Le lendemain, alors qu'ils contournaient un petit lac, John perdu dans ses pensées se demandait comment se passerait, s'ils y arrivaient, la découverte de Cameron par ses compagnons… et plus particulièrement par Allison. Il se sentait bien avec elle. Ils étaient sur la même longueur d'onde. Et ce n'était pas que sa ressemblance avec Cameron qui l'attirait. Il l'admirait. Il la trouvait belle et naturelle, émotive sans être démonstrative, et courageuse à la fois. Mais lorsqu'elle découvrirait Cameron, elle ne le croirait plus. Elle penserait forcément qu'une telle ressemblance était seule à l'origine de l'intérêt de John pour elle. Et en plus, elle subirait un terrible choc d'être devant son double.

Il allait falloir que Cameron s'explique. Coûte que coûte, il n'en démordrait pas. Il voulait absolument savoir qui était Allison pour Cameron! Il ne savait vraiment pas quoi faire. Lui dire… se taire? Et lui… que ressentait-il? A qui pensait-il en s'endormant? A Cameron ou à Allison?

Son esprit était confus, il ne savait pas. Il essaya d'ordonner dans sa têtes les bonnes et les mauvaises raisons de s'enticher plutôt de l'une que de l'autre. Mais ce n'est pas par la raison qu'il allait pouvoir s'en sortir. Que disait-on déjà à propos de l'amour et de la raison? Un dicton à la noix pour adolescent… mais il était pourtant très vrai. Se raisonner pour se contrôler n'aboutirait à rien. Il savait juste qu'il avait tout quitté pour la suivre, elle. La retrouver. Il serra dans la poche de sa veste la puce de Cameron. Ces questions l'angoissaient encore plus que le bon déroulement de leur mission.

Mais il n'eut pas le loisir de prolonger son introspection plus avant car en regardant distraitement dans l'eau, il crut voir une lueur rouge à quelques mètres, en profondeur. Il stoppa net. Ross faillit lui rentrer dedans.

- R : OH! Ça va pas non? Tu peux pas prévenir?

- J : chut! J'ai vu un truc.

Ben qui marchait devant lui se retourna.

- B : t'as vu quoi?

- J : je suis pas sûr, une lumière rouge. Mais je rêvais, j'ai peut-être halluciné.

- B : on va pas prendre le risque. A COUVERT DERRIERE LES ARBRES, VITE!

A peine eut-il crié ses ordres que l'eau devant eux se mit à frémir. Plusieurs lumières rouges étaient maintenant parfaitement visibles. La tête d'un T600 émergea, suivie de trois autres. Ils n'étaient pas encore sortis de l'eau que Kyle, Derek, Allison et Ross, les criblaient de balles.

John resta médusé devant la taille impressionnante des machines. Elles étaient bien plus grandes que les modèles qu'il connaissait, la gamme des T800. Cette absence de réaction faillit lui être fatale car le premier robot approchait de plus en plus. Il braqua un fusil à plasma sur John, encore une arme qu'il ne connaissait qu'en théorie. Il recula et trébucha sur une racine qui lui fit perdre son équilibre. Chute salutaire car elle lui permit d'éviter le premier tir à bout portant qui l'eut abattu sans l'ombre d'un doute. Le T600 réajusta sa mire. Au moment où il tira, il reçu une balle de gros calibre qui endommagea le canon. Kyle venait de le sauver.

Mais le répit fut de très courte durée car la machine continuait à avancer vers John. Ses bras démesurés allaient le broyer d'une seconde à l'autre. Tout à coup, Ben se projeta de toutes ses forces, épaule en avant, contre le thorax du robot qui n'eut pas le temps de rabattre ses bras sur lui. Il fut projeté en arrière et retomba lourdement dans l'eau. Ben saisit John par les aisselles et le remit debout en un instant. John fut frappé par sa force. Il coururent se mettre à l'abri de gros troncs d'arbre.

Pendant ce temps, Allison qui avait réussi à endommager la cellule de ciblage d'une machine, releva la tête pour vérifier que John était hors de danger. Elle aperçut plus loin Tanner et Friedman courir vers l'autre côté du lac, à découvert. Elle cria:

- A : DEREK! Tanner et Friedman se tirent. Les robots ne les suivent pas.

- D : merde, les sales traîtres! Le piège, c'est eux… depuis le début, le drone aussi, j'en suis sûr.

Il se releva pour ajuster son tir et viser les fuyards. Son premier coup mit dans le mille et Friedman s'effondra. Tanner, nullement émut par la mort de son compagnon continua à courir. Derek allait l'abattre lorsqu'il reçut un tir de plasma dans le bras gauche. Il s'écroula, ivre de douleur, mais réussit à prononcer les dents serrées:

- D : KYLE! Finis-le ce sale traître, DESCENDS-LE!

