Le soir venu, le silence était lourd sur la table de Derek, Kyle, Allison et Ben. Ces amis inséparables avaient un point de désaccord qui plombait l'ambiance et personne n'osait ouvrir la bouche, se contentant de manger leur soupe et leur conserve. Kyle d'humeur plus joyeuse en général voulut rompre ce silence pesant quitte à changer de sujet:
- K : c'est demain, non, que tu nous montres quelques techniques de combat?
- B : ouais. Si ça vous dit toujours.
- K : avec ton fameux truc pour défoncer un Terminator?
- B : j'ai jamais prétendu en défoncer un à main nue! Je dis seulement qu'on peut le déstabiliser. Surtout un ancien modèle.
- D : mouais, on verra bien, si l'occasion se présente un jour…
- B : Derek, si tu veux que j'annule, tu n'as qu'à me le dire!
- D : renoncer aux cours d'un ancien commando, pas question!
- B : te fous pas de moi, je suis sûr que c'est important. Et même si tu doutes, j'apprécierais que tu la fermes demain. Il s'agit avant tout de donner un peu d'espoir aux soldats. Même si je me trompe, ce que je ne pense pas, si chacun est convaincu qu'il a une chance, une toute petite chance de s'en sortir face à une machine désarmée, alors j'aurais fait mon boulot.
Derek replongea dans son assiette.
- D : tu as raison, Ben, excuses-moi, je suis crevé. Toute cette histoire avec Connor, je ne sais pas quoi penser. Je crois que j'ai besoin d'une bonne nuit. Toi aussi Allison, on dirait. Tu es absente, tu n'as pas dit un mot. Ca va?
- A : oui oui, juste comme toi, crevée. C'était long le retour, on a marché pendant 3 heures avec nos armes… je vais me coucher.
Allison partie, Ben ajouta:
- B : Je lui ai demandé de redire à John ce qu'elle nous a appris. Ca l'a surprise car elle a eu la preuve qu'il n'y avait pas tromperie sur l'identité. Elle est un peu chamboulée.
- D : QUOI? Et tu pensais me le dire quand? Dis donc, Ben, si tu voulais commander la base il fallait le dire, on te l'a proposé, je te rappelle. Tu as refusé, maintenant c'est moi qui commande. Alors j'aimerais que tu me tiennes au moins au courant, si ce n'est que tu obtiennes mon avis avant de faire ce que tu veux!
- K : eh, Derek, cool. Qu'est-ce que ça peut faire? C'est ton boulot de te méfier, mais c'est vrai qu'il a l'air perdu ce p'tit gars. Comment elle a eu la preuve que c'était bien lui?
- B : Il a demandé des nouvelles des gens de l'entourage d'Allison quand elle était petite. Elle ne les a pas connus mais elle se souvenait que son père lui en avait parlé.
- K : bon, une bonne chose, au moins on sait qui il est. Reste à savoir la suite. Je suis sûr que toi non plus tu ne crois pas sa petite histoire.
- B : non c'est vrai, mais ça viendra. Il faut le mettre en confiance avant.
Dix minutes plus tard, Ben resté seul, était avachi sur sa chaise, les jambes tendues les mains dans les poches, pensif. Il repensait à l'histoire d'Allison. Le petit scénario improvisé de John, il s'en foutait. Mais cette incohérence d'âge... Il avait parlé de l'hibernation cryogénique un peu au hasard, pour trouver des circonstances atténuantes au jeune homme et éviter que l'auditoire ne se retourne unanimement contre John. Mais il n'y croyait pas vraiment, finalement. La technique n'était pas au point lorsqu'on lui avait parlé des programmes de recherche en 2010. Mais alors quoi? C'était un humain pourtant, pas de doute.
Ben fut interrompu dans ses pensées par l'arrivée du jeune homme. Il avait les yeux rouges , un regard éteint, fatigué.
Ben l'accueillit et lui servit un repas chaud.
