Bonjour! Voici donc le deuxième chapitre de ma fic, merci beaucoup pour les reviews, ça fait comme toujours autant plaisir! =) Et surtout, bonne lecture!^^


Chapitre 2

Ziva restait de marbre.

Ou du moins, ce qu'il restait de Ziva.
Fornell la scruta à nouveau. Elle portait une tunique très peu seyante orange fluo, ouverte pour laisser voir un débardeur qui avait dû être blanc à une époque. Ses cheveux avaient beaucoup poussés, mais ils étaient mal entretenus et elle tenait plus aujourd'hui du sac d'os que de la jeune femme. Ses joues étaient creuses, ses bras et ses jambes ressemblaient à des allumettes et ses côtes saillaient au dessus de son plexus, là où une petite partie de son torse n'était pas couverte.

La respiration de la détenue était lente, posée. Elle s'était avachie à nouveau sur sa chaise, mais malgré cette position nonchalante Fornell devinait un ouragan dans sa tête.

-Vous avez fait une erreur, répéta-t-elle machinalement, avec un ton sceptique.

-Parfaitement.

Ziva croisa les bras et fit mine de réfléchir.

-Voyons, dit-elle. Ma mémoire n'a pourtant pas flanché ? Il me semblait réellement avoir plaidé coupable lors de mon procès.

Fornell ouvrit un dossier devant lui et en sortit des photos. Un couple d'une trentaine d'années, sauvagement tués et torturés.

-Vous reconnaissez votre œuvre, je suppose ?

La bouche de Ziva s'étira en un sourire nostalgique.

-C'est signé d'une main de maître, approuva-t-elle d'un claquement de langue satisfait.

Fornell soupira profondément et reposa les photos sur la table. Il croisa les bras, l'air grave.

-Ca n'a rien d'un jeu, dit-il d'une voix basse qui surprit quelque peu Ziva.

Elle roula des yeux avec agacement.

-Il me semble déjà avoir entendu ça, répliqua-t-elle simplement.


-M. Brown, Mr. Cowper, veuillez prendre place. Messieurs ! La séance est ouverte. Faites entrer l'accusée.

Ziva entourée de deux policiers se présenta devant la Cour.

Un homme habillé d'un costard gris se leva à l'injonction du juge.

-Mr. Brown, veuillez s'il vous plaît nous rappeler les faits.

L'homme en gris se racla la gorge et fit face à l'assemblée.

-Vous n'êtes pas sans savoir que nous sommes là au procès de Mlle Ziva David, accusée d'un double homicide volontaire aggravé.

Il prit une pause pour regarder son public.

Ziva restait de marbre. Elle avait les poignets attachés, assise sur le banc des accusés entourée des deux vigiles. Elle regardait fixement devant elle pour ne pas voir, dans le fond de la salle, son équipe au complet. Tobias Fornell était assis au premier rang, sur son trente-et-un. La jeune femme sentait une boule horriblement brûlante au fond de son ventre, sentant des regards incroyablement déçus et trahis fixés sur elle. Ziva n'avait pas le cœur de les affronter, de lire sur leurs visages ce qu'ils pensaient exactement d'elle.

Aussi tentait-elle autant que possible d'écouter les charges qui pesaient sur elle.

-… L'équipe de l'agent spécial Leroy Jethro Gibbs enquêtait depuis quelques semaines sur des meurtres crapuleux commis par un ancien Marine de la Navy qui s'était reconverti en tueur à gages. Ils ont, pour élucider l'affaire, interrogé plusieurs témoins et notamment Jennifer et Michael Bookmaker. Dans la nuit du 3 au 4 mai, alors que l'enquête allait aboutir avec l'aide du couple témoin d'un meurtre, Mlle Ziva David s'est introduite dans leur appartement et les a sauvagement torturés avant de leur donner la mort. L'enquête a immédiatement été prise en main par le FBI sous les ordres de l'agent Tobias Fornell.

