Il était temps de parler de ce qu'ils allaient faire. Cameron et le T800 pourraient facilement transporter chacun un dispositif, mais aucun humain ne pourrait transporter sur une longue distance le troisième. Il resterait donc là. Derek eut l'idée de l'armer et de fabriquer un système de déclenchement à distance. Avec leur radio et l'émetteur des espions, ils avaient de quoi récupérer assez de pièces pour confectionner un système de mise à feu à distance. Le T800 et Cameron les aidèrent. Cette préparation les occupa jusqu'au soir. Derek regardait de travers cet étrange Terminator. Il ne savait trop qu'en penser mais il ne pouvait faire taire la petite voix de la méfiance qui résonnait dans sa tête. Kyle affichait une attitude plus neutre et Allison restait effacée, mesurée dans son ressentiment. Les questions se bousculaient dans sa tête, pourquoi une telle copie? Elle ne perdait rien pour attendre. Tôt ou tard, il faudrait qu'elle y réponde, qu'elle s'explique! Et John ne l'en empêcherait pas!
Le travail terminé, ils avaient là, prêt à servir, la première arme capable de faire trembler Skynet et peut-être… de le détruire. Elle couvrirait largement toute la région de Los Angeles et ses alentours. Paul Young le garantissait.
John revint avant la tombée de la nuit, un peu calmé mais perdu dans ses pensées. Il avait lui aussi réfléchi à ce qu'ils devaient faire. Et son idée était différente.
Allison l'accueillit avec un sourire. Elle s'était inquiétée pour lui. John lui fut très reconnaissant de ce simple geste d'amitié. Il ne voulait pas en plus subir l'animosité d'Allison, quoiqu'elle eut été dans son bon droit. Après tout, Cameron lui avait volé son identité. Il allait devoir tirer ça au clair, aussi. Si elle voulait bien s'expliquer! Ce qui était moins sûr.
- D : bon, John. On pense embarquer deux EMP et laisser la troisième ici. Elle est prête à fonctionner. Il suffira d'activer une onde radio en changeant de fréquence dans un schéma bien précis pré-enregistré.
- J : c'est une excellente idée, mais je crois qu'on doit laisser les autres ici aussi.
- D : hein?
- J : imaginez qu'on se fasse prendre à notre retour avec les bombes. Ou même avec les plans. C'est foutu. Skynet saura et on ne pourra plus rien faire pour l'arrêter.
- B : qu'est-ce que tu proposes?
- J : on doit trouver un moyen de rentrer en relation avec JH et Weaver. Il faut avertir tout le monde, tous les résistants. Que partout sur la planète, ils puissent assembler des bombes. Il faut qu'on trouve un code ou quelque-chose du genre pour faire passer les messages, les instructions des plans. Il faut s'organiser dans le détail avant de faire une bêtise. Si on essaye de franchir à nouveau les montagnes avec les dispositifs, on prend trop de risque. On rentrera quand on pourra être guidé par John Henry.
- C : John a raison. Cette mission doit rester la plus secrète de l'histoire de la résistance. Tout repose sur l'ignorance de Skynet de ce que nous faisons.
- D : Tu es docteur en stratégie, toi?
Derek avait répondu si vite et si rudement qu'il créa un blanc chargé d'une tension très perceptible. Il s'en rendit compte.
- D : ok, désolé. Admettons… on va pas pouvoir faire ça seuls! Il nous faut de l'aide. Il faut se rapprocher du commandement. Il faut contacter le colonel Carlton.
- J : oui, c'est vrai. Mais pas tout de suite. Notre priorité, c'est de contacter John Henry. On va descendre à Palmdale. On trouvera sûrement de quoi le joindre dans les ruines de la ville. Même un vieux poste émetteur/récepteur fera l'affaire.
- A : je croyais qu'on pouvait se faire repérer en émettant.
- J : c'est un risque à courir. Sans eux, on est bloqué ici. Je suis sûr que les montagnes grouillent encore de machines. Et on ne peut pas passer par la galerie souterraine avec les bombes. Je doute qu'elles apprécieraient le bain. Une raison de plus de les laisser sur place pour le moment.
- D : bon, c'est toi le leader de la résistance, il paraît. C'est toi qui vois. J'espère que tu sais ce que tu fais!
