Je ne m'excuserai jamais assez pour le temps que je laisse courir entre chaque chapitre ... Merci à ceux qui continueront quand même de suivre et sachez que je n'oublie pas cette fiction.
Ainsi, avant de poursuivre mes révisions pour le bac blanc de la semaine prochaine, j'ai pris le temps de composer ce chapitre. Et je peux d'ors et déjà vous dire que ça sera l'avant dernier.
S'agissant du final, j'essaierai bien évidemment de ne décevoir personne.
Sur ce, bonne lecture !
La main encore posée sur la clenche, il ne pensait pas se tromper en disant que la femme qui fonçait droit dans sa direction allait de nouveau lui poser quelques problèmes. Désir malsain de l'humilier en public ou simple envie de le frustrer sans ménagement, peu importe la nature de sa nouvelle lubie, il s'arrangerait pour pouvoir cette fois habilement la contourner.
Après tout, dans ce jeu, c'était lui le manipulateur invétéré qui parvenait toujours à ses fins. Elle n'était qu'une novice. Mais une novice, qui sous ses airs de bureaucrate responsable et irréprochable sujet à un trop plein d'éthique, était bien plus redoutable qu'une lionne chassant pour sa survie.
En y réfléchissant bien, métaphoriquement parlant, Cuddy avait tout du félin aux pulsions d'assassin.
Elle tournait interminablement autour de sa proie, la rendant à la merci de ses griffes puissantes et acérées. Parfaisant sans cesse son stratagème au gré des actions de la pauvre gazelle, elle finissait toujours par attaquer au moment le plus propice. La suite dépendait de paramètres plus ou moins négligeables.
En considérant le spécimen étudié comme étant un chasseur hors pair qui ne manquait jamais sa cible, l'animal devrait rapidement gésir à terre, mort, recouvert trous béants creusés loin dans sa chair.
Cependant, si l'équation admettait l'humeur outrageusement joueuse du félin et sa ferme volonté à faire profiter du spectacle à sa progéniture, la malheureuse proie agonisera longuement en attendant le coup qui lui sera fatal. Au final, l'attaque trop bien rodée scellait le destin de l'animal chassé avant même d'avoir commencée.
Dans le fond, les seules divergences qui subsistaient entre ces deux féroces créatures étaient les raisons qui les animaient pour tuer et le processus leur permettant d'y arriver. Ce sont d'ailleurs ces différences qui faisaient que Grégory House aurait amplement préféré être confronté à une lionne affamée plutôt qu'à sa patronne. Pour le moment tout du moins.
C'est donc après avoir mûrement pesé le pour et le contre qu'il fit volte face pour s'offrir la possibilité de se réfugier dans le bureau de Wilson. Par esprit de conservation - ou de survie - il s'y précipita alors qu'il venait de le quitter quelques instants auparavant. Il referma derrière lui d'un coup sec.
Le front posé contre la porte, il tenta de réguler son cœur qui battait anormalement vite. Il se mit ensuite à tourner très lentement pour pouvoir faire face à l'habitant du bureau, retardant autant qu'il le pouvait le moment où il devrait se justifier. Fatalement, son regard finit par tomber sur l'oncologue interloqué par la nouvelle visite intempestive du médecin.
Il chercha alors très vite la solution qui lui aurait permis de se sortir de cette situation sans y laisser trop de plumes.
« Là, tout de suite, maintenant, j'aimerais être dévoré par un fauve. » déclara le diagnosticien sans en avoir vraiment conscience.
En l'espace d'une seule phrase, il venait de perdre bien plus qu'un élément physique. Cette solution introuvée lui valait donc des moqueries largement explicites.
« Du genre avide de la chair de ton corps ? se moqua le cancérologue, totalement hilare.
_ Oublie la métaphore, j'ai déjà assez de mal à analyser ce qu'il se passe. »
Conscient que la doyenne ne devait plus être qu'à quelques mètres, il se tut tout en se précipitant vers le bureau de Wilson. Une fois derrière, il se posa lourdement sur le sol et posa un doigt sur sa bouche avant de chuchoter d'une voix persuasive.
« Pas un mot sur ma présence ici ! »
L'oncologue comprit l'injonction du médecin en entendant des coups retentirent contre la porte. Le fameux fauve probablement ... Tandis qu'il priait sa patronne d'entrer sans attendre, il observa l'énergumène qui s'agitait par terre pour tenter de lui échapper.
Wilson réprima un sourire qui n'échappa à aucune personne présente dans la pièce.
« House n'est pas avec vous ? demanda Cuddy, décidant d'ignorer le sourire révélateur qui venait de lui être offert.
_ Je ... euh ... House ? fit-il, feignant l'innocence.
_ Oh vous savez, ce médecin boiteux irresponsable avec qui vous trainez souvent.
_ Pas vu ! » mentit ouvertement Wilson.
House serra les dents : difficile de berner une lionne affamée; en particulier pour le cervidé écervelé qui n'avait aucune crédibilité.
« Vous mentez. répliqua t-elle immédiatement. Je l'ai vu entrer dans votre bureau. »
_ Vous avez raison ! Mais ... il est parti ! Disparu, envolé, comme par magie ! » dupa t-il, tout en pointant discrètement du doigt la cache du diagnosticien.
House allait crier à la traîtrise, mais il décida de se raviser et attendit la suite de l'entretien.
« Je vois ... répondit-elle simplement. Eh bien, quand le docteur House aura miraculeusement réapparu, vous lui direz que je l'attends dans mon bureau.
