Cameron put rejoindre le groupe et se réfugier à l'abri des arbres. Tout le monde était médusé par ce qu'ils venaient de voir. Ils ne s'éternisèrent pas et partirent directement dans les profondeurs de la forêt pour rejoindre la montagne. Le silence était roi, presque pesant, personne n'osant prendre la parole le premier. John émit à JH un rapide message pour lui signifier qu'ils avaient atteint la chaîne de San Gabriel, et les guider en prenant par défaut une vitesse de marche de 4km/h car la progression était plus lente en montagne, surtout en milieu hostile. JH leur serait maintenant d'une aide précieuse.

Au soir, alors qu'ils avaient déjà gravi la pente la plus raide et qu'ils redescendaient dans une vallée, les langues se délièrent. Ils étaient sur le point de faire halte pour la nuit.

- A : mais enfin, que s'est-il passé? Pourquoi ils ont pris Ben? Pourquoi… pourquoi ils ne l'ont pas tué? Quand ils font des rafles pour les camps de travail, c'est pour des groupes entiers, quand ça vaut le coup pour eux. Ici, ils n'ont que Ben… que vont-ils faire de lui?

Derek s'approcha d'elle. Il se voulait apaisant mais savait qu'il ne trouverait pas les mots justes.

- D : je ne sais pas, Allison. J'en sais vraiment rien. Mais je ne crois pas qu'on le revoie un jour. Il a fait ce qu'il croyait juste. Il s'est sacrifié pour elle.

Derek jeta un regard lourd vers Cameron, qui le vit et ne dit rien.

- K : il avait foi en elle. Il était persuadé qu'il fallait la traiter comme notre égal. Il la considérait comme un membre de notre groupe à part entière. Rien d'étonnant à ce qu'il se comporte comme il se serait comporté pour chacun d'entre nous. Vous ne pouvez pas lui en vouloir pour ça.

Allison pleurait silencieusement. Ben était sans doute son meilleur ami, elle venait de le perdre et c'était à cause d'une machine en qui il avait vu un être vivant, aussi précieux que n'importe quel autre être vivant. Allison était suffisamment intelligente pour comprendre Ben et comprendre ses choix. Elle ne lui en voulait pas et faisait preuve, même dans la douleur de la perte d'un être cher, d'une capacité de recul suffisante pour ne pas en vouloir à Cameron non plus. En tout cas elle essayait de s'en convaincre…

La seule qui ne comprenait rien à ce qui venait de se passer, c'était Cameron. Qu'était-il donc arrivé? Pourquoi avait-il fait demi-tour pour elle? Pourquoi avait-il risqué sa vie pour elle, une machine?

John, qui était resté silencieux, était impressionné par la maîtrise d'Allison. Il ressentait son chagrin mais sentait aussi ce contrôle d'elle-même qui l'empêchait de déverser sa rage contre Cameron.

Derek donna le signal d'arrêt avant que la nuit ne soit trop noire, dans un renfoncement de terre et de roches, protégé par une végétation épaisse. De tout façon, en cas de rapprochement de troupes ennemies, JH pourrait les avertir et la vision infra-rouge de Cameron les aiderait à fuir. Le climat en altitude était bien plus agréable et ils accueillirent cette fraîcheur avec soulagement. Mais ils étaient tous sales et rêvaient d'un ruisseau pour se laver. Chacun restait en activité pour s'occuper l'esprit et ne pas penser à Ben ni au sort qui l'attendait. Ils trouvèrent rapidement des petits bassins naturels creusés dans la roche, alimentés par un cours d'eau claire et fraîche. Allison était partie en premier, mais John la rejoignit rapidement. Elle était accroupie au bord d'un bassin et avait commencé à se dévêtir. Elle l'aperçut et, ne voulant pas reproduire ce qui s'était passé dans la grotte, s'arrêta aux sous-vêtements et s'immergea.

- J : je peux?

- A : bien-sûr… en fait je ne tiens pas trop à rester seule.

