle dans mon cœur, à m'en donner la nausée. Si tout se mêle rien n'a de sens. Si tout s'emmêle, longs tentacules enchevêtrés, comment parvenir à savoir où aller ? Mon esprit s'accroche aux arbres à l'extérieur du véhicule et je peux presque voir les longues tiges vaporeuses qui relient ma tête à leurs branches. Si j'avais une Pensine, qu'est-ce que je mettrais dedans ? La Pensine. Ce gros et antique récipient de pierre récoltant les souvenirs de son propriétaire et les gardant jalousement secrets. J'y glisserai sans nul doute le souvenir de ma première rencontre avec Harry. Moi je le connaissais, lui ignorait qui je pouvais bien être. -Toi, tu es Harry Potter. -Je sais qui je suis. Je pense que je l'ai immédiatement trouvé attirant. Pas physiquement attirant bien évidement. Mais réellement attirant, de cette attraction incontrôlable qui pousse deux êtres l'un vers l'autre. Parce que tout en lui me semblait incroyable sans que je parvienne exactement à déterminer pourquoi. Une force invisible a accrochée mon âme à la sienne.

C'est le long flux incontrôlable de mon existence. Enfermé dans un bocal. Tentant désespérément de s'échapper des mains du destin. Refusant les desseins choisis pour lui. J'ai l'impression d'avoir vécue milles vies. Extra-lucide. Les anges ont oublié de poser sur ma lèvre le doigt silencieux m'intimant le secret. Je n'ai pas pleuré lorsque je suis née : je n'étais pas triste. Vies anciennes et vies futures ne sont que les sombres illusions d'une existence dissociée. La chronologie des atomes qui composent ma masse corporelle est infinie : nous sommes immortels tant qu'il existe un Tout quelque part. Dans le grand Bouillon Originel les Dieux et les Hommes se côtoyaient sans pudeur et sans crainte, bienheureux et ignorants de ce qu'ils deviendraient. Ils n'ont aucune idée de ce qu'est la vie, la mort, la hiérarchie, l'existence, l'ennuie, l'amour. La pensée.

C'est le monologue intérieur d'une vie inachevée. Se parler à soi-même à défaut de parvenir à parler à autrui. J'ai mal appris les bases : je ne sais ni me fondre dans la masse, ni dire des choses particulièrement intéressantes, ni réussir ma vie. Je suis Luna l'électron libre. Luna l'insensée. Luna. Simplement Luna. Je suis presque la voix dans votre tête lorsque vous êtes seuls. Je suis presque l'irréelle qui jette un caillou à votre fenêtre les nuits d'été pour trainer l'enfant que vous êtes vers l'adolescent que vous deviendrez. Je suis presque. Mais je ne suis pas. Parce que j'ai mal appris à vivre : j'ai fait l'erreur de croire que c'est quelque chose qui vient naturellement. La route est longue, la route est lente, jusqu'au point de non-retour.

C'est le quatrième mur que je brise en le touchant du doigt. Et je hais les auteurs de mes nombreuses vies pour ce qu'ils me forcent à endurer. Ceux qui me brisent le cœur, ceux qui me délaissent, ceux qui me relèguent au second plan, ceux qui ignorent l'étendue désastreuse de mon hypersensibilité. Je suis l'unique héroïne de mon histoire. Si j'avais une Pensine j'y glisserai tous mes sentiments pour lui. Et je les oublierai.

JE SUIS LE CŒUR PALPITANT ET BRISE DE LUNA.

-En discussion avec toi-même ?

Je hausse les épaules. Prononcer un mot me semble impossible. Rompre le flux continue de ma réflexion également. Pendant un instant je ne suis plus dans le petit camion qui tressaute sur la route. Je suis dans l'infini cosmos d'une conscience collective. Je suis dans le Tout. Et je peux sentir les fils de nos deux esprits se mêler à l'intérieur de la cabine avant. Parler est superflu. Il existe des êtres invisibles à l'œil nu qui s'occupent de mêler et démêler l'inconscient des êtres vivants, les liants imperceptiblement au-delà de toute parole et de toute action.

-Parfois, c'est comme ça qu'on obtient les meilleurs conseils. Nul ne nous connaît aussi bien que nous même.

Il existe un fil rouge qui unit deux personnes pour l'éternité et j'ai cru l'apercevoir dans le crépuscule de mon appartement. J'ai cru être lié à Harry. Mais à nos doigts, il n'y a rien. Je me suis simplement trompée. Le fil rouge de Harry le lit à quelqu'un d'autre, au-delà de toutes les existences et de toutes les vies possibles. Cette personne si spéciale, ça n'est pas moi.

