Voilà donc le chapitre suivant, qui est l'avant dernier soit-dit en passant! je sais, c'était une courte histoire, mais j'espère quand même qu'elle aura valu le coup!

Bref, trêve de bavardages inutiles et place à la lecture! =)


Chapitre 5

-Où est-elle ?

Le rugissement avait sonné comme une menace de mort dans les bureaux du NCIS.

Cary baissa la tête et fit mine de travailler en essayant de calmer les tremblements de ses mains.

Un bref coup d'œil circulaire lui confirma que ses coéquipiers faisaient de même.

Gibbs entra dans l'open-space comme un boulet de canon, jeta son sac à dos avec brutalité sur son bureau et se planta devant celui de Cary.

-Ne refais jamais ça, Het !

Cary n'eut pas le courage de regarder son patron et garda ses yeux rivés sur ses chaussures, comme une enfant honteuse.

-Tu m'entends ? Continua Gibbs en criant. Jamais ! Et regarde-moi quand je te parle !

Elle leva alors les yeux, et vit ceux de son patron. Il était très en colère.

Cary comprenait sa réaction, bien qu'elle la trouvât démesurée. C'était vrai, elle avait réagi stupidement et avait failli y rester. Mais elle avait réussi, et grâce à elle leur coupable était sous les barreaux. A quel prix ? Au prix que maintenant, son patron déversait sur elle toute l'adrénaline qu'il avait accumulée.

-Je suis désolée, dit-elle doucement pour l'apaiser.
Cela marcha, et même très bien car aussitôt Gibbs se tut et la fixa avec un air indéfinissable.

Cary imaginait très bien ce qu'il avait pu ressentir, quand elle s'était précipitée contre les ordres dans le bâtiment condamné pour récupérer le coupable enfui.

La bombe aurait très bien pu exploser quand elle était dedans, et pas quand elle en était sortie par l'arrière.

Oui, elle voyait très bien ce que Gibbs avait pu ressentir quand il avait vu le bâtiment exploser et qu'il avait cru que Cary était à l'intérieur.

Mais était-ce une raison pour être tellement en colère contre elle ?

D'une voix beaucoup plus calme et avec, peut être bien, un soupçon de prière, il lui dit simplement :

-Ne refais jamais ça.

Et il partit de l'open-space sans rien ajouter de plus. Encore tremblante, Cary posa ses mains sur son bureau, ferma les yeux et soupira.

A côté d'elle, Tony et McGee lui lançaient des regards étranges. Un peu réprobateurs, un peu soulagés. Cary décida de les ignorer proprement.

Elle avait mal agi. Elle connaissait trop bien son équipe pour savoir tout ce qui les animait, et elle se savait leur seul rempart contre leur désespoir.

Cary Het connaissait sa position de pilier : qu'arriverait-il à son équipe si, pour la troisième fois, ils perdaient leur agent féminin ?

Cary Het fit une prière silencieuse à son mentor, son Fantôme personnel Pourquoi ? Pourquoi avoir fait tant de mauvais choix ?

Et Cary Het jura une nouvelle fois. Au nom de l'ancien agent Ziva David, elle continuerait de maintenir l'équipe soudée et heureuse, quel qu'en soit le prix.


-Tu n'as rien à me dire ?

Ziva fixa son partenaire avec indifférence.

-Qu'est-ce que j'aurais à te dire, Tony ?

Celui-ci, pour toute réponse, appuya sur le bouton « stop » de l'ascenseur, ce qui les plongea tous les deux dans une semi-pénombre.

-Ne joue pas à ça avec moi. J'ai bien vu ton regard. Tu connais ce type ?

-Je ne vois pas de qui tu parles.

-Le grand, le mari, le témoin du meurtre, celui que tu as mangé du regard ! Tu vois de qui je parle, là ?

-Tu es jaloux ?

-Ne crois pas que je sois le seul à l'avoir vu. Gibbs aussi a remarqué. Evite-moi, mais tu n'arriveras pas à l'éviter lui.

-Je n'ai aucune raison de vous éviter, Tony, répondit Ziva avec lassitude.

Ils restèrent silencieux. Finalement, Tony posa sa main lourde et chaude sur l'épaule de Ziva, ce qui la fit frémir.

-Pourquoi tu te refermes toujours quand on te parle ? Murmura-t-il d'une voix trop, bien trop suppliante. Ziva sentit qu'elle allait craquer, qu'elle allait enchainer sur une autre mauvaise décision, comme toujours.

Alors, elle enclencha aussitôt l'ascenseur et se dégagea de la main de Tony d'un petit geste d'épaule.