John retira également ses habits et s'assit sur le bord, les pieds dans l'eau. Pendant qu'il se passait de l'eau sur les cheveux et la figure, il lui dit:

- J : tu m'impressionnes, Allison. Je ne sais pas comment tu fais pour rester calme après tout ça.

- A : oh, c'est une façade! Je ne suis pas d'un naturel très démonstratif, mais je suis bouleversée en réalité. Je n'ose même pas penser à Ben. A ce qu'il a fait, à ce qu'il va devenir.

- J : ce qu'il a fait… tu penses que c'est moi qui lui ai mis ces idées en tête, n'est-ce pas? Sauver une machine de la même façon que sauver un humain…

- A : non, John. Je ne pense pas ça. Il n'aurait pas risqué autant pour une machine. Il l'a fait pour Cameron parce qu'il pense qu'elle ne se réduit pas qu'à ça. Tu le penses aussi… je le pense et… je crois que Derek et Kyle aussi. La démonstration de Ben l'autre soir… je pense que c'était suffisamment convainquant. Elle était bel et bien vexée, ça sautait aux yeux. En fait il n'y a qu'elle qui ne sait pas que penser.
Mais je pense que Ben allait un peu trop loin.

- J : que veux-tu dire?

- A : je pense que si Cameron est plus qu'une machine, ça ne veut pas dire qu'elle soit l'égal d'un homme. Mais peut-être ai-je tort… je ne sais pas.

John n'écoutait plus vraiment. Il s'en voulait un peu de profiter d'une occasion pareille pour la regarder. L'admirer serait plus juste. Mais c'était plus fort que lui. Il était fasciné par sa beauté, son corps svelte et harmonieux, ses grands yeux expressifs plein de vie… Mais la voix de Cameron derrière lui le sortit de sa contemplation.

- C : John, j'ai reçu un éclat de métal dans le front. Je ne parviens pas à le retirer toute seule car je ne vois pas ce que je fais. J'ai besoin de ton aide. Il faut l'enlever, sinon il empêchera la cicatrisation.

- J : et tu ne peux pas demander aux autres?

- C : …

Cameron fit demi-tour sans rien dire, impassible.

- J : non, attends! Reviens. Ça tombe bien que tu sois là, en fait. Je te propose un truc: je t'enlève ton éclat et tu nous racontes le lien qui existe entre toi et Allison… devant elle.

- C : je vais me débrouiller autrement.

- J : Cameron! Je ne te lâcherai pas. Je veux savoir et Allison a le droit de savoir aussi. Pourquoi tiens-tu tant à nous le cacher?

- C : ça ne va pas te plaire, John.

- J : je préfère ça à ton silence.

- C : je n'en suis pas sûre.

- J : arrête Cameron, dis-nous la vérité!

- C : comme tu veux, John. Mais il faut que je remonte un peu avant, lors de ma création, pour que vous puissiez comprendre.

John avait commencé à examiner le front de Cameron et sortit son couteau pour tenter d'extraire le fragment métallique. Tout absorbé à son travail, sans détourner les yeux, il dit calmement:

- J : mais… je ne demande pas mieux! Ça fait des mois que je te demande d'où tu viens précisément, de me donner des détails sur ce que tu étais avant. Et tu éludes constamment.

- C : ce que j'étais avant est… tu ne vas pas aimer.

- J : tu viens de le dire, ça! Et qu'est-ce que tu crois? Que je ne me doutais de rien, que je ne me suis jamais posé de questions sur toi, d'où tu venais? Tu es un Terminator. Tu as été conçue pour me tuer, je sais tout ça. Y'en a eu un autre avant toi, je te signale. Je commence à être rodé. C'est seulement ça qui te retenait de me raconter tes origines?

- C : je ne sais pas, John. J'ai toujours senti qu'il valait mieux ne pas te le dire. Je le pense encore. Mais si tu insistes…

- A : tu ne veux pas le décevoir?

