Bonsoir-jour,

voici la suite de "The ocean under the moon". Je crois que le nombre de pages pour cette FF est nettement inférieur par chapitre à mon habitude, mais je suppose que ça augmentera au fil du temps. Pour l'instant, je n'éprouve pas le besoin de faire des chapitres plus longs... Advienne que pourra !

Un énorme merci à Marion pour sa correction très rapide et très efficace !

Je vous remercie toutes pour l'accueil démentiel que vous avez réservé à cette histoire : déjà 100 reviews passées... Vous êtes quand même incroyables avec moi, et j'en suis honorée. Je n'ai pas de mots assez satisfaisants pour exprimer ce que je ressens quand je lis tout votre incroyable soutien.

Plus en détail, merci pour le chapitre précédent à : littlemissbelly, Lydouille, sexforlife, halay, soraya2107, callie226, Anais88, sarinette60, Linaewen'Z (c'est vrai que je me renouvelle peu en fait, tu as raison de souligner que Jasper a toujours une place importante dans mes histoires... c'est juste que son personnage m'obsède, dans les romans originaux, les films, et toutes les fanfictions où il est... c'est malsain même lol), Vanessa, kikinette11, odrey010, katner, Habswifes, veronika crepuscule (te voilà avec beaucoup de questions et encore... peu de réponses lol), LolaMiSweetlove, Mariefandetwilight, Shirley, tacha vaillant, Ilonka, aude77, mlca66, Nini Hathaway, erika shoval, Louna21, Grazie, Lily-Rose-Bella, kikou13400 (Je ne connais Dexter seulement que de nom. La télé et moi ne sommes pas vraiment copains!), tonie, Chlo (j'espère pouvoir apporter un peu de "corps" à Bella. En tout cas, elle aimera la littérature et tu verras -si tu continues à lire- que ça aura une petite importance...), Bella Swan Cullen02, sarah Pel, calimero59 et Maryfanfictions.

Je vous souhaite une très bonne lecture,

prenez soin de vous.
Tiffany.

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Chapitre 3 : La flque

Edward.

Les gouttes d'eau tombaient dans la flaque une à une, régulièrement. Floc... Floc... Floc... Floc... Une... Deux... Trois... quatre...

Le bruit était le même tout le temps : le matin quand les oiseaux commencent à piailler avant le lever du soleil. Le midi, quand la ville fait résonner dans cette cave les pas des habitants pressés qui se rejoignent dans la rue. Ou le soir, quand les bars ouvrent leurs terrasses et que l'alcool ruisselle dans les verres.

Floc... Floc... Floc... Floc... Un... Deux... Trois... Quatre...

L'odeur était toujours la même, humide et froide. Les mégots entassés dans les gobelets de café froid, les bouteilles d'alcool cassées sur le tapis dévoré par les souris. Les mouches qui tournent autour des liquides abîmés, du papier de sandwich d'Esmé. L'odeur de la bouche d'égout à proximité. Au début, ça m'avait retourné l'estomac mais hey, si je ne veux pas avoir froid, je dois supporter tout ça. Les ressorts du canapé cassés, qui te rentrent dans les côtes et dans le dos, peu importe que tu y sois assis ou couché.

Est-ce qu'il va faire bon, aujourd'hui ? Je voudrais aérer.

Floc... Floc... Floc... Floc... Un... Deux... Trois... Quatre...

Les journaux entassés ici depuis des années. Certains jaunis par le temps, quand je souffle dessus, la poussière s'envole. L'oreiller mou, presque aplati. James me fait rire, quand il dit que c'est une crêpe ! Je ne sais même plus quel goût ça a, les crêpes ! Mais ça doit être bon, parce que quand je passe devant le stand de crêpes, ça sent bon. Et il y fait toujours chaud. Les gens y sont gentils, sauf avec moi. Comme si j'allais leur voler leur crêpe.

Floc... Floc... Floc... Floc... Un... Deux... Trois... Quatre...

Le corps de maman, étendu sur le tapis de la cave. Le tapis n'est plus rose et marron maintenant, il est rouge sombre. Foncé. Au début, le sang ne débordait pas, mais maintenant le carrelage est tout humide et ça glisse sous mes pieds. Elle a encore les yeux ouverts maman, parce qu'elle a vu papa la tuer et qu'elle a eu tellement peur que ses yeux sont restés bloqués, grands ouverts. Papa le disait toujours : " Ne paraît pas si étonné, espèce d'imbécile ! Un jour, ton visage restera bloqué avec tes yeux écarquillés et ta bouche ouverte et t'auras l'air d'un con toute ta vie !". C'est ce qui est arrivé à maman : à force de crier, d'être étonnée et d'avoir peur, elle est restée coincée.