-Je ne vois pas pourquoi tu me compares à une loutre.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent dans un petit « ding » aigu, et ils sortirent d'un même pas.

-Une huitre, grommela Tony en se dirigeant vers son bureau. Des fois, je me demande où tu vas les pêcher.


-Vous voulez boire quelque chose ? Demanda Tobias en se massant le cou pensivement.

Ziva passa ses mains sur ses tempes, en poussant un soupir.

Finalement, elle acquiesça silencieusement. Fornell se dirigea vers la porte, demanda de quoi boire aux gardiennes qui acceptèrent en grommelant.

Il referma enfin la porte, et retourna à sa place.

-Bon, où en étions-nous ?

-Je ne sais même plus.

Tobias prit une photo en face de lui et la regarda avec fatigue.

-Il s'appelait Ouziel, n'est-ce pas ? Je veux dire, son vrai nom. Ouziel Yehièl.

Il montra la photo de l'homme mort. Ziva ne répondit rien, mais haussa les épaules.

-Vous prétendiez lors de votre jugement que c'était un contrat. Un simple contrat.

-C'est ce que c'était, approuva Ziva en prenant la photo des mains de l'agent du FBI.

Elle ausculta le visage blanc et violacé du cadavre, et eu un petit sourire.

-Quelle raison aviez-vous pour vous acharner autant sur ce couple ? Demanda alors Fornell.

-Quelle partie du mot « contrat » n'avez-vous pas compris ? Demanda ironiquement la prisonnière et jetant la photo sur la table.

-Hé, doucement avec mes dossiers.

Ziva ricana et croisa les bras.

-Je vois que vous avez retrouvé toute votre verve, continua Tobias en rangeant ses papiers soigneusement.

-J'ai hâte qu'on en finisse, avoua-t-elle.

-Bon, alors continuons !


-Allo ?

-Ziva ? Ziva, c'est Malachi.

-Malachi? Pourquoi tu m'appelles?

-Ziva, je... Comment dire...

-Qu'est-ce qu'il se passe? Tu es bien grave.

-Je veux que tu saches que je ne fais jamais ça d'habitude. Mais j'ai une dette envers toi, et je veux me racheter.

« Ziva, tu sais que je fais toujours partie du Kidon. Tu connais Ouziel ? C'est un membre domicilié à Washington DC, sous le nom de Michael Bookmaker.

-Oui, je le connais.

-Ton père lui a demandé un service très particulier. Ziva, comprends bien ce que je fais pour toi car ce sera la dernière fois que je te parlerai. Tu as une trop mauvaise influence sur moi, et je me refuse à désobéir une nouvelle fois à un ordre direct.

-Va au but.

-Ton père lui a demandé d'assassiner ton équipe.


Ziva frappa violemment du poing sur la table.

-Je vous interdis de diffamer ainsi ma famille ! Explosa-t-elle.

-C'est pourtant la vérité, Ziva. Encore une fois. C'est ce qui fait que vous avez préféré monter contre vous-même ce dossier de tueuse à gages, pour couvrir votre pays et votre famille de ce qu'ils voulaient accomplir.

-Vous dites n'importe quoi !

-Et Hanokh ? Lui aussi, c'est n'importe quoi ?

Ziva se tut aussitôt, les yeux comme deux ronds de flan.

-Oui, je suis même au courant pour lui ! Hanokh était un ami d'enfance, c'est grâce à lui que vous avez pu vous faire passer pour une tueuse à gage. Hanokh s'appelle aujourd'hui Camel Winster, et il travaille pour Dave Dickson ! C'est lui qui a agit en votre faveur pour que Dave Dickson vous fournisse des contrats déjà effectués pour couvrir vos arrières. C'est lui qui vous a tout monté pour que vous soyez inculpée!

Ziva plissa les yeux, puis finalement soupira et s'enfonça dans son siège avec une moue dédaigneuse.

-Vous pouvez bien dire ce que vous voulez, rien ne changera la vérité.

-Et quelle est cette vérité, d'après vous ? Demanda Tobias, au tac au tac.

-Faut-il que je le répète à nouveau ?


Ziva enfila son manteau gris acier, son bonnet de camionneur et saisit son arme sur la table de la cuisine. Elle la chargea, puis enclencha la sécurité et sortit de son appartement.
Dehors, il faisait très froid. Ziva frissonna en levant les mains de ses poches pour en sortir une photo usée. Celle d'un couple, le couple qu'elle devait abattre.

