Bonjour tout le monde !

Et non, vous ne rêvez pas ! C'est bel et bien le chapitre 20 que voilà. Lol J'ai mis beaucoup de temps à l'écrire pour tout un tas de raisons. Et j'en aurais certainement mis bien plus si certains d'entre vous ne m'avez pas encouragée.

Un grand merci à vous tous pour vos reviews. J'espère avoir répondu à tout le monde.

Je me permets de remercier les anonymes ici.

Merci donc à :

Elisabeth, Lola, Pauline, Lola1234, Elisa, Love-ly Dance, Mélanie, Lamis Cullen, Death Eternity, Anges 0112, Tyca12, Salviie, Lola, Laurence, Marine Lariven Lafi, Melinda, Haley, Ocennany, Lilly-Rose, Celine (:D), Vanina, Ghislaine, Catherine, Ilonka et Bella-s-c.

Un merci particulier à la talentueuse Marie (Amalmalie) qui a eu la gentillesse de corriger ce chapitre et à Anne et Nadège pour leurs avis précieux.

Allez, trêve de bavardages, je vous laisse avec ce chapitre.

Bonne lecture !


Chapitre 20

« Libérer l'âme du ressentiment, c'est le premier pas vers la guérison. »

de Eric Martel

Pendant un moment, je fus dans l'incapacité de bouger ou de faire quoi que ce soit d'autre que de respirer lourdement, le regard rivé sur le mur d'en face.

Je savais ce que je devais faire mais l'appréhension me paralysait.

Peut-être que si j'attendais encore, il allait se lasser et partir.

Je n'eus pas à réfléchir bien longtemps. L'un de mes voisins ne me laissa guère le choix.

« Tu vas la fermer, oui ! Je te préviens, je vais appeler les flics ! »

Je ne sus si c'était pour le provoquer ou s'il se fichait éperdument que la police débarque, mais Edward eut une façon bien à lui de lui répondre : il se mit à rire, d'un rire fort, presque hystérique.

Je ne pouvais pas prendre un quelconque risque. Il fallait que j'aille le voir et lui dise de partir.

Même si cette démarche me semblait difficile, je n'avais pas d'autres alternatives que de m'y résoudre. La dernière chose que je souhaitais était de voir arriver la police pour tapage nocturne.

Une fois fait, je pourrais retrouver mon appartement rassurant et reprendre mon train-train quotidien. Il s'agirait juste d'une petite parenthèse dans ma vie, d'un obstacle de plus de franchi.

C'était incroyable comme cette pensée me réconfortait, arrivant même à entamer la peur que je ressentais.

Ni une ni deux, j'enfilai mon peignoir et descendis les escaliers.

Chaque pas que je faisais était difficile, comme si le sol allait se dérober sous moi.

En bas des marches, je marquai une pause et inspirai un bon coup pour me donner du courage. Ce que j'avais en tête allait m'en demander beaucoup. J'allais devoir puiser tout au fond de moi pour rester impassible face à lui. J'avais peur d'être faible, de perdre mes moyens et que ma volonté s'envole.

J'ouvris la porte du hall et, dès qu'il posa les yeux sur moi, je ressentis comme des petites décharges électriques qui me remontaient le long de la colonne vertébrale. Je fus pour un bref moment décontenancée par cette sensation singulière. Pourtant, j'aurais dû savoir qu'un seul regard de sa part suffirait à faire réagir mon corps de cette façon. Il en avait toujours été ainsi. J'étais d'ailleurs convaincue que, même avec le temps, ce sentiment resterait intact.

Nous étions face à face, nos regards soudés l'un à l'autre. Et ce fut comme si le temps s'était arrêté pour un court instant.

« Bella. », souffla-t-il.

Il semblait ne pas croire en ma présence.

« Oui. », lui répondis-je seulement.

La pluie se mit à tomber, ajoutant à la situation un effet étrange.

Je resserrai les pans de mon peignoir et l'observai toujours. Si moi j'étais à l'abri, lui ne l'était pas.

« Est-ce que je peux entrer ? », demanda-t-il soudain.

Il avança de quelques pas. J'aurais voulu reculer afin de maintenir une certaine distance entre nous, mais mon corps refusait de bouger. J'étais littéralement happé par son regard, envouté par lui.

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Tu ne devrais pas être là. », me repris-je alors que la pluie tombait plus fort. « Je ne sais pas ce que tu me veux, mais je pense que tu devrais partir, Edward. »

Il baissa la tête dans la défaite, ne prêtant pas grande attention à la pluie qui dévalait sur ses cheveux et son corps.

J'avais mal de le voir ainsi. Il avait l'air si vulnérable. Et cette fragilité qui se dégageait de lui réussit à m'attendrir, mais pas suffisamment pour que je cède.

Je savais que ce ne serait pas raisonnable. Il le savait sans doute aussi. Alors pourquoi insistait-il ?

J'appréhendais tellement de me retrouver seule avec lui. Admettons que je l'invite à venir chez moi, que se passerait-il ensuite ? Comment se comporterait-il ? Et surtout comment me comporterais-je ?

« Que veux-tu Edward ? », demandai-je sans plus réfléchir.

Il releva la tête et plongea son regard plein d'espoir dans le mien.

« Te parler. Juste te parler. »

Il avança encore, réduisant dangereusement la distance qu'il y avait entre nous. Mais cette fois-ci, je réagis et reculai.

Voyant ma réticence et ma réaction, il leva les mains en l'air en signe de paix et ajouta :

« S'il te plaît. C'est important. Je te promets de partir après. »

Je me demandais ce qui pouvait être si important pour qu'il décide de venir me voir à une heure aussi tardive, ivre qui plus est.

Je pouvais sentir ma détermination s'effriter. La curiosité me fit faiblir. J'avais envie d'entendre ce qu'il avait à me dire, même si ma raison me criait de faire demi-tour et de rentrer.

Mais la culpabilité me rongeait. Le voir ainsi, trempé jusqu'aux os, acheva de me convaincre.

Puis avec la quantité importante d'alcool qu'il avait dû ingurgiter, je ne pouvais décemment pas le laisser ainsi, à la rue, ou le laisser conduire. Il était un danger pour lui-même, mais pour les autres aussi.

Je jouai avec le cordon de mon peignoir, redoutant ma décision.

Allais-je le regretter plus tard ?

« Très bien, tu peux monter. », fis-je finalement sans que je ne prenne vraiment conscience de l'importance de mes mots. « Mais juste une minute. »

Il me sourit vivement et la tension dans son corps le quitta. C'était comme si je venais de lui apprendre la meilleure nouvelle de l'année.

« Je te promets que je partirai juste après. »

Je ne dis rien. Au lieu de cela, je l'observai encore quelques secondes. Mon regard erra de son visage à son corps. Je remarquai ses yeux rougis et sa posture nonchalante, reflétant clairement son état alcoolisé.

Une brise fraîche flottait autour de nous, remplissant notre silence. Je resserrai un peu plus les pans de mon peignoir et fis demi-tour. Sans un regard pour lui et sans réfléchir de peur de changer d'avis, j'ouvris la porte et m'engageai dans le petit hall avant de monter les escaliers. Je pouvais sentir sa présence derrière moi et ses yeux posés sur moi. C'était déroutant. Vraiment déroutant de le savoir si proche. C'était un peu comme si je ne prenais pas conscience de ce qui arrivait, comme si j'étais dans un rêve, et qu'en me réveillant tout ceci s'évaporerait. J'espérais juste sortir indemne de tout ça.

Nous montâmes lentement et silencieusement les escaliers. Je savais que, vu son état, marcher à une allure normale serait difficile pour lui. Ce n'était vraiment pas le moment qu'il se casse quoi que ce soit. D'ailleurs, même à cette allure, il trébucha à plusieurs reprises sur les marches. Si la situation n'était pas aussi tendue, j'en aurais ri.

Arrivés à l'étage, j'ouvris la porte de mon appartement et le laissai passer.

Je fus vite enveloppée par son odeur où se mélangeaient alcool, pluie et sa fragrance naturelle.

Instinctivement, je fermai les yeux. Son odeur envahit mes sens… Elle me rappelait tant de choses, me projetant six mois en arrière. Je me rappelais cette sensation unique quand il me prenait dans ses bras et que je logeais mon nez dans le creux de son cou. Ce que je ressentais dès que j'inspirais à pleins poumons. Comment mon corps s'apaisait lorsqu'il avait eu sa dose de lui. Il y a quelques mois encore, lorsque j'étais seule et au plus mal, j'essayais de me rappeler à quoi elle ressemblait, ayant ce besoin incessant de soulager mes maux.

« Le blanc bec n'est pas là ? », s'enquit-il soudainement me faisant revenir à la réalité.

Je le dévisageai, ne comprenant pas de qui il parlait.

« De qui parles-tu ? »

« Du mec qui était avec toi tout à l'heure. », répondit-il, amer.

Il passa une main dans ses cheveux mouillés et me jaugea de son regard brillant, attendant une réponse de ma part.

J'aurais dû lui dire de se mêler de ses affaires, mais j'étais trop abasourdie pour trouver les bons mots qui le remettraient à sa place.

« Je vais te chercher une serviette. », dis-je à la place.

Je me dirigeai vers la petite salle de bain et pris une serviette propre.

« Ça commence bien ! », me dis-je.

Je secouai la tête en repensant à ce qu'il venait de me demander. Je tentai, en appliquant les techniques de respiration qu'on m'avait apprises de maîtriser la colère qui montait en moi crescendo. J'étais familière à ce genre de grand stress maintenant et les façons de m'en débarrasser n'étaient plus un secret pour moi.

« Ne pas entrer dans son jeu, être forte. », me répétai-je tel un mantra. « Tu ne lui dois rien, aucune explication. Tu fais ce que tu veux de ta vie, Bella. Elle t'appartient. »

Une fois calmée, je sortis de la salle de bain et regagnai le salon.

Il était là où je l'avais laissé, le regard perdu dans le vague.

« Tiens. »

Je lui tendis la serviette en évitant soigneusement ses yeux. Il la prit en me remerciant et se frotta les cheveux avec avant d'aller s'assoir sur le petit canapé.

« Je crois que j'ai trop bu. », marmonna-t-il.

Non, sans blague !

J'osai jeter un œil dans sa direction : affalé et les yeux clos, il paraissait à l'aise. Se rendait-il seulement compte du malaise ambiant qui régnait dans la pièce ? Pas sûr.