Le sang monte sur mes chaussettes. Elles ne sont plus blanches maintenant, elles sont rouge sombre. Foncé. Je le sens sur mes pieds, c'est comme de l'eau, mais en plus épais. Et papa rit. Il rit. Pauvre fou. Et il me tape dans l'épaule, aussi "Qu'est-c'que j't'avais dit, p'tit ? Personne ne me tient tête ici !". Et maman n'arrive plus à refermer ses yeux, alors je l'aide à le faire. Parce que ça fait mal quand on garde les yeux ouverts trop longtemps sans battre des paupières ! Les poussières y tombent et elles s'accumulent dedans et après ça pique, comme quand on a un cil dans l'oeil.

Floc... Floc... Floc... Floc... Un... Deux... Trois... Quatre...

- Hé Ed ! Edward... Réveille-toi ! Hé !

La maison disparaît, engloutissant maman dans ses ténèbres. Je suis dans la cave, sur le canapé aux ressorts cassés. James est là. Il sourit.

- Tu t'es encore endormi ! Tiens, j'ai trouvé à bouffer devant chez ta tante !

Deux sandwichs emballés dans de l'aluminium et du cellophane. Ce sont les sandwichs d'Esmé.

- Jles ai trouvé avant-hier !

Du poulet. Du fromage. Du pain. Le fromage a un goût un peu fort mais c'est pas grave ! C'est bon quand même ! Parce qu'Esmé elle cuisine bien.

- Faut qu'on s'fasse oublier pendant quelques temps avec la fusillade de l'autre jour ! Mais j'ai ramené ce qu'on cherchait...

Il déployait devant moi plusieurs seringues.

- Faut pas qu'on les gaspille, pigé ? On n'en aura pas avant un p'tit moment maintenant ! Compris ?

Oui, James. Il avait encore ramené le journal.

- On parle de nous dedans, mais de moins en moins ! Ils ne savent toujours pas qui a tué ce pauvre garçon ! Ils ne le sauront pas ! Quoi que t'as bien failli nous faire repérer quand même, à aller voir ce gosse de si près, pas vrai ?

Mais il riait. Alors, il n'est pas en colère. Quand papa riait, c'est qu'il n'était pas en colère. Donc James n'est pas en colère.

- Pourquoi tu m'as fait ça, d'ailleurs ? On avait un plan : on devait coincer ce salopard de Laurent et son abruti de Demetri pour mettre la main sur la cam... Et toi, tu vas admirer ce môme en train de crever... Qu'est-ce qui t'a pris ?

C'est comme quand maman est partie. Pareil. Mais j'ai pas pu voir ce qu'il y a après. Où elle est partie.

- Est-ce qu'il a rejoint ma mère, le petit garçon ?

James me regardait et tapotait mon épaule.

- Oui ! Il est parti la voir au Paradis... et ils jouent au scrabble !

James éclatait de rire.

- Pauvre Edward... Si t'étais pas si bête, tu me ferais de la peine. Mais j't'aime bien quand même ! Bon écoute, tu sais où est le pistolet. Si les flics viennent ici, ou ce connard de Laurent, tu tires. Tu te rappelles comment on fait ? Tu prends l'arme, tu pointes et PAN ! Ne laisse personne t'approcher, d'accord ? Ni les flics, ni Laurent et Demetri, ni personne ! Je vais faire un petit voyage pendant quelques temps, pour trouver ce que je cherche ! Quand j'reviendrai, avec de la chance, on pourra se tirer dans une île, au soleil et on coulera des jours heureux. On se tapera quelques minettes tu vas voir ça sera super !

Il se levait devant moi, et attrapait son blouson.

- Tâche de ne rien faire de fou, ok ? Évite de sortir d'ici d'ailleurs ! Ça vaudra mieux ! Ton oncle veut toujours te trouver, je le croise souvent ! Mais n'oublie pas qu'il ne te comprend pas : il veut t'envoyer en hôpital psychiatrique, en cure de désintox... Il croit que tu es malade, c'est normal c'est un docteur, il veut que les gens soient malades ! Ne l'écoute pas, quoi qu'il te dise, d'accord ?

