Bonjour à toutes et à tous !
Voici un nouveau chapitre. J'ai eu du mal à le pondre celui-là, mais je l'aime bien, je ne sais pas trop pourquoi !
Merci de me suivre : sexforlife, annso601, liki0da, Grazie, Mariefanfictions, Samystère, choubidou. lily, vinie65, kristen590, Fleur50, halay, Emma-des-iles-974, Anais88, kikinette11, erika shoval, Nanoulaet, pounine (hum je ne crois pas avoir reçu tes précédentes reviews je suis désolée =/, je t'envoie mon email en MP, merci!), bellaeva, tacha vaillant, Looove T., littlemissbelly, tilunarou, LolaMiSweetlove, Imaginaire-de-kiki, lilla, Lily-Rose-Bella, soraya2107, Nini Hathaway, Guest, mlca66 (on lèvera le voile sur le pourquoi d'Edward n'est pas resté dans sa famille), calimero59, caro632, sarinette60, katner et Mariefandetwilight.
Merci aux lectrices aussi qui passent par là, même sans laisser de messages :)
Des derniers remerciements à Marion et Annso601 pour les réactions, la correction et tout le reste :)
Bonne lecture.
Tiffany
Chapitre 6 : La tarte au chocolat
Point de vue de Bella.
La ville avait connu un nouvel épisode neigeux, plus léger toutefois. Je scrutais chaque matin l'étendue de la poudreuse blanche, espérant y voir une quelconque amélioration. Mais rien. Autant j'aime rester chez moi, autant ne rien pouvoir faire du tout est déstabilisant !
Malgré tout, je devais reconnaître qu'avoir Edward était un « plus ». Même si nous n'échangions que peu de paroles, il m'aidait comme il pouvait : il mettait le couvert ou débarrassait, essuyait les assiettes. Il refaisait scrupuleusement tous les matins le canapé, pliant la couette et la plaçant à droite, l'oreiller par-dessus. Quand je m'éveillais, il dormait encore souvent, et n'émergeait que lorsque je prenais mon petit-déjeuner. Il me semblait qu'il avait pris un peu de poids, il faut dire que je n'hésitais pas à lui redonner des parts.
Ce matin, il sommeillait un peu plus longtemps que d'habitude. J'en profitais pour faire une liste de courses pour la semaine prochaine, si le temps se calmait comme c'était annoncé. Du lait, des œufs, des conserves, de la confitu...
- AH !
Je sursautais, et me précipitais dans le salon. Edward était assis sur le canapé, haletant et regardant partout autour de lui.
- J'suis où ?
- Shh... Edward...
Je m'avançais vers lui, et observais son profil en sueur. Il était littéralement en nage, le haut de son tee-shirt trempé.
- Est-ce que ça va ? Tu as dû faire un cauchemar...
Ses yeux brillaient, et il me fixait, hagard. Son visage était rouge.
- Tu dois faire de la fièvre... laisse-moi voir !
Hésitant, il me laissait poser ma main sur son front. Mais il est brûlant !
- Ta fièvre est remontée... Je vais te donner un nouveau cachet, et je vais rappeler le médecin...
Edward se mit à tousser, comme s'il allait s'en étouffer ou recracher ses poumons. La toux raclait, était sèche. Mes poumons semblaient me démanger rien qu'à l'entendre tousser. Mais quelle vie a ce garçon ? Je récupérais les cachets et un sirop contre la toux sèche, un verre d'eau, et le lui ramenais. Il se tenait la poitrine.
- Bois un coup... Ça ne pourra que te faire du bien...
Il se jetait sur le verre d'eau comme un mort de soif, et vidait entièrement le liquide, sans même prendre le médicament. Je ramenais la bouteille, et remplissais le verre. Je vidais le sirop dans la cuillère à soupe et il en avalait le contenu rapidement, avant de boire à nouveau deux verres d'eau à la suite. Il gémissait et fermait les yeux, toussotant un peu. Il se rallongeait sur les oreillers.
- Tu veux un autre oreiller ?
Il rouvrait les yeux et me fixait, la main toujours sur son torse, avant d'opiner. J'allais dans ma chambre, ramenais un coussin et le plaçais derrière lui. Je remontais la couette sur lui.
- Ne t'en fais pas, ça a l'air d'être une bronchite... Reste bien couvert... Tu veux manger ?
Il me regardait, et semblait déglutir avec difficultés. Son regard se fit douloureux.