Complétement stone, droguée par l'euphorie du voyage, j'hallucine. Un souvenir –réel ou irréel ?- d'un après-midi passé avec Harry dans mon appartement parisien se superpose à la route. Je ne sens même pas le camion s'arrêter. Lorsque je m'en rends compte, le conducteur –Flitwick- est déjà descendu de la cabine. Je ne sais pas où il est. Je ne sais pas où l'on est. Je ne sais pas depuis combien de temps on roule. Je suis toujours aussi perdue. J'ai du mal à faire le focus sur le paysage qui m'entoure, mais par la fenêtre ouverte je peux clairement sentir l'odeur acide des poulets qu'on transporte dans le coffre. Tout a l'air incroyablement vert. Et incroyablement vide.

-Tu ne descends pas ?

La voix provient de nulle part. Mais un nulle part visiblement situé sous ma fenêtre. Je me penche à l'extérieur pour apercevoir le crane de cet homme minuscule.

-Avez-vous du sang de lutin ?

-Par un lointain ancêtre de ma mère.

Je ne rate pas son clin d'œil complice. Mon cœur s'emballe à toute allure. En réalité je ne crois plus vraiment aux lutins depuis que maman est morte (une sale histoire), mais peut-être que j'ai eu tort. Peut-être que papa a raison (comme d'habitude) et qu'ils existent vraiment.

Mettre pied à terre me donne le tournis. Je suis restée assise si longtemps que j'ai l'impression que ça a duré des années.

-Est-ce qu'on est très loin de Paris ?

-Désolé de te décevoir jeune fille, mais pas vraiment. Tout à peine à la lisière extérieur de la banlieue.

-Est-ce qu'on a fait un tour complet du monde ?

Il rit et ça me fait sourire. Curieusement je me sens un peu mieux.

-Où est-ce qu'on est exactement ?

-C'est ma ferme ! Je vends des poulets. Aujourd'hui, pas une belle vente. J'en ai ramené pleins.

Il hausse les épaules, désabusé.

-Il est tard, est-ce que tu veux passer la nuit ici ?

-Plutôt oui.

Le cœur léger, j'en oublie presque que je suis effroyablement insomniaque.

C'est l'une des plus longues nuit de ma vie : sans autre distraction que les pensées qui se bousculent dans ma tête et que je voudrais chasser, cacher dans une Pensine.

On raconte que lorsqu'on ne dort pas, c'est parce que quelqu'un rêve de nous. On doit rêver de moi souvent.

JE SUIS LE CŒUR SANGUINOLANT ET MEURTRI DE LUNA.

Ce matin mes cernes sont étrangement bleutés. Parfois, j'en arrive à les trouver jolies. Pas aujourd'hui. J'ai envie de m'arracher les yeux.

-Bien dormi ?

Flitwick dépose une tasse de thé fumant sur ma table de nuit, m'arrachant à ma contemplation dans le miroir.

-Visiblement non, grimace-t-il.

Je lui souris. Il est gentil. Et j'aime la gentillesse par-dessus tout. C'est la qualité la plus extraordinaire que quelqu'un puisse posséder. La qualité la plus vraie et la plus agréable. J'essaie d'être gentille, mais je ne le suis pas vraiment. J'envie les personnes gentilles : celles qui parviennent à l'être sans effort et sans calcul.

Le temps s'écoule lentement. Loin du monde, loin de tout. De mes soucis mais aussi de mes amis. Le temps semble figé mais il ne l'est pas : il est simplement relatif. D'une relativité incroyable. Et je ne sais dire si finalement, j'ai passé un jour, une semaine, un mois, ou une vie dans cette maison de campagne, en compagnie de cet homme-lutin. Est-ce bien réel ? Où suis-je vraiment ?

Assise sur une souche d'arbre, j'ai le sentiment de ne plus rien ressentir. Je ferme les yeux, écoutant simplement le vent chanter dans les arbres.

-Tu veux que je te ramène chez toi ? Ta famille doit s'inquiéter maintenant.

-Oh. Je vis toute seule. Mais je veux bien monsieur Flitwick. Merci.

Lorsque nous reprenons la route, le crépuscule tend ses longs bras vers nous. Moi, je glisse d'un geste le souvenir de cette rencontre étrange dans ma Pensine, pour pouvoir le regarder à loisir, plus tard.

JE SUIS LE TROU BEANT DANS LE CŒUR DE LUNA.

Je voudrai simplement rencontrer quelqu'un capable de combler ce vide incroyable dans ma cage thoracique.