Kyle lui envoya un coup de coude dans le ventre et lui chuchota à part:
- K : arrête, Derek! Fais-lui confiance un peu! Dis-moi franchement: depuis combien d'années tu n'avais pas eu un espoir aussi grand de mettre un terme à toute cette folie? Moi je veux bien le suivre n'importe où. Pour cet espoir que lui et sa mère sont venus nous apporter.
- D : je sais, Kyle. Je pense comme toi. Mais je commence à trouver qu'on agit un peu trop dans le dos de notre hiérarchie. On doit les prévenir.
- K : on le fera, Derek. Patiente encore un peu. John a raison, il faut se méfier de tout maintenant.
Avant de partir, John mit au point un codage complexe des instructions de conception des EMP. Cameron mémorisa toutes les information en utilisant ce codage. Ce qui leur permettrait de ne pas porter le support physique, les papiers, contenant ces précieuses données. Si par malheur elle se faisait prendre par l'ennemi, Skynet ne pourrait pas déchiffrer les informations… en tout cas, il l'espérait.
Ils descendirent donc vers la ville, sur le qui-vive. A la jumelle, ils observèrent quelques mouvements de machines, assez peu nombreux. Il purent donc sélectionner un quartier qui paraissait totalement délaissé. L'après-midi se passa en recherches, dans une ambiance tendue. Ils ne connaissaient pas la ville. Ils s'étaient séparés en deux groupes. Ben, Cameron et Derek d'un côté et John (qui boudait un peu Cameron), Allison, Kyle et le T800 de l'autre.
Ben discutait beaucoup avec Cameron. Il avait beaucoup de questions à lui poser. Il était en pleine analyse de son psychisme et le sujet le passionnait. Il la repoussait sans cesse dans ses derniers retranchements, comme pour la faire se rendre compte toute seule de ce qu'elle éprouvait, ce qu'elle pensait, ce qu'elle disait. Derek passait son temps à lever les yeux au ciel, incrédule devant l'intérêt de Ben pour cette machine. Il allait mieux mais sa blessure le faisait souffrir. Ben lui avait refait son pansement, mais il espérait trouver dans les ruines, quelque chose pour le soulager.
La seconde équipe trouva plusieurs éléments pouvant servir à reconstituer un poste radio. Toutes étaient défectueuses, mais ils pensaient pourvoir en assembler une correctement. Au point de rendez-vous, aucune équipe n'ayant fait de mauvaise rencontre, ils se mirent à chercher un abri pour la nuit. Ils étaient au milieu d'un quartier résidentiel. Il avait du être riche. Les maisons étaient grandes et solides. Certaines tenaient encore à peu près debout. Leur choix se fit pour une maison de taille moyenne, un peu effondrée mais dont les soubassements étaient intacts. Ils pourraient donc investir la grande cave sans risque d'être découverts. Ils trouvèrent à l'intérieur, bien que fort poussiéreux, un aménagement confortable. La cave devait servir à des repas de famille, ou aux enfants. Il y avait une grande table et des chaises, restées là depuis des années. En fouillant dans la cuisine, Kyle trouva de vieilles boîtes, et même des pâtes qu'ils pourraient faire cuire avec le réchaud du matériel de camping que Derek avait débusqué dans un coin.
Pendant que Kyle préparait à manger et que Derek, John et Allison s'affairaient sur les divers éléments du futur poste de radio, Ben s'adressa à Cameron et au T800:
- B : bon, j'ai deux spécimens devant moi, je serais bête de ne pas en profiter. C'est quoi vos points faibles? Au combat, je veux dire.
- T800 : vous nous avez fait une démonstration qui prouve que vous avez déjà percé l'essentiel de nos points faibles: la rapidité et l'équilibre. L'appareil d'équilibration des humains est très délicat à reproduire. Vos oreilles internes, votre vision, le tout couplé à votre cerveau vous donne plus d'équilibre qu'aucune machine n'en aura jamais. Mais si vous essayez avec moi, je serai plus difficile à déstabiliser qu'un T600. Skynet a fait des progrès avec le gamme des T700 puis des T800. Mais avec un seul bras, je ne suis pas opérationnel à 100%.
- C : moi non plus. J'ai plusieurs réglages et réparations à faire. J'ai été endommagée en sortant Sarah de prison. Mais en temps normal, je suis plus rapide qu'un T800.
- B : ok, mais quoi d'autre? Cameron, sous ta peau, tu es faite à peu près de la même façon que Jojo?
- C : à peu près, oui.