D'ailleurs, il était inutile de dire que, dans son état, une conversation profonde serait impossible. J'avais l'impression que lui et moi perdions notre temps. Peut-être que je devrais mettre fin à tout ceci et lui appeler un taxi…

Pourquoi n'y avais-je pas pensé avant ? Ça aurait évité cette situation malaisée.

Il n'était jamais trop tard. Après un bon café, je le ferai partir. Oui, c'était sans doute mieux ainsi.

A l'heure actuelle, je préférais le voir partir plutôt que d'entendre ce qu'il avait à me dire. J'avais envie de me retrouver seule et d'oublier tout ça avant qu'il arrive à me faire totalement perdre mes moyens.

Dans un état presque second, je mis le café et l'eau dans la machine. En attendant que le café soit prêt, je me tins fortement au rebord de mon évier comme si ma détermination s'envolerait si je le lâchais.

Une fois la boisson chaude versée dans les deux tasses, je fis volte-face et allai dans sa direction. Mais lorsque je le vis assoupi sur le canapé, je freinai ma marche.

Je restai interdite, ne sachant que faire, me sentant empotée avec mes deux cafés. Je posai alors les boissons fumantes sur la petite table basse avant de m'approcher de lui à pas de loup.

Je m'agenouillai à ses côtés et m'autorisai à le regarder alors qu'il dormait paisiblement. Et pour un bref moment, je souhaitais que ces six derniers mois passés loin de lui ne soient qu'un mauvais rêve ou quelque chose que j'aurais imaginée.

Une espèce de mélancolie m'envahit. Je savais que malgré l'illusion de l'instant, la vérité était tout autre.

Je l'observais encore et aimais la façon dont il semblait si paisible dans son sommeil tel un enfant. Ma colère ou ma frustration ou quoi que ce fut d'autre partit aussi vite qu'elle était venue.

Je ne sus combien de temps je restais ainsi à le regarder, mais le temps semblait s'égrener trop rapidement. Il m'était difficile de soustraire mon regard de son visage si parfait.

Ma main me brûlait de le toucher, de sentir la chaleur de sa peau sous mes doigts, de plonger ma main dans ses cheveux, et ma bouche semblait irrémédiablement attirée par la sienne. J'ignorais d'où ce besoin me venait et ce qui m'empêchait d'aller au bout de mes envies.

Puis très rapidement, je fus frappée par l'évidence : j'avais acquis avec le temps bien plus de force et de volonté que je ne l'avais pensé. Et ceci grâce aux épreuves de la vie, à mes entretiens avec Angela Weber, à mes amis...

Je souris.

Quoi qu'il advienne dans les prochaines heures, quoi qu'il me dise, je devais garder en tête que rien ne changerait après. Ces mots n'auraient aucun impact sur moi.

Oui, j'étais forte, j'étais chez moi. Je pourrai lui demander de partir quand j'en ressentirai l'envie. Après ça, je reprendrai le court de ma vie comme si rien ne c'était passé. Comme s'il n'était jamais venu.

Bien plus confiante, je m'apprêtai à me lever et allai chercher une couverture, mais des mots soufflés me parvinrent, me laissant figer. Des mots qui réussirent pour un bref instant à m'atteindre jusqu'au plus profond de mon âme.

« Bella… pardonne-moi. »

Je mis une main tremblante devant ma bouche pour empêcher un quelconque son de sortir.

« Ne pas laisser les mots m'atteindre, être forte. », me répétai-je.

Je poursuivis mon chemin telle une automate et pris une couverture qui se trouvait dans l'armoire. Je l'en recouvris avant de dénouer mon peignoir et de m'installer dans mon lit.

Je le regardai de loin. Et ce fut avec cette vision de lui que je m'endormis, mettant de côté toutes les questions qui peuplaient mon esprit.

***TMA***

Le son d'oiseaux chantant me parvint et réussit à m'extirper de mon sommeil profond. J'ouvris un œil, mais le refermai bien vite. Les rayons passèrent à travers les rideaux m'éblouissant de leurs éclats, me léchant la peau du visage. La chaleur dans mon petit appartement semblait bien inhabituelle. La journée s'annonçait ensoleillée et je pouvais même dire plus chaude que ces derniers jours. Je soupirai et posai un bras sur mes yeux, juste le temps de me réveiller complètement. C'est alors que, petit à petit, des images de la veille se rappelèrent à mon bon souvenir.

Edward ivre. Edward en plein délire. Edward endormi sur mon canapé.

Je me redressai vivement et scannai la pièce à sa recherche. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine le sachant sûrement encore là.

Pourtant, je me rendis vite compte que la pièce était vide. J'étais seule.

Un sentiment de déception m'envahit, me surprenant par son intensité.

J'aurais dû être heureuse qu'il soit parti, mais bizarrement je ne l'étais pas.

Je fus troublée par ce que je ressentais. Ça allait complètement à l'encontre de ce que je m'étais promis : être forte quoi qu'il arrive.

Mais une nouvelle fois, il avait réussi à me rendre faible et mettre à mal mes efforts de ces six derniers mois. Et je lui en voulais. Je lui en voulais d'être revenu me tourmenter pour finalement s'enfuir sans un mot, sans une note.

J'essayai de trouver une raison qui l'aurait fait agir ainsi. Puis je repensai à son état alcoolique. Je savais ce que l'alcool pouvait nous faire faire, que nous pouvions faire des erreurs sous son emprise. Il avait sûrement réalisé le ridicule de la situation lorsqu'il s'était réveillé. Alors, regrettant son attitude, il avait décidé de partir.

Je pouvais parfaitement comprendre cela. Seulement, tout au fond de moi, j'aurais souhaité qu'il me laisse un mot, quelque chose de tangible qui m'aurait aidé à effacer cette impression de vide et de déception.

Je me levai et posai mes yeux un peu partout dans le salon pour être certaine de sa fuite.

Oui, il était bel et bien parti. Aucune trace de lui n'était visible dans la pièce si ce n'est la couverture qu'il avait minutieusement pliée et posée sur le canapé. C'était presque comme s'il n'était jamais venu, comme si j'avais rêvé tout ce qui s'était passé.

Je passai mes mains dans mes cheveux et fermai les yeux pour un court instant.

Que faire maintenant ? Je me sentais perdue.

Après plusieurs minutes à rester hagarde au milieu du salon, je pris la décision de me recoucher en espérant, ainsi, que la douleur dans mon ventre s'atténue. Combien de temps cela allait-il prendre cette fois ? Je priai pour que mon corps et mon esprit s'apaisent pour que je puisse me rendormir. Après plusieurs minutes, mes yeux se fermèrent d'eux-mêmes. Je ne savais pas à quel point j'étais fatiguée. Sans doute épuisée par tout ça.

***TMA***

Je me sentais étrangement bien. J'étais au chaud, enroulée dans ma couverture, un souffle léger caressait ma joue, une main frôlait mes cheveux. Je lâchai un soupir de bien-être avant d'inspirer profondément. Une odeur musquée envahit mes sens. Je m'imprégnais d'elle, de cette fragrance familière. Le rêve était merveilleux. J'avais la sensation d'être au paradis. Je ne souhaitais pas ouvrir les yeux, de peur que la réalité ne me rattrape. Je préférais profiter de l'illusion de l'instant et de faire face aux conséquences plus tard. Je me connaissais assez pour savoir que les prochaines heures, après mon réveil, seraient difficiles. Ce n'était pas la première fois que je faisais ce genre de rêve, même s'ils étaient devenus de plus en plus rares ces derniers temps. Toutefois, il était nouveau que mon imaginaire aille aussi loin. Tout ceci semblait si réel.

Le temps passait et cette perception de bien-être ne me quittait pas. Ce souffle apaisant se déplaçait de mon visage à mon cou et cette main invisible continuait ses caresses incessantes.

« Si belle… », souffla une voix masculine proche de mon oreille.

J'ouvris les yeux instantanément et me redressai sur le lit, droite comme un « I » lorsque je me rendis compte que le visage d'Edward se trouvait seulement à quelques centimètres du mien. Une douche froide aurait eu le même effet.

Je le regardai fugacement, juste quelques secondes, pour me rendre compte qu'il semblait aussi surpris que moi, tel un lapin pris dans les phares d'une voiture.

Il se leva rapidement avant de se passer une main dans les cheveux.

« Je suis désolé, je… je ne voulais pas te réveiller. »

Il semblait gêné tout comme je l'étais. C'était sans doute la première fois que je le voyais si confus et mal à l'aise.

« Que fais-tu ici ? Je croyais que tu étais parti. », lui demandai-je, oubliant pour un bref instant la sensation de sa caresse légère qui persistait sur mes cheveux.

« Euh, eh bien, je… je suis sorti chercher des… des croissants. J'ai pensé que ça te ferait plaisir. Puis je trouvais que… que c'était une bonne façon de m'excuser pour la nuit dernière. », bredouilla-t-il en me désignant les viennoiseries posées sur la table basse. « Et me revoilà. »

Je me mis à le dévisager comme si c'était une créature à quatre têtes.

Des croissants ? Vraiment ? Pour s'excuser de son comportement de la nuit dernière ? Comme si cela allait être suffisant…

Instinctivement, je réajustai la couverture sur moi, comme si en faisant cela je me protégeais d'un éventuel danger.

Des désirs contraires déferlèrent sur moi. Je ne savais plus si je devais être heureuse ou soulagée ou craindre sa présence dans mon studio. C'était incroyable comment mes sentiments étaient changeants. J'étais trop souvent égarée lorsqu'il s'agissait de lui.

Un silence s'installa entre nous. Je ne savais pas quoi faire ou quoi dire pour le briser. Je souhaitais juste qu'il s'éloigne de moi pour que je puisse voir les choses plus clairement. Soudain, la pièce devint bien plus petite et étouffante. J'avais vraiment besoin d'espace.

Je ne sus s'il décela en moi ce désir, mais à mon plus grand soulagement il recula de quelques pas.

La couverture enroulée autour de moi, je me levai et me dirigeai précipitamment vers la salle de bain. Une fois à l'intérieur, je m'appuyai contre le lavabo et me recueillis quelques instants avant d'asperger mon visage d'eau froide. J'osai jeter un coup d'œil dans le miroir et le reflet qu'il me renvoya n'était en rien agréable : mes traits étaient tirés et mes yeux bouffis par le manque de sommeil. Après mon inspection rapide, je m'habillai rapidement. J'avais l'impression que je perdrais toute mon assurance si je restais en pyjama. Fin prête, je fis les cent pas dans la minuscule pièce. Trouver le bon moment pour sortir représentait un véritable challenge.