Kyle bondit vers son frère pour lui prendre son fusil, le seul à avoir une lunette grossissante. Mieux planqué, il ajusta sa visée et lui logea un balle en pleine tête. Il n'eut pas le temps de dire à Derek qu'il avait réussi, que le canon de son arme qui dépassait du tronc fut saisi par une main métallique. Elle tira et Kyle, qui par réflexe la retenait de toute ses forces, fut entraîné avec. La machine, gigantesque, le saisit et approcha son visage terrifiant. De son autre main, il serra la gorge de Kyle qui sut qu'il était condamné.

Mais le robot lâcha prise et ses yeux s'éteignirent avant de tomber à terre, inanimé. Derrière lui se tenait le T800 qui venait d'enfoncer une tige de fer dans sa nuque. Il connaissait parfaitement son point faible.

Kyle n'eut pas le temps de le remercier que le robot s'avança et le plaqua contre lui, faisant écran aux tirs des autres machines encore debout. Heureusement pour lui, il s'agissait de vraies balles. Elles ricochèrent sur lui et il parvint à mettre Kyle en sécurité. A terre il se massa le cou, rouge et endoloris par la puissante étreinte.

Le T800 repartit dans la lutte. Il avait déjà terrassé un premier T600 duquel il avait d'ailleurs tiré sa tige de fer d'un bras désarticulé.

Il en restait deux debout.

Mais leur nuque était inaccessible puisque les machines leur faisaient front et qu'elles tiraient sans discontinuer. A leur bras, de lourdes mitrailleuses rotatives faisaient des dégâts impressionnants. Des éclats de bois volaient dans tous les sens, empêchant les humains de se poser pour viser.

Ross reçu un éclat dans l'œil qui le transperça. Il eut la mauvaise idée de se relever pour trouver un meilleur abri. Il fut immédiatement criblé de balles et tomba ensanglanté sur Allison qui était juste derrière lui. Loin de s'appesantir sur son sort ou de paniquer, elle le repoussa et se saisit de son arme, plus puissante que la sienne. Elle se servit du corps du malheureux comme d'un bouclier pour se mettre à genoux. Un pieds en avant pour prendre appuis, elle visa et finit de détruire les optiques du robot qui continua pourtant à tirer à l'aveuglette.

- J : leur puissance de feu est trop grande, il faut faire deux groupes et les prendre à revers.

- B : Derek est touché. On se replie plus loin dans la forêt. Je vais porter Derek. Jojo, tu nous couvres. On va les attirer. John, Allison et Kyle, vous partez devant. Courrez le plus vite possible. Dès que vous êtes hors de vue, vous décrivez une boucle, vous repassez derrière et vous les arrosez dans la nuque.

Les trois amis réagirent en même temps et bondirent à travers les troncs et les souches mortes dans les profondeur du bois. Pendant ce temps, le T800 faisait de son mieux pour couvrir Ben et Derek qui se cramponnait à son dos. La lourde artillerie des robots commençait à avoir raison de son squelette de coltan. Une rafale bien placée lui arracha un bras. Son dos était criblé d'impacts, plus ou moins profonds. Derek, lui aussi invalide d'un bras, faisait ce qu'il pouvait pour tirer en arrière mais ses tirs étaient trop peu précis pour être d'une quelconque efficacité.

Tout à coup ils entendirent la voix de Kyle derrière eux:

- K : A TERRE.

John, Allison et Kyle avaient pris position et mitraillaient à leur tour les deux robots qui progressaient toujours plus vite.

Ils savaient qu'ils devaient faire vite et viser juste avant qu'ils ne se retournent. John réussi à atteindre l'un d'eux à l'endroit exact où ils étaient vulnérables. Mais le second eu le temps de se retourner. Avant que la machine ne redresse son arme, une autre main métallique surgit derrière elle et lui saisit la mâchoire. Le T800 l'entraîna dans sa chute volontaire. Moins rapide, le T600 n'eut pas le temps de se relever ou de se saisir de son adversaire. Ce dernier lui bloqua la tête entre son unique bras replié et son épaule et avec un craquement sinistre, il lui fit pivoter la tête dans un mouvement sec de rotation. Ils étaient hors de danger.

Mais le groupe devait fuir rapidement le lieux de la bataille. Ils étaient à peu près sûrs que l'endroit allait bientôt grouiller de machines, y compris de machines volantes. Derek, bien que très amoindri, voulut passer devant les corps des deux traîtres pour tenter de comprendre comment ils avaient pu communiquer leur position.

Ils trouvèrent un émetteur radio qui diffusait en continu, scotché sur la poitrine de Tanner.

- D : quelle ordure! Et je suis sûr qu'il avait laissé dépasser sa crosse volontairement hier, pour que le drone nous repère.