- Je vais essayer de te trouver quelque chose de liquide... Une compote, un verre de lait... Tu veux ça pour déjeuner ?
Il opinait.
- Je vais t'en chercher !
Mais alors que je me relevais, je sentis une poigne forte sur mon bras et je me rasseyais sous la violence de l'étreinte. Il me fixait, livide, les yeux brillants.
- Est-ce que ça va, Edward ?
- Tu es... comme un ange...
Oh... Mon cœur se serrait, à l'entendre me comparer à un ange. Personne ne m'a jamais comparée à un ange...
- M... merci...
Je sentais le feu monter à mes joues et il souriait, avant de fermer les yeux.
- J'aime bien quand tu rougis...
Sa main restait fermement accrochée à la mienne, avant de se faire plus légère. Quelques instants plus tard, un léger ronflement s'élevait, et je me levais pour rebaisser les stores afin de le laisser récupérer. De mon portable, je tentais de contacter une nouvelle fois le médecin. C'est quand même inadmissible qu'en cas de conditions météorologiques défavorables, un docteur ne puisse pas se déplacer ! Et si c'était urgent, alors ?! Je suppose que si c'était le cas, ils déploieraient des moyens. Là, les symptômes n'ont pas l'air de l'affoler... Monsieur Cullen ne va pas se mettre en l'air pour venir soigner une bronchite, d'autant plus que j'ai des sirops à la maison.
Edward sommeillait encore, quand je m'installais pour déjeuner. Je le vis émerger vers 12h45, les cheveux en bataille et les yeux ensommeillés.
- Tu as récupéré ?
Il me fit « oui » de la tête, avant de s'asseoir face à moi.
- Je t'ai trouvé des compotes, j'ai fait une purée plutôt liquide... Je pense que ça sera bien pour ta gorge...
Je lui servais sa purée avec une tranche de jambon, et il avalait doucement et délicatement.
- Est-ce que le sirop t'a fait du bien ?
Il déglutissait et acquiesçait.
- Oui... mais ça fait mal encore...
- C'est peut-être une bronchite, ou une angine... J'ai des cachets pour les deux cas, je suis un aimant à angine et à bronchite... A gastro aussi !
Il me souriait, et c'était la première fois que je voyais un regard taquin et amusé sur son visage, et la première fois que son sourire atteignait vraiment ses yeux. Et ils sont magnifiques ses yeux, si ces larges cernes ne gâchaient pas ses traits, et cette barbe.
- Tu devrais... Prendre une douche peut-être, et te raser...
Il acquiesçait et terminait son repas, avant de se lever. L'eau coula une bonne demi-heure, puis une autre bonne vingtaine de minutes s'écoulèrent avant qu'il ne revienne, le visage rasé certes, mais avec plein de petites coupures.
- J'ai... je me suis coupé...
Il tenait dans sa main droite le rasoir jetable, avec des traces de sang sur la lame. Il s'était entaillé à plusieurs reprises, dont une un peu sérieusement. Je le fis s'asseoir. Il a l'air maladroit... L'autre fois le verre, aujourd'hui se couper...
J'allais regarder ses plaies quand un éclair me frappait. Du sang. Tu ne sais pas d'où il vient, ni ce qu'il fréquente ou a fréquenté... J'allais à la salle de bains, et enfilais des gants à usage unique. Il y avait du sang dans le lavabo. Je sais, je sais... Mais bon... Je revenais et inspectais ses plaies. Rien de bien profond apparemment. Le visage saigne beaucoup. Edward était pâle et tremblant.
- Assieds-toi, tu n'as pas l'air bien... Je vais désinfecter et laisser à l'air libre... On ne va pas commencer à te mettre des pansements sur le visage, tu ressemblerais à une momie !
Il me souriait, et sans sa barbe et avec ses cheveux mouillés, on aurait dit un petit enfant tendre et perdu.
- Ma mère me racontait une histoire quand j'étais petit... avec des momies d'Egypte...
- Ah oui ?
Il n'évoquait que rarement son passé. J'avais vite compris qu'il s'agissait d'un terrain miné.
- J'allais pas à l'école, mais quand il était parti, elle me prenait dans sa chambre et elle me lisait des histoires... Et c'était une que j'adorais, avec les momies !
Il n'allait pas à l'école ?
- Elle racontait quoi cette histoire ?
- Je ne sais plus très bien... Mais ça me faisait rire !