- B : tu trouveras pas mieux ici mais c'est déjà pas si mal. Vous vous nourrissiez comment d'où tu viens?
- J : …
- B : ouais, bon. J'insiste pas. Ici, on tape dans les réserves du centre commercial qu'on a rapatriées dans le souterrain. Les boîtes de conserve, ça se garde presque indéfiniment et ce centre avait des stocks prodigieux. Ça et une réserve d'eau sous nos pieds, on a du bol finalement dans notre malheur. Mais il y a eu pas mal de scorbut au début… forcément avec des boîtes sans vitamines… alors on s'est mis à cultiver deux trois trucs. Sur le toit des vieux immeubles désaffectés. On fait pousser des mauvaises herbes avec pour que les drones ne soupçonnent pas des cultures humaines, et je dois dire que pour l'instant, ça marche pas mal. L'équipe de Derek allait à la cueillette quand ils t'ont ramassé. Et la mienne essayait de trouver d'autres réserves… les nôtres s'épuisent. Mais on est rentré bredouille.
Ben faisait exprès de parler beaucoup pour meubler et faire en sorte que John puisse se détendre, se sentir plus à l'aise. Le jeune homme reprenait un peu de couleurs en mangeant. Il crevait littéralement de faim et s'en rendit compte à ce moment.
Ben le fixa tout à coup dans les yeux:
- B : John. Pourquoi tu ne veux pas me raconter ton histoire? Qu'est-ce que tu crains? Je sais que tu n'es pas un espion. Alors quoi?… si tu persistes, j'ai peur que tu ne puisses approcher personne dans la base. Tout le monde se méfiera, c'est déjà le cas d'ailleurs. Tu veux vraiment rester tout seul à broyer du noir?
- J : OK, tu ne crois pas à ma version, t'as raison, je ne vais pas me battre pour ça. Mais si je te dis ce qui m'est arrivé, tu vas me prendre pour un fou. Personne ne peut croire ce qui m'arrive, personne. Moi à votre place, je n'y croirais pas une seconde.
- B : Tu peux toujours essayer. Si je n'y crois pas, je te le dirai franchement et je te promets de ne rien raconter aux autres. Ça te va comme ça?
John, mis en confiance par cet homme calme et mesuré, commença à lui raconter son voyage dans le temps. Ben avait tant de questions que John fut obligé de tout raconter, tout depuis le début, depuis l'attaque de sa mère par le Terminator quand il n'était pas encore né, puis du second lorsqu'il était jeune, de sa complicité avec ce T850 qui avait été envoyé pour le protéger, et du troisième en 1999. Tout y passa, sa rencontre avec Cameron, son affection grandissante, ses doutes, son destin, sa mère… Il oublia juste volontairement de parler de Kyle et de Derek.
Il passèrent la majeure partie de la nuit à discuter. Cela fit énormément de bien à John. Ben, par son expérience en psychologie sut déceler les accents de vérité de son discours. Il lui posa des questions auxquelles John répondit sans hésiter. Il n'y avait aucune faille. Un cerveau malade n'aurait pu inventer tout cela. Un cerveau très imaginatif non plus. Ce n'était ni de la fiction ni du délire.
- J : cette fille qui ressemble tant à Cameron, tu la connais depuis longtemps?
- B : assez oui. Ça fait 7 ans que je suis ici et que je les ai rencontré. Avant j'étais dans la cellule de commandement de la région est des Etats-Unis. J'y étais arrivé un peu par hasard. Et j'ai décidé de rejoindre les troupes sur le terrain. L'organisation est très militaire ici. Mais sans ordre, on n'arriverait à rien. Déjà que c'est pas terrible…
- J : vous êtes proches, non? Elle a quel âge?
- B : je l'aime beaucoup. C'est une fille formidable. Je l'admire car malgré le monde dans lequel on vit, malgré les pertes qu'elle a subi, elle reste optimiste, enjouée, taquine… Elle est sensible et à la fois solide… enfin, disons qu'elle le fait bien paraître, mais je ne suis pas sûr qu'elle soit si solide que ça, finalement. Elle a 23 ans. Pourquoi?
