En ce début de semaine, voici le troisième chapitre. Le quatrième sera posté lorsque j'aurais terminé d'écrire le septième, c'est-à-dire vers la fin de semaine je l'espère.

Précision pour la musique que j'ai utilisé dans ce chapitre. Il s'agit de Time after time, chanté par Cyndi Lauper (Oui oui, c'est bien la musique entendue dans l'épisode 7 de la saison 6.)

Sur ce, bonne lecture :).


Elle aurait parfois aimé qu'elle le laisse respirer; sans son air, son odeur, sa ... présence. Pouvoir humer le doux parfum de l'air sans cette atmosphère qui lui rappelait chaque instant de son existence; regarder devant elle sans voir se dessiner au loin la silhouette de ce boiteux cocasse. Simplement vivre sans ce désir d'atteindre l'inaccessible, le fruit défendu, objet de sa concupiscence la plus inavouée. Elle ne pouvait pourtant s'y résoudre. C'était comme ...

« Obsessionnel. » pensa t-elle à haute voix.

Et se consumer chaque fois que son regard de braise venait inconsciemment ou non brûler les pores de tout son corps, enflammer jalousement ses sens éveillés, réduire en un simple tas de cendres ses barrières qui pouvaient encore la protéger. Ce feu ardent ne semblait néanmoins n'avoir aucune brèche permettant l'accès à sa flamme originel, le cœur même de ce brasier pourtant si singulier.

Son cœur ... ce muscle renfermé émanant à chaque fluctuation de son sang beaucoup trop d'affliction; un rejet constant de ce qui pourrait enfin calmer ses douloureux battements. Et pourtant, elle devait pénétrer dans cette antre si peu attrayante; même si ses intentions lui paraîtraient quelque peu sans fondement.

Un bruit sourd s'échappa de la porte devant sa tête de nouveau rabaissée; une voix familière vint l'arracher à ses pensées.

« Mais qu'est-ce que vous lui avez fait ? » s'étonna t-il.

Lorsque ce n'était pas l'un, c'était l'autre. Ne pourrait-elle donc jamais avoir la paix ?

« Bonjour Docteur Cuddy, vous allez bien ? Mais oui parfaitement Docteur Wilson et vous même ? se laissa t-elle aller.
_ Il est d'excellente humeur et fait ses consultations ! poursuivit t-il sans se soucier de ce que Cuddy venait de lui dire.
_ Mais qui a eu le bon goût de lui en rappeler le sens ? s'égara t-elle.
_ Pardon ? lui demanda t-il, perdu.
_ Non rien. parvint-elle à se rétablir.
_ Qu'est-ce qu'il se passe avec House ?
_ Rien d'inhabituel à ma connaissance. Échanges peu conventionnels, envoie de pics, remarques déplacées, jeu. La routine.
_ Jeu ? releva t-il.
_ Oui.
_ Intéressant ... murmura t-il à son encontre.
_ Autre chose ?
_ Heum ... » fit-il songeur en sortant.

Fermeture de porte, décrispation de ses muscles endoloris.

HHHH

House sortit d'une salle d'examen. Il venait de mener un diagnostic des plus passionnant : une angine virale chez un mioche se coltinant une mère dramatisant l'état de santé de son petit protégé. Vraiment navrant.

A peine avait-il finis de remettre ce dossier en place qu'une main vint le pousser à l'intérieur de la pièce qu'il venait de quitter d'un pas plutôt nonchalant. Un sourire moqueur égayait déjà le visage si peu expressif du diagnosticien tandis qu'une porte se refermait frénétiquement derrière ce bon vieux Wilson.

« Tu couches avec Cuddy ! blâma son bourreau.
_ Est-ce que je t'ai demandé si tu te faisais la concierge ? riposta t-il sur un ton assez vif.
_ Je ne demande pas, j'affirme ! le rectifia t-il.
_ Je peux m'en aller ?
_ Non ! ordonna t-il.
_ Je t'explique. Tu as cette idée toute faite encrée dans ta petite tête d'emmerdeur de première et tu vas me poursuivre pour me faire la morale, jusque l'endroit le plus incongru s'il le faut.
_ Je ...
_ Relax. Je dramatisais juste un peu avant de te dire que je n'ai pas couché avec Cuddy. Pas encore. lui avoua t-il.
_ Pas encore ?
_ Pff. souffla t-il. Pourquoi faut-il toujours que tu ne retiennes que l'aspect superficiel des informations que je te transmets ?
_ Parce que les choses les plus importantes sont celles qui te paraissent les plus futiles.
_ J'ai compris ! s'écria t-il. Ta vie est tellement plate et ennuyeuse que tu essayes de t'approprier la mienne. Ça, c'est futile Docteur Wilson !
_ Moi au moins je ne laisse pas filer la femme de ma vie entre mes doigts. lui rappela t-il.
_ Blablabla. se bassina t-il. Tu es rasoir à en mourir. Et si tu téléphonais à tes ex histoire qu'on sache si tu es le mieux placé pour prodiguer des conseils ?
_ Ahah, très drôle. déchanta t-il.
_ Ravi que tu sois sensible à mon humour. Je peux sortir cette fois ? »