- B : donc ce vérin, là, derrière le bras, il est aussi frêle? Peut-être encore plus puisque tu as un gabarit plus… "light"? C'est un petit vérin. Il mime assez bien l'anatomie fonctionnelle du corps humain. On a une force très limitée en faisant les mouvements qui conduisent à amener le bras derrière le dos. C'est donc un point faible, non? Même s'il est le même que pour un homme.
Cameron n'eut pas le temps de répondre.
- T800 : Skynet n'a pas eu la possibilité de faire ce qu'il voulait dans la création de nos endosquelettes. Il avait une contrainte: une fois la peau synthétique posée, il ne fallait pas qu'un élément de l'endosquelette ressorte plus qu'un os humain. Il n'a donc pas pu placer là un vérin de plus gros diamètre.
- C : mais la force dégagée par ce vérin est bien plus grande que celle de vos muscles.
- B : oui, de nos muscles à cet endroit. Mais pas forcément ailleurs.
- C : que veux-tu dire?
- B : Je veux dire qu'il est peut-être possible de vous immobiliser main dans le dos. Parce qu'à ce moment, je me servirais essentiellement d'autres muscles pour bloquer le mouvement, des muscles plus développés.
- C : je ne crois pas qu'un homme puisse lutter contre une machine à main nue. On peut vous briser le cou par une simple pression des doigts.
Ben prit un ton joueur. Il sourit à Cameron. Les autres levèrent la tête. Ils sentaient qu'il allait y avoir un peu de sport, surtout Kyle et Derek qui connaissaient le côté parfois bagarreur de Ben et ses performances de commando.
- B : oui, mais pour ça il faut l'attraper… je te propose un truc. On essaye, d'accord? Evidemment, je peux me tromper, et j'apprécierais dans ce cas que tu t'arrêtes avant de me casser quelque-chose. OK? Tu n'es pas trop endommagée pour ça?
- C : non, mais c'est dangereux, Ben. Je pourrais te faire mal sans le vouloir.
- B : t'inquiète pas, allez!
Et sans laisser un instant à Cameron, il reproduisit exactement ce qu'il avait fait quelques jours plus tôt avec le T600 qui avançait sur John. Il se baissa, ramassa ses bras autour de son tronc, pris son poignet droit avec sa main gauche, les avant bras repliés sur son torse, rentra la tête et fonça épaule droite en avant sur le thorax de Cameron qui n'eut pas le temps de réagir et alla s'écraser contre une étagère derrière elle. Ben, agile et très rapide, ne lui laissa pas plus de temps, se saisit d'une planche de bois et la fit tomber à plat ventre en abattant la planche sur son dos alors qu'elle venait de se redresser et de s'extraire de l'étagère.
Il se jeta sur elle, se mit à califourchon sur son dos et se saisit immédiatement de ses deux avant-bras pour les replier derrière elle, de la même façon qu'il avait appris à immobiliser un homme à terre. Il luttait de toutes ses forces pour maintenir les bras de Cameron repliés. Elle développait une force considérable. Mais Ben était lui aussi très musclé et au prix d'efforts intenses, il parvint à empêcher Cameron de se relever. Elle avait la tête écrasée par terre, sur le côté, et chacun put lire une expression étrange sur son visage. L'assemblée était médusée. John n'avait jamais vu Cameron exprimer ce qui ressemblait à de la peur, de la frustration, et de la rage mélangées.
Ben lâcha prise et se releva. Il aida serviablement Cameron à faire de même en lui tendant la main, mais celle-ci l'ignora, se releva et reprit sa tête habituelle, sérieuse et neutre.
Ben n'insista pas. Il ne voulait pas en rajouter et avait le succès modeste. Les autres, en revanche ne tarissaient pas de commentaires et de rires sur les capacités impressionnantes de Ben au combat. Il avait fait partie d'une unité d'élite et avait gardé tous ses réflexes.
- K : bravo, Ben. La vache, la rapidité! T'es boosté aux hormones ou quoi?
Un peu plus tard, chacun abandonna ses activités pour prendre le temps de manger. Ils s'assirent tous à table, même le T800 à qui il fallut trouver une chaise plus solide que celles du mobilier de jardin en plastique pour ne pas qu'elle cède sous son poids.
- A : ça fait du bien de prendre le temps de s'attabler après le grand air. Même dans une cave. On a de vrais couverts, de vraies pâtes… merci Kyle, pour ce bon repas.
