Salut tout le monde !

Merci de vos supers reviews au précédent chapitre, vous êtes géniales ! Je n'ai pas le temps d'y répondre aujourd'hui, je tenais à vous livrer ce chapitre assez rapidement. Je vais tenter de me tenir au délai d'un chapitre par semaine, mais je ne promets rien.

Merci à Marion pour sa correction judicieuse.

Bonne semaine à vous toutes ! A dimanche prochain !

Prenez soin de vous.
Tiffany

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Chapitre 11 : Le bruit du métal

Point de vue de Bella.

Je n'arrivais pas à trouver le sommeil. Outre le fait que je ne parvenais pas à faire abstraction du vent dehors, je ne cessais de penser à Edward, et aux paroles de Jasper, son cousin. Ainsi donc, il y a un lien... Quelque chose qui nous « raccroche »...

Mais qu'avait voulu dire le garagiste ? Était-ce vraiment une chose « sordide » comme il l'avait dit, ou voulait-il simplement m'éloigner ? À quel point tout cela pouvait-il être malsain ?

Je me tournai vers mon réveil. Trois heures du matin tout juste. Et Alice qui ne me rappelle pas...Heureusement que nous sommes en week-end et que je n'ai pas à me lever demain matin... Elle avait passé sa soirée en compagnie de Jasper, qui faisait plus que lui plaire, et m'avait promis de me donner des nouvelles. Éventuellement, d'en discuter avec lui de façon discrète. Elle me devait bien cela, parce qu'elle m'estimait « responsable du bonheur » qu'elle pensait vivre avec Jasper dans l'avenir. J'aime l'optimisme de ma sœur... Et son côté fantasque. J'attrapai mon portable, et consultai mes SMS mais rien. Pas un message. Puisque de toute façon je ne dormais pas, je décidais de surfer sur internet avec mon téléphone. Rien d'intéressant. Je lisais quelques nouvelles, avant de le poser sur ma table de nuit pour tenter de trouver un sommeil inexistant...

J'avais certainement fini par m'endormir, parce que je sursautai quand il sonna. Il était tout juste sept heures, et je médisais ma frangine pour me faire un coup pareil.

- Salut Alice...

- « Ho Bella ! Je suis si conteeeeeente ! »

- Est-ce que tu as bu ?

Elle se mit à rire.

- « J'ai passé la soirée la plus merveilleuse de ma vie... Et la nuit la plus merveilleuse de ma vie ! »

Oh seigneur...

- Est-ce que tu as...

- « Couché avec lui ? Oui, oui ! Trois fois oui! C'est le meilleur coup de toute mon existence ! »

- Il n'a que des qualités ce garçon... ironisai-je. Tu es rapide !

- « Il n'aime pas s'embarrasser avec les détails... Il le voulait, je le voulais aussi... Pourquoi chicaner ? »

Je soupirais. Elle mène sa vie comme elle l'entend, après tout... Et ce ne sont pas mes fesses !

- Vous allez vous revoir ?

- « Je sors de chez lui, on se revoit mardi... On va au cinéma ! »

- Génial... Mais fais attention à toi... Tu ne le connais pas beaucoup, et il a l'air un peu... Bourru, je vais dire...

- « Il est incroyablement différent... Il a un sacré caractère mais il est tendre et galant ! Oh Bella, il m'a transportée ! »

Sa voix semblait sincère, et j'espérais sincèrement qu'elle ne serait pas déçue avec lui.

- Je suis contente pour toi...

- « Merci ! Oh, et on a parlé d'Edward... Un peu... »

- Alors ?

- « Edward est son cousin... Comme tu le sais, son père a tué sa mère devant ses yeux, et il a été condamné à de la prison... Il a été relâché il n'y a pas très longtemps, malgré les efforts du père de Jasper pour empêcher ça... Carlisle, c'est le père de Jasper... »

- Carlisle, comme Carlisle Cullen ? Notre médecin ?