Allison qui était sortie de l'eau avait dit ça gentiment, mais directement, en regardant Cameron dans les yeux. Cameron pencha la tête sur le côté en fronçant les sourcils, l'air de ne pas comprendre. Elle resta un instant sans rien dire comme si cette phrase s'était gravée dans son esprit et qu'elle ne pouvait plus penser à autre chose. Puis elle commença son récit sans finalement tenir compte de la remarque d'Allison.

- C : Le John de l'autre futur m'a demandé un jour si je faisais partie du groupe de Terminator qui s'était rebellé sous l'égide du T1000 qui se fait appeler Weaver… Non, je n'en faisais pas partie. Mais j'ai essayé de te le faire croire. J'ai été conçue par Skynet dans le but d'infiltrer la résistance. Dans le but de t'infiltrer toi. Je suis le dernier modèle de Terminator spécialisé dans l'infiltration, le plus avancé de l'époque d'où je viens. J'ai une capacité à mimer le comportement humain bien meilleure que celle d'un triple 8. Je m'adapte mieux et mes programmes ont été conçus grâce à l'expérience en comportement humain et en psychologie d'hommes que vous appelez traîtres à votre cause et qui vendaient leur connaissances à Skynet contre un meilleur confort de vie.
Nous savions déjà que tu entretenais des rapports étroits avec Allison Young. Je n'ai jamais vraiment su de quelle nature mais j'ai supposé qu'il s'agissait de liens amoureux.

A cette remarque, Allison baissa la tête et se mit à rougir. John était lui aussi un peu gêné. Il avait peut-être vu juste tout à l'heure dans le marais. Mais il occulta rapidement cette idée car il attendait la suite avec impatience.

- C : mon groupe a réussi à capturer Allison lors d'une de vos missions. J'ai essayé de lui faire croire que je voulais entrer en contact avec toi car je représentait le groupe de Weaver et que je cherchais une alliance. Mais elle ne m'a jamais cru. Nous avons du… la torturer pour obtenir des renseignements sur toi et sur l'organisation de votre base, la façon d'y entrer. Et on m'a donné son apparence physique. Je m'y suis rendue mais n'ai pas pu passer les premiers barrages car il me manquait un bracelet d'identification dont Allison avait soit-disant "oublié" de me parler. En réalité, elle voulait que je me fasse prendre mais je ne leur en ai pas laissé le temps et je suis retournée l'interroger.

- J : et….?

- C : je lui ai pris ce dont j'avais besoin et je l'ai tuée.

- A : QUOI?

- J : c'est pas vrai… j'en étais sûr.

Allison était sidérée d'entendre le récit de sa propre mort. Mais finalement assez peu étonnée. Elle était habituée aux méthodes des machines. Elle eut tout de même froid dans le dos en regardant Cameron. Elle l'imaginait dans la scène qu'elle venait de décrire. Cameron était dangereuse, complexe, instable peut-être, mais dangereuse avant tout. C'était un Terminator, construit pour tuer.

A l'inverse, John, même s'il l'avait senti depuis longtemps, était plus surpris encore qu'Allison.

- J : mais… comment as-tu pu faire ça, Cameron?

- C : ce n'est qu'avec toi que j'ai commencé à apprendre la valeur d'une vie humaine, tu ne peux pas me reprocher d'avoir fait ce pour quoi j'ai été conçue. C'est toi qui la première fois, m'a appris à neutraliser sans tuer.

- J : mais pourquoi? A quoi ça t'a avancé?

- C : j'avais deux raisons de le faire. Allison avait déjà tenté de s'échapper. Elle pouvait recommencer, réussir et faire avorter le plan que nous avions. Et puis elle m'avait menti.

- J : mais enfin, Cameron, évidemment qu'elle t'avait menti! A quoi tu t'attendais? Elle protégeait la résistance. Mets-toi à sa place.

- C : je n'avais pas de raison de le faire. Elle ne nous servait plus.

John se leva, scandalisé d'entendre de telles choses de Cameron. Sa Cameron. Elle pouvait tellement ressembler à une machine par moments... Il était déboussolé.

- J : mais tu t'entends parler, Cameron? Elle ne te "servait plus", donc tu l'élimines?

