Bonsoir tout le monde !

*se racle la gorge et baisse la tête, honteuse*

Oui, je sais, ça fait un bout de temps que je n'ai pas mis cette fiction à jour. Et je comprends que certaines d'entre vous puissent s'impatienter et m'en vouloir. Après tout, je suis aussi une lectrice et je me mets à votre place. Alors je ne peux que m'excuser auprès de vous. Je suis vraiment désolée pour cette attente interminable. Cependant, ce n'est pas comme si je n'avais rien posté pendant tout ce temps. J'ai écrit un OS pour ma bêta et un chapitre de « Contre tous préjugés ». Suis-je un peu pardonnée ? *fait son regard de chien battu*

Sinon, je tenais sincèrement à vous remercier pour toutes vos reviews adorables. Je les ai toutes lus avec grand intérêt et j'ai eu un sourire plâtré sur mon visage durant des heures grâce à elles. lol Certaines m'ont véritablement émue et d'autres plus amusée. Quoiqu'il en soit, elles ne m'ont jamais laissé indifférente, croyez-moi.

Je continue mes remerciements avec ma bêta qui, avec son œil de lynx, a réussi à chasser toutes les fautes qui m'avaient échappée.

Un énorme merci à toi, So (Eiphose) d'avoir été, comme à chaque fois, disponible et si rapide dans tes corrections.

Un gros bisou à Anne, à Nadège, ma rebelle, et à ma Lou, ma fille de cœur, avec qui je passe d'excellents moments sur MSN et au téléphone.

Je vais cesser mes blablas interminables, et enfin vous laisser lire ce chapitre.

Bonne lecture !


Chapitre 17

« Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons. »

[Sigmund Freud]

La souffrance morale est si familière à chacun de nous que la définir pourrait paraître inutile et superflue. Tout le monde a connu un jour, cette douleur immuable qui nous étreint et qui nous laisse impuissant dans la façon dont nous pouvons la gérer.

La souffrance psychologique peut être beaucoup plus intense que la souffrance physique : chaque personne réagit avec son histoire, ses conduites passées, ses possibilités relationnelles, ses liens familiaux, amicaux, sociaux, son sens de la vie, sa spiritualité, sa culture… De ce fait, les capacités de faire face à la situation sont très variables d'une personne à l'autre.

Dans mon cas, la douleur que j'éprouvais était telle que je ne me sentais plus capable de m'accommoder avec la vie que j'avais désormais.

Que faire quand la souffrance que vous ressentez est si puissante, si dévorante qu'elle altère votre perception des choses, vous rendant faible et insignifiante et qu'elle ne semble jamais vouloir vous quitter ? Car il était clair pour moi, que la vie m'avait condamnée à vivre avec ce mal à perpétuité.

***TMA***

Je mis plusieurs secondes avant de comprendre. Je le regardai, incertaine. C'était comme si mon cerveau avait du mal à assimiler ce qu'il venait de me dire. Mais malgré toute cette confusion, je savais que ce qui allait venir ne présageait rien de bon.

« Tu devrais t'asseoir. », me répéta-t-il d'une voix neutre.

Je reculai doucement tout en le regardant et me heurtai à une chaise. Je la pris, et sans détacher mes yeux des siens, je m'assis. J'avais l'impression que si je le faisais, un détail m'échapperait. Comme une lueur chaleureuse qui y brillerait et qui me prouverait que tout allait bien et que notre discussion n'aurait rien de douloureux. Ou alors une certaine vérité, une émotion à laquelle il m'avait habituée.

Je posai mes mains tremblantes sur mes cuisses et les frottai contre elles afin de me débarrasser de cette moiteur qui s'était manifestée tant j'étais stressée et effrayée.

Oui, effrayée. . . car ma peur la plus profonde à l'heure actuelle était qu'il m'abandonne.

Après plusieurs secondes - ou minutes peut-être - à l'observer, je me décidai à briser ce silence pesant.

« Et bien qu'as-tu à me dire de si important ? Je t'écoute. », fis-je avec appréhension.

Il était terriblement calme. Mais je le connaissais assez pour comprendre que, malgré son flegme apparent, il fallait peu de choses pour le briser.

Il se leva et se dirigea vers la fenêtre, mettant, ainsi, fin à cette connexion visuelle que j'avais essayée de maintenir. Il était de dos à moi à présent.

Malgré l'impassibilité qui s'était dégagée de son visage peu de temps auparavant, je remarquais, à ses muscles dorsaux et à ses poings serrés, à quel point il était tendu.

Pourquoi était-il ainsi ? J'avais envie de connaître la vérité mais je la craignais aussi. J'avais peur qu'elle détruise toutes mes espérances, qu'elle bouleverse notre avenir commun.

Je fermai les yeux et essayai de modérer ma respiration afin de faire le vide et de chasser de ma tête mes craintes. Mais mes efforts furent bien inutiles tant j'étais nerveuse.

Le temps semblait s'être arrêté. J'attendais, crispée et le cœur battant, qu'il daigne enfin m'expliquer ce qu'il se passait.

« J'ai toujours obtenu ce que je voulais. », commença-t-il, me prenant au dépourvu. « C'est vrai, je ne connais pas la notion de refus ou d'échec. Tout au long de ma vie, j'ai fait en sorte de réussir ce que j'entreprenais, d'aller au bout de mes ambitions. Je pense y être parvenu. Je suis satisfait de ce que j'ai, de ma réussite professionnelle même si j'ai fait beaucoup de sacrifices pour y parvenir. »

J'observais toujours son dos sans vraiment comprendre le sens de ses paroles. Je ne savais pas où il venait en venir, pourquoi il me disait tout ça et dans quel but.

« Cependant, je pourrais énumérer un bon nombre de domaines dans lesquels j'ai échoué et qui, désormais, me laissent un goût amer. Je ne suis pas fier de tout ce que j'ai fait dans ma vie. D'ailleurs, j'ai le sentiment d'avoir agi plus d'une fois sans avoir pris la pleine mesure de mes actions. J'ai fait souffrir bon nombre de personnes à cause de mon comportement égoïste, de mes actes irréfléchis. »

J'étais hébétée, confuse par ses dires. Mon corps commençait à envoyer des signes avant-coureurs de panique : mon souffle devint plus rapide, tout comme mon pouls. Je me sentais défaillir un peu plus chaque fois que ses mots sortaient de sa bouche.