- « Oui... C'est l'oncle d'Edward... »

- Comment a-t-il pu laisser son neveu aller dans la rue ?

- « Aucune idée... J'ai bien senti que Jazz ne voulait pas trop s'étendre sur le sujet...»

- J'imagine... Mais le docteur est quelqu'un de très sérieux et très compétent... Comment a-t-il pu laisser son neveu partir de chez lui, vivre ce qu'il vit ?

- « Je n'en sais pas plus... »

- Ça me dépasse... Le docteur n'est pas du genre irresponsable...

- « Je sais... J'ai essayé de savoir, je t'assure, mais Jasper commençait à s'agacer et je savais que si je voulais quelque chose de lui, continuer sur ce terrain était glissant... Tout ce que je peux te dire, c'est qu'il a l'air de souffrir de cette situation... »

C'est impossible que ce genre de choses puisse exister...

- C'est si bizarre...

- « Après, je n'ai pas pu savoir autre chose... Je crois qu'il me soupçonnait d'être en enquête pour toi, et ça avait l'air de le brasser, alors...comme je comptais aller avec lui jusqu'à son lit... Tu comprends... »

Je souris.

- C'est pas grave... Merci Alice !

- « De rien, et désolée de t'avoir réveillée mais il fallait que je partage ça avec quelqu'un... Et comme Rosalie est sûrement avec Emmett... »

- Pas de soucis... Papa ne t'a pas disputée de ne pas rentrer ?

- « Si, mais ça valait le coup ! »

Je sentis son rire, son bonheur rien que dans l'intonation de sa voix.

- Je suis contente pour toi !

- « Merci ! J'espère que ça va durer ! »

- C'est tout le mal que je te souhaite !

- « Je vais aller dormir... On se voit au ciné ce soir ? »

- D'accord, à 22h !

.

.

Je me garai dans une petite ruelle pour rejoindre ma sœur au cinéma. Nous devions voir une de ces comédies à l'eau de rose qui serait sans doute mauvaise, mais c'était surtout là l'occasion de nous retrouver.

Je retrouvai Alice devant le panneau des résumés de films, accompagnée par celui que je devinai être mon garagiste. Alice avait son bras autour de celui de Jasper, et était lovée contre lui. Il était plus grand qu'elle de trois bonnes têtes, et le tableau me fit sourire. Jasper n'était pas censé être là, si? Je m'avançai vers eux.

- Salut !

Alice sursauta.

- Oh Bella ! Salut !

J'embrassai ma sœur et la serrai dans mes bras, avant de saluer Jasper.

- Bonsoir !

- Bonsoir Bella !

Alice admirait le profil de son compagnon, des étoiles pleins les yeux. Jasper avait l'air moins bourru et plus disponible qu'à son garage.

- J'ai dit à Jasper de venir avec nous ! Pour, tu sais, resserrer les liens entre deux rendez-vous...

J'arquai un sourcil, un peu surprise pour être honnête.

- Resserrer les liens entre deux rendez-vous ?

Je lançai un regard à Jasper, qui haussa les épaules.

- J'ai pas bien compris non plus, mais c'est pas grave...

Je lui souris et après avoir pris nos places, nous nous installâmes dans la salle obscure. Comme prévu, le film était mauvais mais je soupçonnais Alice d'avoir opté pour ce choix afin de pouvoir embrasser Jasper sans regretter de manquer quelque chose de sympa. Et moi, je regrette de ne pas être restée chez moi.

Après la projection, nous quittâmes le cinéma, et Jasper nous proposa de boire un verre. Nous prîmes place dans un bar proche du complexe cinématographique, et Alice se leva après avoir commandé sa boisson. Elle embrassa Jasper sur la joue.

- Je vais me refaire une beauté, je n'en ai pas pour longtemps...

Elle me fit un clin d'œil, et s'éloignait vers les toilettes pour dames. Je me sentais affreusement gênée, voire très intimidée. Le serveur vint nous apporter nos verres, ce qui brisa la gêne entre nous.

