John avait eu du mal à lire les dernières lignes. Ses yeux s'étaient brouillés et il fondit en larmes dans les bras d'Allison qui fit de son mieux pour recevoir sa peine. Elle lui passa la main dans les cheveux, et lui câlina le dos pendant que John était secoué de gros sanglots. Il s'en voulait tellement de l'avoir laissée… et sa mère ne le lui reprochait même pas.

- A : parle-moi, John, je t'en prie. Dis-moi ce qu'il y a. Raconte-moi ton histoire. Je te promets que je te croirai, quoique tu me dises.

John eu confiance, une confiance totale. Il n'y avait plus de méfiance, il le savait. Elle avait senti son chagrin, il était sincère et il savait qu'elle était bouleversée de le voir ainsi. Il se calma doucement et lui raconta qu'il venait du passé. Il lui dit qui était sa mère, qui il était sensé devenir. Il lui raconta aussi les tentatives des robots de le tuer durant son enfance et son adolescence, et les protections que lui-même, dans le futur, s'était envoyé. Tout comme pour Ben, il n'évoqua pas sa connaissance de Derek et encore moins celle de Kyle, qui il était pour lui. Il préféra aussi éviter de s'étendre sur l'identité du dernier Terminator qui l'avait protégé. Elle n'aurait pas compris… lui non plus d'ailleurs ne comprenait pas pourquoi elle lui ressemblait tant… il avait juste une crainte, une angoisse sourde qui lui faisait imaginer le pire et il préférait ne pas y penser. Cameron était pour lui un sujet trop compliqué, tout n'était pas clair dans sa tête.

Pourtant, c'est Allison qui lui en parla.

- A : c'est incroyable… je… les voyages dans le temps?… c'est donc pour ça que tu as le même âge… John, Ben m'a parlé d'une fille à qui tu tenais… tu l'as laissée derrière toi aussi?

- J : oui, euh non, enfin… c'est compliqué.

- A : je vois, tu veux garder encore quelques souvenirs pour toi… je ne t'en veux pas. Tu m'en as déjà tellement dit. Je suis touchée que tu te sois un peu ouverte à moi. Une dernière chose quand-même sur cette fille. Ben m'a dit qu'elle me ressemblait… c'est pour ça que tu m'en voulais de ne pas te faire confiance?

- J : je suppose, oui. Ce n'était pas vraiment conscient. Je me suis senti abandonné que tu me rejettes, toi plus que les autres, et j'imagine que ta ressemblance frappante n'y est pas étrangère.

Allison sentit qu'il ne fallait pas insister. Pourtant une sensation un peu désagréable l'envahit. Elle n'était pas très à l'aise d'évoquer cette jeune fille et se demanda pourquoi. Elle préféra éluder et passer à autre-chose.

- A : viens, on va manger. Il faut que tu prennes des forces pour travailler sur la puce.

- J : tu crois à mon travail finalement?

- A : je ne sais pas trop. Je suis encore réticente à te voir bidouiller ces machines de malheur et… je n'imagine pas qu'elles puissent nous aider, que… qu'on puisse un jour lutter main dans la main… mais je vois que ça te tient à cœur, alors je veux bien te faire confiance.

Les mots de la jeune-femme firent beaucoup de bien à John, ils lui allèrent droit au cœur. Ben avait été d'un grand secours pour lui, le premier à le croire; mais pour Allison, ce n'était pas pareil. Elle l'apaisait, sa confiance le rendait heureux.

A table, John remercia Ben d'avoir risqué sa vie pour cette lettre. C'était un cadeau inestimable.

La journée passa vite et le soir, l'ambiance pour la première fois enfin, était vraiment détendue. Les sourires étaient sur les visages, on entendit même quelques fous-rires quand Allison raconta que son chien était devenu fou en voyant la carcasse inanimée du Terminator. Il lui avait sauté dessus et grognait maintenant à chaque fois qu'il passait devant la porte.

Dans quelque situation que l'on soit, même les plus tragiques, les plus graves, les hommes ont besoin de décompresser, de rire, de tourner en dérision leurs peurs, et Ben ne le savait que trop bien. Il fit mourir de peur Derek en faisant dépasser de sous son lit un bras du T700 qu'il avait réussi à détacher du corps. Derek venait justement demander à Ben d'aller pratiquer son humour douteux ailleurs que sous son plumard:

- D : ça s'appelle de l'humour noir, mon pote. On peut pas rire avec ces choses-là!

Kyle, qui avait surpris la réaction de son frère, encore plié en deux, n'était pas de cet avis

- K : tu dis ça parce que tu es vexé d'avoir eu les jetons! Il faut rire de tout, justement et de ça aussi.

