Voilà bientôt une heure qu'ils étaient partis et ils n'avaient pas encore trouvé le fond de la grotte. Il avançaient à la lumière d'une torche dans une galerie de plus en plus grande.

- A : c'est sans doute pas une simple grotte. On dirait plutôt un ancien lit de rivière souterraine.

- J : oui, et je sais pas si tu as remarqué mais la boussole nous indique l'ouest nord-ouest depuis qu'on est parti. La galerie est à peu près droite.

- A : et?

- J : et c'est précisément dans cette direction qu'on doit aller. On doit être sous une vallée entre les montagnes. Je me demande si ça ne vaudrait pas le coup de continuer notre expédition par là…

- A : et s'il n'y a pas de sortie?

- J : ça sort forcément quelque-part. Forcément. Reste à savoir où… et espérer qu'il n'y a pas d'éboulement quelque-part pour nous barrer la route.

- A : pour les éboulements, je ne sais pas. Mais pour l'eau… ça risque d'être un frein. Regarde.

Allison venait de braquer son faisceau un peu plus loin. Ils virent apparaître une surface brillante dans un élargissement de la galerie, en forme de salle ovale et très haute.

- J : c'est magnifique ici. Si j'avais su que j'allais faire de la spéléo, dans le futur…

Allison s'approcha de l'eau. C'était une bonne occasion de se débarbouiller après la bataille de la veille. Ils avaient encore tout deux des traces de sang séché un peu partout: dans les cheveux, sur le visage, les mains… Elle s'attendait à trouver une eau glaciale, mais fut surprise par sa douceur.

- A : John, viens voir, l'eau est tiède… ça me donne une idée…

- J : oui je vois ce que tu veux dire. Un bon bain ne serait pas de refus, mais…

- A : mais tu as oublié ton maillot… ouh, le timide. Je te propose un truc. On éteint les torches, enfin… on en laisse une allumée braquée vers le plafond, et on se la joue bain de minuit. On aura juste de quoi ne pas se cogner, et on ne se verra pas vraiment, juste des silhouettes. OK?

Allison était tellement enjouée et argumentait avec tant de persuasion, un magnifique sourire aux lèvre, que John ne put refuser. Ils se dévêtirent et s'immergèrent avec délice dans l'eau tiède.

- J : aaaaaaaaaah, t'avais raison Allison, ça fait un bien terrible… Allison? T'es où?

Tout à coup, Allison qui nageait sous l'eau jusqu'à lui fit surface et lui cracha un jet en pleine figure.

- J : ah ouais? tu veux jouer à ça? Tiens!

John lui balança 10 bonnes brassées dans la figure. Elle riposta aussitôt. Dans le bouillonnement d'eau, elle ne vit pas que John venait de s'immerger. A son tour elle l'appela. Il surgit derrière elle, la fit tomber et lui enfonça la tête dans l'eau, puis s'écarta pour se tenir hors de portée. Lorsqu'elle refit surface, elle n'avait de l'eau que jusqu'à la taille et John pu voir sa silhouette… et même un peu plus. La torche éclairait finalement mieux que prévu. Il put entrevoir les courbes parfaites de son corps. Elle était menue, comme Cameron, mais superbe, parfaitement proportionnée. Allison qui venait de rouvrir les yeux le surprit à la regarder et s'accroupit dans l'eau pour dissimuler sa nudité.

- A : dites donc John Connor, vous n'essaieriez pas d'en profiter un tout petit peu?

- J : euh… pardon Allison. C'était pas volontaire, mais j'ai pas pu détourner les yeux. Tu… tu es très belle, tu sais.

Allison ne répondit pas tout de suite. Elle savourait ce que John venait de lui dire. Elle prit soin de bien imprimer ses paroles dans son esprit pour ne jamais les oublier. Elle était heureuse, plus qu'elle ne l'avait jamais été. John prit son silence pour de la gêne.

- J : je ne voulais pas te gêner, j'imagine que tu dois en avoir marre avec les soldats qui te tournent autour à la base.

- A : je ne suis pas gênée, John. Je ne voulais pas gâcher ce moment en répondant quelque chose de banal et sans intérêt. Parfois il vaut mieux se taire.

Elle se remit debout et s'approcha de lui. Il y avait un peu plus de fond si bien que lorsqu'elle arriva devant lui, ils avaient de l'eau jusqu'aux épaules tout les deux.