- Alors ? Faut briser la glace... Je suppose... Comme ça, votre père est flic ?

- Ouais, chef de police...

- La classe ! Répondit Jasper, en faisant un petit bruit avec sa bouche.

Il but une gorgée de son whisky-coca.

- Alice m'a dit que ton père est médecin ? C'est le docteur Cullen ?

- Ouaip, votre docteur si j'en crois ta sœur...

- C'est ça... souris-je. Un très bon médecin...

- C'est certain !

- Tu n'as pas voulu faire médecine ?

Je vis clairement son visage se renfrogner.

- Pardon...

- J'ai été radié de l'ordre des médecins, je suis devenu garagiste !

- Oh...

Radié... et ben il a dû faire une belle bêtise...

- Ouais, qu'est-ce que tu veux, on n'a pas beaucoup de chance dans notre famille...

- Tu inclus Edward, dans ta phrase, non ?

Il me fusilla du regard.

- Tiens-toi loin de ça, s'il te plaît ! Il t'a volé ton argent et ce, même si tu lui as offert un toit ! Je crois que ça te donne une idée du personnage ! Et si tu ne comprends pas ça, c'est que tu es une belle petite idiote !

Alice revint à ce moment-là, toute pimpante. Elle se rassit, laissant traîner sa main sur les épaules de son petit-ami. Je vidai mon verre assez rapidement, comme électrocutée. Il a une drôle de façon de tenter de se faire apprécier par la famille de sa copine, lui... Je me levai, et attrapai ma veste.

- Tu pars déjà ? S'inquiéta ma sœur.

- Oui... Je suis fatiguée...

Jasper tourna délibérément son regard vers le bar, comme pour m'éviter. Alice fronça les sourcils, mais ne dit rien.

- Oh... Bon... C'est dommage, on aurait pu aller en boîte...

- Je n'aime pas les boîtes, tu le sais...

- Ça tombe bien, moi non plus je n'aime pas ça ! Trancha Jasper.

- Hey... Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Rien... Je t'appelle demain, Alice... Je t'aime !

- Moi aussi, mais...

Je l'embrassai rapidement, lui coupant la parole. Le téléphone de Jasper sonna sur la table, et il décrocha rapidement.

- Ouais p'pa ?

Ainsi donc, c'était le docteur Cullen... Le regard de Jasper devint brusquement incrédule, et il se leva rapidement.

- Putain j'arrive ! J'arrive tout de suite ! Non c'est bon, je vais pouvoir t'aider, n'appelle pas Charlotte !

Il raccrocha, balança deux billets sur la table et attrapa son blouson.

- Faut que j'y aille, urgence familiale !

- Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Demanda ma sœur en se levant, prête à le suivre.

Mais il n'écoutait pas, ayant déjà quitté le bar.

- Il faut le suivre, Bella !

- Viens, je suis garée là-bas !

Nous atteignîmes mon véhicule rapidement, et je démarrai, prête à suivre Jasper. Alice accrocha sa ceinture et je tentai de ne pas perdre des yeux la Seat noire qui filait à toute allure dans la nuit.

- Accélère !

- Je fais ce que je peux ! Je n'ai aucune envie de me faire arrêter par Charlie, figure-toi !

- C'est Emmett de garde cette nuit, il fera sauter les PV s'il faut ! Attention, il tourne ici !

Je faillis louper l'embranchement qui tournait dans la forêt sombre et dense. La poussière produite par le véhicule devant moi obscurcissait mon champ de vision, rendant le trajet pénible. Très vite, pourtant, la voiture s'immobilisait devant une villa.

IMMENSE !

- Oh pu...naise ! Souffla Alice.

- Wow... On est où, là ?

- J'en sais rien, mais je n'aimerais pas faire le ménage ici...

Jasper avait déjà quitté son véhicule, claquant la porte d'entrée avec force.

- Viens, on y va !