- B : bien d'accord. Si je l'avais fait à Kyle, on parie que c'est toi qui te bidonnerais en ce moment?

La soirée passa ainsi tranquillement. Derek et Kyle étaient en train de se faire conquérir doucement par la confiance que Ben et Allison accordaient à John. Ben leur accorda un boogie endiablé au piano. Son attention au clavier ne l'empêcha pas de voir Allison regarder régulièrement John à la dérobée. Il sourit en continua sur un jazz d'ambiance, tranquille et léger. Kyle racontait à John le quotidien de la base, les quelques missions qu'ils entreprenaient contre les machines, les coordinations avec le commandement et les relations compliquées, pour ne pas dire conflictuelles, entre Derek et son supérieur hiérarchique, le colonel Carlton, responsable de la lutte dans le secteur de Los Angeles et de ses environs…

Les jours qui suivirent furent mis à profit de l'analyse de la puce. John travaillait d'arrache pied. Il avait trouvé les programmations de base, c'est-à-dire pour faire bref, tout ce qui tournait autour de "l'extermination des humains", et avait pu les supprimer. Mais il ne parvenait pas encore à en créer de nouvelles. La structure des données, comme il avait déjà pu s'en rendre compte avec Cameron, n'avait rien de comparable avec la micro-informatique qu'il connaissait. Il était soutenu et encouragé par Ben, et surtout, à sa plus grande joie, par Allison, qui passait de longues heures avec lui à côté des ordinateurs.

Ce qu'il voulait était simple: rendre le T800 obéissant. Il devait être sûr qu'il ne ferait rien sans ordre, quitte à le priver de ses capacités d'initiative dans un premier temps, puis lui laisser petit à petit une liberté d'action plus importante en modifiant cran par cran son autonomie. Le but était par la suite de lui donner en un énoncé concis, une mission à accomplir, le plus simplement possible, du genre "protéger la base" "Obéir à Derek Reese" ou même "trouver des armes sans se faire repérer"…

Il savait que c'était possible, mais voulait s'assurer du fonctionnement dans le détail avant d'arriver à cet aboutissement.

Un jour que Ben était avec eux, il posa à John une étrange question:

- B : Dans le futur alternatif dont tu m'as parlé, celui où tu n'as pas fait de bon dans le futur, c'est aussi toi qui es à l'origine de la reprogrammation des machines?

- J : j'en sais rien. Je sais juste que je le faisais. Ce dont je suis sûr aujourd'hui, c'est qu'il faut le faire dès qu'on en a l'occasion. L'idéal serait que la résistance se constitue une véritable armée de Terminator anti-Skynet… mais d'après ce que Kyle m'a dit, les chaînes de production tournent tellement vite qu'il serait impossible de suivre le rythme.

- B : j'ai le sentiment que tu as raison… à propos de l'aide des machines. Mais l'idée risque de ne pas passer. Les gens seront extrêmement hostiles à l'idée de côtoyer ces robots-de-la-mort… et puis les tentatives d'infiltration que quelques bases ont subies laissent des traces. Ça fait naître une psychose dévastatrice, même chez nous. Il suffit que quelqu'un ait une personnalité un peu réservée, qu'il ne parle pas beaucoup ou soit un peu rude pour que tout de suite il soit "fiché" comme une potentielle machine infiltrée… Alors faire ami-ami avec eux…

- J : il faudra bien pourtant. Je ne vois pas comment on pourrait faire autrement.

- A : bon, on essaye?

John sourit devant l'enthousiasme de la jeune femme.

- J : toi au moins, on ne peut pas dire que tu le craignes! OK, je crois qu'on peut faire une première tentative.

- B : bon, je vais prévenir Derek. Montre-lui ce que tu as dans la cervelle, et je suis sûr que ça ira mieux avec lui.

Ils se dirigèrent tous dans la salle où Ben avait bloqué les membres du Terminator, allongé par terre. John était encore plus tendu que les autres. C'était la première fois qu'il faisait ça. Il avait vérifié et revérifié la procédure que devrait normalement suivre la machine une fois la puce connectée, mais il n'était pas à l'abri d'une erreur. Il jouait là sa crédibilité auprès du groupe et il le savait. Il fallait absolument qu'il réussisse.

Cinq militaires, pour plus de précaution, tenaient en joue le T800. John venait d'insérer la puce dans sa logette et de refermer sa protection. Il suffisait maintenant d'attendre deux minutes.

