Bonsoir tout le monde,
Voici enfin le chapitre 19 ! *Lâché de confettis* lol
Plus sérieusement, je tenais à vous remercier pour les nombreux messages d'encouragements, de soutien, de compréhension… que j'ai reçue. Vous avez été géniaux comme à chaque fois.
Merci aussi à So pour ses corrections.
Toute ma gratitude va à Marie qui m'a beaucoup aidé pour ce chapitre. Le résultat n'aurait pas été le même sans elle. Tu as su m'encourager et me rassurer, merci MILLE fois !
Un coucou à ma jumelle, Anne qui doit sûrement profiter du soleil d'Italie et à ma rebelle, Nadège.
Et pour finir, plein de baisers à ma Lou, avec qui j'ai passé une excellente semaine.
Encore deux semaines à passer avec toi… Que du bonheur !
Allez, arrêtons les blablas.
Bonne lecture !
Chapitre 19
Si la solitude sépare, elle tranche bien des liens qu'on ne coupe qu'à regret, mais elle permet de plonger des racines dans ce qui est essentiel.
[Eugène Delacroix]
Les jours passaient... Ma vie changeait...
Je pouvais même dire qu'elle changeait de façon significative. Pas forcément dans le sens que je le souhaitais mais je relativisais en me disant que j'avais connu bien pire et que ce que je vivais en ce moment n'était que passager. Juste une transition entre ma vie d'avant et celle que j'aspirais à vivre. Je m'efforçais de regarder devant moi, jamais en arrière. Parce que gérer les souvenirs m'aurait alors été trop difficile. Aussi, je voulais en créer de nouveaux pour que les anciens prennent moins de place.
Je tentais de me battre contre les démons du passé, de profiter des moments présents, de me projeter dans le futur, même s'il m'avait effrayé pendant un temps.
Depuis quelques jours, les bonnes paroles de ma psychothérapeute commençaient à s'imprimer dans mon esprit. J'avais réussi à me convaincre que, comme l'avait mentionné l'écrivain français, Georges Bernanos, l'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait. Il fallait juste que je m'en donne les moyens.
Ma psychothérapeute m'aidait à voir les choses différemment, objectivement. Et je n'aurais jamais pensé qu'une spécialiste me serait d'une aussi grande aide. J'avais une image de cette profession peu flatteuse. Je pensais à ces personnes comme étant des individus qui se souciaient plus de l'argent qu'ils allaient se faire que de l'état émotionnel du patient et de sa guérison. C'était l'un de ces stéréotypes qui m'était venu à l'esprit avant que je ne rencontre Angela Weber. Elle était la personne idéale pour moi.
La décision de me faire aider s'était imposée à moi de façon logique. Un événement l'avait précipitée. Si je n'avais pas agi dans l'immédiat, c'était aussi dû à des certitudes ridicules. Je pensais que je n'étais pas prête à l'époque et, plus que tout, j'avais craint qu'on me juge.
Quelle belle erreur !
Quand j'y repensais, je me dis que mon attitude était risible, que je m'étais juste voilée la face. En attendant encore, je n'aurais fait qu'empirer les choses.
Je laissai mes pensées vaguer vers mes souvenirs. Quelques mois en arrière…
A ce fameux soir. A cette soirée qui avait tout changé.
Après l'appel au secours d'Edward, j'étais restée prostrée de longues secondes ou peut-être minutes, sur le canapé. Je ne savais pas ce que je devais faire. J'aurais très bien pu aller le voir ou réveiller Jasper pour l'avertir, mais j'avais l'impression que ce n'était pas ce que je devais faire.
« Alice, c'est Edward… Je… Je ne vais pas bien. J'ai… j'ai besoin d'aide… Rappelle-moi. »
Les mots raisonnaient inlassablement en moi, se gravant dans ma mémoire jusqu'à ce que je ne puisse plus les supporter, me brûlant comme de l'acide.
Il avait besoin d'Alice, de sa famille. Il avait besoin de leur aide. Moi, je ne pouvais rien faire. Je n'avais pas d'emprise sur lui. Il n'avait pas besoin de moi. C'était l'une des certitudes, peut-être non objective, que j'avais depuis qu'il m'avait quittée. De plus, vu l'état dans lequel je me trouvais, je n'étais pas sûre d'avoir assez d'assurance et de force pour me rendre chez lui et le confronter.
Alors sans plus attendre, je pris le combiné téléphonique et composai d'une main tremblante le numéro d'Alice.
Au bout de deux sonneries, elle répondit.
« Allô ? », dit-elle vivement. Je sentais dans ce simple mot, une angoisse sous-jacente. Et ses appréhensions étaient normales, même si elle ignorait encore que, pour cette fois, il ne s'agissait pas de moi.
« C'est… c'est Bella. »
« Bella ? Que se passe-t-il ? Il y a un problème ? », s'alarma-t-elle.
« Il… Il… »
J'avais tellement de mal à m'exprimer. Pourtant, je n'étais pas ignorante de l'urgence de la situation. Edward avait besoin d'aide. Et la peur qu'il ait fait une bêtise fit monter en moi l'angoisse d'un cran.
« Respire Bella. », fit Alice d'une voix cachant difficilement son inquiétude. « Respire et calme toi. »
J'appliquai ses conseils et respirai lentement.
« Voilà, c'est bien. Tout va bien. », m'apaisa-t-elle. « Dis-moi ce qu'il se passe. ».
« Edward a… a appelé. »
« Edward a appelé ? »
« Oui. Il a appelé, il y a… il y a quelques minutes. »
« Il a appelé. », répéta-t-elle. « D'accord. Et que voulait-il ? »
« Il a laissé un message. Je ne sais pas dans quel état il est exactement. Il a juste dit qu'il avait besoin d'aide. »
« D'aide ? »
« Oui. », affirmai-je. « Je ne savais pas quoi faire. J'ai juste pensé à t'appeler. »
« Tu as très bien fait, Bella. Tu as très bien fait. »
« J'ai peur qu'il fasse une bêtise. Il faut que tu ailles le voir, Alice. Ne le laisse pas. Il a besoin de toi. Il ne faut pas le laisser comme ça. », paniquai-je.
« Ne t'en fais pas, je vais immédiatement chez lui. Je vais appeler papa en route. »
« D'ac… d'accord. », ânonnai-je.
« Ça va aller. Fais-moi confiance. On va l'aider. », me rassura-t-elle. « Jasper est-il au courant ? »
« Non. »
« Va le voir et dis-lui ce qui se passe. »
Je hochai la tête, trop sonnée pour continuer à parler.
« Je dois y aller. Je te tiens au courant dès que possible. »
Elle raccrocha.