- Alice... ça ne nous regarde peut-être pas... Si c'est un souci familial... On ne peut pas aller chez les gens comme ça...

Mais ma sœur secouait sa tête vigoureusement.

- Non... Je sens qu'on doit y être... S'il a besoin de quelqu'un pour... Fais ce que tu veux, mais j'y vais !

Elle ouvrit la portière et franchit à son tour la porte d'entrée. Si elle a un souci, si c'est un traquenard ou... Je décidai de suivre ma frangine, pas très rassurée. J'entrai dans un hall impressionnant et très blanc. De magnifiques baies vitrées ornaient les murs, donnant sur la forêt. La pleine lune illuminait le bas, rendant l'atmosphère magique, et angoissante à la fois. Face à moi se trouvait un simple escalier tout aussi blanc, et parvenaient d'en haut des voix d'hommes.

- La balle a ricoché sur l'apophyse caracoïde...

- Putain fais chier... Ça a touché la clavicule ?

- Apparemment non ! La glène humérale a aussi été touchée...

- Hémorragie interne ?

- Il saigne beaucoup mais il a eu le réflexe de compresser la plaie et de venir ici... Edward ! Edward, reste avec nous ! Tu m'entends ? Reste avec nous ! On va retirer la balle ! Jasper est là, il va m'aider ! Reste avec nous !

Mon cœur se mit à battre. Fort. Très fort. Une balle... Edward... Mon dieu... Je sentais le vertige me faire tourner la tête. Blessé par balle... Je grimpai alors plus vite que jamais les escaliers, déboulant sur l'atroce.

Edward était allongé à même le sol sur la moquette beige, entouré par mon médecin et Jasper. Alice était auprès de l'épouse du médecin et elles regardaient la scène se déroulant sous leurs yeux. L'odeur du sang emplissait de façon anormale mes narines, et je supposais que ce qui se passait devant le médecin n'était pas beau à voir. Edward avait la tête penchée en arrière, la bouche entrouverte. Il tremblait et gémissait, le visage couvert de sueur. Je remarquais alors la flaque de rejets gastriques au sol, et ce fut à ce moment-là que je croisais son regard.

Son regard qui semble s'éteindre, à chaque seconde un peu plus.

Non... Non... Non, il ne peut pas.

- Edward !

Il rouvrit ses yeux brièvement, trop brièvement. Jasper leva son regard vers nous, avant de souffler et de reporter son attention sur le corps devant lui.

- Va chercher le kit pour les sutures, de la gaze, du désinfectant !

Jasper se précipita dans une autre pièce. Carlisle maintenait l'épaule droite d'Edward, caressant ses cheveux.

- Allez... ça va aller Edward... Jasper va m'aider, on va te retirer ça ! Tout va bien aller, mon garçon... Je suis là...

Edward gémissait, plus faiblement alors. Jasper revint en quatrième vitesse, et ils commencèrent à soigner. A couper d'abord... Couper la peau, à vif...Je pouvais presque sentir la lame sur ma propre épaule et je frissonnais, fermant les yeux. Les bruits qu'émirent l'opération m'écœurèrent bien vite, et je sentais des sueurs froides s'emparer de moi. Est-ce que je suis réellement en train d'assister à l'extraction d'une balle ? Est-ce que ce n'est pas un cauchemar ? Mon dieu... Je voulais détacher mon regard de l'action, mais je n'y arrivais pas. Edward se mit à hurler. L'épouse du médecin se tournait, quittant la pièce en courant une main à sa bouche. Alice se tourna vers moi et m'enlaça. Je fermai les yeux, inspirant le parfum de ma sœur.

Mais quelle horreur...

- Je l'ai, c'est bon ! Expliqua Jasper.

- Retire la doucement... Très doucement... Ne la bouge pas d'un millimètre, elle doit rester dans son axe...

- C'est bon ! Je l'ai !

- Je referme !