- J : comme ça. Et toi tu la protèges. Je me trompe? Tu analyses toujours les gens de cette façon, avec une approche très psychologique?
- B : c'est sans doute une simple déformation professionnelle. Pendant mes études, j'ai appris à cerner les gens.
- J : et pour Kyle et Derek?
- B : je les ai rencontrés en même temps qu'elle. Ils sont terribles tous les deux. Avec un caractère bien trempé chacun. Ce sont eux les vrais protecteurs d'Allison. Ils l'ont recueillie petite et la considèrent comme leur propre sœur.
Ben revint au vif du sujet.
- B : je vais te dire, mon bonhomme: je te crois. Mais je suis obligé de reconnaître que tu as raison : je crains fort que les autres te prennent pour un taré si tu leur racontes ça. Je vais réfléchir à un moyen de les persuader mais pour le moment, ne dis rien.
- J : si je ne dis rien, ils vont finir par me haïr.
- B : je t'épaulerai.
- J : alors c'est de toi qu'ils vont se méfier.
- B : si tu savais comme je m'en fous. Il y a trop d'amitié entre Kyle, Derek, Allison et moi. On a vécu trop de choses ensemble pour qu'ils se détournent complètement de mon avis. Ils vont ronchonner un peu, c'est tout… surtout Derek. Mais laisse faire… c'est pas grave. Pour les autres, comme je te disais, je m'en fous. On va trouver une solution.
Ils restèrent discuter encore quelques instants puis partirent se coucher. Ben invita John à l'entraînement du lendemain.
- B : bonne nuit John, repose-toi, tu en as besoin. Moi je vais aller digérer tout ce que tu viens de me raconter. Je pense qu'il me faudra plusieurs nuits. On aura de nombreuses occasions d'en reparler… ah oui, et puis… ne t'éloigne pas de ton arme. On n'est jamais à l'abri d'une attaque. Personne n'est en sécurité.
John le fixa et resta interloqué par cette déclaration. Ben ne le remarqua pas et partit. "Personne n'est en sécurité", le slogan de la première résistante… Le slogan de sa mère, repris par Cameron. Dans la bouche de cet homme mystérieux, cela lui donnait un sens encore plus fort. Oui, sa mère avait raison, le danger était partout, la sécurité n'existait plus nulle part. C'est dans ce monde qu'il venait de mettre les pieds.
Au petit matin, Ben qui n'avait pas beaucoup dormi, étendu sur son lit les yeux grand ouverts, fixait le plafond. Toutes ces informations… il y avait donc possibilité de se servir des machines, de les retourner… il y avait quelque part une machine de métal liquide rebelle qui luttait elle aussi contre Skynet… et une IA, une vraie IA, pas comme celles des Terminators qu'on appelle ainsi à tort. Ce ne sont que des programmes, certes fort complexes, mais sans ce programme, ils ne sont capables de rien… c'était presque incroyable. Il repensa à John. Finalement, même s'il n'avait pas vécu le jugement dernier, sa vie avait été tout aussi cauchemardesque. En fuite constante, comme eux. Sur le qui-vive en permanence, une arme sous l'oreiller… Mon Dieu, qu'avait-il vécu? Toute cette souffrance.
John, lui, dormait à points fermés. Il se sentait libéré d'un poids qui l'avait taraudé depuis son arrivée dans ce monde. En voyant Derek, Kyle et Allison, il avait compris qu'il ne pourrait se livrer à personne. Mais l'arrivée de cet homme compréhensif, qui semblait le croire, qui l'avait écouté patiemment, qui avait plongé son regard dans le sien avec une sincérité évidente… il avait trouvé un allié, un ami. Il y avait dans le regard de cet homme une intelligence hors norme, une force de caractère impressionnante, et une foi inébranlable dans la race humaine. Et pour autant il ne s'était pas spécialement choqué lorsqu'il lui avait parlé de Cameron et des questions qu'il se posait à son sujet.