Elle soupira en songeant que cette nuit, elle aurait bien voulut rester au chaud dans son lit à regarder un bon film.

Mais un contrat est un contrat, alors elle monta dans sa voiture et démarra plein gaz dans les rues vides de Washington.

Quand elle coupa le moteur, quelques pâtés de maisons avant l'appartement de ses cibles, elle se saisit d'une petite mallette sur le siège passager et sortit du véhicule.

Ici, il faisait encore plus froid et de la neige commençait à tomber.

Ziva fit le reste du trajet à pied en rasant les murs. Tout était désert et silencieux.

Elle se stoppa devant la porte d'entrée de l'immeuble, s'assura de ne pas avoir été suivie puis força la serrure.

Enfin, elle s'introduisit dans le bâtiment avec de nombreuses précautions.

Elle localisa l'appartement du couple, écouta quelques instants des signes de vie puis délicatement, elle força à nouveau la serrure.

Le lieu était plongé dans le noir et le calme. Mais Ziva restait sur ses gardes.

Elle se repéra rapidement dans l'espace, puis entreprit d'atteindre la chambre.


-La suite, je ne suis pas sûre que vous vouliez l'entendre, continua sarcastiquement la prisonnière en rejetant en arrière sa longue crinière noire.

-Je n'en ai pas besoin, j'ai le rapport d'autopsie sous les yeux.

-Alors, vous me croyez ?

-Non, absolument pas.

-Ca devient lassant.

-Et je pourrais bien dire la même chose. Mais bon, revenons en à notre affaire.

« Selon votre version, ce n'est qu'un simple couple et on vous a engagée pour les tuer dans les pires conditions possibles. Dans ma version, il s'agit d'un officier du Kidon missionné pour tuer votre équipe.

-Avouez quand même que ma version fait moins chevaleresque et plus crédible.

Tobias eut un petit rire joyeux.

-Ah ça ! C'est ce qu'on m'a répété sans cesse les trois premières années après l'affaire.

-On ? Demanda curieusement Ziva.

-Les autres agents du FBI. Ils me trouvaient fous de remuer cette affaire, de vous chercher des excuses et des raisons.

-Ils n'ont pas eu tout à fait tort, approuva la détenue.

-Alors après, je me suis tut et j'ai poursuivi sans que personne ne le sache, continua Fornell en tripotant pensivement sa manche. Il faut dire que Gibbs et ses agents n'étaient pas contents que je m'obstine à travailler sur cette affaire. Ils étaient vraiment furieux contre vous.

Ziva ne releva pas. Elle paraissait plus détendue et plus encline à plaisanter, aussi elle haussa simplement les épaules.

-Qu'est ce que vous voulez que ça me fasse ?

-C'est ce que je me suis dit aussi, approuva Tobias avec un sourire. C'est pour ça que j'ai continué.

-Vous allez me faire verser une larme, ricana Ziva.

-Je ne voudrais pas en être la cause, assura-t-il. Maintenant, assez plaisanté. Je vais vous présenter ma version des faits.

-J'ai hâte d'entendre ça.


Ziva resta un instant silencieuse et immobile devant la porte de l'appartement. Après tout, elle s'en prenait à Ouziel, du Kidon. Ce n'était pas si simple, et peut être même qu'il était prévenu de sa présence.

La plus grande prudence était de mise. Elle força tout doucement la serrure et ouvrit la porte, restant quelques instants sur le perron.

L'intérieur était plongé dans le noir.

Elle entra enfin, essaya de repérer un mouvement suspect mais ne décela rien. Elle avança encore de quelques pas.

Elle se dirigea avec précautions jusqu'à la chambre à coucher.

Mais là, il n'y avait que sa femme, Âdina, couchée dans le lit.

Le sang de Ziva ne fit qu'un tour. Elle se retourna vivement et chercha des yeux un mouvement suspect.

Et soudain, Ouziel l'attaqua en sortant de l'ombre où il était tapi.


-Alors là, je crois que vous me surestimez vraiment. Vous pensez que j'aurais pu maîtriser deux membres du Kidon toute seule, dans leur propre appartement ?

Le regard de Fornell s'illumina et il joignit ses mains comme un banquier affairé.

-Mais qui vous a dit qu'Âdina Yehièl faisait partie du Kidon ?

Ziva resta immobile et sans expression, un petit air supérieur figé sur son visage.

-J'ai fait partie du Kidon, rappela-t-elle finalement d'une voix neutre. Ce n'est un secret pour personne.

Tobias fit une moue sceptique.

-Ah vraiment ? Demanda-t-il.