Et puis, un bruit de métal qui tombe sur du métal. Ce « ting » de l'objet jeté contre un autre dans un petit bruit. Le bruit de la balle qui tombe sur le haricot métallique. Et qui résonne. Encore, et encore. Et encore.

Je n'avais aucune idée de ce qui se déroulait dans le salon, mais je ne voulais pas savoir. Entendre les bruits, les mouvements, les murmures et les gémissements de douleur me suffisait. C'était largement descriptif pour ma pauvre âme. Edward vient de se faire retirer une balle... A vif...

- C'est bon... J'ai presque fini...

- Comment va-t-il ?

- C'est bon, il est juste sonné mais c'est normal... Je vais lui bander l'épaule...

- On peut le redresser...

- Allez Edward ! Reviens parmi nous ! Edward ! Allez voilà, c'est bien mon grand... ça va aller...

Je rouvrais les yeux en entendant les bruits de tissus froissés, les mouvements.

- On va le transporter jusqu'à sa chambre, il sera mieux allongé... A trois, on le soulève... Un... deux... trois...

Jasper et Carlisle passèrent devant mes yeux, soulevant le corps pâle et lourd d'Edward. Ils traversèrent un long couloir et entrèrent dans une chambre magnifiquement grande. Mais je n'eus pas le temps de m'attarder sur la décoration, bien trop obsédée par Edward. Une balle bon sang ! Une balle !

- On a retiré la balle, Edward. J'ai refermé la plaie. Tout ira bien, il n'y a pas d'hémorragie. Tu vas rester ici quelques temps... Tu as perdu beaucoup de sang, et tu n'es pas en état... Tu vas avoir besoin de rééducation... Je vais aller à l'hôpital et prendre une boîte de cachets pour que tu puisses dormir... Je n'en ai pas pour longtemps ! Jasper va rester là, si tu te sens mal, dis-lui !

L'épouse du médecin entra dans la chambre, et vint serrer son mari dans ses bras.

- Tout ira bien, Esmé ! On va le surveiller !

Elle sanglotait contre le torse de Carlisle, et ils échangèrent un discret baiser. Jasper s'assit aux côtés d'Edward, et prit son pouls. Il souleva ses paupières, observant les yeux avec une petite lampe. Radié de l'ordre des médecins, hein...

- Je vais préparer des cafés et des tisanes... murmura Esmé. Pour tout le monde...

Elle nous sourit, maternelle et douce, avant de disparaître à nouveau. Jasper se releva et se dirigea vers Alice, avant de la prendre dans ses bras une brève seconde.

- Il va être fatigué...

- Comment c'est arrivé ?

- Aucune idée... Je t'avais bien dit que c'était sordide...

Son ton était sec et cassant.

- B... Be... Bella ?

Je me tournai vers Edward, dont la voix me parut plus faible que jamais.

- Tu as de la visite, vieux ! Tu peux aller le voir, mais il va sûrement avoir besoin de dormir ! Je reste là, jusqu'au retour de Carlisle !

Il alla s'asseoir dans un élégant fauteuil, et attira Alice sur ses genoux. Je m'avançai jusqu'au lit, et Edward ouvrit faiblement les yeux. Son bras gauche était tendu sur le matelas, et sa main pendait dans le vide. Il bougea presque imperceptiblement son index et son majeur, avant de refermer les yeux.

- B... Bella...

- Je suis là...

Je m'agenouillai devant le lit, pour qu'il puisse me voir s'il rouvrait les yeux.

- Tu as... est-ce que... la fleur... tu as... la fleur...

Une boule dans ma gorge se forma, à son ton presque mort. Il était là, revenant d'une balle dans l'épaule, et il me parlait de sa fleur.

- Elle est chez moi... murmurai-je, ravalant l'émotion au fond de ma bouche.

- Tu as... tu as... est-ce que... la fleur... elle... Tu as...

-Shh... Ne dis rien...