« J'ai fait beaucoup d'erreurs. Beaucoup trop au détriment de mon entourage. »

Il s'interrompit et continuait à regarder le paysage, ne m'accordant jamais un seul regard. Et moi j'étais là, assise sur une chaise, essayant d'assimiler ses mots même si mon esprit était trop accaparé par mes angoisses pour que je parvienne à les comprendre vraiment.

Après un temps, que je ne sus définir, sa voix de velours me ramena à la réalité.

« J'ai l'intime conviction que je dois les réparer, que je dois rétablir une certaine normalité. Je ne veux plus agir de manière égoïste. Je dois tenir compte des gens qui m'entourent à présent, de leurs sentiments. »

Sa voix était calme mais j'avais l'impression qu'elle était biaisée, ne reflétant pas son véritable état émotionnel.

« J'ai énormément réfléchi à nous deux ces derniers jours… », reprit-il « …de tout ce qui s'est passé depuis le soir où je t'ai amenée ici, de tout ce que je t'ai fait subir pendant toutes ces semaines. Et je me demande encore comment tu es parvenue à pardonner mes fautes, mon attitude hostile, mes actes … »

« On en a déjà parlé. », le coupai-je avec ardeur. « Je t'ai déjà dit que ça n'avait plus aucune importance maintenant et que… »,

« Laisse-moi finir. », m'interrompit-il à son tour avant de se tourner vivement et de me faire face. Son visage était déformé par la colère et la douleur, ses yeux brillaient d'une lueur étrange et menaçante et sa bouche se tordait en une grimace de dégoût. Le calme apparent qu'il avait affiché quelques secondes plus tôt n'était plus.

« Plus le temps passe, plus j'ai l'impression que les choses s'aggravent. Et ça, tu ne peux pas le nier. Je n'arrive plus à me contrôler, à agir de façon raisonnable lorsque je suis auprès de toi. », dit-il la mâchoire serrée. « Je ne me reconnais plus et ça fait depuis trop de temps que ça dure. »

« Tu te trompes. », soufflai-je en secouant la tête.

« Je ne veux plus vivre dans le mensonge. », continua-t-il en ignorant ce que je venais de dire.

« Le mensonge ? », fis-je, me demandant de quel mensonge il voulait parler.

« Je dois cesser toute cette mascarade, arrêter… arrêter tout ça. Je n'ai pas le choix. »

« Quoi ? Co… comment ça ? Qu'entends-tu par 'arrêter tout ça' ? », fis-je d'une voix tremblante.

Il fuit mon regard un instant et inspira profondément.

« Je veux… je veux mettre fin à notre histoire. », dit-il froidement tout en ancrant ses yeux dans les miens.

« Quoi ? Non ! », hurlai-je en bondissant de ma chaise.

« Non ! Mais que… mais qu'est-ce que… Mais pourquoi fais-tu ça ? Je… Non ! », bredouillai-je, paniquée.

« Bella… laisse-moi t'expliquer. »

« Non. Il n'y a rien à expliquer. Je ne veux pas de tes explications. Je ne veux pas te quitter. Je… Je t'aime, Edward. », m'emportai-je.

Il referma les yeux après l'énoncer de mes paroles tandis que sa mâchoire se crispait.

« Je t'aime et je sais que tu m'aimes aussi. Tu ne peux pas le nier. »

Il rouvrit les yeux et posa un regard dur sur moi.

« Je ne t'ai jamais dit que je t'aimais, Bella. », déclara-t-il sèchement.

Sous le poids de la cruauté de ses mots, je me rassis sur ma chaise et mis mes bras tremblants autour de mon corps. Je me sentais étourdie alors que le sang dans mes oreilles pulsait et que la noirceur empiétait mon champ de vision.

« Tu mens ! », l'accusai-je les yeux remplis de larmes. « Tu ne peux pas m'avoir dit toutes ces choses magnifiques et me dire que tu ne ressens rien pour moi. »

Je fermai fortement les yeux, libérant ainsi les larmes que j'avais tentées de contenir. Ces dernières dévalèrent le long de mes joues pour terminer leur course sur ma poitrine pantelante.

C'était un cauchemar, ça devait être sans doute ça.

« Edward… Pourquoi fais-tu ça ? », sanglotai-je.

« C'est mieux ainsi, crois-moi. Je n'aurais jamais dû te faire subir tout ça. », souffla-t-il.

« Ne dis pas ça… Je ne peux pas croire que tu ne veuilles plus de moi. », haletai-je. « Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer pour que tu me rejettes ? Est-ce à cause de ton père, de James ? Alice m'a dit qu'il te faisait chanter. Si c'est à cause de lui, on trouvera un moyen. »

Il ne dit rien mais je le vis serrer des poings.

« Ce n'est rien tout cela. C'est juste moi. Moi et ma vie. »

Moi et ma vie… Tout s'embrouillait dans ma tête. Tout ce qui se passait était insensé. Comment avions-nous pu en arriver là ?

J'avais bien senti qu'il était distant ces derniers temps mais j'étais loin d'imaginer que l'issue de cette histoire serait aussi cruelle.

« Ne suis-je pas assez bien pour toi ? », m'enquis-je. « Dis-moi ce que je peux faire pour être meilleure pour toi, pour que tu puisses m'aimer. Je te promets que je ferai des efforts. Je… je suis prête à faire n'importe quoi, Edward, mais je t'en pris ne me demande pas de partir. », le suppliai-je.

« Rien de ce que tu pourras me dire me fera changer d'avis. J'ai pris ma décision. », déclara-t-il avant de s'asseoir avec lassitude sur la chaise de son bureau.

Désespérée, je me levai et me précipitai vers lui. Je m'agenouillai à ses côtés et encerclai sa taille de mes bras alors que je continuais à sangloter.

« Ne m'abandonne pas à ton tour. Je ferai mieux, je te le promets mais ne m'abandonne pas. S'il te plaît, s'il te plaît, s'il plaît. », répétai-je inlassablement.

« Je suis désolé. », murmura-t-il.

Je levai mon visage ravagé par les larmes vers le sien et examinai ses yeux pour y déceler ce que je cherchais.