- A : je me sens bien avec toi, John. Je te l'ai déjà dit, je ne pense plus à la guerre. J'oublie tout… sauf toi. Aucun homme ne m'a jamais fait ressentir cette chaleur dans le ventre et la poitrine.

Elle le regarda fixement. John vit tant de beauté dans ses yeux qu'il resta sans voix, comme hypnotisé. Il ne pouvait plus enlever son regard du sien. Allison lui prit la main et se serra contre lui. John l'entoura de son autre bras. Il sentait son corps chaud contre lui. Il était ferme et doux, tellement doux. Comment pouvait-on garder une telle douceur en ces temps de combat? Elle releva doucement sa tête pour replonger ses yeux dans les siens et approcha sa bouche. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes. John remonta sa main de son dos à sa nuque puis la plongea dans ses cheveux. Ses si beaux cheveux en tous points pareils à ceux de Cameron… Cameron! Le charme était rompu, il avait pensé à elle. Allison senti un changement. Ils se séparèrent.

John dit pour lui:

- J : non , je ne serai pas ce salaud! Je ne peux pas.

- A : qu'est-ce que tu dis? Qu'y a-t-il? J'ai eu l'impression de vivre un moment unique… magique… et puis plus rien. Qu'est-ce qu'il y a, John?

- J : viens, on sort, il faut que je te parle.

En s'habillant, Allison était inquiète de ce revirement de situation. L'instant avait été si court. Elle aurait donné n'importe quoi pour qu'il ne s'arrête jamais.

- A : John , tu sais, je…

- J : viens, assieds-toi à côté de moi. Il faut que je te dise toute la vérité. Je tiens à toi et je ne veux plus rien te cacher. Quand j'ai lu la lettre, tu m'as posé des questions sur la fille que j'avais laissée derrière moi, tu te souviens?

Allison fit une moue mal dissimulée à l'évocation d'une autre fille qu'elle-même. Elle pensait voir où John voulait en venir et elle sentait que ça n'allait pas lui plaire.

- A : oui… tu as encore des sentiments pour elle, c'est ça?

- J : oui, c'est vrai. Et je ne veux pas être un salaud avec toi. Je ne veux pas que tu penses que je profite de toi, je veux te respecter. Je tiens trop à toi pour te mentir. En fait je ne l'ai pas laissée derrière moi, enfin… pas vraiment. Je suis venu ici pour la retrouver.

John marqua une pause, de quoi laisser à Allison le temps de réaliser ce qu'il venait de dire.

- J : Inutile de se voiler la face plus longtemps. Je ne suis pas le sauveur de l'humanité que ma mère a voulu faire de moi. Je suis un ado comme les autres qui n'a pensé à rien d'autre qu'à suivre la fille de ses rêves, sans se soucier des conséquences.

- A : "la fille de ses rêves"? C'est à ce point?

- J : j'en sais rien, vraiment je te jure, j'en sais rien du tout. Mais j'ai des sentiments, ça c'est sûr. Je n'ai plus le droit de les nier. Ils sont forts… Mais ce n'est pas tout. Le plus dur à entendre pour toi va venir.

- A : j'en doute…

- J : malheureusement, je t'assure que si. Tu te souviens aussi que je t'ai parlé d'une machine qui est venue me protéger en 1999, qui nous a fait "sauter" en 2007 et avec qui on a vécu plusieurs mois?

- A : oui… et?… je ne vois pas le rapport.

- J : le rapport est direct, justement… Cette fille… c'est elle.

Allison fit en bond en arrière et se releva précipitamment.

- A : QUOI? Tu te fiche de moi, là? Tu joues à quoi John Connor? Tu me prends pour une conne?

- J : calme-toi, Allison, rassieds-toi s'il te plaît. Je n'ai pas fini. Ce que je te dis est la vérité. J'ai un peu honte. Raconté comme ça, ça sonne faux, j'en ai bien conscience. Mais c'est vrai. D'ailleurs je ne la considère pas comme une machine. Elle est bien plus. Elle n'est pas comme les autres. Elle raisonne, elle pense, et… elle est capable d'émotions… enfin, c'est ce que je crois. Si j'ai été si surpris de te voir au début, c'est parce que tu es son sosie parfait. Vous avez exactement le même physique. On pourrait vous croire sœur jumelles.

