Un peu dépité du peu de confiance qu'on lui accordait, mais résolu à leur prouver que c'était possible, John suivit ses compagnons dans la salle d'arme pour s'équiper. Kyle en profita pour faire un peu d'humour et détendre l'atmosphère tendue, alors qu'Allison les laissait à leur préparation. Elle ne trouvait pas drôle du tout ce petit jeu qui pouvait coûter des vies. Elle en voulait à John d'avoir entraîné ses amis dans une action futile et dangereuse.
- K : ça va me faire bizarre de sortir pour chercher un Terminator. D'habitude on essaye plutôt de faire l'inverse!
- J : vous avez du lourd? Du genre fusil à pompe ou autre gros projectiles?
- D : on a ça. Il faut viser où pour les assommer, comme tu dis?
- J : la tête, les optiques surtout. C'est l'endroit le plus fragile. Le système se coupe et met 120 secondes à redémarrer.
Ce qui avait convaincu Kyle et Derek, et même Allison qui ne pouvait pas l'ignorer, c'est qu'ils avaient déjà vu plusieurs fois au combat des machines tomber inactivées et se relever un court instant après. Le redémarrage des circuits était donc très sensé, là-dessus ils ne pouvaient contre-dire le jeune homme. Ben s'abstenait de commentaires car il était déjà persuadé depuis la veille que tout ce que racontait John était vrai. Il avait cependant hâte de voir.
Une fois dehors, ils ne mirent pas longtemps à trouver une patrouille de deux T800.
- J : il faut trouver un moyen d'en isoler un seul, deux en même temps c'est trop risqué et…
Tout à coup il repensa aux puces piégées qu'il avait déjà pu voir avec Cameron. Skynet, à un moment donné dans le futur, avait su que la résistance reprogrammait ses machines, et avait trouvé un moyen d'empêcher les humains de récupérer des puces intactes. Il fallait à tout prix reculer le plus loin possible cette prise de conscience. John était persuadé que ce serait grâce à la reprogrammation d'un maximum de machines qu'ils arriveraient à prendre le dessus.
- J : … et il ne faut pas que l'autre voie ce qu'on fait. Il faut l'achever. J'ai vu que vous aviez du C4. On immobilise le second de la même manière que le premier et on lui fait sauter la tête.
- B: OK, ça c'est pour moi. Je le place dans les cervicales?
- J : oui parfait. On commence par lequel?
- D : celui qu'on défonce. Chacun le sien. Ben et moi on prend celui qu'on zigouille, toi et Kyle, vous prenez celui qu'on ramène.
Les deux groupes se séparèrent en se positionnèrent en embuscade de part et d'autre du chemin que les deux Terminators allaient prendre. Derek tira le premier avec un puissant fusil à pompe. Il mit dans le mille et continua à vider 5 autres cartouches au même endroit. Le robot s'écroula pendant que le second commença à tirer. Kyle et John ripostèrent pour attirer l'attention du T800 et l'entraîner ailleurs afin de laisser le champ libre à Ben pour placer son C4 dans le cou du premier, ce qu'il fit avec une rapidité étonnante. Il le fit exploser dès qu'il se remit à couvert et il était temps car le robot relançait son système. L'explosion fut terrible et arracha la tête du premier Terminator, comme prévu. Il était définitivement hors circuit.
Ils rejoignirent Kyle et John pour qui les choses n'allaient pas aussi bien.
Le T800, avec une grosse réserve de munition les mitraillait sans cesse et les empêchait de se caler pour viser. Derek et Ben qui arrivèrent derrière se planquèrent derrière une carcasse de véhicule calciné et firent diversion en lui tirant dans le dos. Kyle profita immédiatement de l'occasion pour se mettre à plat ventre, en position de sniper, et viser. Il attendit que le robot se retourne vers eux et lui administra 3 balles bien placées qui le firent tituber.
John se précipita vers lui croyant qu'il avait été mis KO, mais Kyle n'avait réussi qu'à brouiller sa cellule de ciblage. Il riposta en tirant un peu au hasard, touchant John qui s'écroula. Ben voyant la situation leur échapper arracha le fusil des mains de Derek et sortit de sa planque pour attirer le Terminator. Le T800 eut à peine le temps de se retourner que Ben lui envoya les 4 dernières cartouches dans l'optique déjà abîmée par Kyle. Le robot fut projeté à terre, cette fois hors tension. John qui avait été touché au bras se releva et bondit vers lui pour décapsuler la protection métallique et lui retirer sa puce. C'était bien plus facile avec cet outil qu'avec son couteau, comme il avait essayé auparavant.