« Ne me quitte pas. Je t'en prie. Je ne pourrai pas vivre sans toi. J'en serai incapable. »

« Bella, arrête. », fit-il en me repoussant.

Alors, je me levai, plus déterminée que jamais avant de prendre son visage entre mes mains et d'écraser mes lèvres sur les siennes.

Et lorsque je le fis, je le sentis se raidir puis finalement s'abandonner.

Ses lèvres remuèrent contre les miennes. Et rien qu'avec ce baiser, l'espoir renaquit en moi. Il ne pouvait pas nier que cet échange n'était rien. Il me voulait, c'était indéniable.

Mais alors que je voulus approfondir le baiser, il m'ôta vivement les mains de son visage et brisa notre étreinte.

« Bella, stop ! », dit-il la mâchoire serrée. « Arrête ça ! »

« Je sais que tu en as envie autant que je suis persuadée que tu m'aimes. », fis-je encore haletante mon front posé sur le sien.

J'avais ce besoin constant de le toucher, de garder ce lien avec lui.

« Je sais que ce n'est pas le véritable Edward qui parle. Il est là tout au fond de toi, je le sais. Je pourrais t'aider à guérir… un médecin pourrait t'aider aussi. Nous pourrons tellement être heureux toi et moi, si tu nous donnais une chance. »

« Je n'ai pas besoin d'aide. », confirma-t-il en me repoussant une nouvelle fois. « Tu ne peux pas m'aider… je l'ai pensé mais le fait est que je ne changerai jamais. Rien ni personne ne pourra me changer. Je serai toujours ainsi. Je suis… dangereux. Et il est préférable que je t'éloigne de moi… Vis ta vie, Bella. Je te la rends. »

« Ma vie, je te l'ai donnée le jour où j'ai réalisé que je t'aimais. », fis-je tout en m'éloignant de lui lentement, la tête baissée dans la défaite.

« Ne fais pas quelque chose que tu pourrais regretter. Ne nous refuse pas ce bonheur à cause de ce mal qui te ronge. », ajoutai-je.

« Je suis sûr de moi, de mes choix. »

« Alors je ne suis vraiment rien pour toi ? Je ne peux le croire. »

« Je l'ai cru, mais je me suis trompé. Tu n'étais qu'une obsession, une lubie pour moi, rien de plus. Il ne s'agissait que d'une question de temps avant que je ne finisse par me lasser. »

Je m'effondrai sur le sol et au lieu de continuer à le supplier, je me mis à réfléchir un instant et réalisai que ce qui venait de se passer était sans doute inévitable. On m'avait déjà prévenue plus d'une fois et j'avais ignoré ces avertissements. J'avais préféré croire que j'avais assez de pouvoir sur lui pour le changer. Mais qui crus-je avoir été pour penser ainsi ?

« Rosalie avait donc raison… tu es incapable d'aimer. », fis-je en le scrutant du regard.

Il s'agissait plus d'un stratagème éhonté pour connaître le fond de sa pensée que d'une confirmation de ma part.

Il déglutit et sans ciller, mit un terme à tout espoir que j'avais encore en moi.

« Oui. »

Je baissai les yeux, abattue, et sanglotai.

Il existe une multitude de mots pour décrire l'affliction qu'un être humain peut ressentir. Mais je ne trouvais en aucun d'eux un terme assez fort pour décrire ce que je ressentais après cette affirmation.

« Tu m'as promis que tu ne me ferai plus souffrir. En agissant ainsi tu fais tout le contraire. »

« Je suis désolé. »

« Désolé ? »

« Oui. Désolé qu'un jour nos chemins se soient croisés. », déclara-t-il sans une once d'émotion dans la voix. « Regarde ce que je t'ai fait. Regarde-toi et tu verras que j'ai raison. »

Ses paroles envoyaient un frisson presque douloureux à travers moi, jusqu'à mes orteils et mon dos. Je savais que quelque part, dans les profondeurs de l'esprit d'Edward, il y avait la vérité. Ces paroles, ce n'était pas l'Edward que j'aimais qui les dictait.

« Tu mérites qu'un homme prenne soin de toi. Tu mérites d'être aimée, Bella. Tout ce que je ne peux pas et ne pourrais jamais faire. »

« Je ne veux personne d'autre que toi. Je ne suis plus rien si tu m'abandonnes. », lançai-je dans un ultime espoir de le faire réagir.

Je m'entendis dire ces mots, ces mots qui n'étaient que des fragments, des morceaux agitées de rage et de chagrin.

Il ne réagit pas et ne m'accorda aucun regard. Son impassibilité me déstabilisa. Je n'arrivais plus à définir si tout ce qu'il m'avait dit était vrai ou s'il faisait tout ça pour mon bien.

Je restai de longues secondes à le regarder tandis que mes larmes ne cessaient de couler.

L'air devint vite épais avec le silence pesant.

Je n'arrivais plus à le supporter, à subir sa placidité.

Je le regardais encore et encore et tandis que je le faisais, je savais… je savais que son choix avait été murement réfléchi depuis des jours et que sa détermination était sans faille. Et je savais que quoi que je dise, il ne reviendrait pas sur sa décision. Il était résolu à aller au bout de ce qu'il avait entrepris.

Et ce fut ainsi que l'évidence me frappa : il ne voulait vraiment plus de moi. Je n'étais pas assez bien pour lui. J'avais échoué. Je n'avais pas réussi à le rendre heureux et à le guérir.

« Je vais aller préparer mes affaires. », déclarai-je finalement d'une voix blanche en me levant avant de tourner précipitamment les talons.

Je préférais quitter cette pièce au plus vite car une envie atroce de vomir m'étreignit. J'accélérai le pas pour finalement finir par courir et me précipitai à l'étage. Arrivée dans notre chambre, je me figeai et mon regard se porta sur le lit où quelques heures plus tôt nous nous étions unis et aimés.

La nausée me montait à la gorge et bien vite, j'accourus dans la salle de bain et pus, juste à temps, vider mon estomac dans les toilettes.

Une fois que je me sentis mieux, je m'assis sur le sol froid et portai mes jambes contre ma poitrine avant de poser mon front contre mes genoux.