Soudain, c'est comme dans un rêve que je m'endors. J'ai à peine le temps de sentir un picotement le long de ma colonne vertébral et de profiter de cet état pré-comatique. Ultra-consciente du monde qui m'entoure, j'enregistre les informations à une vitesse folle : la nuit enserre la camionnette dans ses griffes, le silence étouffant s'engouffre dans la cabine, le conducteur fume la pipe la fenêtre ouverte, Morphée souffle sur mes yeux son haleine de sable. Et je dors enfin, d'un sommeil sans rêve.

Lorsque je me réveille, Paris se glisse sournoisement à l'horizon.


Luna glissa une mèche de ses cheveux d'or derrière son oreille et haussa les épaules, résignée. Cela faisait bien deux heures qu'elle attendait devant la porte mais visiblement, ce soir, Blaise ne dormait pas chez lui. Elle avait eu beau sonner, seul le silence lui avait répondu. Pourtant, elle aurait aimé dire à son ami ce qu'elle avait fait : qu'elle était partie, qu'elle avait roulé longtemps et qu'elle avait découvert cette drôle de ferme là où la ville se transforme en campagne. Lui raconter qu'elle avait finalement décidé de grandir, d'arrêter de se morfondre. D'aller de l'avant. Et que, quelque part, c'était grâce à lui tout ça.

Luna venait de prendre la décision d'arrêter d'attendre et de revenir le lendemain quand les portes de l'ascenseur s'ouvrir. Dans le couloir les pas se dirigèrent vers elle. Elle se releva et sourit, s'attendant à voir Blaise, mais une jeune fille à l'air hautain lui fit face. Elle n'avait pas l'air surpris de la voir, et se contenta de lui jeter une œillade mauvaise avant de sonner chez Blaise.

-Il n'y a personne, précisa inutilement Luna.

Elle avait dû dire quelque chose d'étrange car, cette fois ci, l'autre jeune fille lui jeta un regard surpris.

-Pardon ? demanda-t-elle sèchement en haussant un sourcil et en fronçant le nez. Si Luna l'avait insulté, elle n'aurait pas réagi différemment.

-Il n'y a personne, répéta Luna en haussant la voix.

-Merci j'avais entendu la première fois.

-Tu m'as pourtant demandé de répéter.

-Non.

-Si. Tu as dis

-Je sais ce que j'ai dit. Comment sais-tu qu'il n'y a personne ?

-Parce que j'ai sonné et que personne n'a répondu, dit Luna sur le ton de la conversation, sans se formaliser plus que ça de l'agressivité de son interlocutrice. « Tu es bizarre » ajouta-t-elle comme si c'était un constat évident.

L'air outré de la fille la fit rire.

-Oh non. Je ne suis pas bizarre, moi. Est-ce que tu connais Blaise ?

Luna haussa les épaules.

-Je ne serais pas ici sinon.

Visiblement, elle devait encore avoir dit quelque chose d'étrange.

-Comment est-ce possible ?

-Et bien, c'est mon ami.

La fille la dévisagea d'une façon qui la mit légèrement mal à l'aise. Puis elle sembla accepter cette idée car une lueur étrange passa dans son regard.

-Son amie… D'accord. Donc il n'y a personne ?

-Non, comme je te l'ai dit.

-Alors que dirais-tu d'aller boire un verre avec moi au lieu d'attendre ici toute seule ? Je t'invite.

Luna n'étudia pas réellement la question, elle répondit spontanément :

-Oh bien sûr, ce serait très chouette !

Le sourire dangereux de la fille aurait dû la mettre en garde, mais ce ne fut pas le cas.

-Parfait.

Elle l'a pris par le bras et l'entraina fermement en direction de l'ascenseur.

-Au fait, je suis Pansy et toi ?

-Luna.

Pansy la dévisagea à nouveau, un petit sourire satisfait étirant ses lèvres.

-Je pense que nous allons bien nous entendre Luna.

Elle ne laissa pas le silence durer plus de quelques secondes.

-Pour commencer, comment as-tu connu Blaise ? Raconte-moi.

-C'est Harry qui me l'a présenté, à la galerie.

Pansy plissa les yeux. Ses pensées semblaient s'enchainer à une vitesse folle. Luna avait presque l'impression de les voir s'agiter derrière son regard scrutateur.

-La galerie ? Qu'est-ce que c'est ?

-Eclipse. C'est son nom. Harry est artiste et sa galerie vient d'ouvrir.


C'est la probabilité infinitésimale faisant d'une rencontre fortuite une amitié improbable.


Voilà mes agneaux. A bientôt.

Sam' (-Hey mademoiselle c'est quoi ton petit nom? -Sam. -Ah, c'est l'abréviation de Samantha ça! -Non. -Ah ouais? Alors c'est l'abréviation de quoi alors ? -Samaire.)