-Ecoutez, ça vous ferait tant mal que ça de me croire au moins une fois dans cette histoire ? S'énerva la prisonnière.

Tobias Fornell resta muet, les bras croisés à regarder sa détenue avec des yeux scrutateurs.

Le silence perdura encore quelques instants, tandis que Ziva restait elle aussi immobile, semblant consentir à cet examen aussi soudain que minutieux.

-Je n'arrive pas à comprendre, soupira enfin l'agent du FBI.

Il passa un doigt penseur sur son front, en continuant de soupirer. Finalement il prit sa tête entre ses mains, pour la soutenir. Il resta ainsi à fixer Ziva.

-Je n'arrive pas à comprendre comment on peut en arriver là.

Ziva ouvrit la bouche pour répondre, mais il la coupa d'un froncement de sourcils.

Comme s'il avait hurlé, elle se ravisa et continua de le fixer en attendant la suite.

S'était installée, entre eux, une sorte de nonchalance et de compréhension mutuelle qui avaient instinctivement calmé la détenue.

Alors, avec une docilité déconcertante, elle se mit dans la même position que Tobias et attendit.

-Vous aviez un si bel avenir, finit-t-il par dire. L'horizon n'avait pas toujours été aussi sûr pour vous vous veniez de sortir de périodes difficiles. La Somalie, ces mois que vous avez subis comme une pénitence alors que vous n'espériez même plus d'aide, ont dû être parmi les jours les plus durs de votre vie.

« Je n'ai pas la prétention de comprendre ce que vous avez traversé, je ne le pourrais pas. Votre vie familiale et affective, autant par vos frères et sœurs que par vos amours, a été une sorte de ronde infernale que vous n'arriviez pas à briser. Et quand vous êtes entrée au NCIS pour la première fois en tant qu'officier de liaison, je suis persuadé que vous avez cru vous engager à nouveau dans une spirale sans fin.

« Et puis, vous vous êtes acclimatée. Mieux que ça : vous vous êtes épanouie. Je ne prétends pas que vous êtes devenue heureuse, je suis bien mal placé pour pouvoir l'affirmer. Mais je suis sûr que vous aviez atteint un niveau de confort, de sécurité et de bien-être que vous n'aviez jamais atteint avant.

« Votre équipe -et ne mentez pas, je vous ai vue avec eux assez de fois pour pouvoir l'assurer- vous aimait, et vous l'aimiez. Bien sûr, vous aviez encore un attachement certain à vos racines, à votre vraie famille, à votre pays et votre devoir. C'est une chose que je ne puis blâmer car elle est compréhensible et même louable.

« Mais finalement, vous avez tout gâché. Oui, vous. Pas eux, pas ils, pas nous. Vous. Tout le monde certifie que c'est de votre faute, que vous avez cherché ce qu'il vous est arrivé. Personnellement, je vois les choses différemment.

« Pour moi, vous avez dû choisir entre plusieurs solutions, et vous avez pris la meilleure. Pas pour vous, pour les autres. Pour vous, elle fut sûrement la pire. Laissez-moi continuer, s'il vous plaît, je n'ai pas encore terminé; C'est une histoire qui me tient à cœur depuis maintenant cinq ans, et vous êtes bien placée pour savoir que ce qui vous ronge vous tue. Je n'ai eu de cesse de vous trouver des raisons.

« Bien sûr que je culpabilise. Dans sa vie, un agent enferme toujours au moins une fois un innocent. Personne n'est parfait. Mais quand on se rend compte de l'erreur, on ne pense plus qu'à une seule chose: la réparer.

"J'ai cherché, oh oui j'ai cherché. Et puis, de pistes en pistes, j'ai finalement pu remonter jusqu'à votre père, jusqu'à vos amis, jusqu'à vos choix. Comment vous avez découvert que votre père projetait de faire assassiner vos amis pour vous faire revenir en Israël, comment vous avez décidé de le couvrir pour le protéger en protégeant votre équipe.

« Je ne supporte pas le mot sacrifice. Je trouve ça tellement grandiloquent, avec un relent de salles de théâtre un peu avarié. Mais je dois avouer que dans votre cas, ce terme ne me paraît pas tellement éloigné de la réalité. Comment peut-on vouloir aider les personnes qui ont tout fait pour vous rendre la vie plus difficile ?

Tobias se tut enfin. Sur son visage, on pouvait voir qu'il était réellement perplexe et qu'il attendait vivement une réponse qui lui explique.

Mais Ziva ne répondit pas. Elle avait tourné la tête vers la fenêtre et fixait comme un oiseau en cage la liberté du ciel d'automne.