Le flot de larmes reprit et il semblerait qu'aucune pensée n'arrive à le cesser. Je n'avais en tête que les mots durs et blessants d'Edward à mon encontre. Et plus j'y pensais plus je trouvais en eux une certaine vérité. Je ne valais rien.

Je restais de longues minutes au sol. Je me sentais étourdie, n'arrivant pas à comprendre ce qu'il m'arrivait. Mon cerveau refusait de saisir la situation mais mon cœur savait. Il saignait, il avait mal, il était en morceau.

Pourquoi devais-je toujours ressentir ce mal en moi ? Pourquoi personne ne pouvait m'aimer ?

Les larmes coulaient toujours sur mes joues. J'étais dans un état tel que je ne me rendais compte de rien. Je savais juste que je ne devais pas rester ici, dans cette maison, que ma présence n'était plus souhaitée.

Alors les jambes vacillantes, je tentai de me lever en m'aidant des meubles qui étaient près de moi. Difficilement, je réussis à me mettre debout.

Puis tel un automate, je me rendis à la chambre et pris mes affaires avant de les poser sur le lit.

Je me saisis de mon sac et de ma boîte en carton et commençai à ranger tout ce que j'avais, c'est-à-dire peu de choses, dedans. En quelques minutes mon bagage était fait.

Je regardai fugacement la robe que j'avais portée quelques jours plus tôt pour le bal de charité et j'eus un autre haut le cœur. Je réussis à me reprendre en inspirant et expirant lentement et refermai vite l'armoire afin de mettre un terme à toutes pensées douloureuses.

Je fermai mon sac toujours aux prises avec mon mal et ma peine. Dans un moment de lucidité, je me demandais ce que j'allais devenir maintenant, ce que ma vie serait désormais sans Edward.

Je chassai cette pensée et me saisis de mon bagage et de ma boîte. Ils n'étaient pas lourds tout juste encombrants, et j'émis un rire cynique en me rendant compte que même matériellement j'étais pauvre. Je n'avais rien. Pas d'amour, peu de souvenirs palpables, vraiment rien. Les seuls que j'avais semblaient s'estomper tant ma peine prenait toute la place.

D'un pas hésitant, je pris la direction de la porte puis longeai le long et interminable couloir. Je m'apprêtais à descendre les marches lorsque je vis Edward qui les montait de façon mesurée mais volontaire. Je me figeai ne sachant plus si je devais être soulagée ou en colère qu'il soit venu à ma rencontre. Peut-être qu'il avait changé d'avis. Cette supposition n'était pas juste, je le savais bien. Mais j'avais l'espoir qu'il ait abandonné toutes ses résolutions. Si ce n'était pas le cas, je préférais mille fois qu'il me laisse tranquille. Il était souhaitable pour moi, pour ma dignité qu'il me laisse partir sans attiser une nouvelle fois la douleur déjà vive qui régnait en moi.

Je m'accrochai à mon bagage comme on s'accroche à une bouée de sauvetage. J'avais besoin d'agripper quelque chose sinon je n'étais pas sûre de ce que je pouvais faire tellement j'étais désespérée et anéantie.

« Tu as déjà préparé ta valise ? », s'étonna-t-il en fixant mes affaires.

« Oui, plus rien ne me retient ici à présent. », fis-je d'une voix trahissant mon désarrois.

Un silence lourd s'installa entre nous. Qu'attendait-il de moi ? Pourquoi ne disait-il rien ?

Je ne supportais plus de subir ce malaise. Je voulais absolument partir, m'isoler et pleurer à ma guise afin de me libérer de tout ce fardeau.

« Je vais y aller. », murmurai-je enfin.

Il leva vivement la tête et posa sur moi un regard désolé.

« Attends. », lança-t-il alors que je commençais à descendre les escaliers.

Je me stoppai net, à peine à un mètre de lui. Mon cœur s'emballa de le sentir si proche. A cette distance, je pouvais apprécier son odeur. Je fermai les yeux sous l'avalanche des sentiments qui me percuta de plein fouet. Je me mordis la lèvre inférieure pour m'empêcher de craquer. Il ne fallait pas que je lui montre l'étendue de ma souffrance. Je l'avais trop souvent fait. Et puis j'avais cette effroyable envie de le supplier une nouvelle fois. Qu'est-ce que cela m'apporterait de me laisser aller à mes émotions à part me sentir une fois de plus rejetée et humiliée ?

Il m'observa longuement, mais contrairement à lui, j'eus du mal à le regarder. Alors, je baissai la tête et portai mon attention sur mes chaussures.

« Tu voulais me dire autre chose ? », réussis-je finalement à articuler.

« Euh, oui. J'ai quelque chose pour toi. », fit-il en me tendant une clé argentée.

« Qu'est-ce que c'est ? », lui demandai-je sans pour autant la prendre.

« C'est la clé d'un appartement. »

« Comment ça ? », m'exclamai-je, abasourdie.

« Je t'ai loué un appartement à Chicago, dans le quartier de Near North Side. Tu peux y rester le temps que tu le souhaites, tout est pris en charge. »

J'expirai l'air que j'avais retenu sans m'en rendre compte et le regardai enfin avec incrédulité.

« Tu te fiches de moi, n'est-ce pas ? »

« Non. Tiens, prends là. », dit-il en me prenant la main et en y plaçant la clé.

Rien que ce léger contact me fit sursauter. Je ne savais pas si je devais apprécier son toucher ou le fuir. J'avais l'impression qu'il me faisait plus de mal que de bien maintenant.

« Je n'en veux pas. », fis-je en serrant les dents.

« Ecoute, Bella… »

« Il n'y a plus de Bella qui tienne. Je ne veux plus rien qui vienne de toi. », vociférai-je.

« Ne fais pas l'enfant et accepte. »

« Ne me dis pas ce que je dois faire. », rageai-je.

Il était beaucoup plus facile, à présent, de faire face à ma colère, qu'à la douleur et le désespoir persistant, menaçant de me dépasser. Prenant quelques respirations profondes, je secouai la tête pour effacer les pensées frénétiques qui me submergeaient.

Tout d'un coup la clé que j'avais encore dans le creux de ma main semblait peser une tonne. Je n'avais pas réalisé que je la tenais encore. Alors très vite, je la lâchai et la vis tomber au sol avec un bruit sourd.