« Allez Swan, tu peux le faire. », m'encourageai-je. « Plus vite il te dira ce qu'il a te dire, plus vite il partira. »

Sans réfléchir une seconde de plus, je tournai la poignée de porte et me dirigeai timidement vers le salon.

Edward était assis, la tête basse, perdu dans ses pensées. Pour un court instant, j'aurais souhaité être dans sa tête pour en connaître la nature. Ça m'aurait permis de mieux me préparer à ce qu'il allait me révéler.

M'ayant entendu approcher, il leva la tête dans ma direction. Il était nerveux chose qui ne lui arrivait jamais. Enfin, pas lorsqu'il était avec moi. Il avait changé. Ça se voyait dans sa façon de se tenir et de me regarder, et ses gestes trahissaient son anxiété. Il n'était plus celui que je connaissais. Celui qui était sûr de lui, laissant peu de place aux émotions. Quelque part, j'étais rassurée de ne pas être la seule dans cet état.

Puis sans que je ne m'y attende, il se leva d'un bond, comme si le canapé était électrifié.

« Je pourrais faire un peu de café, si tu veux. », me proposa-t-il en passant une énième fois une main dans ses cheveux en bataille.

« Attends, je vais en faire. », fis-je en me dirigeant précipitamment vers le petit comptoir où se trouvait la machine à café, ayant ce besoin de m'occuper et de me donner une certaine contenance aussi.

Difficile de se concentrer sur votre tâche lorsque celui que vous aimez et que vous ne pensiez jamais revoir était au beau milieu de votre appartement en train de vous observer. Même de dos, je pouvais sentir son regard intense posé sur moi.

Je m'affairai, essayant d'ignorer sa présence. Mais ma tentative était vaine. Comment pourrai-je y parvenir alors qu'il me regardait de cette manière.

J'ouvris un placard et en sortis le paquet de café. Je mis les doses nécessaires dans un filtre, versai l'eau et actionnai le bouton « marche » de la cafetière avant de me tourner vers lui.

Il avança vers moi, prudemment. On aurait pu penser à sa façon de m'appréhender qu'il avait affaire à une bête effrayée.

« As-tu besoin d'aide ? »

Je le regardai suspicieusement.

M'aider à quoi faire ? La machine était en route.

« Je ne sais pas… je pourrais sortir des tasses et faire quelques toast. », dit-il rapidement comme s'il avait lu dans mes pensées.

Je me mordis la lèvre inférieure pour empêcher un rire de m'échapper.

Après m'avoir déroutée avec ses croissants, voilà qu'il réitérait.

Toute cette attention était ridicule, mais elle eut le mérite de me dérider un peu.

« Je vais m'en charger. »

Il hocha la tête avant de masser ses tempes de ses longs doigts fins.

« Ça va ? », ne pus-je m'empêcher de lui demander voyant ses sourcils froncés.

Il m'était difficile de ne pas me sentir concernée malgré tout ce qui s'était passé entre nous.

« Euh… pas trop. J'ai un terrible mal de tête. »

Rien d'étonnant vu son état de la veille.

« Va t'installer sur le canapé, j'arrive avec les cafés. »

Il hocha la tête et s'installa sur le petit sofa usé.

Je me détournai de lui et me concentrai sur ce que j'avais à faire. Une fois les cafés prêts, je pris une tasse dans chaque main et inspirai un bon coup avant de venir m'assoir en face de lui, à une distance convenable. Je lui tendis sa boisson chaude et lorsqu'il l'eut prise, j'enlevai vite ma main. Que craignais-je ? Qu'il me touche et que je perde mes moyens ? Quelques secondes me suffirent pour que je réalise que c'était bien de ça dont il s'agissait. Je ne voulais pas qu'il me touche ou qu'il me frôle de peur que je fasse quelque chose d'insensée ou que je sois submergée par des émotions que je tentais depuis des mois d'étouffer.

« Ça va t'aider à te sentir mieux. », fis-je en évitant soigneusement de croiser son regard. « Il me semble que c'est un bon remède contre la gueule de bois. », ajoutai-je.

Du coin de l'œil, je le vis sourire légèrement et en prendre une gorgée.

« En fait, je dis ça mais je n'en sais rien. Je n'ai jamais vraiment été ivre. Si un peu, mais pas au point d'oublier l'adresse de mon domicile. A part un mal de crâne, rien de bien méchant. Enfin bref, j'ai lu quelque part que ça pouvait faire du bien après une soirée bien arrosée. La caféine est un bon stimulant donc... »

Pour une raison que je ne m'expliquais pas, j'avais la folle envie de parler. J'analysai brièvement la situation et réalisai que ma nervosité me faisait faire des choses qui ne m'étaient pas habituelles. J'étais différente en sa présence. L'assurance que j'avais réussi à acquérir ces derniers temps semblait fondre comme neige au soleil. J'avais été bien sotte de croire que j'arriverais à rester stoïque face à lui.

Je levai la tête et le regardai. Un léger sourire s'était dessiné sur ses lèvres et ses yeux pétillaient de malice.

« Désolée, je dis des choses pour ne rien dire. », m'excusai-je, embarrassée, avant de prendre une gorgée de mon café.

« Non, non, ne t'excuse pas. J'aime t'écouter parler. Ça m'avait manqué. »

Il ne semblait pas avoir remarqué mon trouble, car ce fut avec persistance qu'il continuait à m'observer. Il me regardait avec une expression telle que je baissai les yeux et me mis à rougir.

Même si je me sentais gênée, il y avait une petite part de moi qui appréciait son regard soutenu posé sur moi. J'en oubliai presque les bonnes résolutions que j'avais prises il y a quelques heures de cela. Ce sentiment troublant laissa vite place à autre chose. A une certaine lucidité sans doute. Je savais comment il pouvait user de son charme et j'avais l'impression de m'être faite bernée une nouvelle fois.

« Pourquoi… Pourquoi es-tu venu… Pourquoi es-tu ici ? », demandai-je soudainement d'une voix étonnement calme.

Il sembla perturbé quelques secondes, mais se reprit bien vite. Probablement surpris par le calme que j'affichais -le calme avant la tempête, je le sentais- ou la soudaineté de ma question.

« Je voulais te parler. », souffla-t-il. « Eclaircir certaines choses et... m'excuser aussi. »

Je ne pus m'empêcher de lâcher un rire ironique.

« T'excuser ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi avoir attendu six mois pour le faire ? », m'enquis-je plus sèchement que je ne l'aurais voulu.

Il se pinça l'arête du nez et ferma les yeux. Son mal de tête devait le faire souffrir.

« Parce qu'il y a quelques semaines encore ce n'était pas le bon moment. Je pense que maintenant nous sommes prêts à avoir cette conversation, toi et moi. Il est temps que tu connaisses la vérité. », répondit-il, les yeux toujours fermés.

« Qu'est-ce qui te fait croire que je veux l'entendre ? Je peux vivre sans, tu sais. J'ai très bien réussi jusqu'à maintenant. », lâchai-je. « Ecoute, beaucoup de choses ont changé. J'ai changé, j'ai évolué. Je suis passée à autre chose. Pourquoi vouloir ressasser toute cette histoire ? Qu'est-ce que ça m'apporterait ? »

Il déglutit et me regarda cette fois. Ses yeux reflétaient une certaine tristesse. Il paraissait vraiment blessé par mon détachement.

« Je comprends que tu ne veuilles plus en parler, mais j'aimerais vraiment pouvoir m'expliquer, te dire pourquoi j'ai fait ces choix. »

Je secouai la tête d'incompréhension et de dépit.

« C'est trop tard ! », dis-je vivement n'arrivant pas à me défaire de ce ton tranchant.

Je posai ma tasse sur la table basse, Edward en fit de même.

Je me sentais bouillir. J'avais cette colère en moi qui n'attendait que le bon moment pour éclater. Je me faisais penser à une cocotte-minute, prête à exploser.

« Qu'espérais-tu en venant ici ? Qu'est-ce que tu croyais, hein ? Que j'allais t'écouter débiter tous tes regrets et que j'allais te tapoter dans le dos et te donner mon pardon ? Eh bien tu te fourres le doigt dans l'œil. Je n'ai pas envie que tu te justifies. C'est du passé tout ça. »

Il resta un moment sans rien dire, interdit. Il ne s'attendait probablement pas à ça.

« Je savais que ce serait dur de te convaincre, mais je crois que ça dépasse tout ce que j'avais imaginé. »

Il passa les mains sur son visage avec lassitude. Les stigmates de la fatigue s'y étaient soudainement accentués. Il paraissait épuisé et impuissant face à ma colère.

« Je croyais que… »

Il s'interrompit et fixa ses mains jointes.

« Que croyais-tu ? », le poussai-je. Ma colère s'atténua à mesure que je le voyais se défaire de sa confiance.

« Que si tu avais accepté que je vienne chez toi c'était pour que nous puissions discuter. »

« Vraiment ? »

« Oui… »

« Eh bien, tu as eu tort. Je voulais juste que tu cesses de faire tout ce boucan pour ne pas donner l'occasion à mes voisins de me faire virer de l'immeuble. »

Ce n'était pas vraiment un mensonge. Au départ, telle avait été mon intention.

« Pourtant, tu avais eu d'autres choix à ce moment-là. »

J'ouvris plusieurs fois la bouche sans qu'aucun son n'en sorte.

« Tu aurais très bien pu appeler un taxi ou même la police. »

« Je n'y ai pas pensé sur le moment, mais tu as raison, c'est ce que j'aurais dû faire. », mentis-je.

C'est vrai, j'y avais songé à un moment, mais j'avais changé d'avis pensant être assez solide pour lui faire face. Au bout du compte, maintenant qu'il était assis en face de moi, bien plus alerte que la veille, il était plus simple pour moi de me défiler. La bravoure que j'avais ressentie, alors qu'il dormait sur mon petit canapé, n'était plus qu'un lointain souvenir désormais.

« Moi je crois plutôt que tu veux savoir la vérité. Mais ce que je ne comprends pas, Bella –et peut-être pourras-tu m'éclairer là-dessus– c'est pourquoi tu refuses de l'entendre. »

« Je te l'ai dit, ça ne m'apporterait rien. »

« Non, je ne le crois pas. Il y a une autre raison. »

Un silence tomba, nous permettant à tous deux de nous plonger dans nos réflexions.

