Il était temps de partir. Le petit groupe n'était pas fâché d'avoir une occasion de prendre l'air. L'action leur manquait. Et le climat devenait de plus en plus tendu à l'intérieur de la petite base. Bien qu'ayant rallié à sa cause les principales personnalités de la base, la majorité voyait d'un œil de plus en plus méfiant cette "invasion" de machines chez eux. D'abord le T800, passe encore, mais maintenant un second, d'apparence humaine, et un robot d'un genre inconnu encore, cette femme froide et d'allure hypocrite. Derek avait de plus en plus de mal à tenir l'ordre parmi ses soldats.
Il était convenu de tout faire à pieds. Ils avaient deux camions de troupe et un humer à disposition, mais puisqu'ils devraient traverser les montagnes, ils auraient du laisser leur véhicule très vite sans assurance de pouvoir le camoufler correctement. En outre, ils étaient assez proche des montagnes pour ne pas avoir besoin de s'embarrasser avec des véhicules. Ils avanceraient beaucoup plus discrètement.
Le débat suivant était de prendre avec eux le T800 reprogrammé ou non. Il pouvait assurer une protection de la base pendant leur absence mais les habitants s'étaient très bien débrouillés sans lui jusque là. Et l'aide du Terminator leur serait précieuse durant leur périple. John craignait qu'il se fasse repérer par d'autres robots, ou des drones, et que cela alerte Skynet trop tôt du retournement de ses machines par les humains. Mais Kyle suggéra simplement de l'habiller de la même façon qu'un de leur soldat, casque compris, pour diminuer les chances d'être reconnu.
Pour compléter l'effectif, 3 soldats se joignirent à eux: Tanner, Friedman et Ross. Kyle et Derek avaient fait en sorte de sélectionner les plus dignes de confiance.
Quant à Weaver, elle retournait avec John Henry d'où ils venaient, une ancienne base de Skynet où ils avaient pu trouver une connexion au réseau pour infiltrer ses données. Il était convenu qu'un appel radio sur une fréquence brouillée les préviendrait si JH repérait des mouvements inhabituels traduisant la découverte de leur expédition par les machines. Ceci en dernier recours car les émetteurs risquaient alors de se faire localiser.
Weaver irait ensuite rallier un maximum de ses alliés pour les tenir prêts à réagir et à aider à la fabrication et la diffusion des EMP. Elle préparerait une mobilisation de la plus grande ampleur possible.
Le départ était fixé pour le soir, le T800 leur permettant de contourner les patrouilles ennemies grâce à son excellente vision infra-rouge, qui couplée à un logiciel de reconnaissance serait bien plus efficace que n'importe quelle jumelle de nuit.
Et ils purent très vite se rendre compte de la valeur du robot à leur côté. Son regard et sa haute stature faisaient toujours froid dans le dos, mais il se montra à la hauteur en faisant stopper le convoi aux bons moments ou en lui faisant faire un détour salutaire.
- K : oui, on a vraiment bien fait de le prendre avec nous. On aurait pu se faire trouer deux fois déjà. Si les lieux sont sains, on peut se reposer dans ce hangar au loin, non? Il va commencer à faire jour.
- D : ouais, on y va. Jojo tu passes devant.
Après un rapide tour d'horizon, le groupe investit les lieux. John, Allison et Ross se mirent à préparer un repas.
- D : Jojo, tu vas monter la garde. Sois prêt à nous prévenir dès que tu vois quelque-chose.
Mais la journée se passa tranquillement. Reposés, ils avaient hâte de retrouver la nuit pour continuer.
- B : bon, dans les montagnes je pense qu'on pourra avancer de jour. On aura le couvert des arbres pour nous.
En 5 heures, ils atteignirent les premiers contreforts. Ils firent une nouvelle pause et reprirent leur route dès le matin.
John avait eu le temps de reprendre des forces, mais il n'était plus habitué à faire de longues marches avec un sac lourd et des armes. Il n'avait plus fait ça depuis le Mexique avec sa mère quand il était plus jeune. Mais Sarah avait alors épargné les épaules de son jeune fils et lui faisait porter un sac allégé.