- C : je t'avais prévenu que ça ne te plairait pas.

- J : non ça ne me plait pas. PAS DU TOUT !

Le ton montait.

- C : comme je t'ai dit, je n'avais jamais été durablement confrontée aux humains avant toi. Je n'avais aucune notion du prix d'une vie avant de te connaître.
Et puis ça a échoué. Malgré ce stratagème, tu as fait immédiatement la différence et tu as compris qui j'étais. Tu m'as immobilisée à l'aide d'autres machines que tu avais reprogrammées. J'ai essayé de te faire croire que j'étais envoyée par un groupe de machines rebelles mais tu ne m'as pas cru non plus.

- J : et je t'ai reprogrammée…

Cameron ne répondit pas. Elle restait là, immobile. John se rhabilla, suivi d'Allison. Il était écœuré de ce qu'il avait appris. Sur le chemin du retour, Allison lui prit la main et lui demanda de ne pas être trop dur avec elle. Elle avait raison, il ne pouvait pas lui en vouloir d'avoir fait ce pourquoi elle était programmée. Sa colère était injuste.

Cameron marchait devant pour rejoindre l'abri.

- A : regarde-là, John. Elle est perdue. Elle sait qu'elle t'a déçu. Je suis sûr qu'elle regrette, maintenant, et qu'elle est triste. Profondément triste.

- J : mais qu'est-ce que tu racontes, Allison? Tu prends la place de Ben, maintenant? Tu n'es pas révoltée d'avoir entendu ça? Tu ne lui en veux pas? Elle t'annonce qu'elle t'a torturée puis tuée et tu ne bronches pas? Ça ne te fait rien?

- A : calme-toi, John, tu es trop émotif, là. Tu es déçu de son comportement mais tu n'essaies pas de comprendre. Bien-sûr que je suis atterrée d'apprendre tout ça. Mais je n'irai pas la fustiger pour autant. Elle a changé, John, et tu es le mieux au courant de ce changement. Tu as vécu avec elle. Et… il faut savoir pardonner. Il faut toujours essayer de pardonner.

John sourit à moitié en levant les yeux au ciel.

- J : mouais, on sent l'enseignement de Ben, là. Facile à dire.

- A : je vais lui dire que je ne lui en veux pas et après… c'est dur à dire pour moi mais… j'aimerais que tu y ailles aussi. Que tu ailles la réconforter.
Je ne pensais pas que je dirais ça un jour mais j'ai le sentiment que c'est la chose la plus juste à faire. Il faut que tu le fasses, c'est tout.

Allison distança John et rejoignit Cameron. Elles arrivèrent à l'abri mais restèrent un peu à l'écart.

- A : Cameron?

Cameron la regarda de son air habituel, toujours le même. Neutre avec une pointe de curiosité, intriguée et un peu froide.

- A : je voulais te dire… je ne t'en veux pas. J'ai du mal à y repenser et m'imaginer dans l'histoire que tu viens de nous raconter. Je sais que c'est la réalité pour toi, mais moi je ne l'ai pas vécu. Et ce que je n'ai pas vécu, c'est de l'imaginaire pour moi, du rêve… Dans ma réalité, tu ne m'as rien fait de mal, tu nous as tous aidé. Sans toi on serait tous mort sous les canons à plasma du HK-Aerial. C'est toi qui les as détruits. Tu nous as sauvé la vie, Cameron. Ici tu es de notre côté, quelqu'un… qui fait le bien, tu nous protèges. Je ne peux pas t'en vouloir.

- C : pourtant je t'ai tuée froidement, sans regrets, sans hésiter. John a raison, c'est impardonnable pour des humains.

- A : tu obéissais à ton programme, on ne peut pas t'en vouloir. Le véritable ennemi c'est Skynet, pas ses instruments qui n'ont pas de volonté propre. Maintenant tu es devenue autre-chose… J'ai du mal à comprendre quoi. John aussi. Mais Ben savait et il avait confiance en toi. Je sais que tu n'es pas qu'une machine. Je ne te veux pas de mal. Un jour peut-être, je pourrai te considérer comme ma sœur… ma sœur jumelle.

Les mots d'Allison avaient devancé sa pensée. Elle vit qu'elle venait d'ébranler Cameron. Profondément. Mais Cameron ne savait pas l'exprimer. Elle ne savait pas dire ce qui se passait dans sa tête. En guise de remerciement, elle lui dit:

- C : je suis désolée, Allison. Je regrette ce que je t'ai fait subir.

Allison lui sourit tristement et repartit auprès de John qui préparait un rapide repas pendant que Kyle et Derek étaient partis eux aussi se laver. Elle avait du prendre sur elle pour aller parler de la sorte à Cameron. Pourtant elle avait dit la vérité: elle n'avait rien contre elle. Ce qu'elle n'avait pas dit en revanche, c'était que la "jeune-femme" Terminator représentait sa plus grande rivale, sa concurrente pour le cœur de John. Mais il y avait tant de passion chez lui quand il s'agissait de Cameron… de la colère, de l'inquiétude… de l'amour certainement. Et elle ne pouvait jouer à se poser en adolescente jalouse dans le contexte actuel. John avait déjà un poids énorme sur les épaules. Elle le comprit, se résigna avec tristesse et conclut que faire la paix avec Cameron était la meilleure chose à faire. Elle fit signe à John d'aller la retrouver pendant qu'elle le remplacerait.

Cameron était restée un peu à l'écart, là où Allison l'avait laissée. Ils s'assirent tous les deux sur une grosse roche de granit, en dehors du champ d'écoute des autres.

Ils restèrent là de longues minutes côte à côte, sans rien dire. Cameron ne comprenait pas ces attentions que les autres avaient pour elle. Elle était habituée au mépris de tous. Seul John lui avait toujours témoigné de l'intérêt, de l'attention… de l'affection. Sarah avait toujours été dure avec elle. Et Derek aussi, surtout dans le passé qu'ils avaient quitté; moins ici. Elle ne comprenait pas ce revirement d'attention des humains. Ben d'abord, puis Allison maintenant…

John quant à lui était resté sur sa faim après le récit de Cameron. Il voulait en savoir plus. Il voulait savoir ce qui s'était passé après.

- J : Cameron? Je ne me suis pas montré à la hauteur. Je suis désolé. J'ai l'impression de recevoir des leçons de tout le monde. De Ben, d'Allison… à chaque fois ils ont raison. Je suis trop égoïste. Je n'essaie pas de te comprendre. Je n'arrive pas.

Cameron tourna la tête et le regarda avec ce petit sourire adorable.

- C : je crois plutôt qu'ils t'ont bourré la tête avec leurs rêves. Ils me croient capable des mêmes sentiments qu'eux. Mais moi je sais que c'est faux. Toi aussi. Tu sais bien que c'est impossible. Je suis une machine.

- J : Cameron, arrête. Je ne veux plus t'entendre dire ça.

- C : pourquoi, John? Pourquoi ça te dérange tant que ça?

- J : tu sais très bien pourquoi. Ne me fais pas croire que tu ignores ce que je ressens pour toi.

- C : et tu as honte d'avoir de l'affection pour une machine. C'est ça? Tu préfèrerais me savoir humaine ou au moins que je tende vers un comportement plus humain…

- J : et toi, qu'en penses-tu? Vraiment! Dis-moi, Cameron. Dis-moi ce que tu penses.

- C : je pense que je suis une machine complexe, très performante mais pas au point. Je pense que mes logiciels de communication, de compréhension et de psychologie marchent mal ensemble. Que cela perturbe ma vision finale des choses et que vous prenez ça pour de l'humanité, pour une âme. Mais je pense que vous vous trompez.

- J : donc tu me dis que tu ne te résumes qu'à une suite de logiciels complexes. Trop complexes… et que tu n'éprouves rien du tout? Que tu ne ressens rien?

- C : si, je ressens des choses. Mais pas de la façon dont vous l'imaginez ou le vivez vous-même.

- J : alors rien ne t'émeut, rien ne te rend triste ou heureuse?

- C : je ne sais pas…

- J : tu sais, Derek… je veux dire, l'autre Derek m'a dit qu'il t'avait surprise un jour que tu laçais tes pointes. Et tu t'es mise à danser, Cameron. Il a été choqué… enfin c'est le mot qu'il a utilisé, tu le connais. Mais je crois plutôt qu'il voulait dire "impressionné" par la fluidité de tes mouvements et la grâce qui se dégageait de toi. Ne viens pas me dire que c'était pour mieux t'infiltrer au cours de danse!
Alors? Qu'est-ce que ça signifie selon toi? Pourquoi tu t'es mise à danser? Toute seule… Pour passer le temps? C'étaient tes programmes, peut-être, qui t'ont demandé de faire ça? Non Cameron, tu n'arriveras jamais à me convaincre que tu n'es qu'une machine.

Cameron ne dit rien. Elle regardait droit devant elle.

- J : et le jour où tu t'es crue humaine… c'était Allison, n'est-ce pas?... tu veux que je te dise mon sentiment à ce sujet? Je pense que tu éprouvais de la culpabilité. Tu regrettais de l'avoir tué. Tu as appris à savoir, à distinguer une bonne chose d'une mauvaise… et tu t'en veux au fond de toi.

- C : c'est ce que tu penses de moi?

- J : oui. Pourquoi?

- C : j'ai l'impression de devoir te dire merci pour tout ce que tu me dis.

- J : tu vois? C'est un comportement de machine, ça?
Cameron… je voudrais que tu continues ton histoire… après que je t'aie reprogrammée.

- C : tu ne m'as pas reprogrammée.

- J : quoi? Mais qui, alors?

- C : personne.

- J : … !... je ne comprends plus, là. C'est impossible!

- C : tu m'as déprogrammée. Tu as retiré les programmes de mes missions principales. Tu as voulu tenter une expérience unique: me faire confiance. Tu m'as demandé mon aide. Et tu n'as jamais plus touché à ma puce… enfin pas jusqu'en 2007.

John la regardait, effaré de ce qu'elle lui disait. Cameron continua.

- C : tu as commencé à m'apprendre un maximum de choses sur le comportement humain, vos réactions, vos sentiments, vos émotions… je te suivais partout. Ça a duré plusieurs années, jusqu'à ce que tu puisses conclure que ma déprogrammation était un succès. En tout cas c'est ce que tu as dit. Je suis devenue ton bras droit. Peu de gens me faisaient confiance dans ton entourage. Beaucoup trouvaient malsain cette relation, j'avais pris la place d'Allison et tout le monde savait ou supposait que je l'avais éliminée. Mais tu me défendais toujours. On a monté plusieurs missions ensemble. On avait de bons résultats alors tes commandants n'osaient pas trop t'importuner avec ça. Quand tu as su qu'il existait véritablement un groupe dissident, celui de Weaver, tu as voulu les contacter. Tu as envoyé Jesse et son sous-marin pour entrer en contact avec un de leurs représentants. En fait c'était déjà elle, celle que tu connais sous le nom de Catherine Weaver. Tu leur avais posé une question simple. "Voulez-vous vous joindre à nous?" Mais ils ont répondu non. Jesse m'a apporté cette réponse et je te l'ai transmise. Tu n'as jamais compris cette réponse. Pourtant tu fondais beaucoup d'espoir dans cette alliance. Tu as donc décidé de te rendre toi-même dans leur camp pour éclaircir les choses, savoir pourquoi ils avaient dit non et tenter de les convaincre à tout prix une dernière fois car tu pensais que c'était le seul moyen de venir à bout de Skynet.

Cameron marqua une pause. John la regarda et fut plus surpris que jamais en voyant des larmes couler le long de ses joues. C'était la première fois qu'il la voyait pleurer.

- J : Cameron, qu'est-ce qui t'arrive? Ça va pas?

Cameron reprit, sans tenir compte de la surprise de John.

- C : tu as été tué pendant cette expédition, John.