Puis dans un moment de lucidité, la vérité m'apparut. Je savais pourquoi je voulais échapper à cette discussion. La vérité me faisait peur. Je ne me fichais pas de ce qu'il voulait me dire, j'avais juste peur. Peur de m'effondrer après ses aveux, de rechuter. Peur de ne pas avoir la force de me relever une nouvelle fois.

« Pour pouvoir avancer dans la vie, il faut savoir parfois faire face aux problèmes et les surmonter. »

« Qu'est-ce que tu en sais ? Tu es psy peut-être ? », ironisai-je.

« Non. Je le sais tout simplement parce que c'est ce dont j'ai eu besoin. C'est comme ça que j'ai pu en résoudre un bon nombre. »

« C'est curieux parce que, il y a un temps, tu étais ce genre de personne qui préférait fuir plutôt que d'affronter les problèmes. »

Il fronça les sourcils face à ma répartie alors qu'un petit sourire crispé se dessinait sur sa bouche.

« Un point pour toi. », concéda-t-il. « Et c'est ce qui me faire avoir tous ces regrets aujourd'hui. Si j'avais fait les démarches pour aller voir quelqu'un au moment où j'ai commencé à perdre la tête, nous n'en serions pas là, c'est sûr. »

Sa confession m'affectait plus qu'elle me réconfortait. S'il s'était soigné comme sa famille et moi-même l'avions souhaité, nous serions sûrement encore ensemble aujourd'hui. Nous serions sûrement heureux.

Je chassai vite de ma tête toutes ces éventualités qui auraient pu nous attendre. Avec des si… on referait le monde, n'est-ce pas ? Je repensai à ma psy qui m'avait répété bon nombre de fois qu'il était souhaitable que je me tourne vers l'avenir et non plus vers la passé.

« Fais-moi confiance. »

« Te faire confiance ? Pourquoi te ferai-je confiance ? »

« Je ne sais pas. Je te demande juste de me croire. »

Me voyant hésiter, il ajouta :

« Je te promets de partir juste après. »

Je plissai des yeux devant ce sentiment de déjà-vu.

« Je le ferai cette fois. », dit-il en voyant mon scepticisme.

Etais-je prête à l'entendre ? Quelle que soit la vérité, je savais qu'elle serait dure à encaisser. Est-ce que ça m'aiderait moi aussi ? Je serais naïve de penser qu'elle résoudrait tout mais peut-être qu'elle me permettrait d'y voir plus clair et de m'aider à entrevoir enfin le bout du tunnel.

« D'accord. », abdiquai-je, m'étonnant moi-même par la facilité qu'il eut à me faire changer d'avis. « Vas-y, je t'écoute. »

« Vraiment ? », fit-il, étonné par ma soudaine résignation.

« Tu devrais parler avant que je ne change d'avis. »

« Oh. D'accord très bien. », dit-il ne croyant pas sa chance de pouvoir enfin s'expliquer.

« Je ne sais par où commencer… J'ai tellement de choses à te dire. », commença-t-il en passant ses mains sur son visage avant d'empoigner ses cheveux. « Peut-être… peut-être par le début. »

Je hochai la tête pour lui montrer mon accord et pour l'encourager aussi.

« Très bien alors, peut-être que je devrais commencer par... »

Il s'interrompit. Puis quelques secondes passèrent avant qu'il ne trouve le courage de se lancer.

« Par te dire ce que tu sais sans doute déjà. »

Il se tut une nouvelle fois. L'attente était un véritable supplice.

« Je suis atteint d'une maladie mentale. De schizophrénie paranoïde, pour être précis. »

Il me laissa le temps de digérer l'information avant de reprendre ses explications.

« Les médecins pensent que, pour mon cas, un événement traumatique a déclenché cette maladie. C'était sûrement en moi depuis toujours, mais le décès de ma mère l'a probablement provoquée. En tout cas, les symptômes ont commencé à ce moment-là. »

Je connaissais certains symptômes de cette maladie. Les voix que les malades entendaient était l'un d'entre eux. Dans le cas d'Edward ça expliquerait beaucoup de choses.

« Et tu entends des… »

« Des voix, oui. », finit-il pour moi. « Je les entendais du moins. C'est fini maintenant. Je prends des antipsychotiques qui atténuent considérablement les symptômes et je vois quelqu'un aussi. Ça m'a beaucoup aidé, surtout au début. »

Je ne savais pas quoi dire. Je me doutais bien qu'il était atteint d'une maladie. Mais j'ignorais laquelle. Maintenant je pouvais y mettre un nom et comprendre certains de ses comportements excessifs.

« A quel moment as-tu décidé de te soigner ? »

Les questions me venaient facilement. L'envie de comprendre surpassait tout le reste. Comprendre quel avait été l'élément déclencheur. Comprendre qui avait réussi à le convaincre alors que moi j'avais échoué.

« Quelques jours avant que tu ne quittes la maison, j'ai vu mon père. On a eu une conversation assez houleuse concernant mon attitude au bal de charité. J'en ai vraiment pris pour mon grade. Il m'a dit que mon comportement était intolérable, que je lui avais fait honte et qu'il ne reconnaissait plus son fils. J'ai encaissé son sermon sans broncher. Ce n'était pourtant pas l'envie qui me manquait de l'envoyer promener avec sa morale à la con, même si je savais que j'avais dépassé les bornes. Et puis il a attaqué là où ça fait mal. Il savait ce qu'il faisait lorsqu'il a commencé à me parler de toi. Il m'a dit que je ne te méritais pas, que j'étais dangereux et que je finirai par m'en prendre à toi un jour, que je te faire du mal. Ce qu'il ne savait pas à ce moment-là, c'est que c'était déjà fait. C'est alors que j'ai réalisé que tout ce que je t'avais infligé n'était peut-être rien en comparaison de ce que j'étais capable de te faire. J'étais tellement imprévisible que tu aurais eu à gérer bien pire. C'est après cette prise de conscience que j'ai décidé de me séparer de toi, de m'effacer de ta vie. Ç'a été le choix le plus difficile que j'ai eu à prendre. Une décision douloureuse mais qui me semblait juste au moment où je l'ai prise. »

Je déglutis péniblement tellement ma gorge était sèche. Tous ces événements me revinrent en mémoire. Certains plus pénibles que d'autres. Mais contrairement à ce qu'il pensait ce n'était pas la violence qu'il avait eu à mon égard qui m'était difficile d'oublier et à pardonner. C'était la façon dont il m'avait sortie de sa vie comme si je n'étais rien. Rien de plus qu'un souvenir.

« Tout ce que je t'ai fait m'était dicté par ces voix. », dit-il en pointant un doigt sur sa tête. « Elles étaient quasi omniprésentes et agressives. Elles me disaient sans cesse ce que je devais faire. Et moi… et moi, je m'exécutais. Juste pour qu'elles se taisent et que je me sente mieux. Ça pouvait prendre des jours avant que j'arrive à réaliser la gravité de mes actes. J'avais beau me haïr, me maudire pour la peine que je causais, ça ne m'empêchait pas de recommencer. La culpabilité allait et venait à la guise de mes crises d'hallucination. »

Il frotta une main sur sa nuque et fronça les sourcils comme s'il souffrait en repensant à ce qu'il avait fait.

« Si tu savais comme je m'en veux. Je suis tellement désolé pour tout ça. Pour tout ce que je t'ai fait. Si je pouvais changer les choses, je le ferai. »

Son visage se crispa de douleur. Je le sentais sincère, mais il y avait encore trop de zones d'ombre pour que je puisse compatir totalement.

« J'en ai beaucoup voulu à mon père pour une raison qui m'échappe encore. Sans doute parce qu'il était plus facile pour moi de le rendre responsable de notre séparation, de lui rejeter la faute. Je ne pouvais m'empêcher de penser que s'il ne m'avait pas dit tout ça, que s'il ne m'avait pas fait réaliser que j'étais un danger pour toi, nous serions encore ensemble toi et moi. Mais avec le recul, je sais qu'il a agi dans ton intérêt et dans le mien aussi. Il a voulu me faire réagir. Et au bout du compte, il avait raison, je n'aurais pas pu te rendre heureuse dans l'état que j'étais. J'aurais même fini par te détruire. »

Il secoua la tête et un léger sourire amer se dessina sur ses lèvres.

« Je dis ça maintenant mais lorsque tu es partie, je n'avais pas le même discours, crois-moi. J'ai… j'ai complètement sombré. Je me demandais ce que j'allais faire sans toi. J'avais perdu ma seule raison de vivre, et je me sentais perdu. J'étais tellement désemparé, désespéré que j'ai même pensé à un moment à te supplier de revenir et te dire que je regrettais. »

Rien que de me rappeler ce moment mon cœur se serra dans ma poitrine et les larmes me montèrent aux yeux.

« J'ai voulu le faire tant de fois. Mais à chaque fois je repensais à ce que je m'étais juré : ne plus jamais te faire souffrir. Je devais m'en tenir à cette promesse. Je devais cesser d'être égoïste. »

« Et pourtant, c'est ce que tu as fait. Me faire du mal. », me dis-je.

J'étais persuadée que si nous étions restés ensemble, on aurait réussi à surmonter cette épreuve qu'était sa maladie. Je ne l'aurais jamais abandonné, j'aurais été forte pour deux.

« Alors pour oublier, j'ai bu jusqu'à en perdre connaissance. Une fois que je me suis réveillé, la douleur s'est manifestée de façon bien plus forte. Je ne savais pas quoi faire, c'était comme si plus rien n'avait d'importance puisque je venais de te perdre. Je savais que ça allait faire mal, mais je ne savais pas à quel point la douleur serait insupportable. Dans mon cœur comme dans ma tête. Mais finalement je n'ai eu que ce que je méritais et c'était sans doute bien peu en comparaison au mal que je t'avais infligé. »

Il semblait être projeté dans le passé. Son visage était fermé. Mais ses yeux… ses yeux, eux, brillaient de tristesse et de douleur. Je ne l'avais jamais vu si mal. Et moi je l'écoutais sans l'interrompre une seule fois. J'avais l'impression que si je le faisais il oublierait un détail important dans son récit. Maintenant, qu'il débitait ses explications, comme un texte appris par cœur, je savais qu'il avait raison, la vérité me ferait du bien et m'aiderait nettement plus que plusieurs séances de thérapie.