"Ils ont rapidement trouvé que l'auteur de ces meurtres odieux n'était autre que l'agent spécial David, grâce à une série d'empreinte et à son ADN. Mais le drame ne s'arrête pas là, Messieurs Dames. Non, après fouille minutieuse de l'appartement de Mlle David nous avons trouvé des documents prouvant avec certitude que l'agent spécial était en réalité tueuse à gage pour le plus grand mafieu de Washington DC, Dave Dickson. Et les documents certifiaient qu'elle avait pour prochaines victimes les propres membres de son équipe !

-Je proteste, monsieur le Juge ! S'exclama Mr. Cowper en bondissant de sa chaise. Ces accusations sont encore aujourd'hui sans fondement puisque l'authenticité des documents mis en cause n'a pas encore été démontrée par les experts ! J'exige que l'avocat général retire la diffamation qu'il a proférée à ma cliente !

-Accordé.

Mr. Brown soupira discrètement.

-Je retire ce que j'ai dit.

Les deux hommes se rassirent dans une ambiance tendue.

-J'appelle à la barre l'accusée, dit alors le Juge.

Electrisée, Ziva se leva avec lenteur et rejoignit la barre avec les lèvres pincées et le regard fixe, pour ne pas flancher.

-Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité ? Levez la main droite et dites « je le jure ».

-Je le jure.

Mr. Brown se leva à nouveau.

-Vous êtes donc accusée, Mlle David, d'homicide volontaire, d'actes de torture, d'association de malfaiteurs et de préméditation d'assassinats. Plaidez vous coupable ou non-coupable ?

Ziva ne put s'empêcher de regarder au fond de la salle, juste un coup d'œil rapide pour ne pas voir trop longtemps leurs expressions.

Des yeux solidement rivés sur elle. Presque suppliants comme s'ils lui demandaient d'avouer enfin que tout cela n'était qu'une farce, une grande et ridicule farce.

Mais non. Ziva raffermit la prise qu'elle avait sur les muscles de son visage, les obligeant à se contracter au maximum pour se forger un masque. Au prix d'un douloureux effort, elle détacha ses yeux de son équipe et regarda le Juge. Elle occulta la salle et tous ses occupants, pour n'être plus qu'avec son bourreau. D'une voix qu'elle n'aurait jamais cru aussi nonchalante, elle s'entendit prononcer un haut et fort : « Je plaide coupable, Monsieur. »

Le Juge parut agacé du ton insolent de la jeune femme.

-Ce n'est pas un jeu, Mademoiselle !

Ziva baissa aussitôt les yeux, honteuse d'avoir pu paraître aussi détachée alors qu'en réalité, elle était complètement perdue. Etait-elle à ce point divisée en deux personnalités distinctes ?


-Non, répéta la Ziva à la blouse orange fluo. Il n'y a aucune erreur dans votre enquête. Vous l'avez dit vous-même, je les ai tués. J'étais tueuse à gage depuis mon arrivée en Amérique. Il n'y a rien à chercher de plus. J'arrondissais mes fins de mois.

Tobias se pencha sur la table avec des yeux perçants, sa cravate s'écrasa sur le fer abîmé.

-Vous auriez réellement abattu votre équipe pour un simple contrat ? Pour qui essayez-vous de vous faire passer, Ziva ?

L'intéressée se pencha à son tour pour imiter son interlocuteur. Ses cheveux tombèrent eux aussi sur la table, alors que Fornell pouvait sentir le souffle de la jeune femme sur sa peau. Il se força à ne pas reculer.

-A l'époque, ça vous avait parut plus que probable et même très crédible, assura-t-elle. A vous, et aussi à eux.

La dernière phrase avait sonné comme un reproche.

Sans se démonter, l'agent du FBI se redressa et sortit un papier froissé de sa pochette grise.

-A l'époque, je n'avais pas cette information en main.

Malgré elle, la prisonnière braqua ses yeux curieux vers le bout de papier de couleur indéfinie.

Tobias esquissa un sourire en remarquant qu'il venait de légèrement troubler son interlocutrice. Il fit durer un peu le moment de flottement pour profiter de cette position privilégiée.

-Vous aviez assuré que Dave Dickson vous avait embauché à votre arrivée en Amérique et que vous aviez exécuté depuis lors un certain nombre de contrats. Vous nous avez fourni avec coopération la liste exacte de vos victimes, qui représentaient toutes des meurtres non résolus.