Une fois enlevée, tout le monde se détendit un peu. Derek attendit quand-même anxieusement que les 120 secondes soient passées pour être sûr qu'il ne se relèverait pas, mettant en joue la carcasse sans vie, prêt à tirer. Mais le squelette resta inerte. Ils se remirent en route, chacun portant un membre de la machine.
- K : putain, mon salaud! Ça pèse combien un truc pareil? 150kg au moins, non?
- B: un truc comme ça ouais, peut-être même 200. Il est blindé de partout, n'oublie pas, c'est pas de l'aluminium! C'est marrant celui qu'on a ramené l'autre jour était plus grand et il était à peine plus lourd.
- D : c'est à cause de l'alliage. A partir des T800, c'est du coltan. C'est plus brillant et plus lourd. Et c'est surtout beaucoup plus résistant au choc et à la chaleur que l'acier, ou même que le kevlar. Ça va John?
- J : ça va, c'est relativement superficiel. Pas d'os touché, ni d'artère.
- B: bon on verra ça à la base, alors. Pourquoi tu tenais tant à ce que l'autre ne voie pas ce qu'on faisait de son pote?
- J : parce que si Skynet apprend qu'on essaye de trafiquer les puces, il risque de les piéger pour les rendre inutilisables.
Le retour se passa sans encombre et surtout sans rencontrer d'autres patrouilles. A leur arrivée, quelques personnes les relayèrent. Ils étaient à bout de force. Allison les attendait en nettoyant fébrilement ses armes. Elle regrettait finalement de ne pas les avoir accompagnés.
- A : alors, la pêche a été bonne?
- B: ben comme tu vois, pas mal. Tu veux bien accompagner John à l'infirmerie? Il s'est pris une balle dans le bras. Commence à désinfecter, j'arrive. Je pense qu'il faudra que je recouse.
Allison obéit et entraîna John à sa suite.
- A : c'est malin! Tu ne peux pas trouver mieux que d'aller jouer avec les robots pour te faire remarquer?
- J : Allison, tu pourrais arrêter de m'envoyer des piques à chaque fois que tu ouvres la bouche? Je peux savoir ce que je t'ai fait? Tu n'as pas dit une seule chose sympa depuis que je suis arrivé, à part que tu étais désolée pour ma mère. J'en ai marre, moi. Je dois faire quoi pour que tu arrêtes?
Allison prit un air faussement réfléchi, en levant les yeux au ciel et se grattant le menton.
- A : voyons, voyons… je ne sais pas, moi… que tu nous dises la vérité, par exemple?
- J : ouais, bien vu. Je préfère encore que tu me fasses la gueule plutôt que tu me prennes pour un cinglé.
- A : allez, à poil le guerrier! Tu défais ta veste et ton T-shirt et tu t'assieds là.
- J : tu sais soigner?
- A : Ben m'a appris quelques trucs. Il fait des formations pour ça aussi. C'est ce que je préfère. Je crois que sans cette pourriture de guerre, j'aurais aimé être infirmière, ou pourquoi pas médecin…
Allison, malgré son aversion à s'occuper de John, prenait effectivement grand soin à ne pas lui faire mal. Elle désinfecta proprement autour de la plaie à l'entrée de la balle et prit plus de temps pour nettoyer derrière, à la sortie, où il y avait forcément plus de dégâts. John la vit grimacer de douleur pour lui.
- J : c'est pas beau à voir?
- A : c'est pas ça, c'est un peu lacéré derrière. Et pourtant tu ne sembles pas avoir si mal que ça.
John avait très mal au contraire, mais il ne voulait pas le montrer, et encore moins devant elle.
- J : si ça fait mal, mais c'est pas la première fois.
- A : j'ai vu quelques cicatrices effectivement. Je ne peux pas nier que tu as du avoir une vie pas facile.
- J : je rêve ou c'est ta façon de me dire enfin un truc gentil?
Allison ne répondit pas. John se rendit compte que sa blessure était une parfaite occasion d'avoir un petit moment seul avec elle, ce qui l'aida encore un peu à dissimuler sa douleur. Mais Ben y mit fin en prenant le relais d'Allison. Celle-ci voulut rester pour voir comment Ben s'y prenait. Etait-ce la vraie raison? Elle ne se posa pas la question et Ben n'en parut pas étonné car il connaissait son attrait pour les soins.