Il la regarda, mais ne se baissa pas pour la ramasser. Puis il ferma les yeux afin de contenir la colère qui semblait se manifester petit à petit en lui.

« Tu refuses, c'est ton droit, mais où vas-tu aller ? »

« Qu'est-ce que ça peut te faire ? D'ailleurs pourquoi te donner autant de mal pour moi ? »

Il referma les yeux et quand il les rouvrit, je crus percevoir une brève préoccupation qui émanait d'eux.

« Je me sens juste coupable de ta situation, c'est la moindre des choses que de t'aider à te loger. », se reprit-il, toute trace d'émotion disparue.

Je le regardais un long moment, sidérée avant de me décider à descendre les marches.

Il avait pitié de moi. Je lui inspirais juste de la compassion, ni plus ni moins.

« Bella ! », cria-t-il derrière moi.

J'ignorai ses appels et, déterminée, je poursuivis mon chemin. Arrivée à la porte d'entrée, je m'arrêtai un instant et me tournai vers lui.

Nous restâmes à nous jauger en silence. Lui posa sur moi un regard indéchiffrable, alors que j'étais certaine que le mien devait refléter tout le désarroi que j'éprouvais de l'avoir perdu. Puis prenant mon courage à deux mains, je cessais cette connexion visuelle. J'ignorais toujours pourquoi il avait fait ça. Ce dont j'étais certaine, c'est qu'au moment où mes yeux avaient quitté les siens, j'avais ressenti comme une douleur aigue dans mon cœur, une déchirure qui ne se refermerait jamais. Il m'avait détruite. J'étais morte de l'intérieure. Je n'étais plus rien. Je ne valais rien. Que faire dans un monde où personne ne semblait vous aimer ? Que faire quand les personnes que vous aimiez vous abandonnent ?

J'inspirai profondément et tournai la poignée de porte. Je fus soulagée de constater qu'elle n'était pas verrouillée.

Une fois à l'extérieur, je m'adossai à la porte un moment avant de prendre mon téléphone portable et d'appeler un taxi.

Assise sur les marches, j'attendais, fébrile, qu'il arrive. J'avais hâte mais en même temps, j'avais peur. Peur de quitter cette demeure où j'avais passé plusieurs semaines.

Et je savais, qu'au moment où la voiture m'emmènerait loin d'ici, que s'en était fini de nous. Définitivement. Il n'y avait plus de possibilité de revenir en arrière.

Le taxi arriva vite. Machinalement, je donnai mes affaires au chauffeur qu'il plaça dans le coffre. Et au moment où je m'engouffrai dans le véhicule, j'entendis un bruit assourdissant provenant de la maison. Je sursautai mais fis fi de ce tumulte.

Je ne comprenais pas sa colère. D'ailleurs, je ne le comprenais plus.

Lorsque je fus dans la voiture, je me retenais de ne pas céder, de ne pas regarder une dernière fois la maison où finalement j'avais réussi à me sentir chez moi. Et si je ne l'avais pas fait c'était sans nul doute par peur. Peur qu'Edward ne soit pas là, derrière l'une des nombreuses fenêtres à m'observer. Peur que son absence révèle une certaine vérité.

Cependant, avant que la voiture ne tourne et ne me prive de cette occasion, je tournai la tête. Je n'avais plus la force ni la volonté de ne pas le faire. Mais quelle ne fut pas ma déception de ne pas voir Edward. Cependant, au moment où je me repositionnais, je crus voir comme une ombre, une silhouette dissimulée partiellement par les rideaux de sa chambre.

Je me réinstallai sur la banquette arrière et pleurai silencieusement.

« Vous allez bien Mademoiselle ? », me demanda le chauffeur.

Je croisai son regard dans le rétroviseur et hochai la tête. Même s'il voyait bien que c'était faux, je lui fus reconnaissante qu'il n'insiste pas.

Une larme coula sur ma main. Et tout en la regardant, je me rendis compte que rien que dans cette petite perle d'eau salée y était enfermée une immense tristesse.

***TMA***

Je ne me souvenais plus comment j'étais arrivée à cet hôtel miteux. Tout n'était que confusion dans ma tête.

Je posai mon sac et ma boîte en carton avant d'aller directement sur le lit à la courtepointe orange et de me mettre en boule. Je fermai les yeux et priai Dieu pour que l'affliction que je ressentais se soit dissipée lorsque je me serai réveillée. Je pleurais longuement avant de réussir enfin à m'endormir.

La sonnerie de mon portable m'extirpa de mon sommeil agité. Confuse, je clignais des yeux et regardais tout autour de moi avant de réaliser où j'étais. Mon cœur se serra quand je me remémorais les dernières heures, les pires de mon existence.

Je me levai, déboussolée et cherchai désespérément, dans le sac, mon portable qui ne cessait de sonner.

J'avais le souhait qu'il s'agisse d'Edward. Mais lorsque je lus sur l'écran le nom de l'appelant, l'espoir que j'avais eu en moi se fana.

Je regardais longuement le téléphone ne sachant pas si je devais répondre ou non à cet appel. J'ignorais si j'avais assez de force pour faire face à Alice. Elle devait sans doute déjà être au courant de notre situation.

Dans un sens je me dis que lui parler maintenant me permettrait d'être tranquille après.

D'une main tremblante, j'appuyai sur le bouton vert et portai le téléphone à mon oreille.

« Allô ? », fis-je d'une faible voix.

« Bella ? », s'alarma Alice. « Oh mon Dieu, merci ! »

Un silence inhabituel s'installa. Et je crus même pour un court instant que la communication avait été interrompue.

« J'ai appris ce qu'il s'est passé. Et dire que j'étais inquiète est un doux euphémisme. », dit-elle finalement, véritablement concernée. « Il m'a dit qu'il ignorait où tu étais allée. »

« Oh euh et bien, je suis dans un petite hôtel, dans le quartier de Greek Town. », l'informai-je en essayant de ne pas penser à ce qu'il avait pu lui dire pour justifier notre séparation.