Tout ceci lui avait permis de s'apaiser un peu, et de trouver le sommeil.
Il fut pourtant réveillé en sursaut par Kyle qui fit irruption dans sa chambre sans frapper.
- K : alors, p'tit gars, bien dormi? Disposé à nous en dire plus?
- J : quoi? Je… écoute Kyle, je sais bien que personne n'a cru à mon histoire et je ne peux pas vous en vouloir, mais… vous me prendriez pour un dingue si…
- K : il faudra bien que tu passes à table un jour ou l'autre… et le plus tôt sera le mieux. Derek n'est pas du tout à l'aise avec ça, il faut que tu le comprennes. Il est responsable de notre base devant ses hommes et devant le commandement de la résistance du secteur de Los Angeles. Tant que tu ne seras pas franc avec nous, il considérera ta présence comme un risque pour notre survie ici.
Devant le mutisme de John, Kyle repartit en l'invitant cependant à prendre un petit déjeuner avec lui. Il était moins caractériel que son frère et l'influence bienveillante de Ben avait plus d'effet sur lui que sur Derek. A table, c'est John qui prit la parole:
- J : Ben m'a invité à assister à son entraînement. C'est pour toute la base?
- K : tous ceux qui veulent, oui. Il veut nous faire part d'une idée un peu particulière… il m'en a déjà parlé, tu verras. Il est un peu spécial, tu sais. Mais c'est un type formidable. Il est toujours là pour les autres, toujours à redonner du courage, à remonter le moral. Mais il est un peu atteint aussi! Le mois dernier, il a trouvé un vieux piano pas trop défoncé dans une maison qui tenait encore à peu près debout, pas très loin d'ici. Il est reparti en pleine nuit sans rien dire à personne pour le démonter et le ramener ici pièce par pièce. Il a du faire au moins 5 aller-retour, si ce n'est plus. Derek était furax! Mais je crois qu'il s'en fout. Depuis, il l'a remonté et nous donne des mini-concerts certains soirs, pour nous faire penser à autre-chose.
- J : vous vous connaissez bien, on dirait. Qui est-il vraiment?
C'est Allison qui venait de les rejoindre, qui répondit. Elle n'approuvait pas vraiment la présence de John aux côtés de Kyle, mais ils étaient là avant elle. Elle n'avait pas trop son mot à dire.
- A : un médecin commando français. Il est capitaine mais a renoncé à son grade pour venir se battre avec nous sur le terrain. Sa présence est un simple hasard. Il venait aux Etats-Unis pour une mission de quelques mois dans un centre de recherche. Il était spécialisé dans la psychologie en situation hostile. C'est notre formateur, en tant que soldat d'élite. Mais il est bien plus que ça ici, comme Kyle te l'a dit. Et c'est une véritable tombe quand il s'agit de parler de lui, mais il nous aide tous à tenir le coup.
- D : tu oublies que c'est une sacrée tête de mule, aussi!
Derek venait de les rejoindre.
- D : d'ailleurs il est où?
- K : déjà en salle d'entraînement.
- D : bon, j'avoue que la vie serait moins supportable s'il n'était pas là. Et puis, c'est le protecteur d'Allison, et rien que pour ça, il aura toujours ma reconnaissance. Il l'a sauvée plusieurs fois.
- J : j'avais cru comprendre que c'était vous deux, ses protecteurs… en tout cas c'est ce qu'il m'a dit.
- K : ouais, disons qu'on se protège mutuellement.
- D : j'y crois pas, l'autre! Monsieur le protecteur dit qu'on chaperonne Allison? Il peut parler…
Derek était de meilleure humeur que la veille. Il sourit en regardant son assiette. Mais comme Allison, il adressa un regard noir à John, lequel fit semblant de n'avoir rien vu.