Tout à coup la machine fit un mouvement compulsif, dont l'amplitude fut limitée par les chaînes. L'assistance fit en bon en arrière, y compris John qui se rappelait que Cameron, dans cette situation, avait un léger mouvement de tête, rapide et brusque, mais rien de comparable à celui-ci. Les cinq hommes armés déverrouillèrent les crans de sécurité de leur arme. Les yeux de la machine s'allumèrent et puis plus rien. John approcha son visage et lui posa une question:

- J : quelle est ta mission?

- T800 : protéger les vies humaines.

John fut rassuré car c'était dans ces termes exacts qu'il l'avait formulé dans son programme. Il fut toutefois surpris d'entendre une voix aussi humaine sortir de cet endosquelette de métal. A la réflexion, il n'avait jamais entendu un robot décharné s'exprimer.

- B : on le relève? On lui retire ses chaînes?

- K : faut bien essayer. Les gars, vous restez en joue, surtout.

A trois, ils redressèrent la lourde machine et retirèrent les chaînes autour de ses jambes. La tension était à son comble quand il fallut enlever celles des bras. Si le robot les avait dupé, il aurait le temps de se saisir du premier venu et de le broyer avant que les militaires n'aient eu le temps de l'abattre.

Mais il n'en fut rien. Le robot resta calmement debout, sans bouger. Quelques sourires se dessinèrent sur les lèvres.

- J : demande-lui un truc, Derek

- D : pourquoi moi?

- J : essaye, je te dis.

- D : bon, euh… Jojo… je vais t'appeler Jojo si tu veux bien… euh, lève une jambe et écarte les bras.

Kyle se marra et les autres suivirent. La machine s'exécuta.

- J : l'une de ses nouvelles fonctions est d'obéir au chef de la base. Je t'ai désigné comme tel dans ses programmes. Tu n'as qu'à lui demander ce que tu veux.

- D : sans blague! T'es sérieux? Je peux lui demander de m'apporte un café, là maintenant?

- J : par exemple, mais je ne sais pas s'il sait le faire. Par contre, tu peux lui montrer. Il est conçu pour apprendre, c'est la partie du programme que j'ai eu le plus de mal à piger.

Derek était épaté. Allison était admirative, ainsi que Ben et Kyle. John avait volontairement choisi Derek comme "maître" de la machine. Il pensait de la sorte s'attirer ses faveurs, flatter son ego, et Derek le comprit parfaitement, mais ne lui en voulut pas.

- A : on lui demande quoi, alors?

- K : on pourrait lui demander de sortir et d'aller abîmer quelques-uns de ses potes?

- D : et pourquoi il viendrait forcément à bout d'un de ses congénères? Parce qu'il est dans notre camp, maintenant? Non, ce serait trop con de le perdre aussi vite. Et puis John a raison, il a mis le doigt sur une chose importante quand on est sorti: il ne faut pas que Skynet sache ce qu'on fait avec ses bébés… ou en tout cas le plus tard possible. Non, je pense que le plus intelligent pour le moment, en attendant qu'on y réfléchisse, c'est de lui donner tous les tours de garde à l'entrée de la base. Et j'en connais qui vont être contents de les lui céder!

Dès la première nuit, c'est le Terminator qui fit la sentinelle devant la lourde porte blindée. Les habitants de la base, en passant devant, n'étaient pas trop rassurés de croiser cette silhouette lugubre avec son visage tout droit venu des ténèbres et des cauchemars de chacun, mais Ben trouvait parfait au contraire que tous puissent s'habituer à la tête terrifiante de la machine.

En salle de réunion, Derek fit part aux autres de sa volonté de prévenir le colonel Carlton de cette réussite. Il commençait à être lui aussi convaincu de bénéfice qu'ils pouvaient tirer du retournement des machines en leur faveur.

- D : bon, il faudrait monter une expédition pour y aller. J'ai peur que par ondes radio, même brouillées, le message ne soit intercepté.

- J : c'est où le commandement par rapport à Palmdale?

- K : Palmdale? Mais… c'est de l'autre côté des montagnes! En fait on est plus près de Palmdale à vol d'oiseau que du commandement qui est sur la côte, vers Santa Monica. Tu veux y faire quoi à Palmdale?

- A : c'est là que je suis née. Qu'est-ce qui t'intéresse dans ce coin?

John faillit dire "oui je sais" mais se retint à temps. Il ne pouvait pas dire comment il savait qu'Allison venait de là sans évoquer Cameron et la relation qu'il y avait avec elle… et surtout cet horrible pressentiment qu'il éprouvait de plus en plus.

- J : Derek, je peux te parler en privé?

A contre-cœur, Derek fit sortir les participants. Mais pendant que la salle se vidait, Kyle, Ben et Allison prenaient leur temps pour se lever. Ils ne voulaient manifestement pas être mis à l'écart. Leur curiosité était trop forte. Derek leva les yeux vers eux, l'air de signifier "vous aussi".