En proie à des souvenirs, il fut secoué par un petit rire.
- Quand il est parti dix jours, parce qu'on le faisait chier comme il disait, on a fêté Halloween. On est allés dans la rue demander des bonbons et on a tout mangé avant qu'il rentre... Je m'étais déguisé avec des bandelettes, comme une momie et maman avait juste mis une robe et moins de maquillage. Elle n'avait pas besoin, c'était la nuit de l'horreur alors comme il la frappait, ce soir-là ça passait...
Qu... mais qu'est-ce qu'il dit ?
- Ta maman se...
Ses yeux s'obscurcissaient. J'interrompais mes soins, le coton imbibé de bétadine dans les mains.
- Il la battait, ce salaud ! Il nous battait. Moi c'était pas grave parce que j'étais un garçon, mais il tapait maman et tapait et tapait... Jusqu'à ce qu'elle arrête de crier... Je l'entendais tout le temps.
Sa voix était devenue froide et profonde. Mon dieu...
- Et un jour, il l'a tapé ! Elle n'a pas eu le temps de crier... Quand je suis arrivé dans la chambre, il y avait du sang partout autour d'elle. Ma pauvre maman... Je l'ai appelée mais elle ne m'a pas répondu. Je suis resté avec elle... Il m'a mis un coup de pied dans le dos, je suis tombé contre elle. Mes habits étaient tout plein de sang, j'en avais partout.
Merde... merde, merde, merde... Non mais c'est quoi cette histoire de dingue ? Il a vu sa mère mourir ?!
- Quand je me redressais, il me poussait encore sur elle, j'ai cru que j'allais m'étouffer... Après, il m'a tordu le bras jusqu'à ce que ça craque. Il a ri et il est parti. Je suis resté avec elle, j'avais mal je voulais qu'elle me soigne comme elle me soignait quand il me touchait. Mais là, elle l'a pas fait... J'ai pas compris qu'elle était morte, je l'ai pas vue partir. Jusqu'à ce que mon oncle vienne me chercher... On m'a mis chez lui mais il ressemblait trop à lui, alors je voulais pas rester...
Les larmes obstruaient ma gorge. Mais quelle horreur... C'est ignoble, immonde...
- Et j'aime pas le sang ! Je déteste le sang !
Les sanglots roulèrent sur mes joues. C'est comme si je faisais face à un homme meurtri, blessé et à un petit enfant qui a besoin de se confier. Quelle horreur... Comment peut-on vivre une chose pareille ?
- J'aime pas quand on pleure aussi... Quand je pleurais, maman passait sa main comme ça, son pouce...
Il joignit le geste à la parole, et je sentis son pouce, dans une extrême douceur, retirer mes larmes chaudes. Mon dieu...
- Ne pleure pas, ne pleure pas. Et elle embrassait mes larmes, elle disait que ça renvoyait de l'amour directement dans mon cœur, et que le chagrin passerait plus vite.
Sans que je ne réagisse, il se penchait et embrassait le dessous de mes yeux dans une délicatesse bouleversante qui me fit encore plus pleurer. Comment peut-il avoir vécu tout cet enfer ? Cette femme avait l'air si bonne et généreuse... Et comment a-t-elle pu subir tout ça ? Vivre une vie si minable...
- Soigne-moi ! Je ne veux plus voir de sang... murmura-t-il.
Étourdie, comme sortant d'un rêve, je repris pied à la réalité, me reconnectant. Il me faisait face, son visage tuméfié et attendait patiemment comme s'il ne m'avait jamais raconté une telle horreur.
Dévouée, avec le sentiment que ce serait la meilleure action de ma journée, j'effaçais patiemment chaque traînée de sang sur son visage, puis rinçais le liquide rouge désinfectant avant de tamponner délicatement les blessures. Je reniflais peu discrètement, sentant un sanglot descendre. Si un des enfants que j'ai gardés à la crèche vivait la moitié de ce qu'il a vécu, je ne pourrais pas le supporter... Comment peut-on faire du mal à un enfant ? A une femme ? La tuer ?
- Pourquoi tu pleures encore ?
Sa voix avait claqué, sèche.
- Excuse-moi, je... Ce que tu viens de me raconter est très dur … Je suis désolée que tu aies vécu tout ça... C'est horrible...
Alors, il fronçait les sourcils, avant de réitérer ses précédents gestes : son pouce balayant ma joue, ses lèvres se posant sous mes yeux.