Allison, elle, était un peu gênée que l'on parle tant d'elle devant John et qu'on lui donne autant de protecteurs. Ça lui donnait une image de petite fille incapable de se débrouiller toute seule, dépendante et inexpérimentée.
Dans la salle d'entraînement, Ben faisait face à son auditoire en tenue "allégée": pantalon de treillis, rangers et T-shirt.
Les habitants de l'abri étaient presque tous là. Il n'y avait plus depuis longtemps de distinction entre civils et militaires. Chacun avait rejoint la lutte, homme ou femme. Seules quelques personnes ne quittaient jamais la base pour garder les rares enfants qui avaient réussi à voir le jour dans cet enfer. Ben voyait cela d'un très bon œil, c'était pour lui une raison de plus d'espérer, la vie n'était pas éteinte, la nature était meurtrie mais pas morte.
Devant lui, une trentaine de visages attentifs.
- B: bon, merci d'être venus. On va faire une pause dans les techniques de combat pour le moment. Elles sont utiles mais moins que lorsque je les ai apprises, car il s'agissait de techniques pour se battre contre d'autres hommes. Maintenant nous nous battons contre des machines et le corps à corps est presque impossible. "Presque", j'ai dit. J'y reviens juste après. Avant je voulais vous parler de l'aspect extérieur des Terminators. Skynet est loin d'être bête, il a compris, comme les hommes avant lui, que la terreur était un moyen extrêmement efficace de venir à bout de nous. Faites flipper votre ennemi et c'est déjà la moitié de la victoire qui est acquise. C'est la raison pour laquelle il fait un tel visage à ses machines. A mon avis, s'il s'agissait seulement de donner une forme de crâne humain pour permettre à une peau synthétique de faire illusion par dessus, il n'aurait pas pris soin de le faire aussi terrifiant. C'est un visage de mort que nous avons devant nous, un visage de diable avec ses yeux rouges flamboyants.
Et pour illustrer son propos, il enleva à la haute silhouette qui se tenait derrière lui le drap qui la recouvrait.
L'assemblée, à l'exception de ses trois amis qui étaient au courant, recula d'un mouvement commun en lâchant des exclamation de panique. John comprit immédiatement que le T700 qu'ils avaient devant eux était désactivé.
- B: vous venez de réagir comme n'importe qui devant une telle machine, avec la terreur dont je vous parlais à l'instant. Ce robot est inactif, vous constaterez qu'on l'a pas mal endommagé. Je me suis assuré qu'il était définitivement HS et ai demandé à Derek l'autorisation de l'amener ici. Ce que je souhaite de votre part est très simple: j'aimerais que vous veniez ici régulièrement, mais pas en groupe. Seul. Et que vous regardiez attentivement cette machine. Je veux que vous vous familiarisez avec son visage. Je veux que arriviez à dominer votre peur, même partiellement. Votre efficacité au combat est directement liée à votre capacité à faire face à vos peurs. Si vous paniquez, votre efficacité sera très amoindrie, votre sens de l'analyse complètement brouillé, vos réaction ralenties, vos intuitions biaisées…
- Xxx : Capitaine, dans ce cas, vous pouvez lui rallumer les yeux, pour faire plus "vrai"
- B: j'aurais voulu, c'est sûr, il lui manque un truc pour être vraiment flippant à celui-là. Mais je n'ai pas encore trouvé comment activer ça. Je ne sais même pas où est leur source d'énergie. Il me manque les outils nécessaires pour le démonter et le comprendre. Je me suis simplement assuré que le câblage de sa tête à son corps avait été suffisamment endommagé pour ne plus rien risquer.
- D : fais gaffe quand-même de ne pas le "réveiller" en faisant joujou avec.
Ben le regarda sévèrement, comme pour lui dire d'arrêter de le prendre pour un âne.