« Je n'étais plus que l'ombre de moi-même. Les voix dans ma tête étaient incessantes. Elles me disaient que je méritais tout ce qui m'arrivait, que la meilleure solution pour moi serait de crever, que je ne manquerais à personne vu l'être abject que j'étais. J'ai eu beaucoup de mal à me faire à ton absence. Plusieurs jours après que tu sois partie, j'ai complètement sombré. Je te cherchais partout. Des fois, j'avais l'impression que tu allais revenir, que tu n'étais partie que pour quelques heures. Je voulais juste que tu rentres pour que je puisse enfin te serrer dans mes bras. Si tu savais combien de fois j'en ai rêvé. Juste pouvoir te sentir contre moi, sentir ton parfum, la douceur de ta peau… »

Il ferma brièvement les yeux puis les posa sur moi.

« Te demander de partir a été la chose la plus difficile que j'ai eu à faire. Et te voir pleurer et me supplier a été un vrai supplice. »

Alors qu'il continuait de parler, une onde de choc m'envahit. Je réalisai à quel point cela avait été dur pour lui. Aussi dur que cela l'avait été pour moi. Il avait dû supporter la solitude lourde et pesante que j'avais connue et la souffrance accablante.

« On aurait pu surmonter ça ensemble. », déclarai-je.

« J'ai juste pensé que tu avais déjà assez supporté de douleur pour que je t'en inflige d'autres. Puis j'ai repensé à ce que mon père m'avait dit, que je finirai par te détruire si je ne changeais pas. Et à ce moment-là, je n'étais pas encore prêt à le faire. Que ce soit pour toi ou pour ma famille. Aussi fou que cela puisse paraître, je préférais rester dans mon mal être que de demander de l'aide à quelqu'un. »

Au moins ça avait le mérite d'être clair. Puis ça me confortait un peu plus dans mon opinion. Même si je m'y attendais, je ne pus anticiper la douleur qui m'étreint après l'énoncé de ses mots.

« Pourquoi ? »

« J'avais peur qu'on me dise que j'étais fou, qu'on ne pouvait pas me guérir, qu'il fallait qu'on m'enferme dans un asile. J'avais peur que des médecins me donnent des médicaments qui m'abrutiraient au point que je t'oublie, que j'oublie ma propre famille, mon propre nom. »

« Alors qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ? »

Il lâcha un soupir plaintif et baissa la tête.

« Toi. »

« Moi ? Mais je pensais que… »

« Je sais que je t'ai dit que rien ni personne ne m'aurait fait changer d'avis. Mais un événement m'a fait voir les choses différemment, objectivement. »

« Lequel ? », demandai-je dans un souffle, me doutant de quoi il s'agissait.

Il fixa ses mains jointes posées sur ses genoux. Il ne dit rien pendant de longues secondes. Secondes qui me semblèrent une éternité. Puis, alors que je pensais qu'il allait éluder la question, il me révéla ce que je soupçonnais déjà :

« Lorsque Alice m'a appelé ce jour-là, elle… elle pleurait si fort que je ne comprenais pas la moitié de ce qu'elle disait. C'est Jasper qui a dû m'expliquer la situation et…hum… »

Sa tête était toujours baissée, j'avais du mal à voir son visage. A part le ton de sa voix, la seule preuve de sa détresse que je réussis à percevoir était la larme qui coula le long de sa joue.

« Edward… », l'appelai-je pour qu'il cesse de parler de ce moment qui, semble-t-il, était aussi difficile pour lui que pour moi.

« Non, attends. », me coupa-t-il en levant la main. « Ce que je veux te dire, c'est que ce jour-là, tu m'as fait réaliser que je devais cesser de faire souffrir les gens qui m'entourent et qui comptent pour moi. Je devais enfin agir. Et je te promets qu'à ce moment-là, je me fichais bien qu'on m'enferme ou qu'on m'enfile une camisole de force. Je l'aurais mérité de toute façon. J'aurais même mérité bien pire. »

Il chassa vite les larmes de son visage et osa enfin me regarder. Ses yeux étaient encore brillants et rougis.

Le voir si triste me donnait envie de tendre la main et de lui caresser la joue pour le réconforter. Au lieu de faire cela, je fermai les poings et les maintins contre mon ventre pour éviter toute tentation.

« Si seulement tu m'avais laissé prendre mes propres décisions, les choses auraient été bien différentes aujourd'hui. En pensant m'épargner, tu as fait tout le contraire. », ne pus-je m'empêcher de dire.

« J'en ai bien conscience. », fit-il en hochant la tête. « Mais je ne voyais pas les choses ainsi à cette époque et je le regrette. Je n'arrêtais pas de me dire que je ne te méritais pas. Surtout après tout ce que je t'avais fait. Comment aurais-je eu la chance que tu m'aimes malgré mes erreurs ? Comment aurais-je pu penser que tu accepterais de vivre avec un homme qui avait perdu complètement la raison ? C'était inconcevable pour moi. Et même lorsque tu me disais m'aimer, je pensais juste que c'était de la pitié ou je ne sais quoi. Je n'étais pas rationnel. »

« Pourquoi ne pas m'avoir parlé de ces voix ? »

Les mots sortaient facilement de ma bouche. Probablement parce que je m'étais tant de fois posée ces questions et que l'occasion était trop belle pour ne pas les lui poser.

Quand je pense que j'avais eu peur de cette confrontation…

« J'avais honte. Honte de qui j'étais. »

Je soupirai de frustration.

« Je t'en veux de ne pas m'avoir fait confiance, Edward. Je pensais avoir un peu plus de valeur à tes yeux. »

« Mais tu en as ! », réagit-il vivement comme si je venais de dire une absurdité.

« Tu as eu une drôle façon de le montrer. », eussé-je envie de dire.

A la place, je préférais ignorer sa remarque et dis :

« J'ai l'impression que tout ceci est un véritable gâchis. »

« Il n'y a pas un jour où je ne regrette pas de m'être comporté ainsi. Je sais que je t'ai fait souffrir et que j'aurais dû agir différemment. Mais mon but premier était de te protéger de qui j'étais. J'ai fait tout ça pour toi, Bella. Je pensais que tu serais plus heureuse sans moi. Si je n'avais pensé qu'à moi, je ne t'aurais jamais laissé partir. C'était pour ton bien. Juste pour ton bien. Il faut que tu me croies. »

« C'était à moi de prendre cette décision, pas à toi. », ne pus-je m'empêcher de répéter.

« Je sais. », déclara-t-il en me prenant doucement la main. « Je sais. »

Mon corps se raidit lorsqu'il me la prit avant que la chair de poule ne parsème ma peau.

Le calme dans la pièce allié à son toucher ne faisait qu'inciter les souvenirs. Et si je fermais les yeux, je me revoyais chez lui, tous deux allongés sur le canapé, une main dans la sienne tandis que l'autre était posée sur son torse.

Je secouai la tête et essayai de me reconcentrer sur lui, sur tout ce qu'il venait de me dire. Beaucoup de choses à digérer en somme.

« Pourquoi me dire tout ça ? Pourquoi maintenant ? », me repris-je sans toutefois ôter ma main de la sienne. Quelque part son touché était rassurant et apaisant. J'en avais besoin. J'avais l'impression que si je l'ôtais, j'allais perdre pied.

« J'ai tant de fois voulu venir te voir et te dire tout ça, mais il me semblait que tu n'étais pas encore prête à m'écouter. »

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? », m'offusquai-je.

« Je… je suis resté quelque temps dans un établissement spécialisé le temps qu'on me considère apte à reprendre une vie sociale et mon travail. Et lorsque j'ai envisagé de venir te voir après cette période d'enfermement plus ou moins forcé, Alice m'a demandé de te laisser tranquille. »

« Alice t'a parlé de moi ? »

« Très peu. Au début, j'ai pensé qu'elle faisait ça pour me punir. Elle me laissait avec mes incertitudes et j'enrageais de ne pas savoir comment tu allais. Plus tard, j'ai compris que si elle ne me disait rien, c'était parce qu'elle craignait que je cherche à te joindre alors que tu n'étais pas encore prête à me revoir et que tu étais encore fragile psychologiquement. J'ai respecté ce choix, même si cela m'a coûté de le faire. »

Alice m'avait infligé le même traitement. Les nouvelles concernant Edward avaient été rares. Alors je pouvais parfaitement comprendre sa frustration, même si j'étais loin d'imaginer qu'il se préoccupait de moi autant que je me préoccupais de lui. C'était sans doute irrationnel, mais au lieu de trouver ça attentionné, je voyais plus dans sa déclaration, une manière de se délivrer de tout sentiment de culpabilité.

« Mais ce qui me rassurait c'était qu'elle soit restée proche de toi. Je savais que tu étais entre de bonnes mains. Ça peut paraître idiot, mais, même si notre relation s'est finie de la pire des façons, j'avais encore de l'espoir. Et cette petite certitude qui me restait malgré tout reposait entièrement sur elle. Elle était en quelque sorte le lien qui m'unissait encore à toi. »

Son pouce fit des cercles sur le dos de ma main tandis que je réfléchissais à ce qu'il venait de me dire.

J'avais beau essayer de comprendre, au bout du compte, j'étais complètement perdue.

De quel espoir parlait-il ?

« Le mec avec qui tu étais hier… », demanda-t-il m'arrachant de mes pensées confuses.

« Pardon ? »

« Le mec, hier. »

« Mike ? »

« Peu importe comment il s'appelle. », dit-il en serrant les dents. « Tu es… Vous êtes ensemble ? »

Sa voix était chevrotante et il eut de la difficulté à masquer la crainte de ses yeux.

« Non. Nous sommes amis. En fait, on ne peut pas vraiment dire que nous soyons amis. On est juste des collègues de travail. »

Pourquoi avais-je cette furieuse envie de me justifier ?

« Oh, vraiment ? »

Ses épaules se détendirent et un léger sourire triomphant se dessina sur ses lèvres avant que son regard ne se voila une nouvelle fois.

« Je pense qu'il serait prêt à être bien plus que ça. Cette façon dont il te regardait, cette envie irrésistible de vouloir te toucher… Je connais tout ça. », fit-il sèchement. « Il a des sentiments pour toi, ça crève les yeux. »

Je ne savais pas quoi répondre à ça. Je pensais sincèrement qu'il se trompait. Mike voulait sans doute sortir avec moi, mais n'était certainement pas amoureux de moi.