« Greek Town ? », s'étonna-t-elle. « Ecoute Bella, j'aimerais que tu viennes à la maison. On pourrait discuter, faire des balades pour te changer les idées. Je n'aime pas te savoir seule dans ce quartier. »

« Hum… c'est gentil de ta part Alice, mais je préférerais rester un peu seule. J'ai vraiment besoin de faire le point. », dis-je en essayant d'être convaincante. J'étais à deux doigts de craquer face à sa gentillesse et son inquiétude.

Un autre silence se fit. Celui-ci dura plus longtemps et le malaise s'intensifia.

« Ecoute Alice… »

« Je ne comprends pas. », me coupa-t-elle. « Qu'est-ce qui a bien pu se passer pour que vous vous sépareriez ? Vous aviez l'air tellement amoureux. Je n'avais jamais vu Edward comme ça avec une femme. Tu lui faisais du bien. Il commençait à changer. Alors c'est vrai que ces derniers jours je trouvais ton comportement étrange et le sien aussi. Mais je me disais que c'était sans doute à cause des problèmes qu'Edward rencontre avec James. »

« Alice… »

« D'accord, je n'insiste pas. Mais sache que je suis là si tu as besoin de moi. »

« Je te remercie. », fis-je en me mordant l'intérieur de la joue pour ne pas craquer.

« Pends soin de toi, hein ? Et ne me laisse pas sans nouvelle trop longtemps sinon je me verrai obligée de te harceler au téléphone. »

Je souris bien malgré moi. Alice était une amie extraordinaire même si au fond, je savais très bien que cette amitié ne durerait pas. Pouvais-je rester proche d'elle sachant que son frère ne voulait plus de moi dans sa vie ?

La situation était bien trop compliquée et douloureuse pour que je puisse l'envisager.

En effet, le mieux était sans doute que je coupe les ponts avec elle, que je l'efface de ma vie.

« Bon, je vais te laisser. », fit-elle avec une pointe d'inquiétude dans la voix.

« D'accord. »

« Je te rappellerai dans quelques jours. »

Je ne dis rien. Les larmes coulaient le long de mes joues. Si je parlais, ma voix me trahirait.

« Bye. », finit-elle par dire alors que je restais silencieuse.

« Bye. », soufflai-je tout de même avant de raccrocher.

Une fois la communication terminée, je décidai d'éteindre complètement le téléphone.

Je le posai sur ta petite table de chevet et me rallongeai sur le lit. Il me fallut cette fois peu de temps pour me rendormir.

***TMA***

J'avais mal. C'était un fait établi depuis des jours. Et cette douleur, au lieu de s'amoindrir avec le temps, prenait de l'ampleur. J'étais fatiguée de ressentir cette souffrance, de la subir sans pouvoir y faire face.

L'espoir était tout ce qu'il me restait. Je ne pouvais qu'espérer qu'il me revienne. Mais plus le temps passait, plus cet espoir s'amenuisait.

Je passais mes journées à dormir, à pleurer, à vérifier mes appels.

Et lorsque je dormais, je rêvais beaucoup. La plupart du temps il s'agissait de cauchemars. Je me réveillais en sursaut et en sueur, complètement désorientée. Il m'arrivait même parfois de me réveiller en hurlant.

J'avais tellement de peine, de rage à évacuer qu'il semblerait que mon corps avait décidé de le faire de cette façon.

Mais quand je me prêtais à rêver, mon esprit était peuplé d'images édulcorées d'Edward et de moi. Nous étions heureux, nous nous aimions.

Oui mais voilà, ces images de bonheur, au lieu de mettre du baume à mon cœur, ne faisaient que de le lacérer un peu plus.

Aucun moyen ne me permettait de sortir la tête hors de l'eau.

Peut-être que la seule solution pour moi était de sortir de cet hôtel, de me reprendre en main.

Cette idée ne me réjouissait nullement. Je préférais rester dans mon lit, seule avec moi-même et ma douleur que de me mêler à la foule de gens qui se trouvaient dans les rues.

Cependant, alors que j'observais le plafond jauni, des bribes de mots qu'Edward m'avaient dits se rappelèrent à moi.

« Un soir, je t'ai suivie… Tu es allée au musée. Je t'ai vue, là, assise sur un banc en train de regarder des photographies… Je t'ai observée de loin… C'était comme si les gens qui étaient présents autour de nous n'existaient plus. Je ne voyais que toi. Il n'y avait que toi et personne d'autre qui comptait… Je venais chaque jour dans l'espoir de te voir… »

Je voulais y retourner.

Je me levai, tremblante. Le manque de nourriture et mon inactivité en furent de bonnes raisons.

Je pris une douche et vêtis un pull noir et un jeans. La couleur des vêtements que je portais reflétait mon état actuel.

Je sortis de l'hôtel et hélai un taxi. Pour une fois j'eus de la chance, au bout d'une poignée de minutes, un taxi s'arrêta.

Une fois installée dans l'habitacle, je demandai au chauffeur de me poser à Near South Side sur Michigan Avenue.

Une fois arrivée, je marchais longtemps mais je ne saurais définir la durée, la notion de temps n'existait plus pour moi. Je marchais, marchais jusqu'à ce que mes pieds me mènent au musée d'art contemporain de Chicago.

Arrivée devant les portes de l'établissement, j'observai la devanture où certaines photographies y étaient exposées. J'hésitais à franchir les quelques pas qui me restaient à faire pour être à l'intérieur. Certains passants agacés que je sois sur leur passage me bousculèrent. Mais j'étais trop faible pour émettre un quelqueconque son pour me défendre.

Je ne savais pas ce que j'attendais en allant là-bas. Peut-être qu'il soit là, qu'il eut la même idée que moi. Ou était-ce seulement une manière pour moi de pouvoir passer à autre chose ?

Finalement mon cœur parla pour moi, ce fut donc d'un pas hésitant que je pénétrai dans le musée, là où tout avait commencé. Mon cœur tambourina fortement dans ma poitrine au moment où je m'approchais de l'endroit où j'avais pour habitude de m'asseoir.

Rien ne semblait avoir changé. A part quelques nouvelles photos qui avaient été accrochées ici et là, tout était à sa place.

Je m'avançai encore et vis le banc où j'avais aimé m'asseoir afin d'apprécier au mieux ces clichés singuliers.