- J : c'est bon, j'ai confiance en vous, vous pouvez rester.

John prit un air réfléchi et sérieux. De son attitude se dégageait une aura que personne n'avait sentie jusqu'ici. Il avait ce même air décidé que lorsqu'il avait pris les choses en main pour confondre Jesse dans sa lamentable manipulation qui avait coûté la vie à Riley. Personne alors ne le lui avait dit mais ils étaient tous fiers de lui, y compris Cameron à sa manière, sa mère, et surtout Derek qui voyait trop souvent John comme un adolescent immature, incapable de se responsabiliser suffisamment pour se préparer à agir comme le futur leader qu'il allait devenir.

- J : la lettre de ma mère contient des informations autrement plus importantes et plus sensibles que la prise de contrôle du Terminator. J'ai regardé les coordonnées qu'elle m'a laissées sur une carte : c'est à côté de Palmdale, dans les montagnes.

- K : attendez, attendez, là. C'est moi qui ais raté un wagon ou c'était du chinois? Tu piges quelque chose, toi Derek? Quelle lettre?

- D : que dalle, non, mais je suppose que Monsieur Connor va s'expliquer?

- B : c'était pas du chinois, Kyle mais c'est normal que toi et Derek n'ayez rien compris. Tu dois leur dire maintenant, John. Tu viens de dire que tu avais confiance en eux aussi.

- D : quoi? C'est quoi encore ces cachotteries? Tu sais quelque chose, Ben? Et toi Allison, … tu dis rien… T'es au courant aussi? C'est quoi ce bordel? Et puis d'ailleurs pourquoi il fallait que les autres sortent?

- J : parce que ce que je vais vous dire doit rester ici. Il n'y a qu'à vous que je fais confiance. Si par malheur, l'un de vos hommes était à la solde des machines, même si Ben semble penser que c'est peu probable, tout serait fichu.

- D : bon, ben accouche, maintenant!

John commença par leur raconter la même chose qu'à Allison, d'où il venait… Derek et Kyle furent un peu vexés de savoir que les deux autres étaient déjà au courant. L'histoire, une fois de plus était toujours aussi invraisemblable mais la conviction de Ben et Allison permit de faciliter les choses. Puis il leur parla de la lettre de Sarah. Evidemment il fallut dire d'où elle venait… ou plutôt comment elle était arrivée à la base. Derek engueula copieusement Ben, comme il s'y attendait, mais John mit fin aux échanges de gentillesse avec autorité.

- J : bon, vous vous étriperez plus tard. Ce que je n'ai dit à personne encore, c'est la suggestion qu'elle fait pour venir définitivement à bout de Skynet. Avez-vous déjà entendu parler de la technologie EMP?

- K : on t'a pas attendu pour y penser! D'ailleurs Skynet savait bien que c'était une menace. Il s'est débrouillé quelques jours après le Jugement Dernier pour retrouver et tuer les derniers scientifiques qui auraient pu survivre à l'apocalypse nucléaire et a détruit toutes les données qui auraient pu nous servir. Résultat, il ne reste plus personne sur terre qui sache comment ça marche.

- J : plus personne, c'est sans doute vrai, mais pour les données, il en reste… et c'est d'ailleurs l'héritage du père d'Allison!

- A : quoi? Qu'est-ce que tu racontes?

- J : Ton père était ingénieur, précisément dans ce domaine, Allison. Ma mère l'a abordé en se renseignant sur cette technologie. Ils ont fait un bout de chemin ensemble mais je n'en sais pas plus. Quand il a eu un endosquelette sous les yeux, il l'a crue et a décidé de l'aider. Et je suppose que le lieu choisi pour la cachette vient de lui.

- A : quelle cachette? … et puis je ne vois pas le lien. Je vivais seule avec ma mère là-bas. Mes parents étaient divorcés et mon père ne vivait plus à Palmdale.

- J : je ne sais pas… peut-être avait-il déjà en tête de te récupérer pour te protéger du Jugement Dernier? Et donc se rapprocher de toi… peu importe. Ce qui nous intéresse pour le moment c'est qu'il y a une grotte près de Palmdale, dans les contreforts du massif montagneux de San Gabriel qui contient des plans détaillés sur la fabrication de ces "bombes", parait-il avec des moyens simples et du matériel facilement trouvable, même de nos jours, et dont la portée a été augmentée. Il y a aussi quelques dispositifs opérationnels. Ce sera ça de moins à monter. Et puis ils pourraient servir de modèle pour les autres.