- K : attends un peu avant de dire "bon". J'ai préparé une sauce douteuse avec un peu tout ce que j'ai trouvé. Je ne suis pas entièrement convaincu. Envoyez les assiettes, vous verrez bien!
- B : ça sent bon en tout cas.
John qui avait remarqué le mutisme de Cameron, encore plus que d'habitude, tourna la tête vers elle pour l'observer. Avec le temps, il était un peu moins irrité contre elle. Il demanda:
- J : ça va Cameron? Tu ne dis rien. Tout va bien?
Cameron tourna la tête vers lui et dit sur un ton fier:
- C : ça va, John, je te remercie.
- J : Cameron, je te connais. Qu'est ce qui ne va pas?
Cameron ne répondit rien. Le silence régnait, personne ne pipait mot. Tous les yeux étaient braqués vers eux. Un seul se réjouit de la situation et afficha un large sourire que tout le monde remarqua.
Ben se leva, tout joyeux, contourna la table et se plaça derrière Cameron en lui tenant les épaules.
- B : ce qui se passe? Vous ne voyez pas? Vous êtes tous aveugles ou quoi?
Ben s'accroupit à côté d'elle en gardant un bras autour de ses épaules. Il l'agita amicalement tout en lui disant sur un ton de comédie:
- B : alors, la petite machine à tuer… on boude? On est vexé de s'être fait battre par un vulgaire humain?
Cameron tourna la tête vers lui sans comprendre. Ben redevint sérieux.
- B : tu n'es pas du tout une machine à tuer, Cameron, tu es bien plus. C'est ce genre de réaction que j'attends de toi, c'est ça que j'ai voulu faire naître. Toute cette comédie, c'était pour ça. Pour te faire éprouver quelque-chose , et surtout, pour que tu t'en rendes compte. Tu viens de réagir comme n'importe quel humain. Tu viens de nous montrer que tu as été vexée. Dis-moi un peu quelle machine de ta connaissance est capable d'exprimer de telles émotions, hein? C'est ça que je veux, Cameron.
Il se releva et lui prit la main pour la tenir chaleureusement. Il voulait quand-même s'excuser de l'avoir manipulée et voulut lui remonter le "moral".
- B : sans rancune, ma belle? J'ai fait exprès. Dans 99% des situations, tu as le dessus sur moi au combat. Et tu le sais très bien. Je ne fais pas le poids. Je te laissais une seconde de plus pour réagir et j'étais foutu. J'ai créé ce scénario juste pour ça, pour te voir réagir. Et tu as réagit.
Cameron ne dit rien. Elle était perturbée par ce que Ben venait de lui dire. Elle avait effectivement très bien senti quelque-chose depuis que Ben l'avait immobilisée. Mais elle n'avait pas su quoi. Elle n'avait pas su l'analyser, pas su lui donner un nom. Et Ben venait de l'aider en lui donnant des pistes pour un prémice de compréhension.
Elle finit par sourire timidement, un de ces sourires presque imperceptible que John vit et qu'il aimait tant. Il était heureux pour elle. Ben lui apprenait des choses qu'il était incapable de lui apporter. Il la traitait comme une personne à part entière et son dévouement était manifestement sincère.
Derek dit tout bas à son frère en face de lui:
- D : allons bon, une machine qui fait la gueule, maintenant!
- K : allez, Derek, déride-toi un peu. Reconnais qu'elle n'est pas comme les autres, celle-là.
Allison assistait à tout ceci un peu déconcertée. Cameron avait réussi en peu de temps à attirer la sympathie de tout le groupe. John restait un peu contrarié mais ses sentiments sautaient aux yeux, et Derek était un peu hostile à l'idée de fraterniser avec les "boîtes de conserve" comme il disait souvent, mais elle était convaincue qu'il était lui aussi ébranlé par l'attitude de Cameron. Tout cela la laissait perplexe. Avaient-ils tous oublié qu'elle était sa copie? Qu'autour de cette table, il y avait deux visages parfaitement identiques? Et John? Qu'en pensait-il?
A la fin du repas, chacun se prépara à dormir. Ils trouvèrent quelques vieux matelas poussiéreux qui feraient l'affaire, quelques couvertures et même quelques couettes. Les deux Terminators restaient en faction devant les escaliers. Cameron décida de monter pour surveiller les alentours tout en restant protégée de la construction en surface.
Ben qui réfléchissait à cette attitude demanda à John:
- B : elle non plus ne dort jamais?
