Chapitre 2 : Trouble
Encore rouge de honte, se demandant comment il pourrait affronter de regard d'Arthur après ça, Merlin, enfin habillé, parcourait les couloirs du château d'un pas rapide, un plateau en équilibre précaire dans sa main droite. Il espérait de tout cœur que le Prince, trop gêné par la situation, ferait comme si de rien n'était. Quand il pénétra dans la chambre, il fut en partie exhaussé. Car si le blond faisait tout pour meubler la conversation avec des banalités, ses yeux semblaient s'attarder plus que nécessaire sur son valet. Sentant la brûle de se regard trop insistant, le jeune sorcier devint encore plus maladroit que d'habitude et fini immanquablement par provoquer une catastrophe. En tendant son repas à Arthur qui s'était attablé, il renversa la coupe pleine de cidre qui alla déverser son contenu sur les genoux princiers. Reculant précipitamment sa chaise dans l'espoir vain d'échapper au liquide, le blond tomba en arrière, sa tête allant violemment faire connaissance avec le sol. Les jambes battant l'air dans une tentative désespérée de s'écarter de son siège et de se relever dignement, le Prince finit par rouler sur le côté, se tenant le crâne à deux mains en retenant un cri de douleur. Merlin se précipita sur lui dans l'intention de l'aider à se remettre debout, mais dans sa précipitation son pied percuta la table et il s'étala de tout son long sur le blond. Au bord de la crise de nerfs, Arthur tenta de le repousser sans grand succès. C'est ce moment que choisit Uther, pour entrer dans la pièce, manifestement soucieux de ne pas avoir vu son fils sortir de ses appartements à cette heure, les trouvant tous deux au sol dans un enchevêtrement de bras et de jambes plus que suspect.
« Je suis sûr que tu as une très bonne explication. » Dit le souverain, d'un ton glacial.
Figés sur place par le claquement sec de la voix du Roi, les deux concernés cessèrent tous mouvements pendant quelques secondes puis arrivèrent enfin à se relever.
« Ce n'est pas ce que vous croyez Père ! Ce n'est qu'un mauvais enchaînement d'incidents. La maladresse manifeste de cet idiot… » Tenta de justifier Arthur.
« Suffit ! Tu es le Prince héritier de Camelot et en tant que tel, tu dois te comporter avec élégance en toutes circonstances ! N'importe qui aurait pu pénétrer ici et te trouver dans cette situation plus qu'embarrassante et je ne tolèrerais pas les rumeurs déshonorantes qui en découleraient ! Me suis-je bien fait comprendre ? »
« Oui Père. Je comprends. