Bonjour tout le monde !

Voici le nouveau chapitre en ligne. Je vous remercie toutes et tous pour votre soutien, vos petits commentaires qui illuminent ma boîte mails. J'adore aller en pause, pour pouvoir venir consulter tous vos petits avis.

Merci !

Je ne vous fais pas plus languir, bonne lecture et prenez soin de vous.
Tiffany.

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Chapitre 18 : Pour la protéger

Point de vue de Bella.

- Mes sœurs doivent passer, tu pourras leur ouvrir l'entrée ?

Edward opina, assis sur le canapé à essayer de lire un nouvel article d'un de mes magasines de voyage. Il arrivait à assimiler les phrases vraiment bien, et pouvait presque lire sans accrocs. Le voir progresser aussi vite, de façon aussi assidue, me remplissait d'une immense fierté et aussi, d'une certaine tendresse. Je voulais le prendre dans mes bras et rire avec lui quand il arrivait au bout d'un article et parvenait à me ré-expliquer ce qu'il venait de lire. Sa joie n'avait aucune borne quand il découvrait un mot nouveau, plus élaboré que ses propres mots, et qu'il pouvait lui-même aller chercher la définition dans le dictionnaire. Son plaisir n'avait aucune limite, et il passait désormais le plus clair de sa journée à lire tout ce qu'il trouvait dans mon appartement, le dictionnaire et un cahier avec un stylo sous la main.

Je lui avais acheté un cahier de brouillon lors de ma dernière sortie aux courses parce qu'il utilisait beaucoup de feuilles volantes qu'il agrafait ensuite les unes aux autres, pour noter des passages qui lui plaisaient dans ses lectures. Il allait de la simple citation à des paragraphes entiers, qu'il s'exerçait ensuite à recopier encore et encore, jusqu'à les connaître par cœur. Il lisait tout, y compris le magasine TV jusqu'à la dernière page et sa soif de connaissances semblait ne pas s'éteindre. Il se levait souvent tôt, très tôt quand je partais travailler, pour se coucher à plus de minuit passés. Quand nous étions ensemble, il me racontait ce qu'il avait lu dans la journée en mon absence, et ce qui lui avait plu et ce qu'il n'avait pas aimé. Il m'arrivait de lui expliquer avec d'autres mots les définitions du dictionnaire qu'il ne comprenait pas, et il tentait de noter scrupuleusement chaque mot pour que rien ne lui échappe.

Quand je partais le matin vers six heures et demi ou sept heures moins le quart, et que je rentrais en début d'après-midi, il était assis à la même place, rivé sur ses lectures. Il finit par se plaindre de maux de tête, et je lui expliquai alors que lire sans cesse, écrire à la lueur d'une petite lampe, n'était pas l'idéal pour ses yeux. Il leva le pied, forcément déçu, et je prenais le relais pour lui lire des chapitres de roman le soir, et il finissait toujours par s'endormir contre moi, avant que je n'ai pu atteindre la fin.

La plupart du temps, nous dormions ensemble. Il se serrait contre moi le soir, sa tête contre mon épaule, et m'écoutait lire. Je pouvais admirer des sourires dans son sommeil, et ses rêves plus apaisés qu'à son arrivée. Il n'avait plus de cauchemars qui le terrorisaient, et il ne se réveillait plus beaucoup en criant. Parfois, je me retrouvai blottie contre lui au petit matin, sans que cela ne me dérange plus que ça ne l'aurait dû. Il me serrait simplement contre lui, sans gestes déplacés, sans manque de respect. Compte tenu de notre relation étrange, j'aurais certainement dû mettre des barrières entre nous, pour ne pas le blesser comme l'autre fois. Mais il m'était bien plus facile, bien moins bizarre de rester près de lui, dans ses bras protecteurs. Il lui arrivait de se réveiller face à moi, et de passer sa main sur mon visage et dans mes cheveux d'un geste tendre.

Je luttai alors, pour ne pas trouver tout cela agréable, trop plaisant. Mais la vérité était que je me surprenais à faire semblant de dormir pour pouvoir en profiter. Ses doigts étaient rugueux et tremblants sur ma peau, mais ses mouvements lents et entêtants, causant des frissons dans tout mon corps. Autant au début notre cohabitation j'aimais dormir seule, autant maintenant je n'imaginais plus dormir sur le canapé et lui dans mon lit. Nous partagions le matelas sans que cela ne soit décidé ou discuté, comme si c'était la chose la plus naturelle qui soit.

Et serrée contre lui, en inspirant l'odeur chaude de sa nuit, il m'était simple d'oublier qu'Anthony rôdait parfois toujours dans ma rue. Que parfois, le matin, je m'enfermai dans mon véhicule en espérant ne pas croiser ce détraqué. Il m'était aisé de ne pas me rappeler les appels quotidiens du docteur Cullen sur mon portable, pour me dire d'être sur mes gardes. Sur nos gardes. Qu'ils s'étaient confrontés au commissariat et que cela s'était mal terminé. Qu'il avait engagé un garde du corps pour la sécurité de son épouse et de Jasper, jusque dans leur propre domicile.

Et dire que ma sœur sort avec Jasper... S'il lui arrive quoi que ce soit... A elle, à Edward ou à n'importe quelle autre personne de mon entourage, ce serait déjà de trop.

Je secouai ma tête, pour me sortir de mes pensées sordides.

- Tu as juste à appuyer sur le bouton avec la clé... La porte s'ouvrira en bas...

Il me sourit, d'un air tendre et rieur.

- Je sais...

- Ok... oui c'est vrai, excuse-moi... Je vais me doucher...

Je me glissai dans la salle de bains, et allumai le jet d'eau chaude de la douche. La pièce était remplie de l'odeur d'Edward, qui s'était douché il y a une demi-heure. Je reconnaissais, honteusement d'ailleurs, que j'aimais passer derrière lui pour inspirer à pleins poumons l'air saturé de l'humidité chaude et du parfum de mon ami. Il avait cette odeur virile mentholée, amplifiée par la senteur de son après-rasage. Je lui avais acheté ce produit-ci, parce que le parfum m'envoûtait et qu'il lui correspondait bien. Il s'en passait à chaque fois, me faisant me sentir comme une droguée de son odeur.

Le meilleur moment est quand je rentre de ma journée. Edward est toujours là, debout dans la pièce et souriant, à me tendre les bras. Et lorsque j'entre en collision contre son torse et qu'il me prend contre lui en me murmurant un doux « Tu m'as beaucoup manqué aujourd'hui... », je fonds sur mes propres jambes qui ne me portent plus...

Je rouvris les yeux sous la cascade d'eau chaude, le cœur battant. Je devais reconnaître qu'Edward savait être persuasif, et ses sentiments expliqués par ses mots à lui n'en étaient que plus touchants. Je me dépêchai de me savonner et me rincer quand j'entendis la sonnette dans l'appartement. Je quittai rapidement la cabine de douche, me séchai et m'habillai.

Quand j'apparus dans le salon, Alice était là, appuyée contre Jasper. Rosalie était assise dans le fauteuil, observant Edward qui discutait avec Jasper.

- Hé Bella !

- Salut !

J'embrassai mes sœurs et Jasper, avant de sortir des boissons et des biscuits. Jasper inspecta la blessure de son cousin.

- Et si je te fais faire ça, tu as mal ? Demanda-t-il en faisant tournoyer le bras d'Edward.

- Un peu...

Jasper grimaça.

- Un peu de rééducation serait la bienvenue... Je passerai demain pour voir ça avec toi... En attendant, essaie de la solliciter un maximum, ok ?

- Ouais...

- Tu fais des mouvements circulaires avec ton bras comme ça... dans les deux sens... Tu le fais une dizaine de fois pour chaque sens, sans trop forcer...

Edward opina en grimaçant alors que Jasper l'aidait à effectuer ses mouvements.

- J'ai des bières si tu préfères, Jasper...

- Pourquoi pas après tout ?!

Je retournai sortir les bières du frais quand je sentis une présence derrière moi.

- Je persiste à croire que tu es folle de l'avoir fait revenir ici !

- Rosalie... Il était paumé la dernière fois... Arrête de rester sur ça, c'est pénible...

- Et quand tu vas travailler, tu vérifies tout quand tu reviens j'espère...

- Tout est à sa place, l'argent comme les objets de valeur. La seule chose qu'il me prend, ce sont mes livres pour apprendre à lire... Je ne te dis pas comment gérer ta vie, alors ne me dis pas quoi faire de la mienne ! Si j'ai envie d'avoir Edward ici, tu devras t'y faire !

Elle haussa les épaules et quitta la pièce avant moi. Alice s'était rapprochée d'Edward.

- Je parie que c'est Bella qui t'a acheté ce tee-shirt affreux !

- Je l'aime bien, marmonna Edward en tirant sur le tissu blanc.

Ma sœur tapota sa cuisse, d'un air consterné.

- C'est parce que tu ne connais pas la mode... Des tee-shirts à col en V, voilà ce qui fera sexy sur toi !

- Euh, Alice... murmura Jasper, visiblement jaloux. Ce pauvre gamin est déjà assez traumatisé par la vie... Pas la peine d'en rajouter !

- Admets que tu aimes les affaires que je t'ai offert ! Rétorqua ma sœur.

Alors Jasper, ce garagiste bourru et viril, se tassa contre le dossier sans répondre. Alice parut fière d'elle, fière de le manier à la baguette. L'amour rend bête !

- Donc, des tee-shirts en V, et quelques jeans délavés ou sombres feraient l'affaire... Et tes cheveux, c'est un fouillis incroyable ! Quand vas-tu aller chez le coiffeur ?

Quand on pourra sortir sans craindre de croiser son crétin de géniteur...

- Le coiffeur ?

- Bon sang ! C'est la première chose que tu aurais dû faire ! Aller chez le coiffeur !

- Alice...

Edward avait l'air terrorisé, ses yeux naviguant de ma sœur à moi.

- Lundi, direction le coiffeur et le shopping ! Je vais imprimer à Bella des modèles de vêtements, et tu devras les choisir, tu m'entends ?

Instinctivement, Edward se recula sur le canapé, s'éloignant d'elle. Je ne pus m'empêcher de rire, accompagnée par Rosalie et Jasper. Alice parut furieuse de notre manque de sérieux, et Edward plus perdu que jamais.

Je m'approchai de lui et m'assis à ses côtés, pour le sentir se serrer contre moi. Je passai ma main dans son dos dans de larges cercles, et le sentit se raidir. Alice devrait apprendre à lever le pied.

- Je vais chercher le biscuit dans la cuisine...

Edward se leva, droit comme un « I » et certainement plus rapide que Spiderman.

- Je te suis...

Je sortis le gâteau du four, et Edward attrapa les assiettes.

- Ta sœur me fait peur...

- C'est un vrai démon, mais elle n'est pas méchante... Si tu ne veux pas de cette sortie au coiffeur, elle ne pourra pas nous y forcer...

- Ce qu'elle a acheté à Jasper lui va bien...

- Alors si tu veux, on pourra aller en essayer...

Il opina.

- J'aimerais bien, mais tu vas encore tout payer...

- Alice cherche toujours le bon plan pour faire des économies... Alors ne t'en fais pas !

- Je voudrais vraiment avoir de l'argent pour t'aider...

Je ne pus m'empêcher de sourire.

- Si elle a raison et que tu es encore plus séduisant, ça sera ma récompense !

Un large sourire barra son visage et je captai ses yeux vert incroyables. Si Alice réussit cette prouesse de le rendre encore plus beau, je lui élèverai une statue... parce que c'est impossible... Par-dessus la table, Edward se pencha et déposa un baiser sur ma joue. Mon cœur se mit à battre plus fort.

- Si je deviens beau pour toi, ça sera bien...

- Tu es... tu es déjà magnifique... murmurai-je.

Son sourire s'élargit alors, et alors que mon cœur ratait un battement, il appuya ses lèvres contre les miennes, appuyant à peine pour transformer ce baiser en rêve. En illusion. Mon souffle se perdit contre sa bouche, et il se retira sans insister.

« Essayons juste d'être ensemble » avait été la phrase la plus idiote que j'ai jamais prononcé. Et ma conscience la personne la plus chiante de mon monde, certainement.

Notre après-midi se déroula simplement et de façon drôle. Il était bon pour moi de voir ma famille, mes sœurs en particulier. Depuis qu'Edward vivait ici, j'avais l'impression de me couper de tout le monde, à cause de leur regard sur lui. J'aurais voulu que mon entourage l'accepte, parce que je n'imaginais pas le laisser repartir sans ne plus jamais l'avoir ici. Sans ne plus jamais avoir de ses nouvelles, savoir qu'il s'en sort. Qu'il va bien...

Ne plus le voir serait un enfer... M'inquiéter pour lui en permanence serait un enfer... Est-ce que ça fait de moi une personne plus attachée que je ne le crois ?

Certainement.

Aimer sa présence, sa voix, sa chaleur, son odeur, ses baisers... Sentir les papillons dans mon ventre quand il me prend contre lui, ou me taquine de légers baisers sur ma joue ou ma bouche, ressemble bien trop à ce que je fuis. Pourquoi continuer à le fuir, puisque je ne veux pas lui échapper ?

Alice insista auprès d'Edward pour qu'il lui montre les habits qu'il possédait afin de « sauver les meubles » de son paraître. Ils s'éclipsèrent dans la chambre et je restai seule avec Rosalie et Jasper.

- Emmett n'a pas voulu venir aujourd'hui ? Demandai-je à Rose.

- Lui et papa travaillent dur sur cette enquête, tu sais, ce petit qui est mort en pleine rue ?

Je m'en rappelai. Une chose affreuse... Ignoble pour ces parents qui ont perdu leur enfant de la plus cruelle des manières...

- Ils ont des pistes ?

- Ils font rechercher un trafiquant de drogues... Il n'était pas tout seul apparemment...

- J'espère qu'ils les retrouveront ! Ces gens devraient croupir en prison pour avoir tué cet enfant !

Je n'osais pas imaginer les dégâts sur la vie de ces gens-là. Je voudrais, si j'avais été la mère de ce garçon, que les coupables de l'assassinat de mon fils soient trouvés, condamnés pour toujours.

La drogue fait faire de bien drôles de choses. C'est une bonne chose qu'Edward n'en soit pas dépendant, du moins plus maintenant.

..

.

Edward et moi profitions de ce samedi pour aller en ville, et obéir aux ordres strictes du colonel Alice concernant sa coupe de cheveux et son choix de vêtements. Elle avait sélectionné plusieurs habits, en fonction des promotions du moment, et « le meilleur coiffeur de la ville ».

Après nous être assurés qu'Anthony ne traînait pas dans les parages, j'avais conduit jusqu'au centre ville pour trouver des habits à la convenance de ma sœur... et d'Edward bien sûr ! Avec bonne grâce, il se prêtait aux essayages et je devais reconnaître que ma cadette savait de quoi elle parlait. Edward était encore plus séduisant que possible, me faisant réfléchir à la meilleure façon d'ériger une statue en chocolat pour Alice. Edward craqua pour des tee-shirts simples et peu coûteux, ainsi que deux jeans en promotions. Il comparait les étiquettes discrètement, et je le soupçonnai de choisir en fonction du nombre inscrit pour le prix.

Il craqua pour un pull noir, qu'il trouva cependant trop cher. Mais comme ce pull le mettait excessivement en valeur, élégant, chic mais sobre, je décidai qu'il n'avait pas son mot à dire concernant le débit de ma carte bleue et je le lui offris discrètement. Lorsque nous quittâmes la petite boutique avec trois poches, je l'entraînai sur un banc vert dans le square et lui tendis la poche.

- Tiens...

- C'est quoi ?

- C'est un cadeau...

- Un cadeau ?

Hésitant, il ouvrit la poche pour y découvrir le vêtement dont il avait eu envie. Il s'immobilisa, la bouche entrouverte.

- B...

- J'ai vu qu'il te plaisait, et que tu n'osais pas l'acheter à cause du prix alors je te l'ai pris...

Il resta muet, contemplant l'habit devant lui, incrédule. Je fus plus qu'étonnée de voir des larmes s'acculer au bord de ses yeux.

- Pourquoi tu pleures ?

- Parce que c'était... c'est trop cher...

- Je voulais te faire plaisir, c'est un cadeau...

Il se mit à pleurer, comme un enfant pleure par un trop plein d'émotions, et me serra contre lui. Fort. Sa respiration eut des soubresauts et je caressai son dos.

- Merci Bella... Merci, merci, merci, merci...

- Je t'en prie... Est-ce que ça te plaît ?

Il opina vigoureusement, et me serra contre lui plus fort.

- Tu es trop bien pour moi... Comment je vais te rendre tout ça ?

Je me reculai, et effaçai les larmes trop dures à supporter sur son visage.

- Arrête de pleurer pour commencer, souris-je.

Il rit, et renifla peu gracieusement. Il enfila le pull immédiatement sur son haut blanc, et contempla le tissu en laine en souriant. Nous restâmes assis un joli moment, moi contre lui. Une passante nous sourit, contemplant sans doute le tableau que nous renvoyions. Alors c'est ça, être ensemble...

Edward me désigna l'immeuble en face du square.

- Est-ce que tu vois la petite lucarne avec les barreaux devant le trottoir ?

- Celle-là, sous le numéro 78 ?

- Oui... Et ben tu sais, c'est là où je m'abritais avant...

- Tu vivais dans cette cave ?

Mon Dieu... Il opina.

- Oui, avec James parfois, mais souvent tout seul... Y a des tas de journaux pourris au sol, une couverture mangée par les rats et un canapé... Parfois, la gouttière au-dessus de la poignée fuyait et gelait l'entrée. On ne pouvait pas y rentrer... On y accédait par la porte de service dans cette petite ruelle, et il fallait descendre un petit escalier pour y aller...

Quelle horreur...

- Tu es mieux ici, maintenant...

- Je ne veux plus y retourner... Je ne veux pas vivre dans la rue. Je ne veux plus...

- Tu ne seras pas obligé d'y retourner... Ton oncle et ta tante te préfèrent ici, avec eux ou avec moi. C'est mieux pour toi.

Il acquiesça.

- Allez, si on allait au coiffeur ?

Un certain Gustavo nous reçut, se présentant comme l'ami d'Alice. Elle l'avait informé de notre venue, et avait ordre de rendre Edward « Dieu vivant ». Il suggéra de lui couper légèrement les cheveux, pour lui donner un effet « coiffé-décoiffé » savant. Edward se laissa faire et je décidai d'en profiter pour aller faire quelques courses à la petite épicerie de la rue. Je tenais la main de mon ami.

- Je reviens vite...

- D'accord...