_ Pourquoi ? s'enquit Wilson.
_ J'ai besoin de lui pour apposer une conclusion à un dossier auquel nous avons tous deux participés.
_ D'ailleurs, puisque vous en parler ... »
Il etouffa un cri de douleur en recevant un coup de canne dans la jambe.
« Très bien, je lui dirai. » répondit-il finalement, préférant éviter une nouvelle ecchymose.
Trouvant la situation suffisamment compromettante pour ses deux employés, elle se contenta d'aquiessait sans rien ajouter. Elle s'apprêtait alors à ressortir lorsque Wilson eut l'idée de la retenir encore un peu.
« C'était remarquablement bien joué. »
House leva des yeux menaçants vers l'auteur de ces paroles offensantes.
« Le coup du mariage. » précisa le cancérologue.
Il évita de justesse un nouveau coup en faisant pivoter sa chaise.
« Mais pourquoi ce jeu ? poursuivit-il en esquivant du mieux qu'il pouvait les attaques de son ami.
_ Pour le pousser dans ses derniers retranchements. »
House s'arrêta net. Il avait fait une erreur de calcul monumentale. Ce n'était pas un félin joueur acharné et affamé mais une femelle aigrie fin stratège qui avait mis en place un plan inflexible dans le but d'attiser l'attention du beau mâle. Il n'était pas la proie qu'il avait pu imaginer.
Il stoppa d'un coup sa métaphore. Ce jeu n'existait que pour mettre en place de nouveaux paramètres, lui transmettre une foule de données.
C'était pourtant simple : nouveau jeu, nouvelles règles; nouvelles règles, nouveaux paramètres.
Sorti de ses pensées par une porte qui venait d'être claquée, il ne put que constater que seuls Wilson et lui étaient encore présents dans la pièce. Les plaintes de l'oncologue qui suivirent lui rappelèrent quant à elles qu'il aurait donné n'importe quoi pour être seul enfermé dans son bureau.
« Ne t'avise plus de me frapper !
_ Ne t'avise plus de m'enfoncer comme tu l'as fait ! rétorqua férocement le diagnosticien.
_ C'était mérité ! se justifia t-il vainement.
_ Pour toi aussi ! »
Sur ses paroles, il prit appui sur le bureau pour se relever et y parvint avec difficulté après avoir refusé avec non chalance l'aide de son ami.
« Que tu le veuilles ou non, je vais faire ce pourquoi tu étais venu la première fois : t'éclaircir l'esprit. » affirma fermement l'oncologue.
House pria pour qu'une lionne vienne rapidement le dévorer.
« Tu as conscience que le jeu touche à sa fin. Il ne reste qu'une seule et dernière étape, qui est la plus cruciale de toutes : la désignation du gagnant. »
A son grand dam, rien ne vint.
« Oui, c'est moi ! clama fièrement le praticien.
_ Ce n'est pas si simple. le reprit-il, tentant de calmer sa tendance pré-pubert.
_ Ça le serait si tu vivais moins dans la complication.
_ Et toi un peu moins dans le déni. Que tu le veuilles ou non, ce jeu à tout changer et il ne vous suffira pas de retourner à vos sempiternelles altercations ou à ce besoin obsessionnel de tourner l'un autour de l'autre pour solutionner le problème.
_ Cesse de voir tout noir. s'amusa le diagnosticien en voyant les efforts déployés pour tenter de le raisonner.
_ House, ce n'était pas qu'un jeu ! s'emporta t-il.
_ Et arrête de me prendre pour un gamin aveugle et ignorant. Ça devient vraiment vexant ! » répondit le diagnosticien en imitant le ton de son compère.
Intrigué par cette réponse, Wilson retrouva un timbre de voix calme et posé.
« Admettons que tu es un certain degré de maturité ... Que comptes-tu faire ? questionna t-il, curieux de savoir comment cette histoire allait se terminer.
_ La prendre sur son bureau pour que mon nom résonne dans tout l'hôpital. Mon rêve le plus cher.
_ House ! s'indigna son ami.
_ Et cesse de prendre cet air de nonne outragée avec moi ! »
Wilson écarquilla les yeux en entendant la dernière réplique .
« Relax, on va juste discuter entre adultes responsables. » poursuivit le diagnosticien sans lui laisser le temps de répondre.
Son interlocuteur resta bouche bée, pensant avoir affaire à une hallucination auditive.
« J'aime beaucoup ce Wilson sans voix. Il très reposant. reprit-il d'un air amusé.
_ House ! s'offensa une nouvelle fois le cancérologue.
_ La répétition à outrance de mon nom voudrait-elle signifier quelque chose ? »
Excédé, l'oncologue se cala dans son siège en soupirant.
« Si tu veux vraiment tout savoir, nous allons probablement jouer avec des mots pour tomber sur un terrain d'entente. avoua finalement House, assuré que c'était la meilleure chose qui lui restait à faire.
_ Je ne suis pas bien sûr de tout saisir ...
_ Tu l'as dit toi-même, c'est la désignation du gagnant. Désignation qui ne pourra pas se faire autrement que par le jeu. »
Il s'avança vers la sortie avant de compléter sa phrase d'une voix cristalline.
« C'est par le jeu que tout devient possible. »
L'oncologue, venant d'avaler sa salive de travers, toussa à gorge déployée en commençant à sérieusement se demander s'il n'était pas en train de rêver.
House, fier de son petit effet, s'en alla en le laissant étouffer.
TBC...