- Ne pleure pas...
Sa main était toujours posée contre ma nuque, et je plongeais dans ses yeux verts. Ses doigts tremblant exerçaient une petite pression sur ma peau, comme un petit roulement entêtant.
- Je sais ce qu'on va faire... Une tarte au chocolat, ça me remonte toujours le moral...
Il parut étonné.
- Tu sais en faire ?
- Oui ! Viens !
Je me dirigeais vers la cuisine, me servais un verre d'eau et le vidais d'une traite avant de sortir tous les ingrédients nécessaires.
- Chocolat... œufs... Lait... Beurre... Pâte...
Il regardait les ingrédients sous ses yeux.
- Une pâte ?
- Oui, c'est une tarte, pas un gâteau !
- Oh... Ma tante en faisait aussi ! C'était bon !
- Sans me vanter, la mienne est loin d'être mauvaise...
Il passait ses doigts entre les ingrédients, effleurant du bout de l'index le papier du chocolat à dessert.
- Comment on fait ?
Je lui expliquais les étapes une par une, et il m'aidait. Nous en étions à faire fondre le beurre et le chocolat, quand je ne pus résister à l'envie de goûter le chocolat odorant. Hum...
- Ce que c'est bon !
Je tentais de ne pas replonger la cuillère dans le mélange. Edward me regardait, les yeux brillants d'envie. Mais il semblait se retenir. Comme gêné, intimidé.
- Tu en veux ?
Je lui tendais une cuillère et il la plongeait dans le mélange coulant, le portant à sa bouche. Quelques gouttes coulèrent sur son menton, et je ne pus m'empêcher de rire.
- Oh...
- Tu t'en es mis partout !
Je retirais l'excédent de chocolat et lui posais sur le bout du nez, avant d'éclater de rire devant sa mine étonnée et déconfite.
- Hey...
Je ne pus m'empêcher de rire encore, alors qu'il retirait le chocolat de son doigt. Sans que je ne le vois venir, il me l'appuyait contre la joue.
- Chacun son tour !
Finalement, je trempais mon doigt dans la casserole et l'étalais sur son visage, comme des peintures indiennes. Il se mit à rire, et c'était la première fois que je le voyais rire. Et j'aimais ça... Comment ce garçon a pu vivre tant d'horreurs ? Il semblait hésiter, puis m'imitait et me déguisais. La substance n'était pas forcément agréable, mais je me sentais légère, bien.
Il riait aussi, et j'attrapais deux gants pour les mouiller et nous nettoyer.
- Quelle horreur !
Edward léchait son doigt.
- Il n'y a plus beaucoup de chocolat maintenant...
Il en restait encore assez.
- Oui, mais ça sera suffisant !
- Tu crois ?
- Oui, fais-moi confiance !
Je versais le chocolat dans le fond de pâte, et enfournais le mélange dans mon four. Edward disparut dans la salle de bains, et revint totalement propre. Je faisais la vaisselle, et sentais son regard sur moi. Lorsque je me retournais, il était debout et me fixait.
- Ça va ? Demandais-je en me lavant les mains.
- Oui...
- Cette tarte sera bonne !
- J'ai hâte de la goûter ! Elle sent déjà bon !
Je rangeais les ustensiles, toujours sous le regard intense d'Edward.
- Tu es gentille, Bella.
Sa voix avait fusé dans le silence de l'appartement, me faisant sursauter.
- Tu es gentil aussi... souriais-je.
Très gentil, mais si abîmé... Comment peut-il vivre, en ayant vu sa mère se faire massacrer ?
- C'est vrai ?
- Bien sûr... Pourquoi ça ne serait pas vrai ?
- Il disait que j'étais un gros con...
Vidé de la moindre estime de soi...
- Tu es très gentil, Edward...
- Mais « con », c'est moche pas vrai ?
- Oui... Celui qui t'a dit ça n'est pas intelligent, crois-moi...
- C'était mon père...
Je nous servais deux verres de lait et il s'asseyait.
- Est-ce que tu as des nouvelles de lui ?
- Il est en prison, il peut pas me faire de mal... Mais il va sortir, c'est Jasper qui me l'a dit !
- Qui est Jasper ?
- Mon cousin...
- Tu as de la famille ?
Je le croyais seul...
- Oui, mais Jasper n'aime pas que je sois parti dans la rue... Il dit que James n'est pas bon, mais James ne m'a pas laissé dormir dehors sous les ponts ou dans le parc... Je vais dans une cave des fois...