John se retourna brusquement vers elle. Les yeux de Cameron étaient inondés de larmes. Elle n'arrivait plus à se contenir.

- C : une embuscade de Skynet.

- J : mais!... je croyais que c'était moi qui t'avais expédiée dans le passé pour…

- C : non John, j'y suis allé toute seule.

Sa peine était bouleversante. John n'osait pourtant la prendre dans ses bras. Il ne comprenait plus rien.

- C : j'ai caché ta mort aux autres résistants. Je leur ai dit que tu étais souffrant et que tu me confiais une nouvelle mission. En réalité, une double mission que je m'étais fixée moi-même: revenir dans le passé pour te protéger et mieux nous préparer à ce tragique destin pour qu'il n'arrive jamais.

- J : mais, Cameron! Pourquoi tu ne m'as rien dit? Pourquoi tu m'as laissé croire que tu obéissais à des programmes. Tu veux dire que… tu n'as pas de directives? Tu agis de ton propre chef? Tu as… "choisi" de me suivre?

- C : oui.

- J : et ça ne te suffit pas à voir que tu es autre-chose qu'une simple machine?

Cameron ne répondit pas. Elle avait laissé libre court à son chagrin qu'elle n'analysait pas encore comme tel, mais qu'elle ressentait de façon inexplicable. Elle était étonnée elle-même de cette réaction. C'était la troisième fois que cela lui arrivait. La première à la mort de John, la seconde alors qu'elle s'était prise pour Allison et puis maintenant, aujourd'hui.

John passa son bras autour d'elle et l'attira contre son épaule. Cameron se calma un peu. Il lui caressa doucement les cheveux et restèrent ainsi une bonne partie de la nuit, sans manger, avant de repartir se coucher à côté des autres. Cameron chuchota:

- C : John? … pourquoi Ben a fait ce qu'il a fait? Pourquoi s'est-il sacrifié pour moi?

- J : ça, Cameron, je vais te laisser trouver la réponse toute seule.

Il l'avait dit avec un sourire indulgent et doux. Il invita Cameron à se coucher et recommencer ce que Ben lui avait appris. Se reposer, fermer les yeux. Dormir.

John s'endormit en serrant dans sa main celle de Cameron.

Une seule personne avait encore les yeux ouverts. Allison regardait dans la pénombre cet entrelacs de doigts, le regard brouillé par ses larmes. Elle aurait tellement voulu être à la place de Cameron.

Plus tard dans la nuit, John fut agité de petites secousses. Il se retournait souvent, grimaçait et émettait même quelques gémissements à peine audibles. Cameron, qui bien-sûr ne dormait pas, l'entendit et comprit qu'il faisait un cauchemar. Il en faisait souvent. Elle avait souvent été là pour le rassurer dans son sommeil lorsqu'elle vivait auprès de lui dans cet autre futur. Quand elle ne recevait pas en pleine nuit les hommes de John à sa place et en son nom, elle restait dans la petite pièce qui servait de chambre à John. Et régulièrement, elle le voyait aux prises avec ses démons intérieurs. Cameron fit alors ce qu'elle avait l'habitude de faire. Ce que John avait toujours ignoré car jamais il n'en avait été conscient.

Elle retira sa main de la sienne et la lui passa dans les cheveux, tendrement, avec une délicatesse insoupçonnable pour une machine. Et elle lui murmura à l'oreille:

- C : calme-toi, John. Tout va bien. Je suis là, près de toi. Je te protège. Tu ne crains rien. Ne pense plus à tout ça. Ce n'est qu'un rêve. Calme-toi. Je reste près de toi…

Elle lui déposa un tendre baiser sur le front puis sur la joue, et recommença à lui caresser doucement les cheveux. Au bout de quelques minutes, John s'apaisa.

Instinctivement, sans se réveiller, John reprit la main de Cameron dans la sienne. Juste avant de replonger dans un sommeil plus profond, il ouvrit la bouche et souffla, presque comme un soupir, inaudible même pour Cameron:

- J : Allison…