Je regardai longuement le combiné jusqu'à ce que les larmes brouillent ma vision.
Finalement, je réveillai Jasper et réussis à lui expliquer la situation. Il m'écouta calmement et essaya de me rassurer. Il avait une façon bien à lui de m'apaiser. Peu de mots suffisaient, le calme qu'il affichait en permanence arrivait, à lui seul, à me détendre un peu.
L'attente fut longue. Et être dans l'ignorance était insupportable.
Je restai assise sur le canapé près de Jasper, un café fumant entre les mains.
Je ne faisais que de penser à lui, à la façon dont les choses étaient si difficiles à gérer émotionnellement pour lui comme pour moi. Même si nos problèmes étaient différents, nous nous ressemblions sur bien des points. Je savais que je m'étais promis de ne plus m'angoisser pour lui et d'étouffer mes sentiments, mais je n'arrivais pas à détourner mes pensées de cet homme fragile, de celui que j'aimais.
A l'heure actuelle, ce que je craignais plus que tout, c'était qu'il commette une erreur, qu'il abandonne tout espoir de se libérer de ses démons, qu'il choisisse la facilité comme je l'avais fait.
J'ignorais quelle heure il était lorsqu'Alice revint. Tout ce que je savais c'est que ma fébrilité était à son summum. Les larmes n'avaient pas tari depuis que je l'avais appelée, et ce, malgré les mots réconfortants de Jasper.
Lorsqu'elle entra dans le salon, son visage reflétait ce qu'elle ressentait : un certain soulagement. Je me dis, en la voyant ainsi, que tout s'était peut-être mieux déroulé que je ne l'avais pensé, que j'avais trop dramatisé les choses.
Elle s'avança vers nous. Et même si son visage était plus serein, une certaine fatigue s'affichait clairement sur celui-ci.
Elle se mit à genoux, devant moi, et me prit les mains. Son toucher était rassurant, salvateur et les mots qui suivirent le furent bien plus.
« Ça va aller maintenant. Ça va aller. Il est entre de bonnes mains. »
Je lâchai un souffle libérateur, prenant conscience du sens de ses paroles et me jetai dans ses bras. Nous pleurâmes longuement toutes les deux. Nous prenions la pleine mesure de ce que cela voulait dire : Edward allait se faire aider et tout irait mieux.
Depuis ce soir-là, Alice avait cessé de me parler d'Edward, seules des conversations que j'avais réussies à attraper m'avaient donné une idée de son état. Il était suivi par quelqu'un et ses progrès, timides au début, étaient devenus, après des mois, significatifs. J'étais véritablement heureuse et soulagée qu'il soit sur la voie de la guérison, même si une part de moi regrettait qu'il n'ait pas agi avant.
J'ignorais pourquoi Alice ne me parlait plus de lui. Etait-ce un choix délibéré de sa part, une façon pour elle de m'épargner ? Je n'en savais rien. Mais quelque part, je lui en étais reconnaissante. Moins je pensais à lui, moins je ressassais et souffrais, et plus je pouvais aller de l'avant et penser à moi, même si parfois, des questions le concernant me brûlaient les lèvres. Heureusement qu'il y avait ma fierté pour me freiner.
« Ça va aller maintenant. Ça va aller. Il est entre de bonnes mains. »
Ces mots avaient eu comme effet de me libérer.
J'avais donc pris dès le lendemain matin un rendez-vous avec la psychologue que l'on m'avait conseillée : Angela weber. Au début, si j'avais été réservée à me livrer, après bien des efforts de sa part, je l'avais finalement fait sans grand mal. Commençant par de petites choses, par finir par lui dire pratiquement tout. Elle avait été douce et avait écouté mon babillage infernal avec un intérêt non feint. Moi qui étais avare de paroles, avec elle, j'avais lâché prise. Je lui avais parlé de mon enfance, de ma vie de jeune adulte difficile jusqu'à ma vie de maintenant. Je ne lui avais épargné aucun détail : de ma fuite de Forks à ma tentative de suicide, je lui avais tout dit. Tout, exceptée une chose, les circonstances de ma rencontre avec Edward. Je m'évertuais à garder tout ceci pour moi, je me l'étais jurée. Le faire emprisonner était la dernière chose que je souhaitais.
Les jours passaient, pour devenir des semaines, puis des mois. J'avais eu des hauts et des bas, mais globalement, je me sentais plus forte. Même si parfois, dans un moment de faiblesse, je pensais à lui, me demandant où il se trouvait, ce qu'il faisait… Comment sa vie était désormais.
Si au début ce fut difficile de vivre chez Alice et Jasper, bien vite, je me sentis comme chez moi, comme dans ma propre maison.
Puis comme promis, Alice s'était occupée de moi. Les sorties que nous nous étions contentées de faire dans de petits parcs, il y a quelques temps, étaient devenues de longues balades en forêt. Nous avions également fait les magasins, nous amusant à essayer des vêtements improbables.
Alice resterait toujours Alice. Elle ne concevait pas sa vie sans ses petits plaisirs. Petits plaisirs que j'arrivais à partager avec elle, maintenant. Toutes ces choses avaient réussi à m'occuper l'esprit et j'en avais été heureuse Elle m'avait aussi fait visiter son atelier et expliqué, avec l'enthousiasme qui la caractérisait, les différentes étapes de l'élaboration d'un vêtement. J'avais été surprise d'y trouver un grand intérêt.
Nous avions également fêté Noël ensemble, juste Jasper, Alice et moi. J'avais adoré partager ça avec eux. Ça m'avait rappelé des souvenirs : maman préparant la dinde et papa faisant un feu de cheminée tandis que je mettais la table.
J'adorais cette ambiance, où nous nous mettions à chanter des cantiques de Noël.
Et cette année, Alice et Jasper m'avaient permis de me replonger dans cette ambiance particulière.
Au départ, j'avais pensé qu'ils célébreraient cette fête avec leurs proches, comme n'importe quelle famille l'aurait fait. C'était une bonne occasion de se retrouver après tout. Mais tout un tas d'événements de dernière minute avait changé la donne.
Le Docteur Cullen était de garde ce soir-là, Rosalie et Emmett devaient se rendre à New-York, chez les parents de Rosalie, pour y passer les fêtes, et Edward...
Edward…
Même si je ne lui avais pas posé directement la question, Alice avait jugé nécessaire de me dire qu'Edward ne serait pas présent durant ces fêtes. Si dans un premier temps, j'avais été surprise et intriguée, j'avais vite chassé de ma tête toute supposition. J'avais juste espéré qu'il ne soit pas seul. Personne ne méritait de se retrouver isolé des siens durant les fêtes de fin d'année. Surtout qu'il l'avait assez été. Alice, voyant mon trouble, m'avait fait comprendre que je ne devais pas me faire de souci pour lui, que là où il était, il était bien. Elle avait eu beau me le dire et me le répéter, j'avais eu du mal à agir comme si de rien n'était, malgré mes efforts pour ne pas penser à lui. Que je le veuille ou non, je me faisais et me ferai toujours du souci pour lui.