- Où est cette cave ?
- Sous un immeuble en ville... On y rentre par une vieille trappe...
Pourquoi a-t-il quitté sa famille ?
- Pourquoi tu n'es pas resté avec ta famille ?
Ses yeux s'assombrirent, et il me semblait voir passer un éclair dans ses pupilles, avant qu'il ne fronce les sourcils.
Il ne me répondit pas, et ne toucha plus à son verre de lait. Le minuteur me sauvait d'un silence gênant, et je sortais la tarte.
- On va la laisser refroidir... Elle sera meilleure un peu tiédie.
J'attrapais deux assiettes et les plaçais devant nous.
- D'accord...
J'attendais une vingtaine de minutes, durant lesquelles je faisais tout pour ne pas croiser le regard brûlant d'Edward.
- Elle est bonne...
Quand je me retournais, Edward avait déjà entamé le gâteau. Le fondant était coulant, et la part fumait mais il semblait ne pas s'en formaliser.
- Elle te plaît ?
Il opinait et léchait son pouce.
- Oui, merci ! Tu ne manges pas ?
- J'attends qu'elle soit encore plus froide...
Finalement, je dévorais ma part devant un film. Je m'étais mise à zapper sur les chaînes, quand Edward avait dit de m'arrêter sur une vieille comédie. Il semblait captivé par les images, observant chaque détail dans un silence religieux.
Le téléphone sonnait, et je me levais pour décrocher.
- Oui ?
« Bella ? C'est papa ! »
- Oh, salut papa !
« Salut chérie ! Comment tu vas ? Pas trop froid ? »
En fond, j'entendais résonner la musique de Rosalie.
- Ne t'en fais pas, je reste au chaud ! Et toi ?
« C'est dur, on a beaucoup de missions avec le commissariat...Les gens sont dans une grande détresse, surtout les personnes âgées... On a équipé les véhicules et on fait des rondes mais c'est difficile ! »
- Fais attention à toi, papa !
« Comme toujours, petite fille ! »
Au même moment Edward, qui regardait le film, éclatait de rire devant une scène.
« Tu as de la compagnie ? »
- Euh oui... C'est un... un ami...
« Un ami ? »
- Oui... Un vieux copain que j'ai... croisé dans la rue...
« Oh... Tu ne m'avais rien dit... Comment il s'appelle ? »
- Edward...
« Edward ? Tu ne m'as jamais parlé d'un Edward... »
Maudit instinct de sheriff...
- Tu ne dois pas t'en rappeler...
« Possible... Tout va bien sinon ? »
- Oui papa, ne t'en fais pas ! Il reste ici le temps que la tempête se calme, et il repartira ensuite...
Je vis Edward me jeter un pan d'oeil, et je me tournais.
« Bon... Appelle-moi si tu as besoin de quelque chose ! »
- Sois prudent sur la route, sheriff ! Pense à Rose et Alice !
« Toujours ! Et à toi aussi ! »
- Merci papa... Je t'aime ! On se voit bientôt !
« Je t'aime aussi chérie ! »
Je raccrochais et soupirais, avant de me réinstaller près d'Edward. Il ne fallut pas dix minutes à mon portable pour bipper deux fois. Deux sms. Alice et Rose, évidemment.
« Un homme chez toi ? C'est quoi cette histoire ?
Rose. »
Je souriais.
« Pourquoi tu ne nous racontes jamais rien ?!
J'y crois pas au vieux copain, c'est qui ?
T'as intérêt à tout nous dire sinon je te jure que je fais
un siège devant ton appart, avec une chèvre pour venir te
lécher les pieds jusqu'à ce que tu parles ! Alice »
J'éclatais de rire. Edward me regardait.
- Pourquoi tu ris ?
- Ma sœur est folle... Elle croit que tu es mon petit-ami, et elle veut venir ici avec une chèvre pour me lécher les pieds jusqu'à ce que j'avoue...
Je lui tendais le portable et il regardait l'écran, sourcils froncés, avant de me rendre mon téléphone rapidement.
- Pourquoi avec une chèvre ? C'est dégueulasse...
J'acquiesçais avant de leur répondre.
« Vous êtes givrées l'une comme l'autre !
Ce n'est pas mon petit-ami, Edward est un SDF que j'ai recueilli,
le temps que le pasteur ait une place dans son foyer.