Nerveuse, je m'assis et restai figée ainsi un long moment à regarder, décortiquer chaque détail des photos qui se trouvaient en face de moi. Pour un temps j'oubliais tout : Edward, son abandon, mon désespoir, ma douleur…

Mais bien vite, je sortis de ma bulle et tout me revint de manière fulgurante. Je me mordis très fort la lèvre inférieure pour ne pas craquer. Je ne pouvais pas montrer ma faiblesse aux yeux des gens.

Même si l'endroit était presque désert, comme à son habitude, il était hors de question que je craque.

Pour un bref instant, je me demandais où il se trouvait exactement lorsqu'il m'épiait et avait décidé de changer ma vie.

Mes yeux voletèrent un peu partout.

Et puis, petit à petit les murs autour de moi tanguèrent devant mes yeux. La panique montait crescendo. Je commençais à haleter, à perdre mon souffle.

Brusquement, je me levai et courus pour rejoindre la sortie.

Une fois à l'extérieur, je m'adossai à l'un des mûrs adjacents et fermai les yeux. Il fallait que je me reprenne.

Mais qu'est-ce qui m'avait pris de venir ici ? Qu'est-ce que je croyais qu'il allait se passer en venant à cet endroit ? La plaie qui s'était ouverte depuis qu'Edward m'avait quittée s'ouvrit encore un peu plus.

Il n'était pas là et ne serait sans doute plus jamais là.

***TMA***

Oh Seigneur, j'ai tellement mal, aidez-moi ! Faites moi partir cette douleur !

Je n'en peux plus. Je veux guérir de lui.

Je venais de me réveiller d'un énième cauchemar. Dans celui-ci j'y avais vu Edward et Jessica en train de s'embrasser. Et tout en l'embrassant langoureusement, il m'avait regardée droit dans les yeux. Lorsqu'il s'était détaché d'elle, il m'avait fait face et avait prononcé des mots cruels :

« C'est pour elle que je t'ai quittée. C'est elle que j'aime. »

« Mais je croyais qu'il n'y avait plus rien entre elle et toi, que c'est moi qui comptait pour toi. », avais-je dit.

« Je t'ai menti. D'ailleurs, je n'ai fait que ça, te mentir. Et à chaque fois, tu m'as cru. », rigola-t-il. « Ce que tu peux être naïve, ma pauvre Bella. »

Et c'était sur ces dernières paroles que je m'étais redressée sur mon lit comme un pic, en hurlant.

Les images de lui, sa voix, tout avait paru si réel.

Je ne pouvais en supporter d'avantage.

Et maintenant, j'étais là, me tenant la tête, à essayer de trouver une solution pour apaiser la douleur.

Mais je savais très bien que c'était impossible, qu'elle serait toujours là en moi. Cette affliction était bien trop puissante, me rongeant de l'intérieur, pour je puise l'atténuer.

Les paroles d'Edward résonnaient inlassablement dans mon âme et je n'arrivais pas à m'en défaire.

Les raisons de son abandon m'étaient toujours inconnues. Etait-ce à cause de Jessica, de James, de son père ? Je ne saurais le dire.

Ce dont j'étais certaine c'est que toute ma vie je n'avais eu de cesse de faire face aux déceptions, aux tourments et aux rejets.

La plus récente fut lorsque j'avais surpris Jacob, mon fiancé de l'époque, en train de coucher avec ma meilleure amie dans notre lit. J'avais été anéantie pendant plusieurs jours mais avec le temps j'avais réussi à y faire face.

Je me rappelais très bien de ce jour là, de ses paroles lorsque je l'avais surpris. Il n'avait pas vraiment eu l'air désolé. Quant à mon amie, elle était restée étrangement muette face à la virulence de mes propos. Et son mutisme m'avait bien plus agacé que tous les mots qu'elle aurait pu prononcer pour se justifier.

J'avais pris mes affaires, mes économies et les avais rayés de ma vie. Après cette désillusion, j'avais eu besoin d'un nouveau départ, et Chicago avait été la première ville qui m'était venue à l'esprit. Elle contrastait avec ma petite ville natale. Il était indéniable que Chicago m'offrait bien plus de perspectives que Forks.

Mais maintenant, je me demandais si ce fut une bonne idée.

L'accumulation de ces évènements m'avait fragilisée, j'en avais bien conscience, et il m'était difficile de faire face à cette douleur immuable.

Je voulais juste que tout ceci s'arrête, trouver une solution.

Quelques minutes s'écoulèrent sans que je ne parvienne à réagir. Puis ce fut comme si un brouillard s'était levé. La perspective se dressait devant moi. Je savais ce que je devais faire pour y remédier.

Je me levai d'un bond, et marchai hâtivement pour me rendre à la salle de bain. J'ouvris le carton où se trouvait mon nécessaire de toilettes ainsi que des médicaments que j'avais gardés suite à la dépression que j'avais faite après le décès de ma mère.

Je pris d'une main tremblante une boîte de gélules encore pleine et l'observai un long moment. Je ne sus pas combien de temps je restais figée ainsi, mais c'était comme si le temps s'était arrêté, que tout était resté en suspend, attendant une décision de ma part.

Sans réfléchir plus longtemps, je pris une poignée de ces pilules blanches et me remplis un verre d'eau. Je les avalai un à un jusqu'à ce que la boîte soit vide.

Je posai mon verre d'eau sur le lavabo avant de lever les yeux et de me confronter à mon image.

Mon reflet dans le miroir me surprit. J'avais du mal à me reconnaître. Mes yeux étaient rouges, mon teint était blafard et mes joues étaient creuses. Je fermai les yeux afin de me soustraire à cette image que je ne connaissais pas de moi. C'était tellement dur à supporter.

Avec difficulté, je les rouvris. Ils me brulaient tellement, que ma seule volonté à cet instant était de les refermer.

Légèrement titubante et la vision de plus en plus floue, je rejoignis la chambre avant de m'allonger sur le lit. Etendue sur le dos, je fermai les yeux et fis le vide. Il n'y avait rien autour de moi qui puisse briser cette quiétude à part le bruit de la circulation que ma chambre, à l'isolation précaire, laissait passer.

Dans ce silence, je laissais mon esprit vagabonder.