John leur expliqua la théorie de sa mère. Tous écoutèrent attentifs, subjugués par cette idée. Une idée qui plut à l'unanimité, pour autant que la grotte soit restée intacte et non violée par les machines.

- D : John Connor, je ne sais pas encore bien qui tu es, mais toi et ta mère, vous commencez à me plaire de plus en plus.

- K : ouaip, à moi aussi! Ce devait être une femme extraordinaire, ta mère. Quel courage, quelle volonté. Je me demande ce qui a pu la convaincre à ce point de la destinée funeste du monde et de la lutte qu'il fallait mener… alors que tout ça n'était pas encore arrivé. Elle aurait pu douter, faire l'autruche, vivre à la baba cool…

- J : ben tu sais, quand on t'envoie un Terminator tous les 5 ou 10 ans pour te dégommer, ça motive. Et puis, je sais que l'homme qui a été envoyé avant ma naissance était très convainquant…

Kyle lui trouva un air très énigmatique mais ne releva pas plus. John reprit:

- J : Votre colonel Carlton, là, il est peut-être très bien, mais plus on multiplie la diffusion d'information sensible, plus on prend le risque qu'il y ait des fuites… et je ne parle pas seulement de taupes, mais aussi de torture des soldats loyaux qui se feraient prendre. Je suppose que ce n'est pas un moyen devant lequel Skynet recule pour avoir des infos sur la résistance… Alors, Derek, je te demande de me faire confiance. Attends qu'on réfléchisse un peu mieux à ce qu'on va faire. Il faut d'abord aller là-bas se rendre compte de ce que contient la grotte.

Il ne savait pourquoi, mais il ne voulait pas encore parler du corps de Cameron qui les y attendrait peut-être. Il l'espérait de toutes ses forces et c'était probablement avant tout sa motivation principale - mais non avouée - de s'y rendre.

Ben qui assistait silencieux à ce débat, heureux d'abord de voir que John avait pu surmonter la méfiance qu'il suscitait, commençait à imaginer un tel déplacement. En soldat aguerri, il visualisa aisément toutes les difficultés logistiques et humaines que cela entraînait.

- B : Kyle a dit tout à l'heure qu'on était pas très loin à vol d'oiseau, mais par voie de terre, ça veut dire traverser la chaîne montagneuse… je ne sais pas si vous vous rendez bien compte… et si en plus on ne peut pas se servir des hélicos du commandement… Skynet a des drones. Ok, il ne surveille pas les montagnes en priorité, mais c'est une expédition très risquée qu'il faut bien penser avant de foncer tête baissée.

- D : je suis bien d'accord avec toi, Ben. C'est loin d'être évident. Surtout si on doit ramener du matos avec nous.

- J : j'ai pas dit que ça serait une partie de plaisir, mais avez-vous beaucoup d'autres solutions? Allison m'a parlé de la situation… la résistance s'enlise, les effectifs diminuent jour après jour, pendant que Skynet devient encore et toujours plus puissant…

- K : pas besoin d'argumenter plus que ça, John. Tout le monde autour de cette table a déjà pris la décision de te t'accompagner.

- D : on se met à préparer l'expédition dès demain. Mais il faudra bien qu'on se fasse aider d'autres hommes de la base, on peut pas partir à 5. Il va falloir faire confiance. Mais rassure-toi, les communications par onde radio sont exceptionnelles. Il faut un sérieux motif pour les utiliser, quitte à se faire repérer par Skynet. On n'en aura pas pendant ce raid, ça limitera au moins les éventuelles fuites pendant qu'on sera dans les montagnes.

La réflexion se poursuivit encore un peu et chacun se mit au travail. Ben prit en charge la logistique de l'expédition. Il était habitué depuis longtemps au matériel militaire et savait ce qu'il convenait d'apporter et ce qui n'était pas strictement indispensable. Kyle et Derek qui connaissaient le mieux les environs préparèrent un itinéraire. Quant à John, il ne put apporter beaucoup d'aide car sa blessure évoluait assez mal. Elle s'était infectée malgré les bons soins de Ben et Allison. Un matin, il se sentit très faible et fiévreux, et s'écroula devant Allison alors qu'ils se rendaient à l'armurerie. Elle alerta aussitôt Ben qui fit reprendre connaissance à John dans l'infirmerie.

- B : bon tant pis, tu vas avoir droit aux antibios périmés. Il va falloir que tu luttes tout seul avant que ça n'agisse. Je vais essayer de faire tomber ta fièvre en attendant. Allison, il va falloir retirer les points et désinfecter en profondeur, je vais avoir besoin de ton aide. Allez, on recommence tout.