John était spécialement admiratif d'Allison qui suivait sans broncher la troupe de soldats, tous de grands gaillards costaux et entraînés. Pourtant le dénivelé commençait à s'accentuer et les petits problèmes des longues randonnées, (qui prennent alors une grande importance car ils occupent l'esprit en permanence) se firent sentir : ampoules, douleurs articulaires, épaules meurtries par les lanières des sacs…
- J : dis donc Allison, t'as l'air vachement entraînée. Je voulais faire le fier en ne montrant rien de la douleur de mes pieds en feu, mais j'en ai déjà marre. Je suis fourbu. Tu tiens la forme, on dirait!
Allison se mit à rire.
- A : à vrai dire, je faisais exactement comme toi. J'essayais de ne rien laisser paraître, mais je te rassure, j'ai moi aussi le squelette endolori. J'espère que ça ira mieux dans quelques jours.
Ils rirent tous les deux de bon cœur. Derek, qui venait de jeter un coup d'œil en arrière, prit Ben et Kyle à part.
- D : dites, je suis le seul à m'en rendre compte ou nos deux jeunes se tournent autour?
- B : on peut pas dire que tu sois très vif de ce côté là, Derek! Ça fait quelques jours déjà.
- K : oh! et puis ça m'était sorti de la tête, j'vous ai pas encore dit: le matin où la rousse est arrivée, c'est moi qui suis allé prévenir John. Devinez un peu qui j'ai trouvé dans son lit?
- D : non?
- K : si, si.
- B : je doute qu'ils aient fait grand chose vu l'état de John. C'est moi qui ai demandé à Allison de veiller sur lui en première partie de nuit. Il avait 41°C de fièvre, j'étais pas très rassuré.
- D: tu ne lui as pas demandé de veiller sur lui dans son lit, si?
- B : si bien-sûr! Imbécile! Qu'est-ce qui te dérange, Derek. Il est temps, non? Elle a le droit de…
Derek lui coupa la parole.
- D : de tomber amoureuse? Dans cet enfer sans avenir? Et puis quoi? … je… je ne sais pas… j'espère qu'il ne va pas se foutre d'elle. Elle mérite quelqu'un de bien.
- B : c'est quelqu'un de bien, et je suis sûr que tu penses la même chose. Quant à l'enfer, on est en route pour le modifier, je te signale. Il y a un espoir, un véritable espoir…
Ben fut coupé par le T800, en tête, qui leva le bras droit en signe d'arrêt. Il scrutait le ciel au moment où ils traversaient une petite clairière dans une vallée, à découvert.
- T800 : A TERRE! BACHES DE CAMOUFLAGE SUR VOUS!
- F : qu'est-ce qui se passe Jojo, t'as vu un truc?
- T800 : un drone.
- F : hein? Mais je ne vois rien.
- K : lui si, alors tu obéis et tu la fermes, ces drones ont des détecteurs de son ultra-perfectionnés.
Et en effet, quelques secondes plus tard un drone les survola à basse altitude. Ben chuchota en soulevant un peu sa bâche:
- B : bordel, Tanner, ta crosse! Elle dépasse de ton camouflage!
Mais c'était trop tard, le drone stoppa sa course et resta en vol stationnaire au dessus du groupe. Ben sentant le danger réagit immédiatement. Il souleva sa bâche d'un geste rapide, se retourna sur le dos, épaula son fusil mitrailleur, visa et tira trois salves précises sur la machine qui explosa en plusieurs morceaux juste au dessus de John et Allison.
- B : JOHN! Les débris, faites gaffe!
John se précipita sur Allison pour la pousser du lieu où s'écrasaient la seconde suivante quelques débris tranchant et enflammés. Ils s'écrasèrent lourdement tout les deux dans la poussière quatre mètres plus loin. Allison qui n'avait pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait regarda derrière elle en se relevant.
- A : merci John, sans toi j'étais assommée, brûlée ou tranchée… ou les trois.
- K : pas mal, les réflexes! Pour Ben c'est son métier, mais tu m'as l'air pas mal entraîné toi aussi, John!
- D : allez, on dégage, on discutera après. L'explosion a pu alerter d'autres machines. Ou pire, celui-là a peut-être eu le temps de transmettre quelque-chose.
Au bout de deux heures de marche accélérée, la troupe ralentit un peu l'allure. Derek, en arrière avec Ben était songeur.