Janvier arriva, marquant mon envie de renouveau. Avec l'aide d'Angela et d'Alice, je commençais à me libérer de tout ce poids qui s'était accumulé durant des mois. A présent, j'avais l'envie farouche d'avoir mon propre chez moi et un travail dans lequel je pourrais m'épanouir.
Après 3 mois à vivre chez Alice et Jasper, j'avais pris la décision de partir. En plus de mon envie d'émancipation, j'avais commencé à me sentir de trop, bien qu'ils ne m'aient jamais fait ressentir que je l'étais. Mais après tout ce temps, il m'avait semblé naturel que je vole de mes propres ailes et que je me prenne en main.
Alors j'avais tenté de trouver un boulot dans le milieu littéraire. Cependant, les mêmes difficultés s'étaient érigées sur mon chemin qu'il y a quelques mois. On me reprochait toujours la même chose : mon trop peu d'expérience. De plus, la situation économique actuelle ne m'était pas favorable; les embauches étaient rares ces derniers temps. Je n'avais donc pas eu d'autres choix que de me diriger vers le milieu de la restauration, là où j'avais un peu plus d'expérience.
Je m'étais ensuite mise à la recherche d'un petit appartement. J'avais trouvé rapidement un studio non loin de mon lieu de travail, une vraie bénédiction. Ça m'évitait de perdre du temps dans les transports en commun.
Même si au départ, Alice avait été réticente à me voir partir, elle s'était faite une raison. Elle avait bien vu que mes progrès étaient importants et que j'étais prête. Elle m'avait même aidé à aménager mon appartement. J'avais reçu son soutien et son aide avec plaisir. Bien qu'il ne fût pas spacieux, je m'y sentais bien. Nous avions réussi à en faire un endroit chaleureux et douillé.
Mon départ de chez elle, n'avait pas marqué la fin de notre amitié. Au contraire, elle s'était renforcée.
Elle venait souvent chez moi, et nous passions de bons moments ensemble.
Nous avions aussi gardé nos bonnes vieilles habitudes.
En effet, depuis plusieurs mois, nous sortions entre filles. Si au départ, j'avais eu du mal à profiter pleinement de ces moments, moi qui étais si réservée et encore fragile psychologiquement, j'en avais retiré que du bon. Et ce qui m'avait surprise bien plus encore, c'était la façon dont Rosalie s'était comportée avec moi la fois où je l'avais revue.
Un soir, quelques jours seulement après le coup de fil d'Edward, Alice avait insisté pour que nous sortions. C'était ma première vraie sortie. J'avais accepté dans l'unique but de lui faire plaisir. Mais lorsque nous étions arrivées à l'un de ces bars branchés, j'avais regretté ma décision.
Attablée à une table, Rosalie nous attendait. Je l'observais à son insu alors qu'elle jouait avec l'olive qui servait de garniture à son cocktail. Elle paraissait aussi nerveuse que je l'étais. Je n'étais pas habituée à la voir de cette façon. Elle qui semblait toujours sûre d'elle, montrait, pour une fois, une certaine fébrilité.
Je m'avançai timidement vers la table, cachée derrière Alice. Je ne savais pas ce qu'elle allait me dire ou faire lorsqu'elle me verrait, si, comme la dernière fois, elle allait me servir l'une de ses piques acerbes ou me jeter un regard froid. A ma plus grande surprise, elle ne fit rien de tout cela. Nul regard assassin, seul un sourire franc se dessinait sur ses lèvres pleines.
Si je n'avais pas été préparée à ça, je le fus encore moins à l'étreinte qu'elle me donna.
Je me raidis, les bras ballants le long de mon corps. Elle ne se laissa pas décontenancer et me serra encore plus fort.
Ma réaction tarda à venir.
Mais petit à petit, je pris conscience de ce qu'elle me donnait, de ce qu'elle me montrait par ce geste, et mes bras réagirent enfin, l'encerclant à leur tour. Nous restâmes enlacées quelques instants. Juste assez pour profiter de ce moment de réconfort inattendu.
Elle m'invita à m'assoir à ses côtés. J'acceptai, encore sonnée par tant de sollicitude.
Après que les commandes furent prises, un silence s'installa. Bien que la musique, qui envahissait les lieux, atténuait quelque peu cette sensation de gêne.
« Bon, les filles, je vous laisse quelques minutes, je vais aux petits coins. », déclara Alice.
Elle bondit littéralement de sa chaise et se noya dans la foule de la piste de danse, nous laissant sans voix.
Si le malaise était déjà bien persistant, il le fut bien plus après son départ.
Le temps s'écoulait sans que Rosalie ou moi n'échangions une seule parole. Nous nous contentions de regarder les gens en train de danser au son de la musique électro, perdues dans nos pensées. Lorsque Rosalie prononça mon prénom, je ne pus m'empêcher de sursauter.
« Désolée de t'avoir surprise. », sourit-elle. Apparemment, ma réaction ne lui avait pas échappée.
« Ce n'est pas grave. »
« Je suis heureuse que tu sois venue ce soir. », commença-t-elle. « Depuis le temps que je voulais te parler. »
« Oh. », m'étonnai-je en m'agitant sur mon siège, nerveuse à cette idée.
« Ne sois pas surprise. Je te dois forcément des excuses après tout ce qui s'est passé. On ne peut pas dire que j'ai été tendre avec toi. Toutes ces choses, que j'ai dites,… étaient injustes. Je le réalise maintenant. »
Je ne répondis rien. Mais, d'une certaine manière, je savais qu'une partie de ce qu'elle avait dit à l'époque était vraie. Avec le temps, je l'avais compris.
« J'ai été injuste envers toi, mais envers Edward aussi. »
Mon corps se tendit à l'entente de son prénom. D'ailleurs, il serait toujours un rappel douloureux de ce que j'avais vécu avec lui.
« Maintenant, avec le recul, je suis persuadée que tu étais celle qui lui fallait. », déclara-t-elle avant de prendre une gorgée de son cocktail.
« Beaucoup de choses m'échappent encore. J'ai du mal à le comprendre par moment. Pourquoi t'avoir quittée alors qu'il tenait beaucoup à toi ? », fit-elle en secouant la tête d'incompréhension.
Je déglutis difficilement. J'aurais bien eu envie d'un verre moi aussi. Mais le serveur tardait à revenir avec nos commandes.
« A ma connaissance, il n'a jamais été comme ça, avec aucune autre femme. Je suis sûre qu'il t'aime. »
Je baissai la tête. J'essayai de ne pas laisser les mots m'atteindre.
Tout le monde semblait croire qu'il tenait à moi. J'étais sans doute la seule à être persuadée du contraire. Je préférais penser que sa maladie, quelle qu'elle soit, avait faussé ses sentiments et sa manière d'agir.
« Tu étais parvenue à le changer. Tu avais réussi là où, nous, nous avions échoués. », déclara-t-elle, un brin de nostalgie dans la voix. « Figure-toi, que lui et moi avons même réussi à avoir une conversation sans nous crier dessus. », rigola-t-elle. « Mais ça, c'était avant. Maintenant… Maintenant, c'est un peu différent. Et ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi il préfère se passer de toi, de cet amour alors qu'il est si… »
Elle se tut soudainement et soupira, me laissant interdite. Que voulait-elle dire ?
Mes lèvres me brûlaient de lui demander d'aller au bout de sa pensée, mais ma volonté était encore assez forte pour résister.
« Bref… Beaucoup de choses resteront sans réponse j'ai l'impression. », dit-elle avec une certaine lassitude.
Elle reprit une autre gorgée de sa boisson et me regarda intensément.
« Tu sais que Jessica est mon amie, n'est-ce pas ? »
« Oui. »
« Tu sais, elle a beau l'être, je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu'elle dit ou fait. Parfois, elle ne réfléchis pas aux conséquences de ses actes. Elle ne fait que les choses dans son propre intérêt. Et ce soir là, à la soirée de charité, elle t'a vu avec lui et ça l'a rendu jalouse. Très jalouse même. Elle voyait sous ses yeux ce qu'elle n'avait jamais réussi à obtenir de lui : de l'attention, des gestes doux, des baisers en public… Elle s'est dit que peut-être Edward avait changé, qu'il n'était plus le connard qu'il avait été et qu'elle aurait assez de pouvoir pour qu'il lui revienne. Mais elle s'est trompée. Il ne peut et ne pourra jamais lui donner ça parce qu'il ne l'a jamais aimé comme il t'aime... Elle n'est pas toi. »
Ses révélations m'ébranlèrent. Pourquoi me disait-elle tout ça ? Quel était le but de toutes ses explications ? Si ce n'était de faire avoir un peu plus de regrets et de me faire mal.
Nos chemins s'étaient séparés. Nous appréhendions nos vies de manière différente maintenant. Il pouvait faire ce qu'il voulait. Il ne me devait plus rien. Même si l'imaginer avec une autre m'était douloureux.
« Pourquoi me dire tout ça, Rosalie ? »
« Je veux juste rétablir une certaine vérité, que tu comprennes que ce soir là, Edward a été sincère avec toi. Qu'il ne t'a jamais trompée. »
Je hochai la tête, comprenant parfaitement ses intentions.
Quelque part, obtenir cette confirmation enleva certains doutes qu'ils me restaient. C'était en quelque sorte une petite consolation de savoir qu'il n'avait pas fauté ce soir là.
Le silence retomba entre nous.
Je n'osai rien dire, même si une multitude de questions me venaient à l'esprit. Le fait qu'elle se confit si facilement à moi me donnait une certaine assurance.
Une partie de moi voulait savoir comment il allait, mais une autre partie, me disait que c'était peut-être pas si mal de rester dans l'ignorance.
Je ne devais penser qu'à moi à présent… Rien qu'à moi.
Pourtant, les mots sortirent de ma bouche sans que je ne puisse les arrêter.
« Comment va-t-il ? »
Si durant quelques secondes, je la sentis embarrassée par ma question, elle se reprit rapidement.
« Ne te fais aucun souci pour lui. Il va mieux. Sa famille est là pour le soutenir. On ne l'abandonne pas. », me dit-elle en posant une main affectueuse sur mon dos. « Pense à toi maintenant. Profite. Tu mérites d'être heureuse, Bella. »
Après ces aveux, je ne pus retenir mes larmes. Je ne savais pas vraiment pourquoi je pleurais. Je savais juste que ces confessions avaient engendré en moi une avalanche d'émotions contradictoires et que la force pour tenter de les contenir me manquait.
Face à ma démonstration de faiblesse, elle me prit dans ses bras, me surprenant une nouvelle fois par sa gentillesse, en me disant que tout irait bien, qu'elle serait là si j'en avais besoin.
Peu de temps après, Alice nous rejoignit. Elle remarqua mes yeux encore mouillés de larmes mais ne dit rien. Un seul regard échangé avec Rosalie réussit à la rassurer.
Après cela, pour nous changer les idées, nous nous décidâmes d'aller danser. Si au début, je n'étais pas très sûre de moi, grâce aux filles et à leurs bons conseils, je réussis à me sentir bien plus à l'aise et oublier la peur de paraître ridicule.
Alice et Rose pointaient du doigt certains danseurs qui étaient bien plus maladroits que moi. Et je n'avais pas pu m'empêcher de rire aux éclats face aux imitations d'Alice.
Ce fut à ce moment là, que je réalisais que je n'avais pas ri ainsi depuis bien longtemps.
Et mon Dieu, qu'est-ce que ça faisait du bien !
Ce soir là, tous les problèmes qui peuplaient ma vie avaient été éclipsés durant quelques heures. Rosalie et Alice seraient là pour moi, elles étaient des amies sur qui je pouvais compter.
Grâce à elles, l'espoir était revenu.
Un espoir vite envolé…
Aujourd'hui, j'avais l'impression d'être en pleine rechute, me sentant terriblement seule dans mon petit studio au premier étage d'un immeuble.
Même si j'avais un toit au dessus de ma tête, un travail… j'étais triste. La vie et ses aléas m'avaient éloignée d'Alice et de Rosalie.
J'avais pris goût à avoir des amies, et leur départ m'avait pesé, moi qui pourtant avais toujours été habituée à la solitude. Je devais bien avouer qu'il m'était difficile de m'y complaire à nouveau.
J'avais tellement partagé d'agréables moments avec les filles. Elles faisaient parties intégrante de ma vie. Et Alice bien plus encore. Quand je pense que j'avais failli couper les ponts avec elle…
Alice…
Elle ne m'avait jamais laissée tomber. Mais nos conversations téléphoniques et nos rencontres s'étaient amoindries ces derniers temps, dû à la distance et à son métier prenant. Forte de son succès, elle était très occupée et voyageait à travers le monde. Des opportunités de travail comme ceux-ci étaient si rares qu'il aurait été idiot de passer à côté. J'étais tellement heureuse pour elle, même si la tristesse se mêlait à ce sentiment.
Elle me manquait. Le dernier mois passé sans elle avait été long.
Son enthousiasme débordant, la facilité qu'elle avait de me remonter le moral, son soutien sans faille, sa bonne humeur, même sa façon excessive de me couver… étaient des caractéristiques de sa personnalité parmi tant d'autres qui me manquaient véritablement.
Rosalie, quant à elle, était partie pour New-York, diminuant considérablement nos rencontres. Emmett et elle avaient en effet décidé de vivre là-bas pour se rapprocher de sa famille ainsi que pour son travail.
J'avais bien fait quelques connaissances sur mon lieu de travail, mais je ne pouvais pas considérer ces personnes comme des amis.
Le départ d'Alice et de Rosalie m'avait ébranlée plus que je ne l'aurais imaginé. Je me sentais à nouveau déprimée. C'était comme si l'on m'abandonnait, une nouvelle fois. Un désagréable sentiment d'échec me comprimait la poitrine. Je stagnais, malgré mes progrès de ces derniers mois.
Au moins, j'avais le bénéfice d'être devenue la serveuse la plus souriante du restaurant. Si les gens que je servais ignoraient tout de mon état d'esprit morose, c'était seulement grâce à ma capacité à cacher mes émotions. J'étais devenue maître en la matière.
En me voyant avec mon sourire de façade, ils étaient surement loin d'imaginer que ma vie était aussi singulière, digne de l'un de ces personnages de roman dramatique.
Ma psy, me retrouvant abattue et affolée à l'idée de réduire à néant mon travail de ces derniers mois, m'avait rappelé, encore une fois, le plus important.
« Les amis sont nécessaires, mais il est essentiel d'essayer d'avancer par soi-même, et c'est ce que vous faîtes Bella. », m'avait- elle dit.
Elle voulait me faire admettre que la vie pouvait être merveilleuse, même pour des personnes telles que moi, embourbée dans l'idée que si elle avait toujours était cruelle, il ne pourrait jamais en être autrement.
Il avait toujours été plus facile pour moi de me complaire dans mon malheur, me fustigeant à longueur de temps, plutôt que de penser que je méritais, moi aussi, un avenir meilleur.
Alice et Rosalie étaient toujours là, Edward semblait aller mieux... j'allais mieux. J'avais réussi à me prendre en main, à avoir un semblant de vie normale...
Je m'efforçais d'occulter mes angoisses et de m'imaginer des moments meilleurs tandis que je me remémorais le plat du jour.
« Bella ! La commande de la 3 est prête. »
La voix peu aimable de ma patronne me sortit de ma rêverie.
Je m'avançai peu enthousiaste vers le passe-plat et pris l'assiette chaude où des frites trop grasses et un steak saignant avaient été mis là sans ménagement.
Lentement, je slalomai entre les tables, faisant bien attention de ne pas me heurter à l'une d'entre elles. Je ne comptais plus le nombre de bleus que je m'étais fait depuis que je travaillais dans ce restau à la décoration d'un autre temps : « The Chicago diner ». On aurait pu penser qu'il s'agissait de l'un de ses arrangements intérieurs rétro, rendant les lieux authentiques, mais les couleurs passées des rideaux et la peinture émaillée par endroit ne laissaient aucun doute sur l'état délabré de cet établissement. Cependant, à force d'habitude, je n'y faisais plus vraiment attention. Après tout, cet endroit était mon gagne-pain. La situation financière dans laquelle je me trouvais ne m'avait pas permis de faire la fine bouche. Les horaires me convenaient et le salaire, sans être mirobolant, était correct. Ça me suffisait à payer les courses et mon loyer.
Alice avait voulu m'aider, me donner de l'argent, mais j'avais préféré me débrouiller par moi-même. Je ne voulais rien devoir à personne. Et puis, elle en avait déjà assez fait.
Arrivée à proximité de la table du client, je forçai un sourire.
« Voici votre commande Monsieur. »
Je posai l'assiette chaude devant lui et repartis prendre la commande de la table d'à côté.
« Hey, salut Bella. », m'apostropha Mike, l'un de mes collègues de travail, alors que je me dirigeais vers la table où deux enfants agités se faisaient réprimander par leurs parents.
« Salut Mike. », le saluai-je timidement.
« A quelle heure finis-tu ? »
« Je pars dans une heure. », l'informai-je, en cachant difficilement mon soulagement.
Après 3 mois à travailler en tant que serveuse dans ce restaurant, j'avais de plus en plus de mal à tenir le rythme.
« Comme moi. », s'anima-t-il en me faisant un clin d'œil complice.
Je lui souris simplement en réponse et continuai mon chemin.
Mike travaillait au « The Chicago diner » depuis plus de deux ans. Il était étudiant en commerce international, et pour mettre un peu de beurre dans les épinards, il travaillait quelques heures au restau. Il était toujours de bonne humeur et blagueur. D'ailleurs, il n'était pas rare que je repense à lui, à ses blagues hilarantes, lorsque, le soir, je me retrouvais à la maison. Sans le savoir, il contribuait à me remonter le moral.
Il m'avait également beaucoup apportée les jours suivants mon embauche, m'aidant à me familiariser avec les lieux. Il avait toujours été très aimable envers moi. Peut-être un peu trop.
En effet, la seule chose que je pouvais lui reprocher était sa façon insistante et, parfois, agaçante de vouloir toujours être avec moi. J'avais tenté de lui faire comprendre que rien ne se passerait entre nous, mais il semblerait que Mike était une personne déterminée.
Malgré son insistance, j'avais fait en sorte que notre relation demeure amicale. Car s'il avait de nombreuses qualités, je n'arrivais pas à trouver en lui quelque chose qui me ferait succomber. Ou peut-être était-ce juste des excuses que je me trouvais. Je n'étais tout simplement pas prête. Pas prête à avoir une autre relation avec un homme. J'avais trop souffert pour me laisser aller dans les bras du premier venu. Même si je sentais que les intentions de Mike étaient louables et sincères, je ne verrais toujours en lui qu'une connaissance de travail.
Il était 15 heures lorsque nous envisageâmes de quitter le restaurant. Mike voulait qu'on aille se promener et qu'on prenne un café ensemble, mais je déclinai poliment son invitation. Alors, à la place, il décida de me raccompagner chez moi. Et cette fois-ci, mes protestations ne le dissuadèrent pas. Je n'eus pas d'autre choix que de céder.
Une fois dehors, je fermai les yeux et inspirai à pleins poumons.
Le vent glacial du mois d'avril fouettait mon visage. Je ressentais comme des petites aiguilles me piquer la peau mais cela ne me gêna pas. Paradoxalement, j'aimais bien le climat de Chicago me rappelant par moment celui de Forks.
Je réajustai mon écharpe et engouffrai mes mains dans les poches de mon manteau.
En route, nous parlâmes de choses et d'autres : de sa vie d'étudiant, de ses passe-temps… Il me raconta aussi quelques anecdotes, notamment les situations délicates qu'il avait dû affronter durant la journée. Il était décidément de très bonne compagnie.
A un moment, prise dans notre conversation, je n'avais pas remarqué un trottoir. Je trébuchai dessus et vacillai. Je me voyais déjà au sol, rouge de honte, mais l'intervention de Mike me permit de ne pas m'étaler sur le bitume. Je m'agrippai à lui comme je le pus et me retrouvai vite plaquée contre son torse.
Mike et moi rîmes de la situation.
« Je parie que tu l'as fait exprès. »
« Exprès ? », demandai-je interloquée par son accusation feinte.
« Oui. Tu as fait exprès de trébucher. Avoue ! »
« Vraiment ? »
« Oui. Tout ça pour pouvoir te coller contre moi et profiter de ma musculature incroyable. »
Je ne pus m'empêcher de rire aux éclats. Il ne manquait pas de culot !
Mike était loin de l'homme se souciant de sa condition physique. Il était très mince mais sa musculature n'était pas la première chose que l'on remarquait chez lui. Par contre, sa façon maladroite d'agir était attendrissante.
Un instant, je regrettai presque d'être si fermée aux hommes pour ne pas me laisser aller avec lui, lui donner une chance.
« Trop tôt. », me répétai-je.
Une fois notre fou-rire passé, Mike me regarda intensément.
« Tu es vraiment jolie quand tu ris. C'est si rare de te voir ainsi. Tu as toujours ce regard triste… », dit-il en me caressant le visage avec l'une de ses mains.
Je lâchai un souffle hachuré. J'avais du mal à admettre ses mots et son toucher surtout.
Le dernier homme qui m'avait touchée de façon si délicate était Edward. Et sentir la peau d'un autre homme contre la mienne était difficile à accepter.
Tout doucement, je lui pris la main et l'ôtai de ma joue.
Puis je fermai les yeux un instant. J'avais besoin de quelques secondes pour me ressaisir.
Lorsque je les rouvris, je croisai son regard empli d'incompréhension.
« Je suis désolée. Je… je ne veux pas que tu te fasses des idées. », m'excusai-je en détournant les yeux. « Je voudrais juste que… »
Les mots restèrent coincés dans ma gorge et mes jambes manquèrent de se dérober sous moi lorsque je vis une silhouette qui m'était familière non loin de nous.
Au départ, je crus que je divaguais. Mais en me concentrant davantage, je me rendis compte que mes doutes étaient fondés.
Non, ce n'était pas possible... Ça ne pouvait pas être lui.
Je clignai des yeux à plusieurs reprises et retins mon souffle.
Ma poitrine me faisait mal à cause du martèlement implacable de mon cœur.
« Edward. », murmurai-je si bas que je n'étais pas sûre que Mike m'ait entendue.
Il était là, à m'attendre, devant un immeuble gris, à l'endroit où je vivais.
Nous nous regardâmes longuement. Les personnes présentes autour de nous semblaient ne plus exister. Le vacarme citadin paraissait lointain. Il n'y avait que lui et moi, mon regard s'accrochant au sien. Il était beau, vêtu d'un jean et d'un manteau noir. Ses cheveux étaient, comme toujours, dans tous les sens. Même si j'avais l'impression qu'ils étaient encore plus décoiffés qu'à l'accoutumé. Cela manifestait certainement sa nervosité de venir jusqu'ici. Son visage reflétait d'ailleurs une grande anxiété.
Physiquement, il n'avait pas changé.
Néanmoins, je trouvais dans sa façon d'être, quelque chose de différent. Je ne saurais définir clairement ce dont il s'agissait mais il semblait mieux. Bien mieux que la dernière fois que je l'avais vu.
Même si nous avions passé beaucoup de temps loin de l'autre et que des changements s'étaient opérés dans nos vies respectives, j'avais l'impression de l'avoir quitté la veille.
La voix de Mike arriva à me sortir de l'espèce de transe dans laquelle je me trouvais. Je me tournai vers lui, brisant ainsi ma connexion visuelle avec Edward.
« Tu vas bien ? »
Je ne lui répondis pas. J'étais encore sonnée, ne sachant que dire pour justifier mon égarement. La situation était tellement surréaliste. Ça faisait 6 mois que je ne l'avais pas vu.
Sauf qu'il y a deux mois, il avait tenté de me contacter...
Tout avait commencé une nuit. Je dormais assez bien ces derniers temps. Mes insomnies n'étaient presqu'un lointain souvenir. Mon traitement et les séances chez le docteur Weber m'avaient grandement aidée à me sortir de ces longues périodes de veille. Au départ, je n'avais pas très bien compris ce qui se passait. Mon sommeil était lourd, mais le son persistant de mon téléphone portable arriva à m'en extirper.
Je clignai des yeux, déboussolée.
J'ignorais l'heure qu'il pouvait être, mais ma chambre était toujours plongée dans la pénombre. Je me redressai et me frottai les yeux avec les paumes de mes mains, avant de m'étirer afin de dégourdir un peu mes muscles. Je tâtonnai et me saisis non sans mal de mon téléphone portable.
Les yeux encore embués de sommeil, je me concentrai sur le numéro de l'appelant. Il s'agissait d'un numéro masqué. Intriguée, j'appuyai sur le bouton vert.
Mon cerveau fonctionna à 100 à l'heure. Je commençai à sentir l'angoisse monter en moi. Tous les scénarios possibles et inimaginables se jouaient dans ma tête. Je pensais à Alice, à Jasper… A un accident qui était peut-être survenu. J'avais pensé à tout, sauf… à lui.
Crispée, je posai l'appareil contre mon oreille et articulai un « Allô » à peine audible.
J'attendis que quelqu'un me réponde, se présente, peu importe, mais qu'un son me parvienne. Cependant, rien n'arriva. Il n'y avait juste que ce silence au bout du fil. Ce genre de silence étouffant qui vous laisse nerveuse.
« Allô, il y a quelqu'un ? », demandai-je.
Une nouvelle fois, personne ne se manifesta. Peut-être qu'il s'agissait d'un problème avec le réseau. C'était tout à fait possible vu l'endroit où je vivais. Ou peut-être que l'appelant avait tout simplement raccrochée.
J'ôtai l'appareil de mon oreille et le regardai. Le mot « inconnu » était affiché sur le cadran, me confirmant que quelqu'un était toujours en ligne.