- B: bon, 3 points devant et 6 derrière quand-même, il ne t'a pas raté. Ce qui m'embête, c'est que mes antibiotiques sont périmés… pas mal même. Alors je préfère ne pas t'en donner. J'aurais pas hésité pour une blessure plus grave, mais là… le bénéfice ne me paraît pas assez élevé par rapport au risque de t'abîmer le foie avec des médicaments avariés. Il va falloir qu'on refasse les pansements régulièrement et qu'on désinfecte souvent.
- J : vous faites comment pour les médicaments?
- B: on en manque cruellement. Le commandement est américain a un petit labo où ils produisent encore les principaux médicaments. Mais la distribution, tu comprends bien pourquoi, est difficile et on utilise souvent des produits périmés. Au médecin de voir quel bénéfice il peut apporter avec un tel médoc. Pour toi, on va espérer que ça ne s'infecte pas. Allez, va prendre une douche, t'es tout collant de sang séché. On a de la chance ici, c'est grand luxe avec la nappe d'eau sous nos pieds, on peut se laver régulièrement.
John laissa Ben et Allison discuter de la façon de recoudre pour aller prendre sa douche. Mais il s'aperçu que personne ne lui avait fait visiter la base et retourna demander à Ben où il devait aller.
- B: Allison, tu peux lui montrer? Je finis de désinfecter mes ustensiles.
Allison accepta de mauvais gré. John le vit. Il aurait préféré que Ben lui montre. Mais puisque la situation s'y prêtait, dans les couloirs, il ne résista pas à stopper Allison et à lui parler en face:
- J : écoute Allison, c'est pas facile pour moi non plus. Je pensais que j'aurais une chance de m'entendre mieux avec quelqu'un du même âge mais tu refuses toute discussion. Tu veux pas me laisser une chance?
- A : Du même âge? On a 6 ans d'écart je te signale. Et je t'ai donné mes raisons de me méfier de toi.
- J : une chance, une simple chance, juste… discuter…
- A : de quoi?
- J : j'en sais rien, de n'importe quoi, ta vie ici ou avant, comment ça se passe, comment vous faites…
- A : ….
John laissa tomber en baissant la tête. Ils étaient arrivés. Allison le laissa. Sous sa douche, John était abattu et triste. Se sentir exclus par Allison était dur à vivre pour lui. C'était un peu comme si Cameron l'avait laissé, tenu à part. Oh, elle avait bien des secrets pour lui, mais elle avait toujours été là quand il en avait eu besoin. Il aurait tellement voulu la voir, lui parler et même… la prendre dans ses bras… qu'elle le console.
Allison était dure avec lui. Plus que les autres. Et il ne comprenait pas pourquoi. Il était habitué à la rudesse de Derek, il le connaissait depuis longtemps finalement. Et Kyle était plutôt neutre. Il aurait sans doute mal supporté d'être pris aussi en grippe par son propre père. Il n'en revenait toujours pas d'ailleurs… son père. Il avait quoi, 10 ans, 12 ans de plus que lui? Perdu dans ses pensées, il se mit à penser à Weaver. Où avait-elle pu aller? A la recherche de John Henry, certainement, donc à celle de Cameron puisqu'ils ne faisaient plus qu'un. Il fallait qu'il retrouve leurs traces. Mais comment?
Une fois douché et habillé, il partit seul dans la salle informatique pour essayer de lire les informations de la puce et surtout essayer de la reprogrammer. Il s'était entendu avec Ben pour faire un test sécurisé une fois l'opération effectuée… ce qui prendrait peut-être plusieurs jours.
Ben était donc en train d'attacher le T800 dans une autre salle avec des chaînes lourdes autour de chaque membre pour éviter qu'une reprogrammation ratée ne tourne au massacre une fois la puce réinsérées dans le crâne du Terminator. Ben était un homme de taille normale mais plutôt large et musclé. Ses entraînements chez les commandos avaient sculpté son corps et lui permettaient de développer une force impressionnante. Il tendait les chaînes de toutes ses forces lorsqu'Allison entra dans la pièce. Elle avait manifestement besoin de lui parler.
- B: oui, Allison?