Mon menton se mit à trembler en un rien de temps, et je me senti vulnérable. Pratiquement face à la mort...Espérant très fort qu'elle ne viendrait pas jusqu'à lui...

- Est-ce... elle... tu l'as aimé ?

Il rouvrit alors en l'espace d'une demie seconde ses yeux vert, embués de larmes. La douleur, la souffrance. La peur, sans doute...

Malgré ce qu'il a pu faire, malgré tout ça... malgré le fait qu'il ait volé mon argent... le voir comme ça... Et vouloir savoir si j'ai aimé sa fleur... il aurait pu garder cet argent pour manger, mais au lieu de cela, il m'a envoyé une fleur...

Un sanglot glissa alors sur ma joue.

- O... Oui... Oui... Elle était très belle !

Un fin sourire, aussi inespéré que timide, se dessina sur son visage brièvement, alors qu'il semblait vouloir s'endormir.

- Ah... tant mieux...

J'attrapai sa main.

- Repose-toi... ça va aller... Tu es en sécurité ici...

- O... oui...

Ses doigts eurent un léger spasme nerveux, avant qu'il ne parte dans les bras de Morphée. Jasper se leva et vint prendre son pouls, avant de nous rassurer.

- Il s'est endormi... On va le laisser se reposer...

Il nous fit signe de la tête de quitter la pièce, et ferma les volets sur la nuit devenue trop sombre.

.

.

Le thé, aussi léger fut-il, ne passait pas. Ce n'était pourtant que de l'eau aromatisée, mais non. Je ne pouvais rien avaler, seulement obnubilée par le tic-tac incessant de la pendule, et des secondes qui s'égrenaient. Jasper ne cessait de faire des allers-retours entre la chambre d'Edward et la cuisine pour vérifier qu'il allait bien.

Le silence était pesant, bien trop pesant pour mon propre bien.

- Buvez, Isabella...

Je souris poliment à la maîtresse de maison, tentant de laper une gorgée du thé devenu désormais trop froid.

- Vous devriez rentrer chez vous... Vous n'auriez pas dû assister à cela...

- Je veux m'assurer qu'il ira bien...

Elle eut un trop bref sourire.

- Il est entouré par un excellent médecin, et mon fils. Tout ira bien, ne vous en faites pas...

- Comment cela a-t-il pu se produire ? Gémit Alice.

- Nous n'en savons rien, mais il a bien fait d'avoir le réflexe de venir ici...

J'opinai. Il s'est sans doute sauvé la vie... A ce moment-là, Carlisle Cullen fit sa réapparition.

- C'est bon, j'ai pu avoir des cachets... Comment va-t-il ?

- Il dort, j'ai vérifié ses indices vitaux, c'est ok !

- Merci fiston... C'est bien qu'il dorme... Dès qu'il sera réveillé, je lui donnerai un cachet... Le mieux est qu'il dorme pour l'instant... Alice, Isabella... Vous devriez rentrer chez vous...

Nous aurions dû oui, certainement. Mais c'est au-dessus de mes forces actuellement...

- Je vais rester ici ce soir... murmura Jasper.

- Je reste aussi, dans ce cas ! S'exclama Alice.

- Alice, rentrez chez vous ! Vous devez être exténuée, et votre sœur aussi...

- Il t'a dit ce qui s'était passé ? Demanda Jasper.

Le médecin fit « non » de la tête, les mains sur les hanches et l'air épuisé.

- Non... Mais quand je l'ai vu dans cet état avec tout ce sang sur son pull, j'ai juste déchiré le tissu et je t'ai appelé...je n'aurais pas pu retirer la balle tout seul !

- Qui a bien pu lui faire ça ? Tu crois que c'est Anthony ?

- Non... Il n'est pas assez fou pour faire ça dès sa sortie de prison... Du moins je l'espère... Ce qui m'inquiète, c'est que je ne l'ai pas encore vu... Ce n'est pas logique, je pensais que la première chose qu'il ferait serait de venir ici demander asile ou...