Edward lâcha ma paume en souriant et je remontai la rue pratiquement désertée à cause de la pluie qui commença à tomber, jusqu'à chez l'épicier. J'achetai quelques légumes et des yaourts, et descendis l'avenue pour rejoindre le coiffeur un quart d'heure plus tard. Le flot de circulation m'empêcha de passer, et je patientai au passage piétons quand une silhouette se plaça à côté de moi.

Anthony.

Anthony.

L'homme me sourit, avec le même rictus que son frère mais en bien plus effrayant.

- Je vous reconnais... Vous étiez avec mon fils...

Mon cœur se mit à battre, et je me décidai à traverser pour rejoindre le coiffeur que j'apercevais d'ici, peu importe à quel point les voitures devaient piler pour ne pas me réduire en bouillie. Une boule d'angoisse se forma dans mon ventre, et remonta jusqu'à ma gorge quand il se mit à me suivre. Il me rattrapa à quelques encablures de la boutique, serrant mon poignet avec une force incroyable, faisant tomber mon sac de courses au sol. Comme s'il voulait le briser.

- Où est-il ?

- Lâchez-moi !

- Je ne me répéterai pas... Où. Est. Edward ?

- Lâchez-moi... MAIS LACHEZ-MOI !

D'un mouvement brutal, il m'entraîna dans une voie sans issue et me plaqua contre le mur.

- Je veux le voir, vous m'entendez ! JE DOIS LE VOIR !

Il plaça son bras en travers ma gorge, me coupant le souffle. Ma gorge s'obstrua, et je sentis les vertiges s'emparer de ma tête. Je ne pouvais même plus crier, cherchant de l'air désespérément alors que mon cœur battait vite, espérant trouver de l'oxygène.

Je ne touchai plus terre, la panique m'envahissant. Il va me tuer, comme il a tué sa mère... Je vais mourir...

Edward... Edward... Son visage apparut derrière mes paupières, et son visage souriant et heureux. Ses baisers. Sa tendresse...

Je t'aime, Edward...

Je tombai alors au sol, sentant l'air envahir mes poumons. Un bruit sourd retentit dans la ruelle, et je rouvris les yeux en entendant la voix lourde d'Edward. Profonde et caverneuse. Menaçante.

- Tu ne la touches pas... Je te jure que si tu t'en prends à elle à nouveau, je te tuerai ! De mes propres mains, tu crèveras lentement mais sûrement... Une balle dans le pied, dans la jambe, dans chaque organe non vital pour que tu te vides de ton sang et que tu vois la mort venir comme tu l'as tuée elle...

J'aperçus alors Edward, tenant Anthony contre le mur, le plaquant de tout son corps.

- Ca se jouera entre toi et moi, et je te jure que je t'aurai... Je vais te tuer Anthony ! Profites bien des jours qu'il te reste parce que c'est une promesse... Je vais te tuer !

Je me redressai tant bien que mal en toussant, mes poumons brûlants. Edward se retourna en lâchant son géniteur, et se précipita sur moi pour m'aider à me relever. Son regard était noir, et il n'y avait plus aucune trace d'humanité en lui. Plus rien. Mais il venait de me sauver. D'affronter son père, pour me sauver. Moi.

Il me souleva dans ses bras, me portant comme une mariée, et m'emmena dans l'artère principale. Je retrouvai mes affaires tombées au sol qu'il ramassa rapidement, avant de nous éloigner sous le regard étonné des passants. Accrochée à sa nuque, j'aperçus Anthony qui quitta la rue, et nous regarda nous éloigner, appuyé contre une façade de boutique. Edward retrouva mon véhicule rapidement, et à mon plus grand étonnement, prit le volant.

Il roula rapidement, bien qu'il eut quelques ratés, et se gara devant mon appartement que nous regagnâmes vite, si vite que je n'eus pas le temps de reprendre mon souffle.

- Comment tu...

- Jasper est garagiste... j'ai beaucoup appris en l'observant... et en conduisant ses véhicules parfois pour les essayer...

- Oh...