Pour simple réponse, il lui laissa le champ libre et signifia d'un geste de la main qu'il pouvait s'en aller. House qui ne se fit pas prier plus longtemps, sortit à grandes enjambées, ne laissant pas même le temps à son ami de rajouter quoique ce soit.

Dès leur, il ne pensa plus qu'à retourner folâtrer, se jouer de ce délassement que sa patronne lui avait généreusement offert. Mais il se retînt, se devant de lui rappeler que, quoiqu'il adviendrait, il restait maître du jeu, dominant chaque nouveau lancé de dés, contrôlant chacune de ses avancés. Les règles étaient siennes et devaient pouvoir se plier à chacune de ses instances, au détriment de ce que chacun pouvait en dire. Seules leurs intentions étaient à son goût inébranlables, et l'unique chose sur laquelle il ne pouvait régner était sur ce que tout cela allait entraîner. Au fond, tout jeu comporte un risque plus ou moins substantiel; et le véritable exploit était bien de ne jamais consentir à s'y perdre.

Sachant cela, il cheminait sereinement en direction de son bureau, pièce maîtresse de la libre expression de son esprit. Suivant son entrée, il ferma la porte à double tour comme pour prévenir que même le plus affriolant des spécimen humains ne pourrait venir l'importuner. Il s'avança vers un tiroir et le tira dans sa direction pour en sortir l'outil essentiel à la libération de ses pensées; son mp3, accompagné d'un casque capable de le couper, de manière assez radicale et anarchique, du monde, si impitoyable soit-il, qui l'entourait.

Désireux de ne plus effectuer ne serait-ce qu'un simple effort, il s'allongea disgracieusement à même le sol et posa son casque sur sa tête après avoir mis hâtivement son appareil en route. Une douce mélodie trouva son chemin jusqu'à son ouïe à l'écoute du moindre son franchissant ses deux oreillettes. Il ferma les yeux, l'obscurité se fit entreprenante.

Lying in my bed I hear the clock tick,
And think of you
Caught up in circles confusion -
Is nothing new
Flashback - warm nights -
Almost left behind
Suitcases of memories,
Time after -

Il n'était pas dans son lit, mais ses pensées, perdues et mêlées entre désir et confusion, allaient sans nul doute dans sa direction. Et lorsqu'il songeait au présent, s'imaginait le futur, c'était bel et bien le passé, aux consonances si piquantes et si douces à la fois, qui ressurgissait, outrepassant sa plus ferme volonté. D'innombrables souvenirs se bousculaient, se chamaillaient, se malmenaient, comme si leur lointain passé était voué à refléter leur présent et leur futur. Bizarre.

Sometimes you picture me -
I'm walking too far ahea
You're calling to me, I can't hear
What you've said -
Then you say - go slow -
I fall behind -
The second hand unwinds.

Il sourit. Elle lui avait souvent couru après, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, barrant la route vers cette solitude qu'il clamait aimer plus que sa personne. Mais à chacune de ses débandades, sa conscience s'en allait de son lit pour se jouer quelque peu de lui, comme pour se hasarder à le guider vers une certaine lucidité. Étrange.

If you're lost you can look - and you will find me

Time After Time

If you fall I will catch you - I'll be waiting

Time After Time

C'est vrai. Jour après jour, heure après heure, minute après minute, ils étaient là pour se soutenir lorsqu'il le fallait, en dépit des railleries qui emplissaient chacune de leur journée. Il pouvait compter sur elle, et malgré ce qu'ils pouvaient en dire, cela procédait aussi réciproquement. L'important était qu'elle en soit consciente même si au fond, c'était lui et sa fierté qui avaient du mal à s'en accommoder. Étonnant ... NON ! Habituel.

After my picture fades and darkness has
Turned to gray ...