Oui. Carlisle est le frère de papa ! C'est un mauvais homme ! Comme mon père !

..

Je me baladais sur le chemin, proche du lac. J'aime bien venir ici, et puis il n'y a pas souvent du monde à part les gens qui courent et quelques personnes assises sur les bancs mais les joggeurs ne prêtent pas attention au monde autour quand ils courent, puis les lecteurs sont trop absorbés.

Des fois, ils laissent le journal sur le banc, et je prends leur place. Je m'assois et j'ouvre le papier grisonnant, et je fais semblant de lire, comme eux. C'est bien de faire ça, ce sont des choses normales. Je regarde tous les articles, et les photos. Il y a beaucoup d'images d'hommes politiques, en ce moment. Et du président des États-Unis aussi. Le sport bien sûr. J'aimais bien le baseball. Quand j'étais petit, maman m'emmenait faire du baseball avec mes copains. Mais je devais rentrer propre, sinon papa se mettait vraiment en colère et ensuite, ma mère ne pouvait plus m'emmener pendant plusieurs semaines. Il disait que le baseball ça coûtait trop cher, qu'il n'était pas comme Carlisle : plein de pognon.

Je tournais la page du journal, quand l'image de cet homme menotté me sautait aux yeux. Mon père. En-dessous, c'était marqué "Anthony Cullen". Mon père. Mon père n'a plus été dans le journal depuis que la police l'a arrêté à la maison. Mais pourquoi ?

Personne n'en parlait autour, pourtant Anthony habitait ici avant, avec nous. J'apercevais un policier arriver vers l'étang. Merde... James m'a dit de ne pas sortir... J'attrapais le journal et quittais discrètement l'endroit. Je ne dois pas me faire arrêter, parce qu'on se ferait arrêter si la police nous croise. Moi, je veux aller à la mer, avec du sable chaud et pouvoir rester dehors toute la nuit sans avoir peur de me faire attraper.

Heureusement que le garage de Jasper n'est pas loin. Il fait trop mauvais dans la cave, et ça pue pas mal. Il faudra vraiment que j'ouvre la petite fenêtre un peu, parce que je ne peux pas respirer l'odeur de moisi toute la nuit.

- Tiens ! Ed' !

Jasper me serrait dans ses bras une petite seconde.

- Alors, t'étais planqué où ?

- Dans la cave...

- Tu devrais vraiment sortir de cet endroit ! Ça pue, c'est malsain, tu vas y choper une saloperie !

Je lui tendais le journal.

- Tu peux me lire l'article ? Papa est en photo et j'ai reconnu son prénom et "Cullen" ! Pourquoi ils parlent de lui ?

Jasper ne semblait pas content, comme à chaque fois que je lui demande de me lire quelque chose.

Est-ce que c'est ma faute à moi si je ne sais pas lire ? Papa ne m'a jamais envoyé à l'école, et maman devait toujours s'occuper de la maison alors elle n'a pas pu m'apprendre à lire et à écrire.

- T'aurais mieux fait de rester à la maison, au lieu de te tirer dans la rue ! grogna-t-il.

Il m'énerve. Oui. Ça fait comme d'habitude, ça me monte à la tête et je voudrais crier, lui tordre le cou. Mais je peux pas, il me donne à manger et je peux dormir dans son garage quand j'ai trop froid. Mais pas souvent, parce qu'il ne veut pas que James vienne.

- Ils disent que ton père va sortir de taule sûrement...

- Je ne veux pas !

Il ne faut pas qu'il sorte de prison. Non. Non. Pendant qu'il est en prison, il ne me frappe pas, ou ne me balance pas des objets sur moi. S'il revient, il va m'enfermer dans le placard pendant des heures, encore.

- T'en fais pas Ed ! Il ne moisira pas ici ! Il n'aura pas le droit de t'approcher de toute façon ! Carlisle va aller au tribunal pour savoir ce qu'il en est ! S'il sort, il devra être sous tutelle et mon père refusera ça !

Il repassait sous la voiture qu'il réparait, et tapait dessous.

- Est-ce que je peux rester te regarder ?

- Tant que tu m'emmerdes pas... Tiens, passe-moi la clé à côté de toi...