Edward entra dans ma chambre et revint avec la couette qu'il passa autour de moi.

- Tu trembles...

Il m'attira contre lui et embrassa ma tempe.

- Tout va bien, Bella...

Je réalisai alors que mon corps était pris de spasmes incontrôlables, que je claquai des dents et avais froid. Anthony a voulu me tuer... Il a voulu me tuer... Et Edward l'a menacé de le tuer à son tour...

- On aurait pas dû sortir... Je suis désolé...

Il me serra plus fort, et embrassa mon front.

- Quand je suis sorti du coiffeur, t'étais plus là mais y avait ton sac sur le trottoir... J'ai regardé partout, jusqu'à l'entendre...

Il m'a trouvé. Il m'a sauvé. Je suis vivante, grâce à lui.

- Je le tuerai... Il ne peut pas te toucher... il ne PEUT PAS te toucher ! Il n'a pas le droit de te toucher ! Non ! Je te défendrai ! Je te le promets ! Affirma-t-il d'une voix forte et sûre.

Il voulait se sacrifier, aller affronter celui dont il avait peur, juste pour moi. Juste pour moi...

- Tu... tu m'as sauvée...

- Je te sauverai toujours ! Je te vengerai... Il ne te touchera pas ! Je t'aime ! Je t'aime, alors on ne te touche pas ! Personne ne le fait ! Je t'aime !

Il m'aime...

Je me serrai contre lui, définitivement à ma place, définitivement en sécurité.

- Merci Edward...

Il embrassa mes cheveux et mon front à plusieurs reprises.

- Edward ?

- Oui ?

- J'ai... quand il me tenait... j'ai eu peur de ne plus te voir... et j'ai... je t'aime, Edward...

Parce que c'est vrai. L'idée de le perdre, de mourir sans lui avoir dit, sans avoir réalisé, m'ouvrit les yeux. Je l'aime. Pour toute réponse, il me serra encore plus contre lui.

- Tu ne crains rien. Je vais te protéger ! Je vais nous protéger !

Il m'éloigna de lui, pour encadrer mon visage de ses grands mains. Il n'y avait plus de traces de l'homme menaçant qui avait le regard plus sombre qu'un ciel sans étoiles et sans lune.

- Je t'aime... Tu sais pas comme j'ai eu peur quand j'ai vu que c'était lui qui te tenait... Mais fallait que je te sorte de là, peu importe à quel point !

Il m'embrassa alors durement, mais avec toute la douceur dont il était capable, et je me laissai aller contre lui pour la première fois, grisée par la peur de le perdre, de me perdre, de nous perdre. Comme si être ainsi avec lui n'était plus un dilemme, mais la chose la plus naturelle qui fut. Il me murmura toute la nuit, moi calée dans ses bras, que je n'avais rien à craindre. Qu'il nous protègerait.

- Je nous défendrai... Je te le promets...

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Point de vue d'Edward.

Je devais la défendre, encore plus depuis qu'elle voulait bien de moi avec elle, de cette façon là. Depuis que penser à elle en tant qu'amoureuse était désormais autorisé. Je ne pourrai pas supporter qu'elle se fasse à nouveau agresser, ou pire.

Il allait se servir d'elle, hein. Il déteste les femmes, il a tué maman. Il ne l'aura pas, elle.

Certainement pas. Je la défendrai, au péril de ma vie s'il le fallait. La confrontation serait sans doute forcée un jour, et je serai prêt.

Je me faufilai dans la cave, après avoir descendu les escaliers de l'immeuble. La porte s'ouvrit, et je pénétrai dans mon ancien repaire. Tout était encore là, James n'était certainement pas revenu encore. L'arme était toujours au sol, et le canapé taché du sang de ma blessure à l'épaule.

Je la récupérai, et la glissai dans mon sac à dos qui était resté là. J'attrapai les quelques affaires qui m'appartenait, mes pulls qui sentaient l'humidité.