Puis il pensa à l'alerte qui devait être donnée par JH en cas de nécessité. Il eut une intuition.

- D : Kyle, vérifie la radio, la nôtre.

Kyle déposa son sac et la sortit, intacte.

- K : elle a l'air OK. Tu veux faire quoi?

- D : essaye de l'allumer. Tu reçois quelque-chose?

- K : non rien. Elle est HS. Tu crois que… AH LES ENFLURES! Ils ont du l'ouvrir pendant qu'on dormait le premier soir et la rendre inutilisable. C'est pour ça que JH n'a pas pu nous prévenir!

- D : c'est ce que je pense, oui. Allez, on fout l'camp.

Ils s'enfoncèrent rapidement dans la profondeur des bois, en prenant soin d'éviter toutes les zones découvertes. Le T800, bien qu'avec un bras en moins, n'eut aucun mal à porter Derek qui était épuisé par la perte d'une grande quantité de sang. Il s'évanouit en chemin.

A la tombée de la nuit, ils trouvèrent un trou dans le sol qui était en fait l'entrée d'une grotte souterraine. Ils s'y arrêtèrent. Pas question ce soir de faire du feu. Ils devaient être recherchés. Ben se mit à soigner Derek de son mieux. Une partie des muscles de son avant-bras avait été arrachée, lésant au passage une artère de gros calibre. La peau autour était brûlée au troisième degré. Il ne retrouverait jamais le plein usage de sa main. Un muscle, ça ne repousse pas! Ben fit ce qu'il put pour ligaturer l'artère. Ils étaient bloqués là pour plusieurs jours; Derek était intransportable, beaucoup trop faible. Il fallait qu'il reprenne des forces avant.

Ben le laissa se reposer après avoir finit de nettoyer et de protéger sa blessure, et retrouva les autres qui faisaient de même avec leurs propres blessures. Chacun était couvert de bleus, d'ecchymoses, de plaies plus ou moins profondes... Pour John, la situation était inversée: cette fois-ci c'était lui qui s'occupait d'Allison en lui retirant les éclats de bois qui s'étaient enfoncés dans sa joue et son bras droit. Il s'appliquait du mieux possible et Allison était mi-amusée mi-attendrie de le voir se concentrer sur la désinfection de ses plaies et sur les pansements de fortune qu'il appliquait… surtout près de sa joue. Leurs souffles s'unissaient presque.

- B : ben mon Jojo, sans toi on était cuit! Tu en as eu trois sur quatre, bravo! Pauvre Ross. Tout le monde n'a pas eu autant de chance.

Jamais un nom aussi farfelu était allé aussi mal à un Terminator. Avec ses yeux rougeoyants, il regarda Ben s'adresser à lui. Il était aussi en piteux état avec son bras arraché et ses multiples impacts. Il était encore plus effrayant que jamais dans la pénombre de la grotte. Il ne répondit pas et se plaça sous le trou de l'entrée, la tête dépassant légèrement, pour observer les alentours, fidèle à son rôle de sentinelle.

- B : ça va ta gorge, Kyle?

- K : face à ce que Derek a subi, je ne vais pas me plaindre, mais je mettrai moi aussi quelques jours à m'en remettre. Il m'a broyé le larynx, ce salopard! Je sens que je vais avoir du mal à manger… j'ai vraiment cru que j'allais y passer cette fois-ci. Jamais eu aussi peur de ma vie, et pourtant j'en ai vu.
En tout cas, elle marche ta technique, Ben. T'as parfaitement choisi ton moment pour nous faire une démo grandeur nature. Et envoyer promener un T600, vu la masse que c'est, chapeau!

- J : c'est vrai ça Ben, j'ai pas encore eu le temps de te remercier. J'arrive pas encore à croire que tu es rentré dans une machine à mains nues sans te faire broyer. Tu m'as sauvé la vie.

- B : bof, tu sais, tout le monde s'est sauvé mutuellement la vie aujourd'hui, je crois. Dommage que ça n'ait pas profité à Ross.

Un petit silence passa. Allison se trouva cruelle de penser qu'elle n'avait jamais beaucoup aimé ce Ross, qui lui avait fait des avances lourdes et insistantes à de plusieurs reprises. Ses amis étaient saufs (à défaut d'être sains) et c'était le principal pour elle.

Quant à John, sa blessure au bras s'était rouverte, mais elle ne lui faisait pas mal pour le moment. Ben tint quand-même à l'examiner et à la recoudre une troisième fois.

Ils s'endormirent rapidement sans manger, épuisés.