- B: j'ai autre chose à vous montrer. Tout le monde n'est pas d'accord, mais j'ai pu me rendre compte de quelque-chose d'intéressant concernant les robots, en les regardant bouger: ils sont plus lents que nous. Un tout petit peu plus lents, mais je suis persuadé qu'on pourrait en tirer un avantage. Un avantage qui ne servirait que dans un cas très précis, une situation désespérée. Le face à face avec un robot sans arme. Leur équilibre est moins bon que le nôtre. C'est un second point faible. Je pense qu'avec un violent coup d'épaule en plein thorax, et très rapide, on peut faire tomber un Terminator sans qu'il nous chope, et profiter du temps qu'il se relève pour fuir.
L'assistance le regarda bouche bée, très dubitative.
- B: évidemment tout le monde ne peut pas le faire. Il faut avoir une masse corporelle suffisante, des os solides et un peu de muscles. Mais je suis persuadé que bras plaqués contre le corps, avant-bras repliés sur le buste, une main prenant l'autre poignet pour solidifier la structure, en rentrant la tête dans les épaules et en fonçant dessus, on peut le faire tomber. Il faut l'aborder d'un côté, l'épaule un peu en avant, mais pas trop sinon vous vous péterez la clavicule à coup sûr, et bien viser la plaque centrale que vous voyez ici et qui leur sert de protection thoracique, une sorte de gros sternum, si vous voulez. Bon, il est certain qu'il faut se barrer vite fait ensuite et ne pas rester dans ses pattes. S'il vous attrape c'est foutu.
En guise de démonstration, il prit cette position de "boule" qu'il venait de décrire et se projeta sur le T700 qui alla s'éclater contre le mur.
- B : si vous contractez bien tous vos muscles, votre corps sera ferme et massif, la force que vous y mettrez en sera d'autant mieux transmise.
Le reste de la matinée se passa en exercices, chacun voulant essayer. Certains avaient été convaincus, d'autres doutaient pourvoir mettre au tapis un Terminator. Et pour quel répit? La machine les rattraperait ensuite. Elles ne couraient pas plus vite qu'un humain mais elles ne s'essoufflaient pas, elles. Sur une longue distance, ils étaient perdus.
Peu à peu la salle se vida pour ne laisser que Kyle, Allison, John, Ben et Derek qui choisit tout de suite de taquiner son ami:
- D : content capitaine? Tes élèves ont été sages et attentifs?
- B: tu me gonfles avec ton "capitaine", tu veux que j'essaie la technique sur toi?
- D : la technique! Pfff, c'est du gros bourrinage, oui!
- B: et ça, sergent, c'est du bourrinage aussi?
En moins d'une seconde, Ben saisit le bras de Derek, lui tacla les jambe, et le plaqua sur le sol.
- B: tu fais moins le malin à terre! On l'entend moins ta grande gueule, là, hein?
- D : houaaaa, t'es con, ça m'a coupé le souffle… ok, ok, ta technique, elle peut marcher, mais je ne sais pas si quelqu'un d'autre que toi pourrait la réussir.
Derek se releva péniblement alors que John s'approcha de la machine.
- J : il a toujours sa puce?
- K : de quoi tu parles?
- J : Vous n'avez vraiment pas eu le temps de le démonter? Vous n'avez pas trouvé une puce électronique dans son crâne?
- B: non, on l'a ramené avant-hier, et je n'ai pas ce qu'il faut pour le démonter.
- J : sa puce, c'est toute sa programmation, tout ce qu'il sait, tout ce qu'il est en réalité. Sans sa puce, il n'est plus rien. Et il ne faut pas un matériel très pointu pour l'extraire.
- A : comment tu sais ça? Tu l'as déjà fait?
- J : ouais, quelqu'un me l'a montré il n'y a pas si longtemps. Il faut faire sauter la capsule de protection en haut du crâne et bouger d'un cran la puce qui vient toute seule. L'idéal, ce serait un ciseau à bois parce qu'il pourrait servir à décapsuler la protection et faire office de tourne-vis en même temps pour la puce.
- K : ça on a, je vais en chercher un.
