Bonjour-bonjour! =)

Voici donc un nouveau chapitre, tout frais, tout beau! J'espère qu'il répondra à vos questions et à vos attentes! Je remercie personnellement ici celles à qui je ne peux pas répondre aux commentaires, ça me fait toujours très plaisir!

Bref, je ne vous embête plus et vous laisse commencer la lecture! ^^


Chapitre 4

Cary se regarda dans le miroir, sous tous les angles. Elle se trouvait belle.

Elle ferma les yeux et s'imagina un instant qu'elle était le Fantôme.

Elle s'imagina traverser le bureau, son sac à dos sur l'épaule et le sourire narquois, comme elle se plaisait à imaginer le Fantôme.

Tony lèverait les yeux de son ordinateur, lui lancerait une pique désobligeante. Cary l'ignorerait proprement et dirait bonjour à McGee d'une voix enjouée. Tony serait piqué au vif par ce manque de discernement et sortirait de son siège pour rejoindre le bureau de sa collègue. Il interpellerait négligemment McGee pour lui demander son avis sur les folles nuits de l'ancien officier du Mossad.

Cary ne put s'empêcher de sourire, et elle ouvrit les yeux. Oui, c'était ainsi qu'elle s'imaginait ces matins au NCIS, il y avait cinq ans.

Aujourd'hui, Cary ramenait ses cheveux en carré court derrière ses oreilles en maintenant les mèches les plus rebelles par des barrettes « invisibles », et enveloppait son corps dans un tailleur frais et fonctionnel, comme toujours. Un tailleur pantalon, bien sûr, puisque la jupe était par définition tout sauf fonctionnel. Cary savait que seule Kate avait porté des jupes et elle trouvait normal, d'une façon presque religieuse, que la défunte agente garde le monopole de la mode. Oui, elle ne voulait pas salir la mémoire de Caitlin Todd en lui volant son privilège, qui semblait avoir marqué les mémoires.

C'était bien, un tailleur pantalon. C'était classe, neutre, sérieux et à la fois commode, fonctionnel et tellement seyant. Cary se regarda une dernière fois dans son miroir, puis quitta sa chambre, et bientôt son appartement puis son immeuble.

Elle arriva, réglée comme une horloge, dans les bureaux du NCIS. Anthony DiNozzo et Timothy McGee étaient déjà là, comme toujours. Quand Palmer avait avoué à Cary qu'à l'époque lointaine des Jours de Gloire, Tony était continuellement en retard, la jeune agente n'y avait pas cru. Elle qui l'avait toujours connu ponctuel !

Elle fut tirée de ses pensées par une remarque désobligeante de la part d'un certain Américain à branche Italienne. Elle fit une moue ennuyée, bien que n'ayant pas entendue ladite remarque.

Le sourire carnassier que lui offrit son collègue de travail lui fit comprendre qu'il était satisfait de sa remarque. Cary en fut contente. Quel espoir avait-elle de remplacer l'officier David dans le cœur de ses collègues ? Elle en avait de grandes chances, aujourd'hui. Au départ, cela n'avait pas été aussi facile. Maintenant, Cary sentait qu'on lui faisait confiance. Même Gibbs semblait attaché à elle, si tant est que Gibbs pouvait être attaché à quelqu'un.

Des fois, Cary avait vraiment l'impression que la faille qu'avait creusée Ziva David dans le cœur de ses collègues n'était qu'une légende, tellement elle était bien cachée.

Cary souriait toujours en pensant aux Jours de Gloire, comme elle les appelait. Cary était un peu bizarre sur les bords, mais elle aimait ça.

Cary pensait toujours qu'elle travaillait avec la plus belle équipe d'autruches des USA. Comment pouvaient-ils si bien cacher le mal que leur avait fait une si honteuse trahison ? C'était un mystère qui restait fermement hermétique pour Cary Het.


-Nous devons parler.

Gibbs ralentit son pas, en voyant la silhouette connue adossée au mur de sa cave. La voyant décidée, il prit une chaise et la posa devant lui, autoritairement.

-Assieds-toi.

Elle hésita quelques instants. C'était tellement dur à dire, elle ne savait pas comment commencer ni même quoi dire pour que ce soit le plus proche de la réalité. Ca devait sortir.

Finalement, elle se lança.

-Quand je suis venue te voir et… Et que je t'ai dit que je voulais réintégrer l'équipe, tu as dit que tu avais appelé le directeur.

Elle se tut, joignit ses mains. Elle avait du mal à le regarder dans les yeux, et pourtant elle savait qu'il en avait besoin. Alors elle se força.

-Mais… J'ai senti une hésitation.

Elle semblait fatiguée, usée. Gibbs la sondait comme un radar, ses yeux bleus la transperçaient. Mais il ne disait rien. Elle se sentait étrangement nue.