Je commençai à me sentir mal, voire un peu nauséeuse.
Je ne savais pas si c'était un problème technique ou s'il s'agissait d'un petit malin me faisant une mauvaise blague, mais la seule décision qui me sembla la meilleure à cet instant précis fut de raccrocher.
Rapidement, j'appuyai sur le bouton rouge et restai à regarder mon portable un long moment.
Pour d'autres cet appel n'aurait pas été une raison suffisante de s'angoisser, mais pour ma part, ce fut assez pour que je panique. Je pouvais peut-être ajouter à ma liste des adjectifs me caractérisant : parano.
Après un long moment, je reposai le téléphone sur la petite table de chevet et me rallongeai, peinant à trouver le sommeil.
La nuit suivante, je reçus un nouvel appel de même type. Et comme la dernière fois, seul le silence m'accueillit.
Deux fois en deux nuits, ça ne pouvait pas être une coïncidence ou une erreur.
J'angoissais de plus en plus. Qui pouvait bien me faire un tour pareil ? Qui voulait me faire peur ? Si c'était une plaisanterie, elle n'était pas drôle.
Alors, comme la nuit précédente, je raccrochai.
Le lendemain, je passai mon temps à réfléchir. Je me demandais qui était la personne qui perturbait mes nuits.
Et bien vite, un nom s'imposa à moi.
Edward…
Mes suspicions étaient peut-être folles mais je n'arrivais pas à me défaire de cette hypothèse.
Qui d'autres connaissaient mon numéro, à part les Cullen ?
Ainsi, le soir venu, je laissai mon portable bien en évidence près de mon oreiller.
Je ne voulais absolument pas l'éteindre, je voulais savoir si mes doutes étaient justifiés.
Comme je l'espérais, le téléphone se mit à sonner à la même heure que d'habitude et comme à chaque fois, ma main trembla lorsque je me saisis du téléphone.
J'appuyai sur le bouton vert et soufflai un « Allô ». Une fois n'est pas coutume, le silence m'accueillit.
J'attendis un peu et me décidai à dire quelque chose.
« Edward, est-ce toi ? »
Je ne reçus aucune réponse si ce n'est un souffle, un seul souffle haletant.
« Edward ? », demandai-je une nouvelle fois.
Je ne m'étais pas rendue compte que des larmes perlaient dans le coin de mes yeux.
Je voulais que ce soit lui mais en même temps j'avais peur.
Peur de quoi ? Je l'ignorais. Cependant, ce dont j'étais certaine, c'est que m'appeler au beau milieu de la nuit n'était pas raisonnable.
« Edward, réponds-moi. »
Une respiration bien plus bruyante me parvint.
« Edward, dis-moi quelque chose. », fis-je en retenant difficilement les sanglots qui menaçaient de sortir à tout moment.
Je fermai les yeux et attendis.
Je profitai encore un peu de cet échange silencieux. Paradoxalement, j'en avais besoin et j'aimais à penser que c'était aussi une nécessité pour lui.
Après plusieurs minutes, où seul son souffle me parvenait, telle une musique à mes oreilles, je décidai enfin de mettre un terme à la communication. C'était une décision douloureuse mais nécessaire.
Tout ceci allait à l'encontre de ce que je m'étais promis. Je n'aurais même pas dû faire durer cet appel. Pour me donner bonne conscience, je me dis que c'était une manière pour moi, de lui dire définitivement au revoir. Et en m'appelant, c'était peut-être aussi ce qu'il voulait faire.
« Il ne faut plus m'appeler. Il faut que tu arrêtes ça. », sanglotai-je. « Adieu, Edward. »
Et je raccrochai.
Je m'allongeai sur le lit et pleurai un long moment. Je me demandais pourquoi il avait décidé de faire ça, si son but premier avait été d'entendre le son de ma voix, de me dire au revoir ou de me faire souffrir encore.
Quoi que fut son intention, j'avais mal.
La nuit d'après, je ne reçus aucun appel. Tout comme les nuits qui suivirent.
Je ne savais pas si je devais m'en réjouir. J'étais tellement confuse.
Peu de temps après, j'avais décidé d'en parler à Angela Weber et seulement à elle.
Une nouvelle fois, elle m'avait aidée dans cette épreuve et je l'avais surmontée non sans mal.
Elle m'avait dit un jour, que les gens qui passaient par une rupture éprouvaient souvent les émotions de douleur, semblables au sentiment de tristesse éprouvée suite à la mort d'un proche. J'en avais d'ailleurs traversé toutes les étapes : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l'acceptation.
Avant aujourd'hui, je pensais que j'étais dans la phase de l'acceptation, qu'un cheminement intérieur s'était fait. Mais en le voyant, là, à quelques mètres de moi, si proche et en même temps si loin, je n'étais plus sûre de rien.
« Bella ? », fit Mike.
Je le regardai, puis regardai Edward, qui affichait un visage blessé.
Après plusieurs secondes, je réussis à saisir la situation dans laquelle je me trouvais. L'image que nous renvoyions, Mike et moi, pouvait prêter à confusion : moi, collée contre lui. Lui, me tenant fermement de manière presque possessive contre son torse.
Edward ne cachait pas ce que la présence de Mike à mes côtés lui inspirait. Ses yeux, son visage reflétaient sa douleur et une certaine colère aussi.
J'essayai de m'extirper de l'étreinte de Mike. Lorsqu'il le comprit, il me lâcha, presque à regret.
Je lui souris, m'excusant, de ce fait, de ma soudaine froideur, même s'il n'y avait pas vraiment lieu de le faire. Nous étions seulement « amis ». Je ne voulais pas qu'il se méprenne à cause d'un geste que j'aurais pu avoir.
De toute façon, ce n'était pas le moment de m'expliquer avec lui. Avec Edward, à quelques mètres de moi, je n'arrivais plus à réfléchir correctement, j'étais désemparée.
Je tournai une nouvelle fois la tête pour voir si je n'étais pas sujette à des hallucinations. Non, il était bien là. Nos regards restèrent longuement ancrés l'un dans l'autre. Je ne savais pas ce qu'il pouvait penser. Et la question qui me revint plus qu'une autre était : Pourquoi ? Pourquoi était-il ici ?
J'étais confuse. Tout un tas de sentiments opposés m'envahirent. Je ne savais pas si je devais haïr Edward d'être ici ou me réjouir de sa présence. Je n'étais pas encore assez forte pour lui faire face. Le serai-je seulement un jour ?
Finalement, ce fut lui qui rompit le premier notre échange silencieux.
Il passa une main dans ses cheveux et baissa les yeux.