Allison était en pleurs.

- A : qu'est ce que tu me racontes encore John, qu'est ce que ça veut dire?

- J : je ne sais pas Allison, mais… j'ai eu le temps d'y réfléchir depuis que je suis ici. Je ne vois qu'une seule explication. Cameron a été conçue pour s'infiltrer en prenant ton identité. Dans le futur d'où elle vient, il semble que tu existes aussi et que tu as servi de modèle.

- A : Cameron? Elle a un nom? Ah, oui, j'oubliais, le nom que tu as hurlé dans ton cauchemar l'autre jour. J'avais eu raison d'avoir un mauvais pressentiment. Quelle idiote! … comme Jojo, alors? Mais… enfin, John, ce n'est pas possible. Tu ne peux pas tomber amoureux d'un robot?

John baissa la tête, honteux. Elle avait raison, c'était tellement fou. Et pourtant, il ne pouvait pas ignorer ses sentiments, ils étaient vrais.

- J : j'ai encore quelque chose à ajouter. Dans la grotte où on se dirige… on risque de la retrouver.

Cette nouvelle annonce, encore plus inattendue que toutes les précédentes, laissa Allison hébétée, presque assommée par l'information. Elle se demanda même si elle avait bien entendu.

- A : mais… quoi? Je croyais que… comment c'est possible?

John lui raconta comment Cameron avait donné sa puce à JH pour gagner le futur, et comment sa mère avait entreposé son corps à côté des dispositifs électromagnétiques.

- J : je suis désolé, Allison. Je ne voulais pas te faire de mal.

Allison ramassa sa torche précipitamment et couru en pleurant dans la galerie d'où ils venaient.

John resta un moment seul, abattu, triste. Il s'en voulait de la faire souffrir, mais qu'aurait-il pu faire? Il lui devait la vérité, non? Il n'avait pas d'autre choix et était persuadé d'avoir fait le bon, aussi douloureux qu'il ait pu être pour lui et surtout pour Allison. Il ramassa lui aussi sa torche et rebroussa chemin.

Au bout de 20 minutes, il entendit devant lui des sanglots étouffés. Allison s'était arrêtée et essayait de se dominer pour ne pas montrer sa douleur aux autres. John arriva à son niveau. Elle était assise par terre, les jambes repliées sur sa poitrine. Elle leva la tête vers lui. Ce visage marquerait pour longtemps l'esprit de John. Il était profondément triste, désespéré. Des larmes roulaient sur ses joues, ses yeux étaient rougis par le chagrin. Toute la volonté qu'il avait pu y lire avait disparu. Il lui tendit une main pour l'aider à se relever et la prit dans ses bras.

- A : je t'aurais suivi jusqu'au bout du monde, John…

- J : tu m'idéalises, Allison, je ne suis pas quelqu'un de bien. Tu as raison de trouver ça contre-nature. J'ai essayé de lutter, mais je n'y peux rien. Je suis faible, c'est le triste constat qui s'impose.

- A : non tu n'es pas faible! Tu es humain. Un humain qui a une ouverture d'esprit tellement grande qu'il a pu s'attacher à une machine. C'est ta force au contraire, je l'ai compris. C'est grâce à toi et à ta foi dans les machines que nous avons de l'espoir aujourd'hui. J'ai réfléchi avant que tu ne me rejoignes. Je me fiche que Cameron soit une machine… c'est juste… une concurrente. Et c'est ça qui me fait souffrir. Tu en aimes une autre, peu importe qui c'est pour moi.

John était sidéré d'une telle maturité d'analyse. Il se demanda si elle n'avait pas lu la lettre de sa mère. Elle venait avec d'autres mots de lui dire la même chose. Elle comprenait, à demi-mot, son attachement à Cameron et ce qu'elle représentait pour lui. Mais non, il la savait incapable d'avoir lu cette lettre derrière son dos. Allison finit par lâcher:

- A : je t'aime, John. Je t'aime de tout mon cœur. Mais la vie est ainsi faite que les sentiments qu'on éprouve ne sont pas toujours réciproques. C'est comme ça. Je finirai par me faire une raison.
Quelle idiote j'ai pu être! J'ai cru que tu étais mon prince charmant, venu pour moi d'un monde inconnu. Quelle imbécile! J'ai honte maintenant.