-Je la sens encore maintenant, continua-t-elle.

Ziva se leva, incapable de rester assise plus longtemps. Elle se mit à faire les cent pas, nerveusement, en jetant de temps en temps des regards fugaces à son ancien patron.

-Je pensais que j'étais assez claire, je comprends tout de même que…

-Ton frère.

La remarque avait tranché l'air comme un couteau acéré. Ziva s'arrêta, interloquée. Ses yeux se vidèrent et elle sembla quitter le monde quelques instants. Le simple mot paraissait anodin, pourtant la jeune femme voyait très bien où l'agent du NCIS voulait en venir.

-Tu sais très bien ce qu'il s'est passé cette nuit-là, dit-elle d'une voix atone. J'étais ici.
Elle semblait répugner à aller plus loin. Gibbs la poussa dans ses derniers retranchements.

-Je veux te l'entendre dire, ordonna-t-il.

Il la vit hésiter. Ca commençait à l'énerver, il était blessé, Ziva le sentait.

-Tu as eu l'ordre de tuer ton frère pour gagner ma confiance ?

Il n'avait pas pu retenir plus longtemps cette phrase, qui était pleine de reproches. Ziva se sentit comme une voleuse prise sur le fait. Elle ne voulait pas mentir.

Un simple « oui » sembla casser quelque chose entre eux.

-Ca pose un problème.

Une simple phrase, mais tellement de choses derrière. Ziva se sentit ciller, mais elle gardait ses yeux désespérément fixes.

-Je ne comprends pas co… Commença-t-elle.

-Vous avez parfaitement raison, je ne comprends pas !

Il s'était levé et Ziva recula instinctivement. Il était à présent en colère comme en témoignait le soudain vouvoiement, mais ce n'était pas ça qui faisait du mal à la jeune fille. Elle le sentait trahi, elle sentait qu'elle l'avait déçu. Elle était liquéfiée sur le sol, détruite. Elle rajoutait à sa croix ce nouveau reproche, ce nouvel échec, ce nouveau mauvais choix.

Ziva essaya de se justifier comme elle le pouvait, sachant parfaitement que c'était sans appel, que c'était sa faute à elle et à elle seule.

-Quand j'ai accepté cette mission…

-Tu as tué ton propre frère, Ziva !

Il l'empêchait de s'expliquer, en lui démontrant des arguments implacables. Comme une proie essaie de se débattre dans les mâchoires du prédateur, Ziva essayait désespérément de lui prouver toute sa bonne volonté.

-J'espérais que mon père s'était trompé à son sujet ! Je ne voulais pas suivre des ordres aveuglément !

Gibbs s'était tut, il regardait Ziva s'expliquer en cherchant la moindre faille. Il semblait attendre d'elle une réponse, sinon une justification.

-Je me suis portée volontaire pour le protéger, Gibbs. Pas pour le tuer.

-Tu m'as menti !

-Non ! Quand je t'ai dit qu'Ari était innocent, je le croyais ! Sincèrement, je le croyais !

Il y eu un long silence, et Gibbs jetait sur la jeune femme un regard presque éperdu, il ne demandait qu'à la croire. Ziva savait que cette confiance aveugle qu'il lui avait donnée était révolue, et qu'il lui fallait aujourd'hui la reconquérir.

Mentir ne servait à rien.

-Mais, oui. Je t'aurais menti. C'était mon frère.

Silence.

-Et tu n'étais rien !

Il la transperçait, ses yeux la terrifiaient. Son cœur battait à cent à l'heure. Il était si près d'elle qu'elle aurait pu le toucher du nez. Elle essaya de se calmer.

-Mais j'avais tord à propos d'Ari. Et de toi. Quand j'ai pressé la détente pour sauver ta vie, je ne suivais aucun ordre !

Son regard était presque suppliant, cela détruisait Ziva. Elle sentit monter des larmes irrépressibles sous ce regard d'acier qui l'écrasait.

-Je veux dire… Comment peux-tu même penser…

Elle sourit nerveusement pour essayer de chasser ces larmes, mais peine perdue elles montaient implacablement.

-C'était mon frère, gémit-elle.

Et il ne cessait de la scruter avec cet air indéfinissable.

Elle finit par baisser les yeux, incapable de le regarder plus longtemps. C'est pour cela qu'elle ne vit pas son visage se radoucir, ses sourcils se lever légèrement. Il prenait un air de père s'inquiétant pour sa fille. Elle ne le vit pas non plus.

-Et maintenant, il n'est plus, suffoqua-t-elle. Êli est presque mort pour moi.

Ziva releva les yeux, et croisa le regard à présent adouci de son ancien patron. Le voir ainsi acheva de la rendre malheureuse.