Tobias regarda à son tour l'étroite lucarne munie de barreaux. Triste vue en réalité de la liberté, songea-t-il.

Il reporta son attention sur la prisonnière dans l'espoir d'une réaction suite à son long monologue. Elle restait immobile et silencieuse comme une statue.

Il commença alors à ranger ses dossiers. La fin de l'entrevue se faisait sentir, Tobias en avait le cœur serré. Il avait tissé un lien étrange avec son interlocutrice pendant ces quelques heures qui le rendait à la fois triste et soulagé, un petit quelque chose d'inexplicable.

Ziva stoppa enfin sa contemplation et tourna ses yeux fatigués vers Fornell. Elle aussi semblait regretter que l'entretien se termine.

-Dites-moi, Fornell, s'il vous plaît, demanda-t-elle doucement. Dites-moi comment sont les arbres au dehors. Sont-ils flamboyants, rouges et ors, ont-ils leurs feuilles qui s'éparpillent au vent ? Le Potomac a-t-il déjà gelé ? Les gens dans les rues ont-ils déjà leurs écharpes et leurs manteaux multicolores, leurs chapeaux d'hiver ? Peut-on toujours sentir, le matin, près du parc, l'odeur entêtante du grand séquoia central ?

Elle se tut enfin. Son regard était embrasé, comme grisé par toutes ces idées du dehors qui flottaient dans sa tête. Elle regardait avidement Tobias, espérant des réponses étayées sur la saison à Washington.

Il ne sut quoi répondre. Il détestait l'automne et le froid, les gens grincheux et la neige. A vrai dire, il n'avait même pas fait attention à tous ces détails.

Il ouvrit la bouche mais la referma, incapable de la satisfaire dans sa demande. Au lieu de ça, il finit de ranger son dernier dossier dans sa petite sacoche.

-Ziva, je sais que j'ai raison, et je ne peux pas comprendre votre entêtement à vous faire souffrir ainsi. Cependant, si c'est là votre ultime décision, je la respecterai.

Il se leva. Une lueur d'affolement passa dans les prunelles de Ziva, qui voyait partir ce lien qu'elle avait cru mort avec ses anciens amis.

-J'ai dans cette mallette tous les papiers nécessaires à rouvrir votre affaire et à vous innocenter. Ils n'attendent que vous. A présent, c'est à vous de choisir. Ils peuvent être révélés au grand jour et vous faire sortir de cet endroit, vous faire retrouver votre ancienne vie et vos anciens équipiers. Ou ils peuvent rester dans cette mallette, et personne d'autre que vous et moi ne saura la vérité. Quelle que sera votre décision, je la respecterai. Réfléchissez-bien, cependant, car c'est votre dernière chance.

Ziva regarda à nouveau la fenêtre. Son visage cireux était encore plus squelettique à la faible lumière du jour blanc. Ses yeux semblaient vides.

Tobias patienta en la regardant ainsi, un long moment. Finalement, un maigre sourire étira les fines lèvres de la détenue.

-Il y a des oiseaux même ici, dit-elle alors qu'un passereau venait de voleter devant la lucarne.

Elle tourna la tête pour enfin regarder Fornell. Son petit sourire mélancolique ne la quittait pas.

-S'ils peuvent vivre ici, pourquoi pas moi ? Demanda-t-elle avec un haussement d'épaules.

Tobias ferma les yeux brièvement : il s'était attendu à cette réponse.

Un roc tomba au fond de son estomac.

-Je vous remercie pour ça, continua Ziva en montrant du menton la précieuse mallette.

Tobias fit un petit signe de tête rapide, et enfila son manteau sans rien rajouter. Il empoigna sa sacoche, et resta un petit moment immobile.

-Je reste persuadé que vous faites encore un mauvais choix, dit-il simplement.

-Ce ne sera pas le dernier, assura Ziva en se levant.

Fornell se dirigea vers la porte. Il se retourna une dernière fois, pour graver dans sa tête l'image de la femme devant lui. Il ne se sentit pas le courage de parler à nouveau. Un simple mouvement de tête suffit, et elle le salua de même. Il quitta la pièce, puis bientôt la prison, avec un étrange sentiment de solitude.

Les deux gardiennes entrèrent dans la pièce et ramenèrent Ziva dans sa cellule, le repas était terminé depuis longtemps.
La jeune femme jeta un dernier regard à la lucarne, mais il n'y avait plus d'oiseau.

Le sourire qu'elle avait tenu figé depuis le départ de Fornell la quitta soudainement.