Ne dites rien à papa, sinon il va être furieux ! »
Si Alice ne me répondit pas, Rose, elle, semblait furieuse. Elle n'était pas la fille biologique de Charlie, mais avait fortement hérité de son caractère.
« Quoi ?! Non mais t'es dingue !
Tu ne connais pas ce type ! Si c'était un violeur ?
Un malade mental ? Un drogué ? Un assassin ?
Tu y as pensé à ça ?
Emmett va être furieux de savoir ça ! »
Garce !
« Emmett n'a pas besoin de savoir ça !
Ne dis rien Rosalie, je te jure qu'Edward n'est pas méchant
il a vécu des choses atroces, je t'en parlerais plus tard.
Il a juste besoin d'aide... Vu ce qu'il a vécu, on peut la lui accorder.
Je t'en prie, garde le silence ! »
Je n'obtins pas de réponses, ce qui m'inquiétait. Mais comme Charlie ne débarqua pas dans mon appartement, j'en déduisis qu'elle avait gardé le silence. Solidarité féminine oblige !
Le soir, après le dîner et ma douche, je me rendais dans ma chambre. J'observais le climat. Un blizzard s'était levé, et on entendait un sifflement persistant malgré que les fenêtres soient fermées. Je ne voyais même plus les quelques véhicules garés en bas. Brrr... J'abaissais mon store, laissant au-dehors cette tempête déplorable. Je passais mon pyjama et me brossais les cheveux, avant d'aller souhaiter une bonne nuit à Edward.
Mais il était assis sur le rebord du canapé, les yeux dans le vague, les mains entre ses cuisses se balançant d'avant en arrière et en gémissant.
- Edward ? Qu'est-ce qui se passe ?
Est-ce qu'il est malade ?
Je m'approchais, et remarquais ses yeux pleins de larmes.
- Edward ?!
- J'ai... le vent...
- Tu as... peur du vent ?
Il acquiesçait vivement et fermait les yeux, en continuant de se balancer. Ses larmes roulaient.
- Il... Il m'a fermé dans la cabane du jardin en ferrailles quand... y avait du vent... et des branches tombaient sur le toit... Je veux pas... pas aller dehors...
Il haletait et je posais ma main sur son bras, m'asseyant à ses côtés. Pourquoi cet homme a vécu ? Pourquoi a-t-il eu un fils qu'il a rendu si malheureux et traumatisé ?
- Tu ne risques rien, tu n'es pas dehors... Tu es ici, au chaud avec moi... Je ne vais pas te chasser...
- Tu... tu as dit que j'allais partir quand le temps sera meilleur... au téléphone...
Et merde... Il l'a entendu...
- Ce n'est pas pour tout de suite, d'accord ?
- Du vent... Il y a du vent... Je veux pas...
- Hey... tu ne partiras pas, je te le promets... D'accord ? Tu restes ici... Je ne te mettrais pas dehors...
Mais il continuait à trembler, opinant malgré tout. Comme pris d'une crise d'angoisse.
- Tu vas te coucher, t'endormir et ça ira mieux...
- J'ai peur...
Je soupirais. Je sais ce que c'est d'avoir peur. C'est irrationnel. Et d'autant plus traumatisant pour lui.
- Viens avec moi...
J'attrapais sa main et l'entraînais dans ma chambre. D'ici, même si le bruit était un peu présent, il était plus lointain que dans le salon. Je me serrais sous les couettes, et il en fit de même, se repliant sur lui. Je lui fis face. Son regard était inquiet, vacillant.
- Ça va mieux ?
Il acquiesçait, comme si c'était la seule chose qu'il était autorisé à faire, et tendit sa main tremblante entre nous. Timidement, je tendais la mienne et la posais sur sa paume froide. Il la serrait d'une poigne douce, avant de fermer les yeux.
- Pense à quelque chose de calme... L'océan sous la lune, par exemple... Détends-toi... Pense à la mer, calme, les étoiles dans le ciel... Imagine-toi sur une plage... C'est ce que je fais quand j'ai peur... je pense que je voudrais vivre sur une plage, et regarder les étoiles et l'océan la nuit, sous une lune ronde et pleine...
Je le vis sourire doucement, mais il ne me répondit pas. Une demi-heure plus tard, sa respiration se calmait, ses traits se détendaient et sa poigne se fit plus lâche. Je m'autorisais à m'endormir, rêvassant moi aussi à ce délicat tableau...