Elle ne pouvait que continuer, laisser les reproches qu'elle avait sortir.

-Et… Et la personne la plus proche d'un père que je possède aujourd'hui m'accuse.
Ca y était, les larmes brouillaient ses yeux. C'était la troisième fois qu'elle pleurait devant lui. Ca avait quelque chose d'énervant, mais aussi de réconfortant. Elle tenta un sourire qui tourna en grimace, elle y renonça aussitôt.

Elle sentit Gibbs sur le point de la prendre dans ses bras, mais son visage se ferma d'un coup et il recula d'un pas. Ses mâchoires se serrèrent.

-Okay.

Cette simple attitude acheva Ziva. Elle ne le quitta pas des yeux, comprenant qu'à cause d'elle, elle venait de perdre ce qu'elle avait tenu de plus précieux pendant tous ces mois d'horreur : sa confiance.

Il recula à nouveau d'un pas en creusant le fossé qui les séparait à présent, et la jeune femme sentit son cœur se déchirer.

Elle l'avait convaincu, mais elle ne se sentait pas vainqueur. Elle avait perdu.

Sans un mot dire, elle essuya ses larmes naissantes et le regarda une dernière fois. Il ne bougeait pas, ne parlait pas. Il la regardait.

Elle hocha la tête et partit avec autant de lenteur qu'elle pouvait. Ce ne fut que quand elle fut hors de sa vue qu'elle se mit à courir, le plus vite possible, hors de ces murs.


Une mouche mal avisée bourdonnait incessamment dans la pièce plongée dans le silence.

Ziva restait prostrée dans un coin, le visage caché et encore tremblante. Tobias, assis sur sa chaise, lui laissait tout le temps nécessaire afin qu'elle se reprenne.

Les gardiennes étaient rentrées dans la salle de visites presque immédiatement après la crise de Ziva, arme au poing. L'agent du FBI les avait rassurées, et elles étaient reparties en grommelant qu'il ne pouvait pas garder la prisonnière toute la journée. Tobias leur avait rétorqué qu'il n'en aurait pas pour la journée entière. Elles avaient bien tenté de protester, mais la simple plaque d'agent fédéral de Fornell suffisait à les tenir respectueuses. Tobias les avait gentiment remerciées, et elles étaient sorties en claquant la porte pour asseoir leur mécontentement.

Depuis, ils restaient immobiles et silencieux.

Ce fut un coup de téléphone qui les sortit de leur mutisme. Fornell sortit son portable de la poche de son manteau, lut le nom qui s'affichait préalablement puis décrocha.

-Allô.

-…

-Jethro.

A ce nom, Ziva releva brutalement la tête. Les pleurs lui avaient labouré le visage et rougi les yeux, mais son regard restait vif et alerte. Tobias lui jeta un rapide coup d'œil, puis continua la conversation sans plus se soucier d'elle.

-Comment ça, tu me prends ma scène de crime ? Je n'étais même pas au courant que j'en avais une !

-…

-Non je ne peux pas me rendre sur les lieux. Une affaire en cours…

-…

-Tu peux bien te débrouiller seul, non ? Je ne suis pas ton chaperon que je sache !

-…

-Ca ne te regarde pas.

-…

-C'est ça. Je passerai au NCIS ce soir.

-…

Tobias raccrocha, puis remit son portable dans la poche de son pantalon. Il reporta son attention vers la jeune femme.

Celle-ci s'était relevé et le fixait avec un air indéfinissable.

-Vous avez terminé ? demanda l'agent du FBI, comme s'il lui demandait des nouvelles de la météo.

Elle avait retrouvé cette allure féline qu'elle avait avant, quand Tony lui faisait une farce et qu'elle avançait jusqu'à son bureau pour le questionner. Mais son visage restait tordu d'énervement.

Doucement, elle s'assit sur sa chaise, à nouveau face à Tobias Fornell. Son regard était inquisiteur. Cependant elle ne fit aucun commentaire, et plissa les yeux dans l'espoir d'intimider l'agent du FBI.

-Vous avez quelque chose à dire ? Demanda Tobias ironiquement.

Vexée et encore en colère, Ziva tourna vivement la tête en l'ignorant proprement et sans lui répondre.

-C'est le coup de fil qui vous a intéressé ?

Ziva continua à fixer le mur sans se soucier de lui.

-Ou bien c'est la personne qui a appelé qui vous intéresse ?

Elle le regarda soudainement fixement avec un air de défi.

-J'ai fait mouche ? Ricana l'agent du FBI en croisant les bras, avec une moue amusée.

Elle ne broncha pas, mais lui fit des yeux noirs les plus menaçants possibles.

-C'est inutile de me regarder si méchamment. Ce n'est pas ma faute si vous vouliez tant lui parler.