J'aime bien être ici. Jasper, il ne se laisse pas faire lui. Il est intelligent, il sait lire.

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Bella.

J'avais préparé le dîner, et mis les cinq assiettes. Ce soir, je dîne avec mes sœurs, papa, et ma collègue et meilleure amie et collègue Siobhanne. Je savais que papa n'était pas si indifférent à mon amie, et ça me faisait doucement sourire. Je chambrais Siobhanne avec cette situation inavouée, malgré leur presque vingt-cinq ans d'écart.

Charlie arrivait avec les bouteilles et les biscuits apéritifs.

- Tu as tout pris ?

- Oui !

Il m'aidait à installer les plats sur la table, avant que Siobhanne n'arrive. Rose et Alice se pomponnaient à l'étage. Pour elles, même un simple dîner de famille devait donner lieu à un véritable défilé de mode.

- Ça a été le boulot aujourd'hui, Bell's ?

- Oui, comme toujours !

- Tu as du cran de t'occuper de tous ces petits toute la journée !

Je souriais. J'ai toujours aimé ça, et c'est une source d'énergie incroyable.

- J'aime ce métier !

- Je sais... Au fait, je suis allé faire un tour à l'étang... Je n'ai pas vu ton SDF... J'ai interrogé quelques passants, certains disent avoir vu un type d'aspect clochard traîner un peu, mais d'après les témoignages il n'embête personne... Je ne peux pas l'arrêter s'il n'est pas inconvenant...

- Je ne t'ai pas demandé de l'arrêter, mais juste de voir s'il n'y a pas une place au foyer des Webber...

- J'ai vu le pasteur, il lui reste deux lits pour les deux prochaines semaines. Si je le croise, j'en parlerai à ce gars ! En attendant, tu restes prudente et tu ne traînes pas... On ne sait pas comment agit ce garçon...

- D'accord...

On sonnait à la porte d'entrée et j'ouvrais à ma meilleure amie. Je vis très nettement mon père rougir en la voyant, et je me retenais difficilement de rire. Siobhanne, elle, restait très digne et très polie malgré la situation. Le repas fut joyeux, surtout pour Charlie que j'avais placé en face d'elle, exprès. Rose, Alice et moi nous amusions de la situation, alors que ma meilleure amie répondait poliment aux interrogations de mon père.

Si les habitants de cette ville savaient que leur chef de police est un genre de cougar...

Je rentrais chez moi vers 23h. Je me garais devant ma résidence et verrouillais mon véhicule. Je vérifiais que les portes étaient bien toutes fermées quand j'entendis comme un grand bruit de ferrailles tombant sur le bitume. Je me retournais vivement. Personne. Un chat sûrement... Je serrais mon sac contre moi, accélérant le pas jusqu'à la porte d'entrée. Je cherchais mes clés, entendant encore le bruit des grandes poubelles sur le goudron. Je jetais un regard vers le local à poubelles, et y apercevais une silhouette massive, qui semblait agiter les sacs et les crever. Un homme.

Où sont ces foutues clés ?

Ah, les voilà ! Je les sortais, observant la silhouette noire penchée sur les couvercles. "Tu restes prudente, Bella !". Alors que je refermais la porte principale de ma résidence, l'homme qui était dans le local le quittait, l'air abattu, tenant dans ses mains des emballages de nourriture vides... La pleine lune éclairait ce corps massif vêtu d'un bonnet et d'un vieux blouson, la tête baissée et le dos voûté. Il observait sa prise, avant de tout balancer par terre et de s'éloigner. L'homme de l'autre jour...

Je prenais mon téléphone fixe et appelais le numéro de papa.

- Papa ?

" - Bella ? Un problème ?"

- J'ai revu le SDF... Il faisait les poubelles de ma résidence...

" - Il y est encore ?"

- Non... Il partait quand j'arrivais...

" - Il est allé dans quelle direction ?"

- Il est parti vers l'avenue principale mais honnêtement, je ne l'ai pas suivi... Il commence à faire froid...

" - Je sais, il serait mieux au foyer... Je vais le signaler au commissariat ! Bonne nuit Bella ! "

- Merci papa ! Bonne nuit !

Quelque part dans la nuit, alors que j'étais bien au chaud dans ma couverture, le ventre trop plein du dîner de ce soir, je repensais à cet homme. Comment peut-on en arriver à ce point-là ?