Pendant lui nuit, Derek se mit à délirer. Il avait de la fièvre et s'agitait dans son sommeil. John qui était le plus proche de lui le réveilla, l'adossa contre la roche et lui fit boire un peu d'eau. Il retrouva ses esprits et adressa à John un faible sourire, sincère. John n'avait pas souvent eu l'occasion de le voir sourire. Il était d'ordinaire renfermé, pensif et… sérieux. Il resta avec lui un moment pour s'assurer qu'il allait mieux. Les autres dormaient toujours, sauf le T800 bien-sûr qui continuait à guetter.

- D : dans le futur où tu es devenu le leader de la résistance, on se connaît?

- J : parait qu'oui. On était proches, et avec Kyle aussi. Mais je ne pourrais pas t'en dire plus, je ne l'ai pas vécu.

- D : moi je pense que tu peux m'en dire plus, pourtant. On se connaît, n'est-ce pas? On s'est déjà vu quelque part. Toi, tu me connais, tu ne me dis pas tout, John. J'ai bien vu ton regard quand on est tombé sur toi la première fois. Et puis comment aurais-tu connu mon nom, sinon?

- J : oui, c'est vrai… je te connais depuis plus d'un an.

John regarda son oncle, le visage livide, transpirant. Il grimaçait de douleur. Il savait ce que cela faisait de rester dans l'ignorance, à part. Cameron lui faisait vivre ça depuis longtemps. Il ne le supportait pas.

- J : tu es venu de ce futur que j'étais sensé connaître vers le passé, pour tenter d'arrêter la création de Skynet avec un groupe de soldat. On t'a trouvé avant qu'un triple 8 te descende avec le reste de tes hommes. Tu as ensuite vécu avec nous.

- D : je me doutais bien d'un truc comme ça. Si tu es là, c'est que je n'ai pas réussi, je suppose.

- J : non. Je ne sais pas si c'était possible. Ma mère a essayé la moitié de sa vie. Elle n'a pas réussi non plus. C'est comme si le jugement dernier était inévitable dans l'histoire de l'humanité. On a cru réussir quand j'étais plus jeune, on a cru retrouver son concepteur, mais… quelqu'un d'autre a du prendre la relève.
Il faut que tu te battes, Derek, je ne peux pas te perdre encore! Si j'ai été si surpris de te voir, c'est parce-que d'où je viens, en 2008, tu viens de te faire tuer… par une machine. Jamais je n'aurais imaginé te revoir un jour.

Derek sourit.

- D : Tu m'as vu mort… C'est dingue tout ça! Une vraie histoire de fou! Faut s'accrocher pour comprendre les passages dans le temps et leur conséquences.

Ils s'endormirent après cet échange intime, où Derek était heureux que John se soit livré à lui; et à l'inverse, John content d'avoir pu faire sentir à Derek le lien qu'il y avait entre eux, même s'il ne lui avait pas révélé qu'il était son oncle. Cela impliquait de parler de Kyle… et ça, il avait l'intuition qu'il ne fallait jamais le dire à personne.

Après une nuit agitée pour certains, réparatrice pour d'autres, ils réfléchirent à la suite des évènements. Skynet était à leurs trousses et il leur restait encore 3 jours de marche, au minimum. Néanmoins, ils avaient encore un atout: Skynet ne savait pas où ils allaient, ni pourquoi. La priorité était de remettre Derek sur pieds. Il s'affaiblissait d'heure en heure. Ben essaya de le faire manger mais des nausées le prirent et il vomit ce qu'il avait réussi à ingurgiter avec difficulté. A ce rythme-là, il n'en aurait plus pour longtemps.

- B : il faut tenter une transfusion. Tu connais ton groupe sanguin, Kyle?

- K : non, pas la moindre idée

- B : il va falloir essayer quand-même en priant pour que ce soit le même. Autant que je vous dise tout de suite ce que je pense: si on ne fait rien il est perdu.

- A : mais ils sont frères, je croyais que…

- B : non, c'est pas systématique. Il y a plus de chances qu'ils aient le même groupe que deux inconnus, c'est sûr, mais on ne peut pas en être certain. Après on peut espérer que si ça n'est pas le cas, Kyle soit O-

- K : ce qui veut dire?

- B : donneur universel. On s'en fiche du groupe du receveur. Ou à l'inverse, que Derek soit AB+, receveur universel. Ça laisse quelques chances. Il faut le faire.

- K : bon, allons-y tout de suite.

Ben fit de son mieux pour installer un système acceptable avec les moyens du bord. Allison l'aida à préparer le matériel.

Il n'y avait plus qu'à attendre… et espérer. John avait l'impression d'avoir atterrit dans un monde où justement, l'humanité n'avait plus pour elle que l'espoir. Rien d'autre.

Pourtant… non, c'était faux. Il y avait plus, il y avait Allison qui venait de le rejoindre. Ils se sourirent et allèrent explorer le fond de la grotte.