- A : c'est au sujet de John. Qu'est-ce qui te pousse à lui faire confiance comme ça? Je suis un peu paumée… il vient de me reprocher mon attitude envers lui. Je voudrais bien lui faire confiance moi aussi, mais… pourquoi il ne dit pas d'où il vient? Qu'est-ce qui le retient?
- B: ce qui me pousse à lui faire confiance? Une simple intuition. Je crois, comme dans tout rapport humain, que pour comprendre l'autre, il faut user d'empathie, se mettre à la place de l'autre. T'est-il arrivé de penser qu'il pouvait dire la vérité quand il craint qu'on le prenne pour un fou s'il se livre vraiment?
- A : que veux-tu dire?
- B: on va inverser la situation. Mettons… n'importe quoi… que c'est toi la nouvelle dans la base. Tu viens, disons de mars. Un truc vraiment improbable, impossible à croire. Mais toi tu sais que c'est vrai, forcément. Tu fais quoi au milieu de tous ces soldats, tu leur dis que tu es martienne?
- A : je… non probablement pas mais, …
Elle marqua une pause, un soupçon lui vint en tête.
- A : il t'a parlé! J'ai raison? Toi tu sais d'où il vient, il te l'a dit?
- B: …
- A : Allez, Ben, dis-le moi. Tu as confiance parce qu'il t'a raconté sa véritable histoire, c'est ça?
- B: oui, il me l'a dit, mais j'avais confiance en lui avant. Je voudrais que tu ne l'ébruites pas.
- A : alors quoi, raconte.
- B: non, c'est à lui de te le raconter. Et je comprends mieux ses réticences à se taire, maintenant, car effectivement, c'est incroyable.
- A : alors comment tu sais que c'est vrai?
- B: je le sais, c'est tout.
Quand Ben alla voir où John en était, il le trouva au milieu de câbles, concentré, mais marqué par la fatigue. Il avait du mettre en réseau les ordinateurs pour dégager une puissance suffisante et entrer dans les données de la puce. Il avançait bien et comprenait de mieux en mieux son fonctionnement.
- B: allez, viens manger, tu as eu une dure journée.
- J : je peux pas, il faut que je continue.
- B: tu peux pas continuer le ventre vide et avec des cernes de 5 centimètres sous les yeux, viens je te dis.
- J : on dirait ma mère.
- B: elle était sûrement très bien ta mère, pour avoir aussi bien élevé son fils. Tu es courageux John Connor. Tu affrontes les difficultés avec une détermination admirable. Elle serait fière de toi.
A l'évocation de sa mère, et sous le coup du stress, et de la fatigue que Ben avait bien sentie, John craqua et enfouit son visage dans ses mains. Le passé qu'il avait perdu le faisait souffrir. La vie avec sa mère et Cameron était une vie de fuite, certes, mais au moins il les avait auprès de lui. Si seulement il avait pu leur parler… Ben ne savait pas trop quoi faire pour le réconforter, et puis tout à coup une idée lui vint. Il sourit et se rendit avec John au réfectoire. Ils mangèrent rapidement et Ben prétexta vouloir se coucher tôt. Son sommeil allait être court, il préparait déjà dans sa tête une petite sortie nocturne en solitaire.
Le lendemain, Allison alla trouver Ben en salle d'entraînement où il avait l'habitude de commencer ses journées. Personne. Peut-être était-il parti dans sa grotte, sous terre, prétexter encore une analyse d'eau pour être seul et revivre dans ce passé dont il ne parlait jamais. Il lui fallait sans doute ça pour être si fort ensuite, si compatissant, si compréhensif… Après sa douche, elle retourna dans sa chambre et vit Ben revenir du couloir où John logeait. Il avait l'air épuisé.
- A : Bonjour Ben, c'est pas la grande forme on dirait? Tu sortais de chez John?
- B : oui, je suis allé lui remettre un objet qui lui revenait de droit.
- A : c'est-à-dire?
- B : Derek va me tuer s'il l'apprend, alors tu le gardes pour toi, ok? Je suis retourné à notre ancienne base cette nuit.
- A : tout seul? Sans prévenir personne? Mais t'es pas bien?