- J : non, je t'en prie ne dis pas ça. Je.. j'ai des sentiments pour toi, Allison. De vrais sentiments, je…

- A : mais moins forts que pour Cameron. J'ai raison et tu le sais. Laisse tomber, John. N'essaye pas de te rattraper. Tu as été honnête, tu n'as rien à te reprocher. Peu de gens auraient agi comme tu l'as fait. Je te suis reconnaissante pour ça. Mais n'insiste pas, maintenant. S'il te plait. C'est trop dur pour moi.

John obéit et se tut. Ils firent ensemble le reste du parcours, sans un mot, pour retrouver le petit groupe qui se demandait où ils avaient pu passer depuis tout ce temps.

Derek, toujours faible, était resté conscient depuis plusieurs heures. Bon signe selon Ben, qui était allé chasser avec le T800 en guise de chaperon pour détecter une éventuelle menace. Il fallait de la viande aux deux frères pour refaire des globules et reprendre des forces.

John et Allison avaient parlé de leur découverte. Cette longue galerie qui se prolongeait exactement dans la direction voulue était une alternative intéressante à la poursuite de leur route en surface. Idée d'autant plus justifiée qu'en seulement 30 minutes de chasse, Ben avait pu constater qu'il y avait une activité particulièrement soutenue des machines dans le secteur. Elles étaient toujours à leur recherche.

- B : on n'a pas la moindre assurance de ressortir à l'air libre, ni que la galerie continue longtemps dans la bonne direction, mais je pense qu'il faut le tenter quand-même. Au pire, si on doit rebrousser chemin, ça aura donné le temps aux machines d'abandonner leurs recherches… enfin on peut l'espérer. Et puis on n'est pas pressé. Il faut plus que jamais éviter la confrontation tant que Derek et Kyle ne se sont pas remis.

- A : Kyle aussi?

- B : il a du donner beaucoup de sang pour que la transfusion ait une chance d'être efficace. Il est presque aussi faible que son frère. Mais il retrouvera des forces plus vite que Derek, car il n'est pas blessé. Derek doit faire face à ça en plus. La cicatrisation va lui prendre beaucoup d'énergie.

- J : bon, quand crois-tu qu'ils seront capables de tenir debout?

- B : demain, je pense. Avec l'aide de Jojo pour soutenir Derek, ça devrait aller.

Les trois amis patientèrent comme ils le purent. Allison évitait de regarder John. Elle avait eu un discours fort et brave pour mettre fin à cette relation ambiguë, mais au fond, elle savait qu'il lui faudrait beaucoup de temps. Elle était amoureuse et il ne suffisait pas de s'être montré forte devant John pour arrêter de penser à lui. Quant à lui, il était malheureux de la faire souffrir. Il aurait voulu que les choses se passent différemment. Il avait dit à plusieurs reprises qu'il tenait à Allison, c'était vrai. Il était attiré par elle. Elle le fascinait. Mais il avait toujours ces pensées pour Cameron, omniprésente dans sa tête. Il ne pouvait pas l'oublier.

Pour avancer un peu, ils se déplacèrent tous jusqu'à la grande salle qu'ils avaient découverte pour permettre à Derek de laver ses blessures et de se nettoyer entièrement. Ben et Kyle firent de même.

Le soir, John avoua aux autres ce qu'il avait dit à Allison: ils risquaient de trouver dans la grotte de sa mère, une autre machine qu'il connaissait bien et qu'il voulait réactiver pour les aider. Il passa sous silence ses sentiments pour elle. Allison et Ben qui étaient au courant, le regardèrent sans rien dire.

Ils partirent le lendemain comme prévu. En contournant l'étant sous-terrain, ils retrouvèrent une galerie de taille identique à celle qui les avait amenés là. La marche dura 4 heures. Tout se passait bien. Le Terminator était d'une aide précieuse pour Derek qui était vite essoufflé. La direction était toujours bonne. Ils avaient eu peur de rebrousser chemin devant l'abaissement du plafond. Ils avaient du faire quelques mètres à quatre pattes, mais la galerie avait vite retrouvé un diamètre convenable. Après une rapide pause où Ben estima qu'il leur restait 2 jours de marche avant de toucher au but, ils continuèrent à suivre la galerie qui s'était brusquement enfoncée dans le sol. La pente était raide et le groupe commençait à douter de l'aboutissement de leur trajet.