- J : non, il faut toujours qu'elle fasse quelque-chose, ne serait-ce que rester debout, immobile à guetter. Dans le passé elle était capable de rester debout toute la nuit dans le hall. On la laissait comme ça le soir et on la retrouvait dans la même position le matin. Elle n'avait pas bougé d'un millimètre. Ça fait très bizarre. C'est là qu'on se rend compte que c'est une machine. Ou parfois elle partait en vadrouille sans rien nous dire, on ne savait jamais ce qu'elle faisait.
- B : si tu veux la respecter, John, il faut que tu arrêtes de dire ça. Son corps est mécanique, c'est vrai, mais ce n'est pas une machine. Je ne sais pas si tu te rends bien compte de ce qu'elle est.
John fut piqué dans sa fierté d'une telle réflexion. Il était peut-être le plus apte à s'en rendre compte, tout de même!
- J : ben voyons! Non, bien-sûr! Mais je suppose que tu vas m'expliquer?
- B : les mots me manquent. Quand je trouverai une bonne définition, je te la donnerai… Tu n'as jamais essayé de la faire dormir?
- J : quoi? Mais c'est pas possible. Elle peut pas dormir.
- B : parce qu'elle est une machine?
- J : je… oui, elle ne sait pas faire ça.
- B : pourtant elle ressent des choses. Ça non plus ce n'est pas possible. Pourtant c'est ce qui se passe. Personne ne lui a montré.
- J : et à quoi ça lui servirait?
- B : la même chose qu'à nous. Reposer son esprit, puisque toi et moi, on a la conviction qu'elle en a un et… rêver.
- J : rêver? Tu voudrais que Cameron rêve? Ecoute, Ben, je sais que tu veux bien faire, mais là… Cameron ne peut pas rêver. Cameron fonctionne avec des programmes, elle obéit à de l'électronique… comment veux-tu?…
- B : si on essaye rien… il faut que tu comprennes qu'il faut aider Cameron. Et le préalable pour ça, c'est que tu la comprennes, elle. Ce que tu viens de me dire prouve que tu ne la comprends pas. Je l'ai entendu te le dire d'ailleurs: "toi non plus tu ne me comprends pas". C'est une phrase lourde de sens. Peut-être que je vais trop loin avec les rêves, ok, je veux bien le reconnaître. Mais toi, tu ne vois que tes sentiments. Apprends à la comprendre d'abord, c'est extrêmement dur pour elle. Elle ne se comprend pas elle-même. Elle a besoin qu'on l'aide à se comprendre.
Ces programmes, l'électronique dont tu parles, ce n'est qu'un support, comme le cerveau est le support de notre esprit. Je ne sais pas si un jour quelqu'un sera capable d'expliquer ce qui s'est passé, pourquoi elle est capable de tel ou tel sentiment ou émotion. Mais les faits sont là, John. Elle en a. Et elle ne sait pas comment les gérer. Elle ne sait pas mettre de nom dessus. Elle ne comprends même pas ce qu'elle ressent. Elle ne fait que subir ces sentiments. Elle est perdue, John. Tu peux me croire. Il lui manque encore une conscience d'elle-même d'un point de vue émotionnel. Il faut qu'on la guide, sans la brusquer. Il faut avancer doucement, lui faire prendre conscience des choses, elle-même, sans le lui imposer. Va la chercher, John. On va essayer. Demande à Jojo de la remplacer en haut. On a pas besoin de quelqu'un en faction dans la cave, c'est débile, ça sert à rien.
John obéit, fasciné par ce que Ben venait de lui dire. Comment avait-il pu comprendre tout ça en si peu de temps? En montant les escaliers, il se dit que Ben avait raison. Il était égoïste, il ne pensait qu'à ses propres sentiments. Il croyait que Cameron faisait exprès de "jouer" avec lui mais il n'en était rien. Elle faisait ce qu'elle pouvait. Elle était en réalité de plus en plus perturbée et John pensait que c'était à cause de la fréquentation des humains. Plus elle vivait avec eux, plus elle agissait comme eux, pensait, ressentait comme eux. Mais elle n'était pas vraiment humaine pour autant. Elle apprenait et ressentait différemment. Elle n'avait pas été conçue pour ça et ses émotions naissantes qui la submergeaient étaient peut-être plus un fardeau qu'autre chose pour elle. Il arriva en haut et la trouva assise la tête levée vers les étoiles.