« Si tu savais ce que ça m'a fait de le voir te toucher. Pendant tout ce temps, où toi et moi avons été séparés, je me suis souvent demandé si tu avais rencontré quelqu'un et ce que ça me ferait de l'apprendre. Et rien que de t'imaginer avec un autre homme, c'était terriblement… douloureux. Comme je te l'ai déjà dit, Alice ne voulait rien me dire donc j'imaginais le pire. Alors quand je vous ai vu si proches, j'étais en colère comme je ne l'avais pas été depuis longtemps. Les médicaments m'aident à modérer mon tempérament, mais pas ma jalousie, hélas. Par contre, ce qui est rassurant, si on peut dire ça comme ça, c'est qu'il y a quelques mois encore de cela, je l'aurais tabassé pour bien moins qu'une main posée sur toi. Maintenant, même si ce n'est pas l'envie qui m'en manque, je sais que je n'ai plus le droit d'agir de cette façon. »

Il avait préféré aller boire. Ce qui était une meilleure option si on devait comparer.

Il resserra la prise qu'il avait sur main comme pour marquer la véracité de ses propos.

« Tu sais, ça peut sans doute te paraître incroyable, mais je suis un autre homme maintenant. J'ai véritablement changé. Les médicaments m'aident bien sûr, mais les séances avec mon psychothérapeute probablement plus. J'ai fait un gros travail sur moi-même grâce à ses conseils. Et en me confiant à lui, j'ai réalisé beaucoup de choses. Le pire lorsqu'on redevient maître de soi, c'est qu'on réalise le mal que l'on a fait à ses proches. C'est difficile de se dire qu'on est responsable de tant de peine. Et tu sais quoi ? »

Je secouai juste la tête, incapable de dire quoi que ce soit. J'étais trop bouleversée pour que je parvienne à sortir un seul mot de ma bouche.

« Il y a quelques semaines, Emmett m'a dit qu'il était heureux d'avoir enfin retrouvé son frère et que je lui avais manqué. J'ai réalisé qu'il avait bien plus souffert que je ne l'avais imaginé. Je le croyais indifférent à ce qui m'arrivait, mais je me suis trompé. Et en plus de m'avoir pardonné, il m'a beaucoup aidé. Tout comme ma sœur et mon père. C'est aussi grâce à eux que je vais mieux. »

« J'en suis heureuse, Edward. Vraiment. », fis-je avec sincérité.

Je ne pouvais que me réjouir pour lui. C'était toujours ce que je lui avais souhaité. Quoiqu'il puisse penser, il méritait d'être heureux.

« Et toi… comment vas-tu ? »

C'était incroyable comment il était difficile de répondre à une question aussi simple.

« Moi ? Euh… Eh bien, on peut dire que je vais bien. Moi aussi je vois un spécialiste. Ça me fait aussi beaucoup de bien. Et puis Alice et Rosalie m'ont beaucoup soutenue. Il y a des jours plus difficiles que d'autres, mais je m'en sors. »

Il hocha la tête et me souris avant de porter ma main à sa bouche. Un frisson délicieux me parcourut des pieds à la tête alors que mon cœur martelait de plus en plus fort dans ma poitrine. Mon corps que j'avais cru endormi à tout jamais s'animait juste grâce à un baiser de sa part. Si j'avais voulu l'oublier, le rayer de ma vie, mon corps, lui, ne semblait pas être de cet avis.

« Je savais que tu étais quelqu'un de fort, Bella. Et avec le temps, j'ai l'impression que tu l'es devenue bien plus. Je suis content qu'Alice et Rosalie aient pu te soutenir durant ces moments difficiles. Je leur en serai toujours reconnaissant. »

Son charme opérait sur moi. Il suffisait qu'il me tienne la main et qu'il me regarde avec chaleur pour que je commence à baisser les armes. Je regardai vers la fenêtre et observai un oiseau posé sur la branche d'un arbre. Me concentrer sur autre chose que lui n'était pas une tâche aisée. Je ne pensais qu'à la douceur de sa peau sur la mienne et à son sourire à vous faire pâmer.

Je déglutis péniblement et continuai à regarder le petit oiseau qui sautillait sur sa branche, me demandant de quelle espèce il s'agissait. Je n'étais pas une experte en la matière, mais je tentai tout de même de l'identifier. Il me fallut quelques secondes pour que je me rende compte que je n'en savais fichtrement rien et que j'aurais beau chercher, je ne trouverai pas. A défaut de l'identifier, ce petit oiseau arrivait à me distraire et à me faire penser à autre chose qu'aux caresses d'Edward sur ma main et à tout ce qu'il venait de me dire. Je préférais y repenser plus tard. Je me félicitai intérieurement de mon comportement. Pas de cris, pas de larmes, ça allait au-delà de mes espérances.

« Bella ? », m'appela Edward.

« Mmm ? », fis-je sans pour autant le regarder.

« Est-ce que je peux te poser une question ? »

« Mmm ? »

« Est-ce que… Est-ce je t'ai manqué autant que tu m'as manqué ? »

Je tournai vivement la tête dans sa direction, l'oiseau bel et bien oublié à présent.

« Quoi ? », demandai-je, abasourdie.

Avais-je bien compris ?

« Tu m'as manqué, tu sais. Terriblement manqué même. J'ai pensé à toi chaque jour. Est-ce que je t'ai manqué aussi ? »

Pourquoi faisait-il ça ? A quoi jouait-il bon sang avec ses caresses et ses jolies paroles ?

« Pourquoi fais-tu ça ? Qu'espères-tu ? Qu'attends-tu de moi, Edward ? »

Il soupira fortement et baissa la tête, le regard rivé sur nos mains jointes. Son pouce continuait à dessiner des cercles sur le dos de la mienne tandis qu'il réfléchissait. Puis soudain, il me regarda intensément et avec détermination déclara :

« Je veux que tu me reviennes. Je veux que tu nous donnes une seconde chance. »

Les mots flottèrent dans l'air, persistants.

« Pardon ? »

Je tentais tant bien que mal de retenir un rire nerveux. Mais sa déclaration était tellement absurde et incompréhensible. Déjà que je devais gérer toutes ces informations, voilà que maintenant je devais faire face à ses états d'âme !

« J'ai été fou de croire que je pouvais vivre sans toi. Chaque jour loin de toi a été une souffrance. Ces six derniers mois ont été les plus longs de ma vie. Je ne serais jamais assez reconnaissant envers ma famille. Elle m'a beaucoup soutenu. Honnêtement, elle a eu beaucoup de mérite de m'avoir supporté dans l'état que j'étais. Mais j'ai aussi besoin de toi. Tu me manques. Je ne peux pas vivre sans toi. J'en suis incapable. »

Je portai une main à ma bouche pour camoufler mon hilarité. Puis bien vite les larmes se mélangèrent aux rires. Je crois que j'avais entendu assez d'absurdités pour aujourd'hui.

Petit à petit, une espèce d'émotion incontrôlable, de rage enfla dans ma poitrine. Elle essayait de sortir, de se manifester. Je n'avais plus la volonté de la retenir. Il fallait que ça sorte.

« TU-M'AS-FAIT-DU-MAL ! », m'emportai-je. « Bien pire que ça même, tu m'as BRISEE, DETRUITE ! Ce n'est pas quelques excuses et explications qui vont changer ça ! Je vivrai, chaque jour que Dieu fasse, avec cette blessure, cette rancœur en moi, Edward ! Alors oui, je tente de me reconstruire. Et oui, je progresse un peu plus chaque jour. Mais il y a une chose qui ne changera jamais : la colère que je ressens contre toi. »

« Si je pouvais revenir en arrière, je le ferai, Bella. », souffla-t-il dans une plainte.

« Tu me l'as déjà dit ça. »

Je retirai ma main de la sienne et m'essuyai les yeux.

Comment avais-je pu être aussi idiote pour croire que les mots qui sortiraient de sa bouche m'aideraient à avancer et clore définitivement ce chapitre de ma vie ? J'étais persuadée que, au contraire, mon état émotionnel serait bien pire une fois qu'il serait parti, que tous mes efforts pour me rétablir ne seraient plus qu'un lointain souvenir. Juste à cause d'une phrase de trop.

Pourquoi ne s'était-il pas contenté de me débiter ses explications ? Pourquoi s'était-il senti obligé de dire ça ?

La colère qui était sortie de moi ainsi que toutes les émotions que j'avais éprouvées depuis qu'il était chez moi m'avaient laissé épuisée. J'étais fatiguée. Je voulais qu'il parte. Oui, qu'il parte et que je ne le revoie plus jamais.

« Maintenant que tu m'as tout dit, tu peux partir. », dis-je sèchement.

« Non. », fit-il avec opiniâtreté. « Il y a encore une chose importante que tu dois savoir et je ne partirai pas avant de te l'avoir dite. »

Je le fixai, interdite. C'est alors qu'il se déplaça vers moi et qu'il prit mon visage délicatement entre ses mains. Ses yeux brûlaient les miens et, avec une sincérité désarmante, me souffla ces trois petits mots que je n'aurais jamais cru entendre un jour :

« Je t'aime. »

Je fermai les yeux et m'imprégnai de ses mots, appréciant leur sonorité particulière. J'avais attendu tellement de temps pour qu'il me les dise et maintenant qu'il les avait prononcés j'avais du mal à réagir et à les apprécier.

Très vite, une douleur lancinante me laboura la poitrine, j'avais l'impression qu'une main invisible me serrait le cœur.

« Je t'aime. », répéta-t-il.

Je restai sans voix de longues secondes, en oubliant même de respirer Je me contentais de le regarder, tentant de comprendre ce que cela signifiait.

Et tandis que j'analysais ses dires, un sentiment étrange m'envahit. Comme si quelque chose de bizarre s'était logée dans mon ventre. J'avais du mal à savoir si c'était agréable ou non. Puis petit à petit, mes vieilles incertitudes refirent surfaces. Pourquoi faisait-il cela ? Pourquoi me mentir ? Ne pensait-il pas que j'avais assez souffert comme ça ?

Il me regarda avec inquiétude et attendit avec appréhension ma réaction.

Un son étranglé m'échappa et fit voler le silence pesant, qui s'était installé, en éclats.

« Tu mens ! Pourquoi fais-tu ça ? », réfutai-je en bondissant du canapé.

« Quoi ? »

« Il y a six mois, lorsque je t'ai dit t'aimer, tu m'as dit que ce n'était pas réciproque, que je n'étais rien de plus qu'une distraction à laquelle tu t'étais lassé. »

« C'était des… », commença-t-il avant que je ne l'interromps.

« Tu ne m'as jamais aimée. Pourquoi ça changerait maintenant ? »

« Bella… »

« Pourquoi me fais-tu ça ?

« Bella ! », fit-il plus fort.