Ziva fronça les sourcils et sortit enfin de son mutisme. Sa voix était encore enrouée et vibrante de colère.

-Je ne veux pas lui parler !

-Un déni aussi puissant veut-il dire que vous regrettez de les avoir trahis ?

-Je ne regrette rien du tout, et je veux sortir d'ici ! Vous n'avez pas le droit de me retenir, vous n'êtes même pas affilié à cette affaire, elle a été classée !

Ziva retrouva sa fougue et se précipita sur la porte.

Tobias ne bougea pas, resta calme et stoïque. Il lui lança simplement :

-Eux ils regrettent.

Ziva s'immobilisa subitement, restant de dos à l'agent.

-Ils regrettent que vous ne soyez plus là, ils se sentent trahis et blessés. Ils souffrent chaque jour depuis cinq ans.

Elle se retourna violemment, avec des éclairs dans les yeux.

-Ils regrettent ? Ils souffrent ? Savent-ils seulement ce que moi, j'ai enduré ? Combien je me suis sentie trahie ? Combien j'ai pleuré ?

Tobias plissa les yeux, nullement impressionné.

-Vous vous êtes sentie trahie ?

Ziva se renferma dans son mutisme, consciente de s'être laissée emporter.

Tobias se leva à son tour, avec un regard curieux.

-Vous vous êtes sentie trahie par eux ? Parce qu'ils vous ont abandonnée en croyant ces bêtises de tueuse à gages ? Parce qu'ils n'ont pas cherché à regarder plus profondément pour savoir si votre trahison était bien réelle ?

-Je me fiche bien d'eux ! Cracha-t-elle.

-Vous êtes contradictoire.

-Je ne parlais pas d'eux.

-Encore un mensonge ?

Ziva resta étonnamment calme malgré la provocation et retourna s'asseoir. Tobias était à présent dans son dos, il fixait ses épaules légèrement affaissées, ses cheveux en cascade sur son échine. Ce soudain abattement lui donna envie de la prendre dans ses bras et de la consoler, comme une enfant.

-Cinq ans, murmura-t-elle dans un souffle. Cinq longues années. Vous ne savez vraiment pas dans quel endroit vous envoyez vos coupables, Fornell. Dans quel enfer vous les enfermez.

-Mais vous, vous savez, chuchota à son tour Fornell. Il fit le tour de la table et s'accroupit à côté de la détenue.

Ziva tourna ses prunelles vers lui, et le fixa avec une sorte de moue indéfinissable.

-C'est ma pénitence, murmura-t-elle encore. L'expiation de tous mes péchés.

-C'est incroyable, à vous entendre vous êtes le diable en personne !

-Ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas, gronda-t-elle.

Tobias se redressa en massant ses reins douloureux.

-Vous vous entendez ? Demanda-t-il. Non mais, vous vous entendez ? Quand est-ce que le monde ne tourne pas autour de votre petite personne ? Quand est-ce que vous oubliez enfin un peu votre nombril encombrant ?

-Je vous demande pardon ? Demanda-t-elle, stupéfaite.

-Vous vous prenez vraiment pour une victime, toujours martelée d'injustice, toujours bien trop basse pour que les autres la voient ! Vous rendez-vous seulement compte que vous vous complaisez dans votre malheur ? Que vous vous plaisez à vous détruire et à vous embourber volontairement dans vos ennuis ? Que ce faisant, vous faites mal aux autres autour de vous ?

-Je… Je ne vous permets pas ! Je… J'ai vu bien plus de choses que vous n'en verrez jamais, et…

-Vous voyez ? Vous vous cachez derrière votre passé à tout bout de champ !

-Vous êtes injuste !

-Bien sûr que c'est injuste ! Bien sûr que vous avez des horreurs innommables dans votre passé, bien sûr que vous êtes brisée ! Mais vous êtes sans cesse en train de vous le rabâcher, rabâcher, sans relâche ! Bon Dieu, vivez un peu ! Oubliez !

Ziva se mit à pianoter des doigts sur la table, avec nervosité.

-La dernière fois que j'ai tenté de tout oublier, nous savons tous comment cela s'est terminé, dit-elle d'une voix atone.

Tobias soupira bruyamment.

-Très bien, je m'avoue vaincu pour cette manche. Mais je n'en pense pas moins.

Il rajusta sa cravate et passa une main pensive dans sa barbe. Après avoir fixé la prisonnière pendant quelques instants, il joignit ses mains et déclara :

-Bien. Nous allons reprendre où nous nous en étions arrêté.

-Nous y sommes vraiment obligés ? Demanda Ziva avec une voix lasse. Vous savez très bien que cela ne nous mènera à rien: vous comme moi allons rester plantés sur nos positions sans bouger d'un poil.

-Laissez-moi essayer.

-Laissez-moi partir.

-Bien essayé.