- B : j'ai pensé que c'était la seule chose à faire pour sortir notre hôte de sa tristesse. Il m'a fendu le cœur hier soir. J'étais là quand tu parlais de la lettre, tu te souviens? J'y suis allé, j'ai retourné plusieurs gravas et j'ai pu retrouver ce qu'il restait de ta chambre. J'ai eu une chance incroyable de la retrouver. Elle est en piteux état. J'espère qu'il pourra la lire.
- A : Ben, tu te rends compte? C'est toi qui est sensé être raisonnable! Tu aurais pu te faire tuer!
- B : je sais, mais j'ai trouvé que c'était un risque à prendre. Tu devrais aller le rejoindre, je crois qu'il a peur de l'ouvrir. Il a reconnu l'écriture de sa mère. C'est un garçon très courageux, tu sais, mais là… ça risque de lui faire remonter beaucoup de souvenirs, bons comme mauvais… et je crois que ce sont les bons qui vont lui faire le plus de mal maintenant. Il aura besoin de parler à quelqu'un, et je pense que tu es la personne la plus indiquée.
- A : moi? Pourquoi?
- B : et bien d'abord parce que tu cherches un prétexte depuis hier soir pour l'aborder et t'excuser de ta rudesse, et ensuite… il t'en parlera sûrement… il a connu quelqu'un qui te ressemblait beaucoup, et qui comptait énormément pour lui. Ça l'a beaucoup troublé de te rencontrer la première fois… et je pense que c'est la raison pour laquelle il vit mal que tu l'envoies promener à n'importe quelle occasion.
Allison baissa les yeux, honteuse de s'être si mal comportée avec le jeune homme.
- A : ah, je ne savais pas qu'il y attachait autant d'importance. Je l'ai blessé? Il te l'a dit?
- B : à demi-mot… vas-y, Allison, aide-le, il en a besoin.
Devant la porte, Allison hésita. Elle ne voulait pas déranger John en pleine lecture. Elle se décida toutefois à frapper.
Une voix faible et un peu aigue répondit:
- J : oui?
- A : c'est moi. Allison. Je peux entrer?
Pas de réponse. Elle ouvrit la porte et le vit assis sur son lit, la lettre à la main, des larmes coulant le long de ses joues. Allison s'avança doucement:
- A : j'ai croisé Ben. Il m'a dit ce qu'il avait fait cette nuit. Tu l'as lue?
- J : pas encore… j'ose pas. J'ai peur de lire que j'aie déçu ma mère… je… je l'ai abandonnée, Allison.
Il dit ces derniers mot dans un sanglot qu'il ne parvenait pas à étouffer, même devant elle. Allison s'assit près de lui, l'entoura et lui posa la tête sur son épaule. Elle sentit la détresse du jeune homme et comprit pourquoi Ben lui avait dit qu'il en avait eu le cœur brisé. Elle avait honte de s'être comporté de la sorte avec lui, il fallait qu'elle se rattrape.
- A : il faut pourtant que tu l'ouvres, non? Veux-tu que je la lise pour toi?
Allison vit dans les yeux de John une gratitude infinie. Il essaya de se calmer mais déclina pourtant la proposition. Il voulait avoir le courage de la lire seul. Et la présence réconfortante d'Allison allait lui donner cette force.
- J : non c'est gentil, mais je dois la lire moi-même. Mais… tu veux bien rester?
Allison accepta de bon cœur et eut la délicatesse de ne pas lire par-dessus son épaule.
" Pasadena, 13 janvier 2011
A mon fils, John,
John, si tu savais comme j'ai prié pour que tu puisses lire ces lignes un jour. J'ai tellement de choses à te dire. Mais si tu devais n'en retenir qu'une, ce serait ce que j'ai essayé de te transmettre avant que les derniers éclairs de la bulle temporelle ne disparaissent. Je ne suis pas sûre que tu aies eu mon message. Tu te souviens avant que nous suivions James Ellison dans l'ascenseur de ZeiraCorp? Tu m'as dit : "je t'aime, maman". Alors je veux te répondre. Moi aussi je t'aime, John. Je t'aime de tout mon être. Tu as été le bonheur de ma vie. Je regrette tant de t'avoir mené la vie dure, de t'avoir entraîné toute ton enfance, de t'avoir préparé… j'aurais tellement voulu te donner une vie normale, élever mon petit garçon comme tous les autres, lui trouver un père digne de ce nom. Mais tu sais bien que ce n'était pas possible. Tu avais avant de naître un destin que j'étais bien incapable de changer.