« Ça n'a aucun sens. Vraiment aucun. », continuai-je, confuse.

« Bella ! », cria-t-il cette fois.

Je cessai de m'agiter et le fixai.

« Laisse-moi t'expliquer. », fit-il d'une voix plus douce afin de m'apaiser. « Reviens t'assoir et je te promets de tout te dire. »

Me voyant hésiter, il ajouta :

« S'il te plaît. »

Je n'avais pas réalisé que je tremblais de tous mes membres. J'encerclai mon corps de mes bras et d'un pas hésitant, je revins m'assoir sur le canapé. Mais cette fois, la distance entre nous était bien plus grande, un peu comme l'incompréhension dans laquelle je me trouvais.

« Comment as-tu pu penser une seule seconde que je n'ai jamais eu aucun sentiments pour toi, Bella ? Tout ce que je t'ai dit à ce moment-là était faux. Je n'en pensais pas un mot. J'ai dû mentir pour t'éloigner de moi. J'ignore encore comment je suis parvenu à être si convaincant. Chaque mot que j'ai prononcé était un pur mensonge. La seule chose de vraie était lorsque je t'ai dit que je n'étais pas bon pour toi, que j'étais dangereux. Mais les choses ont changé. Je ne suis plus cette personne. »

Je le sentis se déplacer vers moi et la chaleur de son corps m'atteindre.

« Je t'ai toujours aimée. A la seconde où je t'ai vue, je t'ai aimée. »

Je me mordis la lèvre inférieure pour l'empêcher de trembler et contenir un sanglot qui tentait de s'échapper de ma gorge.

« Je t'aime, Bella. »

Finalement, les larmes coulèrent abondamment sur mes joues et une plainte sortie de ma bouche, me libérant de tous ces mois où j'étais restée dans cette incertitude. Je ne maîtrisais plus rien. Le peu de retenu qui me restait s'envola. Mon corps se délestait de cette douleur qui n'était pas partie, qui était en moi pendant tout ce temps, qui sommeillait pour mieux se réveiller le moment venu.

« Je t'aime. », répéta-t-il encore et encore contre ma chevelure. Et bientôt, il me tint contre lui alors que je pleurais comme je ne l'avais plus fait depuis longtemps. Je lâchai totalement prise et me libérai de tous ces doutes. Je réalisai enfin le sens de ses mots et de ce que cela représentait. Il m'aimait… Il m'avait toujours aimée.

« Non, non, non… », sanglotai-je contre son torse. « Arête de dire ça ! »

« Je t'aime. », continua-t-il de dire jusqu'à ce que je me sois calmée.

« J'ai essayé tellement fort de t'oublier. Et toi, tu… tu reviens et tu… »

Je restais un long moment silencieuse, incapable de poursuivre, la poitrine labourée par la douleur, le ventre noué par l'angoisse, la tête lourde des paroles, des aveux d'Edward.

« Tu ne peux pas me faire ça. J'allais bien. Je me reconstruis, j'ai des projets et je veux me donner les moyens de réussir. Même si chaque jour est un combat difficile, je veux aller de l'avant et ne plus vivre dans le passé. Et ça… ça, je ne peux le faire avec toi dans ma vie. »

« Il n'y a plus de place pour moi dans ta vie ? Vraiment ? Tu m'as définitivement rayé d'elle ? », s'enquit-il tel un murmure.

« C'est fini, Edward. Et Dieu sait à quel point j'ai attendu que tu m'avoues tes sentiments. Mais c'est trop tard. », fis-je d'une voix étranglée par l'émotion.

« Ne dis pas ça, je t'en prie. », m'implora-t-il.

« Je m'étais faite à l'idée que je ne te reverrais plus, que notre histoire était définitivement finie. Maintenant, je veux vivre pour moi.»

Il enfouit son visage dans mes cheveux et inspira profondément alors que ses bras autour de moi se resserraient un peu plus. Quant à moi, je fermai les yeux et savourai son étreinte. Sans doute pour la dernière fois.

« J'imagine à quel point ç'a été difficile pour toi, que tu as dû surmonter tant de choses toute seule et je m'en veux pour ça. Tout ceci est de ma faute. Entièrement de ma faute. Il n'y a pas un jour où je ne me maudis pas pour t'avoir menti sur mes véritables sentiments et je peux comprendre que tu aies peur. Malgré tout, je suis convaincu d'une chose, c'est que nous ne pouvons pas vivre l'un sans l'autre. Je ne peux m'empêcher de croire que nous pouvons être bien ensemble, en dépit de notre passé. Bien que nous ayons changé, évolué, je reste persuadé que nous sommes destinés à être ensemble. »

« Le doute sera permanent. Comment puis-je vivre avec ça ? Qui sait, peut-être qu'un jour tu décideras de me quitter à nouveau. »

Mes craintes seraient toujours là. Je n'arriverais jamais plus à lui faire confiance, et à juste titre.

« Ça n'arrivera plus. Je t'ai dit les raisons qui m'ont poussé à le faire. J'ai cru que, en faisant ceci, je t'épargnerais, que je t'éloignerais du danger que je représentais. »

Je reniflai et secouai la tête de dépit.

« Serions-nous ce que nous sommes devenus si nous étions restés ensemble ? Je ne crois pas. Je pense que nous aurions souffert bien plus, Bella. Toute cette histoire aussi difficile eut-elle été nous a permis de progresser, de faire un pas en avant considérable. »

Je me redressai vivement et le jaugeai longuement. Il me prit une nouvelle fois la main. Il avait sans doute besoin de me toucher autant que j'avais besoin de vider mon sac.

« Tu sais, tu avais réussi à me faire espérer à une vie meilleure malgré la façon dont notre histoire a commencé. Mais tu m'as aussi montré comment elle pouvait être dure le jour où tu as décidé de me quitter. Au début, je me suis demandée ce que j'avais pu faire de mal. J'ai toujours cru que j'étais la raison de cette séparation, que je n'étais pas assez bien pour toi. Tu avais réussi à m'en convaincre, en tout cas. »

Je fixai le sol. Son regard me consumait autant que le contact de sa main, mais j'étais trop effrayée pour le soutenir. J'avais peur de me perdre dans ses yeux, d'oublier ce que j'étais censée dire.

« Je t'avais tout donné. Je t'avais même pardonné. Tu ne peux pas revenir la bouche en cœur avec tes croissants, tes explications et ta morale pour que j'oublie tout et te pardonne. »

Edward resta silencieux, et je compris qu'il n'avait rien à dire pour me contredire.

« J'ai passé toute ma vie à être rejetée, trahie, abandonnée. Et je pense que si je me suis attachée aussi vite à toi, c'est parce que tu avais réussi à me faire sentir importante. Je me fichais bien que tu sois malade parce que je me disais qu'on trouverait un moyen. Et parce que je t'aimais, je crois que j'aurais pu en supporter davantage. J'avais cru trouver en toi, cet homme qui allait enfin me donner l'amour que j'attendais. Au lieu de ça, j'ai dû essuyer une énième désillusion qui a bien failli me coûter la vie. Tu m'as fait me sentir insignifiante, Edward et tu m'as blessée comme jamais je ne l'avais été. »

Au fur et à mesure que je parlais, je sentais les mots sortant de ma bouche me libérer.

« Tu as été la meilleure chose qui me soit arrivé, Bella. Ne doute jamais de ça. », dit-il en insistant sur chaque mot. « Et s'il faut que je te demande pardon chaque jour pour que tu me reviennes, alors je le ferai. »

« J'ai envie de te croire, mais je n'arrive pas à m'ôter de la tête que si j'avais autant d'importance à tes yeux, comme tu le dis, tu m'aurais fait confiance. Je suis toujours en colère contre toi en partie pour cette raison, et contre moi aussi de ne pas réussir à te haïr malgré tout. »

Il me regarda dans l'expectative, se demandant où je voulais en venir.

« Je ne pourrais plus jamais te faire confiance, Edward. C'est fini tout ça. Ma vie me convient maintenant, même si tu auras à jamais une place dans mon cœur. »

« Bella. Non. », me supplia-t-il en posant son front contre le mien. « S'il te plaît, ne me fais pas ça. J'ai besoin de toi. »

Ses yeux s'ancrèrent dans les miens et la douleur que j'y vis aurait pu en bouleverser plus d'un. Mon cœur était-il devenu de pierre pour que je ne craque pas face à ses suppliques ? Non, j'étais juste décidée. Ça faisait des semaines que je l'étais.

Nous restâmes longuement ainsi. Et plus le temps passait et plus la lueur dans ses prunelles changeait. La ténacité pouvait s'y lire. Peut-être espérait-il qu'en me regardant de cette façon, je changerais d'avis et lui donnerais une seconde chance. Mais le choix que j'avais pris me semblait être le meilleur en dépit de mon amour pour lui. Je le croyais lorsqu'il disait s'en vouloir et avoir changé. Mais ce n'était pas suffisant. Rien ne pourrait jamais gommer la souffrance et le rejet que j'avais éprouvés. Et la peur qu'il m'abandonne une nouvelle fois était une raison suffisante, à elle seule, de ne pas céder.

Je fermai les yeux, ne supportant plus de voir son visage si expressif. Il fallait que je trouve la volonté de lui demander de partir. Plus il s'attarderait plus ça serait difficile.

Lorsque je rouvris les yeux, je remarquai que mon corps et le sien tendaient l'un vers l'autre, tels des aimants.

Son visage était si proche que je ne pus ni respirer, ni parler, ni même penser.

Il se rapprocha encore du mien et au lieu de l'arrêter, je restai figée, haletante. Lentement, comme pour ne pas m'effrayer, il posa ses doigts sur mes lèvres. La chaleur qui irradia de sa peau m'envahit. Instinctivement, je fermai les paupières pour éviter de penser à sa proximité ou à ce que je ressentirais s'il m'embrassait. La distance entre nous deux s'amenuisât, quelques millimètres nous séparaient à présent. Son souffle chaud caressa mes lèvres. Très vite, je sentis sa bouche effleurer la mienne. Je lâchai un soupir haletant et mon corps se mit à trembler tandis que mes yeux s'humidifiaient une nouvelle fois. C'était trop. Trop fort, trop bouleversant après tant de mois à m'acharner à l'oublier, à me persuader qu'il n'était pas bon pour moi. Un sanglot arriva à franchir mes lèvres malgré ma volonté de ne rien laisser transparaître de ma fragilité, du pouvoir qu'il avait sur moi. L'intensité était indéniablement toujours là entre nous.