- D : tu penses vraiment que c'est la crosse de Tanner qui nous a fait prendre? Nos camouflages étaient parfaitement accordé à la nature environnante… c'est pas un peu bizarre?
- B : à quoi tu penses, Derek? Tu veux dire qu'il nous cherchait?
- D : j'en sais rien, c'est juste une drôle de coïncidence.
La nuit arriva et ils décidèrent de la passer dans une petite grotte naturelle. C'était une protection idéale.
- J : ça m'étonne pas que ma mère ait décidé d'utiliser une grotte comme planque, y'en a partout dans ces montagnes… un vrai gruyère!
- B : aaah, du gruyère! Un bon fromage! Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour un bon fromage un p'tit coup d'rouge…
- K : le français a parlé! Une minute de silence je vous prie, pour respecter la mémoire du saint-fromage-qui-pue.
- B : si tu veux comparer avec votre bouffe insipide, c'est sûr ça pue… mais de toute façon, je sais pas pourquoi je discute de ça avec un crétin de ricain. Vous pouvez pas comprendre ces choses-là, ça vous dépasse.
- K : ça c'est sûr… et c'est pas comme si j'avais l'impression de perdre quelque-chose. Pour le vin, je dis pas…
Derek s'éloigna un peu pour retrouver le robot qui faisait le gué à l'écart du groupe. Il était toujours tracassé par ce qui leur était arrivé.
- D : dis-moi Jojo, que penses-tu de l'attaque du drone, tout à l'heure?
- T800 : il n'a pas eu le temps de nous attaquer.
- D : oui, j'ai vu merci! Mais qu'en penses-tu? Je croyais que les montagnes étaient peu surveillées. On fait pas 10 bornes depuis le début des contreforts qu'on tombe sur un de ces oiseaux de malheur.
- T800 : ton analyse est juste. La probabilité de rencontrer si tôt un HK-drone dans cette région était de 2%. Skynet préfère concentrer son attention sur les villes où il sait que les humains ont plus de facilité à se cacher et à vivre, même dans les ruines.
- D : mouais, c'est aussi ce que je pensais. Tu penses qu'il aurait pu être averti de notre expédition? Pourtant, Tanner, Friedman et Ross se savent pas où on va ni ce qu'on est parti chercher.
- T800 : tout est possible. Il y a peut-être un traître parmi vous.
Ben et John qui partaient essayer d'attraper un peu de gibier pour améliorer l'ordinaire, entendirent la dernière phrase du Terminator en passant devant eux.
- J : quoi? De quoi vous parlez?
- D : de ce drone. Plus j'y repense, plus je trouve ça louche.
- B : je croyais que John Henry devait nous avertir si jamais Skynet nous tendait un piège?
- D : ouais, ben je sais pas s'il est omniscient. Je suppose qu'un truc ou deux peut lui échapper.
- J : Weaver l'a conçu pour en faire un espion parfait… ça m'étonnerait.
- D : en tout cas on a bien fait de ne pas dévoiler notre mission à tout le monde. Ils ont pas aimé être tenus à l'écart, mais je me félicite de ne pas avoir cédé. Vous alliez où?
- B : voir si on ne trouve pas un peu de viande.
- D : je viens avec vous, ça va me changer les idées.
Ils n'eurent pas à s'éloigner beaucoup. La nature devant eux reprenait ses droits après le cataclysme. De nombreux animaux détalèrent sous leur yeux. C'était un spectacle réconfortant. La vie au grand air leur faisait du bien. Vivre en forêt était un luxe que personne n'avait pu s'offrir depuis le début de la guerre. La logistique y était trop compliquée, les ravitaillements impossibles. Trop de pressions sur cette réserve de ressources qui commençait tout juste à renaître n'aurait pas permis aux hommes de s'y installer durablement et leur avait fait préférer les ruines des villes, quitte à vivre dans un paysage de cauchemar.
- D : mais… au fait, vous êtes prêts à bouffer de la viande crue?
- B : je pense qu'on peut se permettre un peu de feu. La fumée ne se verra pas de nuit et les infra-rouges seront bloqués par les arbres. Et j'ai pensé à prendre un silencieux pour ne pas ameuter tout le voisinage. Ça ira chef?