Je veux te dire aussi que je ne t'en veux pas. J'avais compris depuis longtemps qu'un lien puissant t'unissait à Cameron. Tu sais que je n'approuvais pas vraiment, mais finalement, je crois que c'est précisément ça qui fera de toi un être exceptionnel, l'homme qui mènera l'humanité à la victoire. En réfléchissant, j'avais déjà senti un lien puissant entre toi et le T800 qui était venu te défendre contre le T1000. Je me rappelle m'être dit qu'il aurait fait un père plus correct que beaucoup d'hommes. J'ai senti ton chagrin quand on a du le détruire… et pour être tout à fait honnête avec toi, j'ai moi aussi eu un petit pincement au cœur lorsque j'ai du le descendre dans le métal en fusion. Avec Cameron, pour moi, c'était trop. Te voir t'éprendre d'une machine… Je les voyais trop comme responsables de tous nos malheurs. Toi tu as su y voir autre chose. Tu as su dissocier Skynet de ses machines, voir leur potentiel pour l'humanité. Et je pense que tu as raison. Je ne crois pas que les hommes s'en sortiront sans l'aide des machines. J'aurais préféré te voir avec une jeune fille, mais je n'ai même pas été capable de te le dire lorsque tu fréquentais Riley. L'affection que tu mets en Cameron, c'est une force, c'est l'humanité en marche et ce qu'elle a de plus beau à offrir: l'amour de son prochain. Ça me fait un peu rire maintenant, quand je pense que ton prochain à toi, c'est une machine. Mais justement, c'est cette capacité qui est merveilleuse. Je suis forcée d'admettre que Cameron était plus qu'une machine. Elle nous a beaucoup aidé et t'a sauvé de nombreuses fois. Je sais que tu sauras ouvrir les yeux des gens qui réagiront comme moi, qui haïront les machines comme j'ai pu les haïr parce qu'elles avaient fait tellement de mal. Je sais que tu sauras leur montrer qui est l'ennemi.
Ton choix de suivre John Henry aura aussi changé les choses. J'ai peur que tu n'aies rendu ta vie encore plus difficile. T'imposer dans un monde qui aura survécu sans toi, que se sera organisé sans toi, qui ne te connaîtra même pas… mais tu es assez grand pour assumer tes décisions.
Il faut que je te parle maintenant de la vie que j'ai vécue après ton départ. Nous avons vécu cachés pendant plusieurs mois pour nous faire oublier, James, Savannah et moi. C'était une pause agréable, où je prenais enfin le temps de vivre. Tu n'étais plus là, je n'avais plus à te protéger. J'avais accompli ma mission, comme aurait dit Cameron! De toute façon, nous n'avions pas le choix. Le FBI et Kaliba nous cherchaient intensément. Il fallait patienter. Nous avons essayé avec James d'élever la petite Savannah, qui était passée miraculeusement à côté du traumatisme. Elle s'était rendu compte depuis un moment que Catherine Weaver n'était pas sa mère, mais dans son esprit de petite fille, elle s'était fait une raison. Elle était plus triste du départ de John Henry, finalement. Et puis on a décidé de reprendre notre lutte. J'ai abandonné l'idée d'empêcher le jugement dernier. Il était inévitable, Skynet était déjà trop puissant. J'avais trop peu de piste et trop peu de moyen pour lutter contre Kaliba. Je me suis concentrée sur un moyen de venir à bout de Skynet dans le futur, un moyen que j'aurais pu te léguer. Tu comprends pourquoi je tiens autant à ce que tu reçoives cette lettre? Je crois que j'ai trouvé, John. Je suis tombée par hasard sur un film qui parlait des impulsions électromagnétiques (EMP). Je me suis renseignée et j'ai appris qu'il ne s'agissait pas que de science-fiction. J'ai décidé de savoir ce qu'il était possible de faire. J'ai rencontré un homme, qui était ingénieur civil pour l'armée, un certain Paul Young. Il s'occupait de mises au point sur de tels dispositifs. Je l'ai mis au courant du funeste destin de l'humanité et il a décidé de nous aider. Il n'a pas été trop difficile à convaincre puisque nous avons été attaqués par un T888, sûrement envoyé par Kaliba. James et moi avons réussi à lui extraire sa puce et Paul a bien été obligé de croire à mon histoire devant l'endosquelette.