- Qui est là ?

Je sursautai en entendant la voix de James.

- James ?

- Tiens, t'es encore là toi et... oh ! Tu es bien chic !

Il m'observa de la tête aux pieds, l'air contrarié.

- Je suis venu chercher des affaires...

- Où tu vas aller comme ça ?

Bella dit que James est une mauvaise personne. Elle a raison, elle a toujours raison.

- Ça ne te regarde pas...

- Qui t'offre toutes ces merdes ? T'es retourné chez ton oncle et ta tante ?

- Non... C'est pas avec eux...

- Ok, tu t'es trouvé une poulette, super ! Mais va falloir lui dire « au-revoir »...

Non... Je ne partirai pas. Pas loin d'elle. La prochaine fois que je pars, c'est dans une île pour qu'elle soit heureuse.

- Je l'aime... Je pars pas loin d'elle...

- Ecoute, j'ai pas le temps d'entendre tes enfantillages d'imbécile heureux ! La police me cherche... Un bâtard les a mis sur notre piste pour l'assassinat de ce môme... Et ils savent qu'on était deux...

- J'ai pas tiré !

- Mais tu l'as regardé crever comme un con que tu es ! Faut qu'on se casse d'ici... J'ai préparé notre fuite, on va au Mexique !

Partir... Partir loin d'elle... J'ai pas tiré ! J'ai pas tué ce gamin... C'est James qui a tiré, pour tuer Laurent. Pour se défendre. J'ai pas tué ce gamin, je ne suis pas coupable !

- Non...

- Non ?

- Non... J'ai rien à voir là-dedans...

- Mais tu le fais exprès ou t'es vraiment con ? S'ils nous retrouvent, ça veut dire qu'on ira au taule pour le reste de notre vie et j'ai pas envie de crever comme les rats ici ! Alors tu ramènes ta petite gueule, tu me suis gentiment et on prend le premier bus pour le nouveau Mexique discrétos... Je suis passé chercher ma cam... Et après, on se barre !

- Non...

Il balança au sol ses affaires, dans un grand fracas.

- PUTAIN TU FAIS CHIER ! TU ME SUIS ET C'EST TOUT ! ON A PAS DE TEMPS A PERDRE !

- T'as qu'à y aller tout seul... Je rentre chez moi...

Il éclata de rire.

- Ma parole... T'es vraiment con !

Son visage redevint dur.

- Je ne laisse pas de témoins derrière moi ! Tu viens...

- J'ai dit « NON » ! T'as qu'à te casser, j'te promets que j'dirai jamais rien sur toi... On se verra plus jamais James, tu m'as fait droguer, et fait des choses. Mais c'est fini ! Je sais lire, je sais écrire ! Je suis plus cet idiot que tu as laissé... Tu aurais pu me laisser crever tout seul, t'en aurais rien eu à foutre !

- Putain ! Mais t'es un beau connard toi ! J'suis désolé, mais j'peux pas te laisser derrière... Au moins, tu me dénonceras pas !

Alors, son poing partit dans mon visage. Je tentai de riposter, mais il attrapa son arme et frappa ma tête avec la crosse du flingue. La dernière chose que je sentis fut le sol contre mon dos, et ma tête contre le rebord du canapé. Le brouillard s'étendit sous mes yeux, et je ne vis plus la lumière de la lucarne qui menait à l'extérieur. La douleur broya tout mon corps, me faisant vomir ce que je n'avais pas dans l'estomac.

Bella... Bella qui m'attend...

Ses coups étaient insupportables, ça faisait trop mal. Est-ce que c'est ce qu'elle a ressenti avant de mourir ? Le visage de ma mère apparut dans ma tête, souriante. Elle me tendit la main, et me fit signe de la suivre.

Maman...

Bella... Bella... Merci de m'avoir aidé à avoir une meilleure vie... mais mourir est plus facile.