Derek ne répondit pas. Il n'était pas d'humeur à rire.
- D : John, le Jojo, on peut lui faire confiance?
- J : normalement oui.
- D : normalement… tu n'as jamais vu un robot péter un plomb?
John hésita.
- J : si. Mais c'était suite à un choc violent… une explosion. Comme si la programmation de base avait repris le dessus. Et pour tout te dire, dans le futur, je veux dire l'autre, j'ai su que quelques machines de notre camps avaient disjoncté sans que personne ne puisse l'expliquer. Certains ont fait un carnage. Mais ils n'étaient pas pour autant repassés du côté de l'ennemi. Ils faisaient juste ce pourquoi ils avaient été créés: tuer tout l'monde, sans distinction.
John avait tenu à être honnête avec Derek en lui parlant de ce que Cameron et l'autre Derek lui avaient raconté, mais il regretta aussitôt. Il venait de faire un erreur lourde de conséquences. Lui qui avait réussi à le convaincre de leur intérêt à se lier aux machines, à les reprogrammer, alors même que Derek semblait s'être fait à la présence du Terminator à qui il avait donné un nom, il venait de semer la petite graine du doute dans son esprit.
Dès lors, il ne fit plus totalement confiance au robot. Ben essaya de lui remonter le moral mais sans grande conviction. Il pensait lui aussi que quelqu'un parmi eux pouvait être à l'origine de la présence du drone.
Après le repas, que chacun avait apprécié grâce au lièvre et aux deux gros pigeons ramenés et cuits à la braise, Allison sortit quelques instants admirer les étoiles qu'elle avait si peu l'occasion de contempler. John la rejoignit.
- A : je n'avais pas aussi bien mangé depuis longtemps. De la viande fraîche… hum, quel délice. Je vais avoir encore plus de mal avec nos rations après ça.
- J : ouais, ça fait du bien. J'avais sacrément faim… ça va? T'as pas froid?
- A : non, c'est bon. Je repensais à notre… "mission"… j'ai peur d'y mettre un peu trop d'espoir.. et d'être déçue. Ce serait tellement formidable si on y arrivait.
Allison se tourna et le regarda dans les yeux. Elle avait un regard chargé d'espoir et d'inquiétude, un regard complexe, débordant d'émotion. Des larmes commencèrent à se former.
- J : qu'est-ce qu'il y a, Allison? A quoi tu penses?
- A : j'ai peur, John. J'ai peur pour nous, pour toi. Peur de voir trop de tragédies avant d'y arriver, peur de perdre encore et encore des gens que j'aime. Je… je ne suis pas si forte, tu sais. J'essaye, mais… parfois je craque. C'est tellement dur cette vie. Je voudrais tant oublier, commencer à vivre.
John comprit qu'Allison n'en pouvait plus. Elle était à bout de nerf. Elle baissa la tête et se mit à pleurer, de fatigue, de souffrance, de peur… John resta un moment sans bouger, ne sachant que dire, n'osant la réconforter. Il finit par la prendre dans ses bras. Elle se serra contre lui et se laissa aller. John recevait sa peine et la calmait de la même manière qu'elle l'avait fait pour lui quand il avait lu la lettre de sa mère. Il comprenait exactement ce que ressentait Allison, même s'il n'avait pas vécu les mêmes choses qu'elle. Il lui passa la main dans les cheveux pendant qu'elle posait la tête sur son épaule. Il sentit cette odeur douce et enivrante. Son cœur accéléra. Il avait simplement voulu la consoler mais c'est lui maintenant qui ne voulait pas la lâcher. Ils restèrent un long moment dans les bras l'un de l'autre.
Ben dans un coin les observait avec un sourire nostalgique. Il pensait à se femme. Il aurait tout donné pour vivre encore avec elle un instant comme celui que John et Allison partageaient. Mais cette complicité naissante qu'il avait sous les yeux, pour ne pas encore utiliser d'autre mot, lui donnait aussi une force infinie. Il se sentait remotivé, conforté dans sa volonté de se battre jusqu'au bout. Cette force, il allait la mettre dans son combat. Il avait devant les yeux ce pourquoi il n'abandonnerait jamais.