C'est là que mon cancer s'est déclaré. Cameron avait raison. Nous étions en juin 2010. Je n'y pensais même plus à ce moment. Une leucémie de pronostique défavorable. Je n'ai pas eu le temps de me faire soigner. Ça m'aurait cloîtrée à l'hôpital et il fallait que je puisse terminer ma tâche avant de mourir. Et puis, sans regrets, on aurait facilement retrouvé ma trace si j'avais été admise dans une structure hospitalière.
Il était impossible d'utiliser les EMP contre Skynet à ce moment car il aurait fallu une frappe mondiale. Tu dois retenir que Skynet est partout, pas seulement à un endroit donné. Il utilisera sûrement des sites particuliers, plus importants que d'autres, mais il sera dans tout le réseau planétaire. Il ne s'agit donc pas de détruire une grosse unité centrale. Ta seule chance de le vaincre: actionner simultanément plusieurs EMP partout sur la planète. La tâche sera difficile, mais je doute que tu puisses y arriver autrement. Paul a tout fait pour augmenter la portée des dispositifs et laisser des fiches détaillées sur leur conception, avec un matériel le plus facile à trouver après le cataclysme. Nous avons entreposé trois dispositifs dans une grotte naturelle dont je te donne les coordonnées sur la page suivante. J'espère que personne ne les découvrira, surtout pas les machines. Ces trois-là ne suffiront pas mais les plans vous serviront à en construire d'autres. Il faudra communiquer avec tous les résistants, partout sur le globe si tu veux avoir une chance.
Ces machines ont besoin d'une puissance énorme, mais paradoxalement, c'est ce que tu auras le plus da facilité à trouver. Tu pourras te servir de la pile atomique des Terminator pour les alimenter, ça suffira largement, Paul a laissé des explication pour coupler ces piles aux EMP.
Je suis à bout de force et vais devoir te laisser, John. Je viens d'apprendre la mort de James. Il était parti aider Paul à récupérer sa petite fille qui vivait avec sa mère (ils sont divorcés) pour la protéger. Il voulait rentrer avec elle et son ex-femme pour rejoindre l'abri anti-atomique que nous avions choisi. Elle n'a rien voulu savoir. Il a du prendre sa fille de force. Sur le chemin du retour, ils se sont fait attaquer par Kaliba qui avait retrouvé leur trace. James les a retenus pour permettre à Paul et sa petite fille de fuir. Il l'a payé de sa vie. Maintenant on doit l'annoncer à Savannah. Ça va être dur pour elle. Elle le considérait presque comme son père, et moi comme sa mère. On la laisse tout les deux… mais je suis fatiguée, John, tellement fatiguée… je me suis battue toute ma vie… je n'ai plus peur de le mort, je l'attends comme une délivrance. J'aurais juste voulu te serrer encore une fois dans mes bras.
Je laisse la lettre à Paul, j'espère que tu la liras un jour.
Avant de te laisser j'ai une petite surprise pour toi, et je suis sûr qu'elle te fera plus plaisir que n'importe quel cadeau que j'ai pu t'offrir. Dans la grotte dont je t'ai parlé, j'ai entreposé la dépouille de Cameron. Tu es parti pour elle et je ne doute pas que tu retrouveras sa puce. Tu pourras la réactiver dans son corps. James et moi avons essayé de réparer son visage. Ça n'a pas été trop dur car sa peau synthétique est restée "vivante" en quelques sortes. De simples bandages et une désinfection ont permis en quelques jours une cicatrisation parfaite. Elle avait raison, elle cicatrise très vite. Cette peau est une merveille biologique. Mais il faudra que tu trouves un moyen de la réparer car elle a subit des dommages à la prison. Elle n'était pas en grande forme la dernière fois que je l'ai vue activée.
Voilà, il me reste à te dire adieux. Tu sais, je crois que je suis devenue croyante depuis que tu es parti. C'est sans doute l'influence de James. Il m'incitait à prier pour toi. Alors je crois que je vais simplement t'attendre là-haut, te dire au revoir et pas adieux. Mais ne te presse pas de me rejoindre, prends tout ton temps, tu auras d'autant plus de choses à me raconter. Et quoi que tu fasses, même si tu ne deviens jamais ce leader dont je t'ai sûrement trop parlé, sache que je serai toujours très fière de toi. Tu as comblé mon cœur de mère. Je t'aime, John. Je t'aime mon fils.
Sarah