-Vous me croyez assez bête pour ne pas assurer mes arrières ? Vous ne trouverez aucune preuve pouvant m'inculper sur ces meurtres précédents.

-Voilà précisément la question qui m'a suivie toutes ces années.

Le silence se posa, comme une couche de neige. Sous la table, Ziva tortillait consciencieusement ses mains.

Tobias se leva soudainement et se mit à faire les cent pas dans la petite salle. Ziva s'adossa à sa chaise et le suivit des yeux, en attendant patiemment qu'il se mette à parler.

-Pourquoi ?

Elle baissa les yeux.


-Pourquoi ?

La question avait fusé avec force et violence, un timbre de voix empruntant toute la palette des sentiments désespérés : abattement, fureur, peine, douleur, incompréhension, détresse, tristesse.

Dans ce simple mot se trouvait tout ce qu'on lui reprochait. Oui, Ziva n'aurait pas eu besoin de paroles, ce simple cri empli de supplications muettes parlait de lui-même.

Comment as-tu pu ? Est-ce vrai ? Pourquoi nous fait tu endurer ça ? Que s'est il réellement passé ? Pourtant, tu avais changé. Est-ce possible que tu aie pu nous mentir ainsi ? Pourquoi nous blesser ?

Oui, bien trop de questions qui martyrisaient l'ancien officier de liaison comme mille piqûres ardentes, bien qu'elles ne soient pas formulées physiquement.

Pourquoi ? Ziva était du fait bien incapable de répondre.

Reculer, oui. Reculer encore le moment du contact visuel avec son patron. Garder les yeux obstinément baissés, ne pas le regarder. Surtout, ne pas le regarder.

-Réponds, David ! Je ne comprends plus rien, qu'est ce qui est vrai, qu'est ce qui est faux ?

Gibbs semblait être le porte-parole, et après tout c'était peut être le plus simple. Ziva préférait subir sa colère froide plutôt que les gémissements suppliants d'Abby ou les regards incompréhensifs et profondément blessés de Tony et Tim. Elle n'aurait pas résisté. Au moins Gibbs n'exhalait que de la fureur et de la colère pour l'instant, c'était bien plus facile à supporter.

-Regarde-moi quand je te parle, David !

Elle fut électrisée par cette voix terrifiante. Ses yeux furent obligés de chercher ceux de son tortionnaire.

Rien ne sortit de sa gorge. Son cerveau n'arrivait pas à trouver quelque chose à dire.

Les yeux polaires de Gibbs parurent s'adoucir juste quelques instants. Ziva comprit que tout son corps, tout son être dégageait de la pitié, et elle ne voulait pas faire pitié. Elle avait fait des choix qu'elle devait assumer, les bons comme les mauvais.

Elle quitta une fois de plus son corps, comme un costume trop exubérant qu'on enlève pour se sentir mieux. Elle se ferma entièrement comme dans une coquille, et elle arriva à ne plus voir les yeux rougis d'Abby qui la fixaient en l'accusant.

-Pourquoi ? Répéta Gibbs, mais sa voix semblait renoncer, renoncer à la croire innocente. Il paraissait épuisé de tant d'injustice.

Ziva vit deux policiers arriver pour la ramener dans sa cellule de détention avant son jugement. Elle se leva en dégageant les chaînes de ses poignets pour ne pas s'y embroncher Ses yeux ne quittèrent pas ceux de son patron.

-Il y a certaines questions qui ne sont pas faites pour avoir des réponses.


-Je déteste cette question, soupira Ziva. C'est tellement indiscret.

Tobias posa son index sur la table, il semblait à présent possédé. Ziva comprit que cette affaire l'avait hanté et qu'il ne l'avait jamais vraiment classée.

-Pourquoi lors de tous vos contrats avoir pris le soin de nettoyer et de ne rien laisser derrière vous ? Alors que pour le dernier, vous avez laissé un nombre impressionnant de preuves, à commencer par votre propre ADN ?

Ziva tira d'un coup sec sur son annulaire, seul geste qui trahissait un trouble évident. Tobias le remarqua et s'en sentit d'autant plus excité.