- J : et merde! De l'eau!

- B : ouais. C'est mal barré! On continue, on verra bien.

Très vite ils en eurent jusqu'aux genoux puis jusqu'à la taille. La pente s'adoucissait mais l'eau continuait à monter.

- K : bon, je pense qu'il faut se rendre à l'évidence. On n'a plus qu'à faire le chemin inverse.

- D : c'est trop con! Aussi bien, ça remonte dans quelques mètres.

- B : bon, je vais voir. J'ai une apnée correcte. Qui ne tente rien… heureusement que nos torches sont étanches.

Il laissa son sac à John et s'immergea. Le temps leur sembla très long. Ben refit surface après deux bonnes minutes.

- B : non, je ne vois pas le bout. Toute la galerie est inondée, c'est une impasse.

Le Terminator, d'ordinaire peu causant, n'avait pas l'habitude de prendre la parole. Tout au plus répondait-il aux questions. Aussi furent-ils tous surpris de l'entendre:

- T800 : je peux aller voir plus loin que Ben. Vous serez fixés sur la distance inondée.

- J : mais oui, on est trop bêtes! Personne n'y avait pensé.

- D : si, moi j'y ai pensé mais à quoi bon? Si la distance qu'il parcourt est supérieure à ce que nous pouvons supporter en apnée, ça ne servira à rien, même en supposant que ça remonte. Enfin, si ça peut vous enlever le doute.

Derek prit appuis sur la roche pour laisser le robot s'enfoncer dans l'eau. Il revint au bout de quelques minutes.

- T800 : ça remonte. Il y a de l'air de l'autre côté. J'estime la distance à 60 mètres.

- B : ça n'ira pas… de peu. Je pense que tout le monde peut faire dans les 25 mètres en apnée… et encore. Avec le stress d'une galerie sombre, c'est même pas sûr.

- J : j'ai une idée. Jojo va nous faire un relais à mi-parcours. On a tous des gourdes. On les remplit d'air et Jojo part avec. Il se place au milieu et on dévisse le bouchon pour reprendre une inspiration. C'est faisable.

- B : pas pour tout le monde. Je te rappelle que Derek est encore faible et qu'il ne peut pas se servir de son bras gauche. Il nagera moins vite. Et ça fait encore deux fois 30 mètres. C'est trop long.

- K : alors on fait deux relais. Toi au premier et Jojo au second. Comme tu as une apnée suffisante, tu pars en même temps que celui qui traverse, et à 20 mètres, tu l'aides à reprendre une inspiration avant de revenir ici. Jojo fait le second.

- A : et pourquoi celui qui traverse ne part pas tout simplement avec deux gourdes?

- B : parce qu'il serait plaqué en haut. Deux gourdes d'air, ça fait flotteur. Il serait trop gêné dans sa progression.

- A : mais toi aussi, tu sera gêné, alors?

- B : je peux me lester. Moi je ne traverse pas tout de suite. Et Jojo est déjà bien assez lourd.

- J : mais ça te fera 40 mètres pour l'aller-retour. Et quand viendra ton tour, comme tu seras le dernier, tu devras te débrouiller avec une seule pause.

- B : j'ai l'habitude.

- D : écoutez, c'est trop compliqué, votre truc. Et si on rencontre ce genre de siphon tous les 100 mètres? On va pas passer trois jours à faire les guignols sous l'eau!

- J : c'est peut-être mieux que se faire trouer la peau à la surface. Ecoute, Derek, on tente une fois, ok? Si on en rencontre un second, on laisse tomber. D'accord?

- D : … d'accord, mais vous faites chier. Elle caille cette flotte! C'est pas comme dans le bassin.

Ils retirèrent la plupart de leurs vêtements pour ne pas être freiné. Le T800 apporta tous les sacs et les armes de l'autres côté. John emballa discrètement mais soigneusement la puce de Cameron pour qu'elle ne prenne pas l'eau.

- A : je commence. Ça me fiche la trouille alors je préfère y aller tout de suite.

- B : bon, ok. Il faut te concentrer. Ne pas paniquer, éviter les mouvements inutiles. Passé mon relais, tu fixes la torche de Jojo. Tu le verras, c'est en ligne droite. Et pour la dernière portion, pareil, tu fixes la torche qu'il a laissée à la sortie. Tu as bien compris? Allez, on y va.