Ses lèvres se firent de plus en plus insistantes sur les miennes. Notre baiser avait un goût de désespoir, de tristesse et d'envie. Je savais que je devais le repousser, lutter, cesser tout ça avant qu'il ne soit trop tard et que je ne perde totalement pied. Mais la tentation de m'abandonner dans ce baiser était bien trop forte. Je m'égarais dans les souvenirs et la nostalgie de nos moments passés me revinrent en mémoire avec force. La délicatesse de son toucher, la douceur de ses baisers m'avaient tellement manquée. Il m'avait tellement manqué.

« Il n'y aura jamais personne d'autre que toi. », souffla-t-il contre mes lèvres. « Jamais. »

Comment ne pas le croire lorsqu'il me disait des choses pareilles ? Il aurait été facile d'oublier tout et d'abdiquer.

« S'il te plaît Bella… J'ai tellement besoin de toi. », dit-il telle une plainte.

Ses lèvres se moulèrent aux miennes, ses deux mains encadraient mon visage à présent. Dans un état second, je plaquai mon corps contre le sien, ayant la forte envie de le sentir contre moi, comme une preuve tangible qu'il était bel et bien là, et empoignai ses cheveux. Les larmes dévalèrent le long de mes joues. Je n'arrivai plus à maîtriser quoi que ce soit, j'étais perdue. Je ne me posai plus de questions et laissai mon instinct me guider.

Il gémit lorsque je tirai sur ses cheveux.

« Bella… Si tu savais à quel point j'ai espéré de pouvoir t'embrasser et te toucher comme ça à nouveau. »

Etait-ce dû à ses paroles ou à la façon dont notre baiser tournait, mais ma conscience choisit ce moment-là pour se manifester. Mes mains quittèrent ses cheveux et se placèrent contre son torse solide. Je tentai de le repousser, mais Edward n'interpréta pas mon geste de la bonne façon. Il me maintint plus fermement contre lui. Je tournai le visage et essayai de reprendre mon souffle avant d'haleter son prénom. La panique prit le pas sur le désir.

« Ne me repousse pas. », gémit-il contre mon cou. « J'ai tellement attendu. »

« Edward, il faut… »

Il continua à embrasser mon cou, mon visage avec ardeur, désespéré que je puisse le rejeter. Ses mains voyagèrent de mon cou à mon visage pour finir par s'emmêler dans mes cheveux.

« Edward, stop ! », criai-je.

Tout d'un coup, son corps se raidit et ses mouvements cessèrent. Plus les secondes passaient et plus j'étais persuadée qu'il se rendait compte de la situation délicate dans laquelle nous nous trouvions. Ce que lui avait engendré et ce que moi j'avais cautionné. Ce qui avait commencé par un baiser plein de tendresse avait fini par ce besoin primal de nous perdre dans l'autre. Je ne pouvais pas le blâmer. Je serais hypocrite de dire que tout était de sa faute alors que j'avais aimé chaque seconde de notre échange.

Il resta de longues secondes le front posé sur mon épaule avant de se détacher de moi. Je n'osai pas ouvrir les yeux de peur de rencontrer son regard plein de regrets. Je portai une main à ma bouche et, du bout des doigts, la frôlai. Je pouvais sentir à quel point elle était tendre et gonflée.

« Bella… je suis désolé. », murmura-t-il, son souffle haletant balayant mon visage. « Je ne sais pas ce qui m'a pris. »

Je ne pouvais pas vraiment dire s'il l'était au ton de sa voix. Alors, pour en avoir le cœur net, j'ouvris les yeux et croisai son regard. Ses pupilles étaient dilatées et ses prunelles brillaient encore de désir. Mais au-delà de l'envie qui persistait en eux, j'y vis quelque chose de bien plus fort : des sentiments similaires aux miens et de la confusion aussi.

« Je veux te prouver que j'ai changé et que je suis celui qu'il te faut. Je ne suis plus cet homme instable et dangereux. Je sais que je te demande beaucoup. Me faire à nouveau confiance après ce que je t'ai fait sera difficile, mais je souhaite si fort que tu crois en moi. Je veux réparer les choses, je veux prendre soin de toi comme j'aurais dû le faire dès le début. »

« Je ne sais plus où j'en suis… », fis-je en secouant la tête. « Je pensais notre histoire terminée. »

« Est-ce vraiment trop tard ? N'as-tu donc plus de sentiments pour moi ? »

« Là n'est pas la question. »

« Dis-moi ce dont tu as besoin. Dis-moi ce que tu veux que je fasse et je le ferai. »

« Je ne sais pas... »

« Je t'attendrai le temps qu'il faudra. Je ne perdrai jamais espoir. »

Comme il le faisait souvent lorsque nous étions ensemble, il replaça une mèche de cheveux derrière mon oreille. Un frisson agréable traversa une nouvelle fois mon corps de part en part.

« N'oublie pas que tu es tout pour moi. Tu es tout ce que je veux. Il n'y a que toi et il n'y aura jamais personne d'autre que toi. Quoi que tu décides, tu seras la seule que j'aimerai. »

Ses paroles me dépassèrent complètement. J'avais du mal à réaliser qu'elles m'étaient destinées.

« J'ai peur. », avouai-je.

« Moi aussi. », concéda-t-il en me caressant la joue. « Mais on y arrivera. »

« Je ne sais pas. Je… Je veux juste être heureuse. Et j'ai l'impression que si je te laisse à nouveau entrer dans ma vie, tu me feras encore souffrir. »

« Je peux te rendre heureuse, Bella. Fini la souffrance, fini les non-dits. Il n'y a que du bonheur qui nous attend. »

« C'est trop tard ! », fis-je, obstinée. « J'aurais toujours en tête ces moments difficiles, je serai toujours dans la crainte permanente que tu me quittes une nouvelle fois. »

« Ça n'arrivera pas. »

Je secouai la tête dans le déni.

« Je ne peux pas. C'est au-dessus de mes forces. Je suis désolée. »

« Non, je ne peux pas le croire. Ce lien fort qui nous rattachait l'un à l'autre est toujours là. Je sais que tu le sens aussi. », dit-il en penchant son visage vers le mien. « Je n'arrive pas à me faire à l'idée de t'avoir définitivement perdue. »

Mon cœur se serra et mon estomac se mit à frémir. Il fallait qu'il parte avant qu'il arrive à me faire changer d'avis, car plus le temps passait, plus ma résolution s'effritait.

« Tu devrais partir Edward. »

Les mots sortirent avec peine. Mon esprit s'embrouilla, envahi par une brume épaisse.

« Pas avant que tu m'aies dit s'il y a encore de l'espoir pour nous. »

De sa main, il effleura mon visage. Tout s'embrasa à son contact. Mon corps entier se consuma. J'avais l'impression que plus il me touchait, plus mon corps se rappelait et s'animait comme avant.

« Ne me donne pas ta réponse maintenant. Prends tout le temps dont tu as besoin pour réfléchir. Je préfère vivre avec l'espoir que rien du tout. »

Les paroles d'Edward résonnèrent encore en moi alors que la sensation de son baiser s'attardait sur mes lèvres. Ces mots me faisaient me sentir pleine de confiance et paniquée à la fois. J'éprouvai le besoin de me jeter sur lui et de me perdre dans la chaleur de son corps sans arrière-pensée. Je savais qu'être dans ses bras pouvait être d'un incroyable réconfort. Mais le besoin de lui dire de partir et de ne plus jamais revenir était aussi écrasante.

C'était véritablement le chaos dans ma tête.

Pourquoi n'avais-je plus la force de lui dire qu'il n'y avait plus d'espoir pour nous ? Peut-être parce que, moi-même, je n'en étais plus si sûre.

« Tu as les cartes en main, Bella. Je t'attendrai le temps qu'il faudra. Appelle-moi quelle que soit ta décision. »

Avec ça, il se pencha vers moi et posa ses lèvres sur mon front plus de temps qu'il ne l'aurait fallu. Je fermai les yeux, n'ayant pas la force de le regarder. Un courant d'air frais m'indiqua qu'il s'était écarté. Puis le clic distinct de la porte d'entrée raisonna dans l'appartement. Il était parti, me laissant bien plus perturbée que je ne l'avais jamais été.


La schizophrénie

Le plus souvent les premiers troubles apparaissent chez l'adolescent ou au début de l'âge adulte. Dans la majorité des cas, la maladie débute entre 15 et 35 ans.

En voici les principaux symptômes :

Une humeur dépressive.

Un caractère qui change et qui inquiète l'entourage.

Des épisodes d'agressivité inexplicables.

Une bizarrerie des comportements comme des goûts excessifs ou exclusifs pour certaines activités.

Des débuts pseudo-névrotiques avec des phobies, des obsessions…

Des hallucinations acoustico-verbales ou un délire.

Des délires paranoïdes.

Des diminutions du débit verbal, des mutismes ou des semi-mutismes.

Une sexualité excessive ou particulière est également possible.

Un comportement asocial avec violences, intolérances aux frustrations et aux interdits.

La schizophrénie paranoïde (où les hallucinations prédominent) : C'est la forme la plus fréquente de schizophrénie. Le délire domine le tableau clinique et répond le plus souvent aux traitements antipsychotiques.

Bien sûr, les schizophrènes ne sont pas plus dangereux que les autres en matière d'homicide ou de grands délits. Disons que j'ai forcé le trait pour notre Edward.

Les Antipsychotiques

Ils ne guérissent pas la maladie, ils contribuent à la soigner, et en atténuant quelques symptômes. Ils présentent des effets secondaires dont certains sont corrigés par des traitements dits « correcteurs ». Ils sont associés à d'autres psychotropes (anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs). Les traitements médicamenteux ne sont qu'un aspect généralement indispensable mais jamais suffisant dans des soins complexes. Le traitement est un processus long et difficile.


Alors, il faut que vous sachiez qu'il ne reste plus qu'un chapitre et un épilogue avant que cette histoire ne soit terminée. J'ai d'ors et déjà commencé à écrire la suite. Ce qui veut dire que l'attente sera nettement moins longue (en même temps, difficile de faire pire). Lol

Sinon, j'espère que celui-ci vous a plu. Un petit commentaire de votre part me ferait grandement plaisir.

Dernière chose. Sachez que vous pouvez connaître l'avancement de mes écrits via mon compte Facebook : Sandrine fanfiction. J'y poste des teasers et je peux répondre à certaines de vos questions, si vous en avez.

Je vous embrasse bien fort.

Prenez soin de vous.

Sandrine