Qu'allait-il faire ?
J'avançai lentement vers lui, oubliant que Mike était encore présent à mes côtés, ignorant ses appels. C'était comme si rien n'était plus important que lui. J'étais hypnotisée par sa seule présence.
J'avançai encore, sans penser une seule seconde aux conséquences de mes agissements.
« Bella ! », m'interpela Mike alors qu'il empoignait ma main.
Je tournai le visage dans sa direction et le regardai sans comprendre.
« Mais qu'as-tu ? », me questionna-t-il. « Ça ne va pas ? »
J'ouvris la bouche à plusieurs reprises.
C'est vrai, qu'avais-je ? Moi-même je ne le savais pas. Je savais juste que l'emprise qu'Edward avait sur moi était puissante et qu'il en demeurerait toujours ainsi, que je ne pouvais rien faire contre ça.
Je secouai la tête et posai mes yeux à l'endroit où se trouvait Edward.
Il n'était plus là…
Avait-il vraiment été là ou l'avais-je rêvé ?
Le souvenir de ses yeux tristes brulait encore dans ma mémoire.
Oui. Il avait été là, à quelques mètres de moi. J'en étais certaine.
Mike me questionna sur mon attitude étrange. Je lui expliquai alors la situation, en omettant de lui donner certains détails. Je luis dis juste que j'avais cru voir une personne que je connaissais, que je n'avais pas vue depuis longtemps et que ça m'avait perturbée. Et que finalement, je m'étais trompée, qu'il s'agissait seulement d'une personne qui lui ressemblait.
S'il ne me crut pas, il n'en montra rien.
Il me raccompagna jusqu'en bas de chez moi, là où Edward avait été quelques minutes plus tôt, et, sans crier gare, déposa un baiser sur ma joue. J'étais tellement sonnée par ce qui venait de se passer que je ne dis rien.
Il me sourit et tourna les talons.
Et juste avant de partir, il me cria :
« A demain Bella et tâche de ne pas trop rêver de moi cette nuit. »
Je souris bien malgré moi.
Après que Mike fut parti, je déambulais dans mon appartement, cherchant des réponses à mes questions. Je ne comprenais toujours pas ce qui l'avait poussé à venir jusqu'à chez moi, ce qu'il me voulait. Son motif devait surement être important pour qu'il ait fait le déplacement. J'espérais juste que rien de grave ne s'était passé. Je tentai de me raisonner en me disant que, si malheur il y avait eu, il se serait donné la peine de me le dire ou de m'appeler.
Je me rongeai les ongles, jusqu'au sang. Mon anxiété, qui m'avait été si familière il y a un temps, revint à la surface de façon fulgurante. Je me sentais oppressée, la respiration commençait à me manquer. J'allai à la salle de bain d'un pas pressé et pris un comprimé qui m'aiderait à me calmer.
Et, en à peine quelques minutes, j'eus l'effet escompté. Je sentis mes muscles se détendre, ma respiration revenir à la normale.
Je passai le reste de la journée dans une espèce de brouillard. Je regardai souvent par la fenêtre, appréhendant son éventuel retour.
Mais il ne vint pas.
Afin d'éviter de ne trop réfléchir, je décidai de me coucher tôt.
Les comprimés aidant, je fus vite plongée dans un sommeil, où nul rêve n'était possible.
***TMA***
Des bruits déchirèrent le silence de la nuit.
Mes yeux s'ouvrirent avec difficulté. J'essayai de reconnaître la source de tout ce tapage malgré mon esprit embrumé. Il y avait des espèces de cris, du verre brisé et une alarme de voiture résonnant de façon infernale dans le lointain.
Je grognai et m'enroulai un peu plus dans ma couverture. Je voulais que ces cris et cette alarme cessent. Je voulais juste dormir.
S'il vous plaît, que quelqu'un fasse quelque chose !
Peu importe de qui il s'agissait, je voulais juste que ce brouhaha incessant s'arrête.
« Bella ! »
Au départ, je crus que je m'étais rendormie et qu'il s'agissait d'un rêve. Mais ce n'était rien de tout ça. Quelqu'un m'appelait vraiment.
« Bellaaa ! »
Je me redressai vivement sur mon lit. Bien plus lucide pour le coup. Etait-ce bien mon prénom que j'avais entendu ? Ou était-ce mon imagination qui me jouait des tours ?
« Belllaaa ! Je sais que tu es là. Ouvre-moi. Il faut… il faut que je te parle. »
Mon cœur tambourina dans ma poitrine et ma gorge se serra tant ma nervosité était importante. Je regardai le réveil qui affichait 3 heures du matin.
Je me levai et, discrètement, regardai par la fenêtre.
La vue que j'avais d'ici était surréaliste : Edward était au pied de mon immeuble, titubant dangereusement d'avant en arrière, sa chemise sortait de son pantalon et quelques boutons avaient été enlevés, laissant ainsi entrevoir le haut de son torse.
Je me plaquai contre le mur et réfléchis à ce que je devais faire.
Je passai une main tremblante dans mes cheveux emmêlés. Une fine couche de sueur apparue sur mon front.
« Bella ! », cria-t-il encore.
Mince ! Mince ! Mince !
Que me voulait-il ?
Que devais-je faire, bon sang ?
J'étais perdue…
« Je ne peux pas le laisser entrer. Je sais que ce n'est pas la solution. Nous ne devons plus nous voir pour son bien, pour le mien. », me raisonnai-je. « Mais pourquoi faut-il qu'il fasse ça ? »
Si j'avais été prête, quelques instants plus tôt, à aller à sa rencontre lorsqu'il m'attendait au pied de mon immeuble, je ne voulais pas que cela se reproduise.
Je voulais être forte. Je pouvais l'être, je le savais.
Pourtant, dans mon esprit, il y avait cette petite voix qui me disait de le laisser entrer pour connaître le but de sa présence ici.
L'envie était puissante mais la peur aussi.
Je réfléchis encore et encore au meilleur choix à prendre.
Ce fut seulement au moment où il cria une nouvelle fois mon prénom que le choix le plus évident s'imposa à moi.
Je savais ce que je devais faire.
J'espère que ce chapitre vous a plu. Un petit avis de votre part ferait chaud à mon petit cœur.
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Toutes les fictions de AMALMALIE :
« De si beaux yeux »
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« The blood is the life and it shall be mine »
Des fictions très bien écrites et surtout des histoires originales qui vous plairont, j'en suis certaine.
Dernière chose, si vous voulez discuter avec moi ou savoir où j'en suis dans la progression de mes écrits, tout ceci est possible via mon Facebook : "Sandrine fanfiction" :
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Bonne nuit !
Bisous
Sandrine