-Pourquoi, sinon pour vous accuser délibérément ? Continua-t-il. J'ai mené mon enquête suite à cette question. J'ai cherché pendant cinq ans. Et j'ai finalement trouvé.

La jeune femme tenait toujours fermement son annulaire qui commençait à prendre une teinte blanchâtre sous la table.

Elle s'obstina dans son silence.

Tobias brandit le morceau de papier d'un geste triomphant.

-J'ai trouvé la vraie personne qui a tué Andrea Machini, votre soi-disant cinquième contrat. Presque par hasard. Ce n'est pas vous qui l'avez tuée, Ziva. J'ai un témoin oculaire.

Ziva consentit enfin à relâcher la prise sur son doigt, pour changer de position sur sa chaise.

-Vraiment ? S'enquit-elle d'un ton douloureusement ironique. Cela piqua au vif Fornell.

-Pourquoi avoir menti ? Je sais que vous n'avez tué aucune de ces personnes.

-Avec des preuves ? Ca m'étonnerait.

-Je le sais, c'est tout.

-C'est très convaincant.

-Pourquoi vous obstinez-vous ?

-Pourquoi demander pourquoi tout le temps ? Vous m'épuisez, Fornell. C'est inutile de chercher une échappatoire à votre culpabilité.

-Qui vous a dit que je me sentais coupable ?

-Pourquoi vouloir déterrer une si vieille affaire, alors ?

Tobias passa une main sur ses yeux fatigués.

-Peut-on arrêter de jouer au chat et à la souris, s'il vous plaît ? Amener une question à une autre question ne nous mènera nulle part.

-Qui vous a dit que je voulais aller quelque part ?

Le silence s'abattit à nouveau dans la petite pièce. Il y faisait frais, aussi Tobias resserra encore un peu son col. Il se racla la gorge.

-Et si nous reprenions tout depuis le début ?


Ziva resta muette. Après tout, elle n'avait rien à dire. Vance la couvait sévèrement du regard derrière son bureau, et elle n'avait d'autre choix que de le regarder. Elle ne savait même pas exactement quelle attitude elle adoptait, qu'est ce que son visage renvoyait comme expression. Elle espérait juste que cela ne soit pas trop insolent. Mais comment savoir ?

-Vous vous doutez pourquoi vous êtes là ? Dit enfin Vance avec lenteur.

-Il se pourrait en effet que je le sache, lança prudemment la jeune femme en croisant ses mains derrière son dos à la façon d'un militaire.

-Et ?

-Et je n'ai rien d'autre à ajouter, Directeur.

Leon Vance soupira bruyamment et se leva de son fauteuil pour faire les cent pas derrière son bureau.

-Je suis face à un très gros problème, Agent David.

-Je comprends, Directeur.

-Vous comprenez.

Vance se mit dos à elle, pour regarder la vue par la fenêtre du bureau directorial.
-Vous comprenez alors dans quelle position je me retrouve.

-Je vous jure que c'est faux, consentit-elle enfin à dire avec un peu trop d'empressement.

Il se retourna avec brusquerie.

-Et qu'est ce qui me le prouve ? Votre bonne foi ? Vous avez servi le Mossad pendant tout ce temps, et je devrai vous croire sur parole que ce qu'on raconte est faux ?

-J'ai coupé tous les ponts avec Israël, assura Ziva avec une voix posée. Je n'ai plus rien à voir avec mon ancien pays. Je vous l'assure, Directeur.

Leon la fixa un moment puis s'assit finalement avec lourdeur.

-Je subis des pressions énormes, dit-il après un petit silence. Comprenez bien que si je vous maintiens à votre poste, je dois le faire avec la garantie que vous êtes intègre pour notre agence.

Ziva prit une profonde inspiration et prononça distinctement :

-L'Amérique est mon pays désormais, et je n'ai jamais trahi mon pays, quel qu'il soit.


Ziva eu un sourire dénué de joie.

-Y-a-t-il réellement un commencement à ce gâchis, agent Fornell ?

Tobias acquiesça silencieusement.

-Commençons simplement par le moment où vous avez promis à votre directeur que vous ne travailliez plus avec le Mossad.

Ziva tiqua.

-Pourquoi précisément ce moment ?

-Parce que ça a été votre premier mensonge dans cette histoire.