Allison et Ben s'immergèrent. L'eau était glacée et cela n'arrangeait pas l'appréhension d'Allison. Ben l'aida de son mieux. Passé les 20 premiers mètres, il la stoppa et dévissa doucement au dessous de sa bouche la gourde qui laissa passer quelques bulles. Allison expira et laissa les bulles remplir sa bouche avant d'inspirer doucement. Elle reparti aussitôt. Ben resta un moment la suivre du regard et fit demi-tour.

Sans lui, Allison était morte de peur. Elle avançait vite mais voyait flou. Elle se cogna les genoux plusieurs fois à la paroi. Elle fixait la torche devant elle mais vit surtout les deux yeux rouges de la machine. Dans cette pénombre, ils étaient terrifiant. C'était l'image de ses cauchemars, l'image du danger absolu qui avait baigné son enfance. Elle réussit à dominer son émotion et arriva auprès de lui. Ils répétèrent l'opération mais Allison aspira de l'eau et se mit à tousser. Elle paniqua et chercha à gagner le bout du tunnel sans avoir repris de réelle respiration. Mais elle senti autour de sa cheville un étau puissant la ramener en arrière. La machine avait compris qu'elle se noierait si elle essayait dans ces conditions. Il avait heureusement pris une seconde gourde et força Allison à se placer sous les bulles qu'il lâchait. Allison réussit à Calmer sa toux et à reprendre une inspiration correcte. Elle repartit immédiatement. Elle sentait son cœur battre fort dans sa poitrine et la panique la submerger. Il fallait tenir. Tenir et avancer. Elle n'en pouvait plus, il fallait qu'elle respire.

Elle réussit enfin à faire surface et mit plusieurs minutes à retrouver sa respiration, toussant et crachant l'eau qu'elle avait dans les poumons. Elle s'effondra sur la berge, hors d'haleine. Elle avait réussi.

Quelques minutes après, Kyle fit surface à côté d'elle, aussi essoufflé qu'elle l'avait été.

- K : pfouuu, j'ai cru que j'y arriverais pas. T'as pas trouvé flippant de nager vers le Terminator avec ses yeux rouges brillant?

- A : ça me rassure que tu aies pensé la même chose que moi. J'ai cru mourir de panique. J'espère qu'on aura pas à le refaire!

John paru enfin, puis Derek, accompagné de Ben et du T800 qui l'avaient aidé. Derek s'en était mieux tiré que ce que Ben avait craint. Ils se rhabillèrent et poursuivirent sans perdre de temps pour ne pas continuer à se refroidir.

Le galerie remonta en pente très douce jusqu'au soir. Ils ne trouvèrent malheureusement pas d'élargissement et durent se contenter de poser leur sac en plein milieu de la galerie. Ils étaient content d'avoir passé le barrage du siphon mais le moral était vite retombé. Et s'ils n'arrivaient jamais à la sortie? Ils se demandèrent s'ils avaient bien fait de suivre cette piste. Mais la chance leur sourit enfin lorsque le lendemain, il aperçurent la lumière du jour devant eux. Ce n'était pas le bout du tunnel, mais seulement une percée dans le plafond, exactement comme la faille par laquelle ils étaient entrés. Heureux de revoir le ciel, ils envoyèrent le robot faire une rapide reconnaissance à la surface. Rien à signaler, tout était calme. Ils avaient du parcourir une quarantaine de kilomètres. Ils étaient proches maintenant de leur objectif. Après une zone découverte qu'ils se dépêchèrent de traverser, ils replongèrent dans une forêt de conifères qui poussait à flanc de montagne sur une pente aiguë. Le grotte était proche un peu plus bas. D'où ils étaient, ils voyaient parfaitement les ruines de l'ancienne ville de Palmdale. Allison eut un pincement au cœur, mais n'eut pas le temps de donner libre court à sa mélancolie car un bruit énorme de réacteur les surprit. Un gigantesque HK-Aerial les survola et poursuivit sa route. Ils n'avaient pas été repérés, grâce aux arbres, mais cela prouvait que leur recherche n'avait pas encore été totalement abandonnée. Si seulement ils avaient pu communiquer avec John Henry!