Cinq minutes plus tard, Kyle revint avec l'outil. Ils regardèrent tous John s'affairer sur le crâne de la machine.
- J: et voilà, c'est une barrette de processeurs ultra-perfectionnés. Mais celle-là à l'air morte. Elle est à moitié cramée, vous avez du y aller franchement!
- K : ouais plutôt, c'est moi. J'essayais un bazooka qu'on venait de trouver abandonné. Il était chargé, je me suis fait plaisir!
- D : je voudrais bien savoir comment tu sais tout ça. C'est troublant cette connaissance des machines. Tu passais ton temps à en désosser avant qu'on ne te trouve?
Ben regarda John avec un léger signe de négation, lui suggérant de rester évasif.
- J : j'en ai désossé quelques-uns, comme tu dis. Et je sais qu'on peut même les reprogrammer.
Ils restèrent tous scotchés par sa révélation.
- A : les reprogrammer, rien que ça! Donc tu travailles avec les machines?
- J : j'ai pas dit ça… je travaille pas pour, en tout cas. Je sais que c'est possible et j'ai déjà vu plusieurs machines reprogrammées à la solde de la résistance. Avant de vous rencontrer, j'ai passé pas mal de temps avec l'une d'entre elles. Mais elle a été … détruite.
John aurait voulu dire tuée mais il espérait que non, au plus profond de lui. Et puis ils n'auraient pas compris le choix de ce mot en parlant d'une machine.
- D : qu'est-ce que c'est encore que cette fable? Vous enrôlez des robots, là d'où tu viens? Jamais entendu parler de ça dans le résistance.
- J : c'est que tu ne dois pas être au courant de tout!
Derek empoigna John par le col et approcha son visage à deux centimètres du sien, l'air féroce.
Ben s'interposa et lui fit lâcher prise.
- D : tu nous prends pour des cons ou quoi? Reprogrammer une machine pour qu'elle bosse pour nous? Et ben je t'en prie, va donc en cueillir une ou deux dehors et tu nous montreras
Par défit, John soutint son regard et répondit du tac au tac:
- J : vous avez du matos informatique?
- K : rien de super, on a quelques micros à l'étage du dessous. Ils nous servent pour lire les vidéos quand on sort et qu'on place des caméras pour étudier leurs mouvements de troupes. Je ne sais pas vraiment ce qu'ils valent. Y'a pas grand monde qui s'y connaît chez nous. On a quelques pièces détachées en plus…
- J : je peux voir?
- K : oui, si tu veux. Viens, on descend.
- D : ho! attends un peu!
- K: quoi?
- D : non rien, de toute façon je commande rien dans cette base pourrie. Tout l'monde fait ce qu'il veut!
- B: arrête, Derek, tu sais bien qu'on t'obéira dans l'urgence. Là il s'agit simplement d'en savoir plus.
John étudia le matériel informatique. Il était même plus performant que celui dont il s'était servi avec Cameron pour analyser les données du T888 qu'ils avaient pu capturer. Il n'avait jamais essayé de reprogrammer une puce mais il savait que lui-même dans un futur alternatif, avait déjà réussi plusieurs fois et il se mit en tête d'y arriver.
- J: il faut en capturer un! Sans le défoncer.
- A : c'est ça, oui. Sans moi! T'es malade? Et on le ramène avec nos p'tits bras?
- J : il y a un moyen, mais j'aurais besoin de vous.
- D : ben voyons! Je sais de quoi ces machines sont capables. Tu comptes t'y prendre comment exactement?
John leur raconta ce qu'il savait sur la façon de les "assommer" et des deux minutes dont ils disposaient pour extraire la puce.
- B: ok, je marche. Derek?
- D : je ne tiens pas à ce que tu te fasses trouer la peau, mais je sais très bien que je ne pourrai pas t'en empêcher de toute façon. Je viens en couverture.
- K : moi aussi, on va bien voir si tu nous mènes en bateau ou pas.