- Il sait que tu as demandé une ordonnance d'éloignement... Il n'est pas « idiot », il ne se pointerait pas ici ! Expliqua Jasper.

- Nous allons en parler à Charlie, vous devriez venir au commissariat, docteur Cullen, mon père vous écoutera et prendra votre témoignage et...

Charlie enquêtera. Il trouvera le coupable. Si c'est le père d'Edward, il le mettra en prison et...

- Isabella... Nous n'avons pas de preuve qu'il s'agisse de mon frère, le tireur... Et croyez-moi, il vaut mieux éviter de mêler la police à cette histoire...

- Mais pourquoi ? Il s'est fait tirer dessus, bon sang !

Ne rien dire, c'est protéger le meurtrier ! Edward n'a pas besoin de ça !

- Edward n'est pas innocent, vous savez... tout se sait, à Forks. Si Anthony apprend ceci, en supposant que ce n'est pas lui le tireur, il voudra approcher Edward. Et si c'est lui le tireur, et qu'il sait qu'Edward est en vie... Vous n'osez pas imaginer la suite, et moi non plus... Edward va rester ici, une ordonnance a été prononcé pour qu'Anthony n'approche pas cette demeure... Il y a des caméras de sécurité autour du domaine. A la moindre intrusion, un service de sécurité est alerté et la police prévenue... Il n'y a pas d'endroit plus sûr pour Edward que cette villa... Je vais le protéger, du mieux que je le peux... Mais n'ébruitez pas l'affaire ! Puis-je compter sur vous ?

Garder le silence... Dès qu'un habitant de Forks franchit la porte du commissariat, la nouvelle est dans le journal le lendemain même. Alors si l'éminent médecin vient raconter que son neveu s'est fait tirer dessus... tout se saura très vite... Jasper, passablement agacé, se leva de table, entraînant ma sœur dans le couloir. Carlisle reprit la parole.

- Nous ferons le nécessaire dans la plus stricte légalité, Isabella. J'irai moi-même voir votre père quand le moment sera venu. Mais ce n'est pas encore l'heure, vous comprenez ?

J'acquiesçai.

- Bien... Merci...

Il me semblait encore entendre le bruit du métal de la balle, dans le haricot. Encore, et encore.

- Nous avons tous vécu une expérience traumatisante. Je vais vous donner à vous, ainsi qu'à votre sœur, des somnifères légers. Vous dormirez d'un sommeil sans rêves, vous vous reposerez plus sereinement... Tentez d'oublier ce qui s'est passé ce soir...

- Jamais... Je sais que je ne pourrais pas oublier...

Le médecin eut un petit sourire et m'invita à me lever de table à mon tour.

- Je vous promets de vous donner de ses nouvelles très rapidement... Quelque chose me dit que votre sœur et mon fils vont se revoir très bientôt...

Alice et Jasper s'embrassaient, indifférents aux discours autour d'eux, dans le couloir. Mon regard se portait machinalement vers l'étage où dormait Edward.

- Puis-je...

- Oui, allez-y, mais quelques instants seulement... Il ne doit pas être dérangé...

- Merci docteur...

Je grimpai les marches, le médecin sur mes talons, et entrai dans la chambre plongée dans le noir. Edward dormait, sa respiration était lente et légère. Il n'avait pas bougé d'un millimètre, la main toujours dans le vide et le torse exposé. La pièce était plutôt fraîche, et je m'avançais doucement. Machinalement, et parce qu'il a certainement déjà eu trop froid à dormir dehors depuis je ne sais combien de temps, je remontais la couette épaisse sur son corps, le couvrant jusque sur la poitrine. Je n'osais pas remonter la couverture plus haut, de peur d'appuyer sur sa blessure.

Le silence était assourdissant, vertigineux. Il n'y avait aucun bruit, aucun mouvement témoignant d'une vie quelconque ni dans la maison ni dans la forêt alentour.

Comme si la nature se taisait, pour mieux le laisser récupérer...