Les paroles s'éteignirent pour à un vent de silence, laissant place l'instant d'après à des plaintes beaucoup moins reposantes. Son casque venait de lui être retiré et Cuddy affichait une mine qui n'était pas des plus rassurantes.

« Vous m'avez fait peur, j'ai cru que vous faisiez un malaise. parvint-elle à dire en se redressant et en tentant de calmer sa respiration.
_ La peur vous va si bien. se marra t-il, toujours allongé.
_ Imbécile ! » brailla t-elle.

Il bougea un peu, histoire de pouvoir entrevoir ce qu'il se passait sous la jupe serrée de sa patronne.

« Imbécile heureux ai-je envie de dire ! J'ai une vue vraiment imprenable. » fredonna t-il, suffisamment fort pour être entendu.

Elle recula, se mettant hors de porté des yeux trop entreprenant de son diagnosticien.

« String rouge. Bravo Docteur Cuddy, vous savez me mettre en appétit.
_ Ce n'est, hélas pour vous, pas pour votre bon plaisir. se moqua t-elle.
_ Il faut pourtant bien que quelqu'un en profite. se défendit-il.
_ Quelle différence faites vous entre rêve et réalité ?
_ Dans ce cas précis, aucune. Les deux sont presque semblables, la seule divergence résidant dans la sauvagerie que nous mettrons dans l'acte au moment venu. affirma t-il, sûr de lui.
_ Fantasmes ? s'enquit t-elle, espérant une réponse plus satisfaisante.
_ Tout comme les rêves, ils peuvent devenir réalité. répondit t-il rapidement. Le coté bestial ne vous effraie donc pas ? »

Entre temps, il s'était relevé et rapproché, ne se trouvant plus qu'à quelques centimètres de la doyenne qui frémissait chaque fois que son souffle venait se poser sur sa peau.

Figée. Désemparée. Déstabilisée. Quel mot pouvait-il bien employer pour qualifier l'état de sa patronne ? Ou simplement un état proche de la syncope. Tous ces mots perdirent soudainement leur sens; Cuddy venait de laisser échapper un sourire railleur à l'encontre de l'homme qui lui faisait face.

Il était figé, désemparé, déstabilisé. Décélération de son cœur. Le temps était comme arrêté et elle, ne voulait toujours pas se mouvoir, s'exprimer, se défendre, pour lui permettre de se sortir de cette situation sans y laisser sa raison.

Frustration. Il avait trouvé son mot. Il était frustré de la voir en face de lui, inactive, sans réaction. Sans compassion. Car il était là, dans la supplication, se refusant à ne serait-ce qu'un mouvement, s'interdisant l'attrait de tous ses désirs.

« Allez Cuddy quoi ! Bougez-vous, parlez, jetez vous sur moi, violez moi. J'sais pas, mais faites quelque chose ! » clama t-il pour essayer de la faire réagir.

Elle le tenait.

« Vous violer ? Comme si j'avais besoin de vous forcer. » soupira t-elle en se rapprochant un peu plus.

Nouveau grief de son cœur.

Elle noua ses doigts autour de sa nuque, effleura sa joue de sa mâchoire qu'elle cala dans le creux de son épaule et mordilla délicatement le lobe de son oreille.

« Douce utopie. » bruit-elle, un sourire étirant toujours fastueusement ses lèvres.

Par la parole, le geste, ou même la fuite, il ne sut quoi répondre.

Elle plongea son regard dans le sien, désireuse de lire dans ses yeux quel sentiment résidait dans son intérieur.

« La peur vous va si bien. » châtia t-elle, pareil à un coup de grâce.

Elle le délaissa, envieuse de quitter le devant de la scène dans ce moment de gloire.

« Redoutable». parvint-il à dire, dans un bref mouvement des muscles de son visage.
_ Vous voyez quand vous voulez, vous trouvez les mots pour me qualifier. »

Et là, elle franchit le pas de la porte. Une sortie plus remarquée, plus marquée que jamais. Elle la referme, d'un geste sentencieux, sous le regard effaré de son employé.

Les règles avaient changé; ils ne devaient plus se contenter de simples mots, d'échanges libres de toutes conséquences. Il devait parfaire sa stratégie, clairement inappropriée au danger mal évalué qu'elle pouvait représenter, faire fuir cette discréditation dont il l'avait rendue victime. Après tout, il était passé en l'espace d'un instant du statut de chasseur avisé à celui de proie prie au piège sur son propre domaine. Déconcertant.

TBC...