Lorsque j'étais plus jeune, j'avais déjà une bonne idée de ce que ma vie serait, ce que j'espérais qu'elle soit tout au moins. Je me prêtais à rêver d'exercer un métier que j'aimais, d'avoir une maison avec un jardin, deux enfants et un mari aimant. Une vie simple, très clichée, accessible mais qui ne serait aucunement dénuée d'amour et de joie.

Je n'avais pas de réelles ambitions à part celle d'être heureuse. Je m'étais toujours promis de faire en sorte d'y parvenir. Je me disais que ça ne devait pas être si difficile que ça d'y arriver, que ce que je demandais était tout à fait réalisable.

Et même ça, je n'avais pas su le faire. Je n'avais pas été capable de me faire aimer.

Mon cerveau fut envahit par des images d'Edward me regardant avec amour alors que je le rejoignais devant l'autel afin que le prêtre nous bénisse. Puis très vite, je me voyais le ventre rond, l'une des mains d'Edward posée affectueusement sur celui-ci.

Un sanglot m'échappa.

Il fallait que j'arrête de me torturer l'esprit même si c'était plus fort que moi. Et finalement, quoi de mieux que d'avoir des images de celui qu'on aime avant de mourir. Je le voyais tellement clairement, que j'aurais presque pu croire que ces images n'étaient pas le fruit de mon imagination délirante mais qu'elles étaient belles et bien vraies.

Petit à petit, je me sentis partir. J'étais fatiguée, tellement fatiguée.

Je désirais si fort un certain soulagement qu'il mettait, semble-t-il, une éternité à se produire, et pourtant, dès qu'il fut imminent, je rêvais de suspendre le temps pour me complaire dans l'instant les précédant.

Cependant, bien inévitablement, je me laissais atteindre par les méandres de la mort. Je voulais partir tout simplement et ne plus lutter pour ne plus souffrir. Mourir était ma seule issue.

Ce fut à ce moment précis que je réalisais que je n'avais plus aucune appréhension. Je n'avais plus peur de la mort. Je l'accueillais à bras ouvert, sans lutter. Elle m'emportait, je le sentais. La douleur me quittait. J'avais l'impression que mon corps devenait de plus en plus léger, il flottait.

Soudain, dans le lointain, des voix s'élevèrent et déchirèrent le silence dans lequel j'étais enveloppée. Des voix que je connaissais.

Alice et Jasper étaient là.

Bien vite, ces voix devinrent des cris. Des cris de douleur.

Puis je sentis des mains chaudes sur mon moi : sur mon visage, mes poignées, mon cou.

« Oh mon Dieu, Bella ! Qu'as-tu donc fait ? », sanglota Alice.

C'était Alice qui était près de moi. La réalisation de sa présence à mes côtés alors que je vivais mes derniers moments me faisait mal autant que cela me réjouissait.

Je ne voulais pas qu'elle soit témoin de ma lâcheté, de mon abandon. Mais dans un sens, l'avoir ainsi, toute proche de moi, rendait les choses bien plus faciles. Ma fin serait moins sordide si elle était, là, à mes côtés.

Je l'entendis pleurer. J'aurais tant voulu avoir la force de lui tendre la main pour lui apporter un peu de réconfort mais j'étais faible, plus que l'ombre de moi-même, une poupée de chiffon dans ses bras frêles.

Ne pleure pas ma douce Alice. Ne pleure pas pour moi. Sois heureuse et je le serai aussi. Dis à Edward que je l'aime, que je ne lui en veux pas, que je comprends et que de là haut je veillerai sur lui. Il mérite d'être heureux. Aide-le. Il a besoin de toi, de ton frère, de ton père, de votre amour tout simplement. Ne l'abandonnez pas. Faites-le pour moi.

Je voulais la prier de me laisser, que mon destin devait en être ainsi, que ce qui m'attendait dans l'au-delà devait être plus doux, bien plus supportable que tout ce que j'avais vécu ici.

Ces paroles, j'aurais tant souhaité les lui dire à voix haute, mais je ne pouvais pas le faire, mon corps était figé, les battements de mon cœur ralentissaient, ma conscience me quittait peu à peu. Tout n'était que brouhaha assourdissant autour de moi.

J'essayais de me concentrer sur les battements faibles de mon cœur pour ne pas prêter attention à tout ce qui m'entourait. Mais bien vite ce repère s'évanouit. Je n'entendais plus rien. Le néant m'avait englouti.

J'étais morte. J'en avais la certitude. Le mal que j'avais ressenti ces derniers jours s'était dissipé et laissait place à une émotion différente. L'angoisse, la douleur avaient disparu à jamais et laissaient place aux ténèbres.

J'étais enfin en paix avec moi-même.


Sandrine vous prie de l'excuser, elle s'est cloitrée chez elle par peur de représailles et ne risque pas d'en sortir d'ici un bon bout de temps. lol Toutefois, elle espère fortement que vous lui donnerez un petit avis sur ce chapitre qu'elle a galéré à écrire. Oh et en plus, c'est son anniversaire dans 9 jours, ça lui ferait un beau cadeau. Merci pour elle.

Sinon, petite précision, Bella n'est pas enceinte. C'est vrai que j'ai omis de souligner, dans les précédents chapitres, que Bella prenait la pilule et que, d'un commun accord, ils avaient décidé de ne plus utiliser de préservatifs. Désolée de ne pas l'avoir précisé, je vais essayer de corriger cela.

Je voulais aussi dire aux personnes qui aimeraient que je les prévienne, lorsque je publie un nouveau chapitre, qu'il me sera difficile de le faire. Je ne saurais trop vous conseiller de vous inscrire afin de recevoir les alertes. ;) D'ailleurs merci à toutes les personnes qui l'ont déjà fait.

Et pour finir, mes derniers coups de cœur :

Fiction françaises :

High Anxiety Version Française by pomme-d'amour (fiction que j'ai déjà lue en VO et que j'ai adorée)

Le jour où l'éternité m'a sauvé by Eiphose (OS)

Fictions anglaises :

My Viking by sheviking (énorme coup de cœur pour celle-ci)

In Too Deep by EdwardsBloodType

Starry Eyed Inside by Rochelle Allison

Unexpected Circumstances by Savage7289

Million Dollar Baby by clpsuperstar (je crois vous l'avoir déjà conseillée)

Je vous embrasse.

Et surtout, prenez soin de vous.

Sandrine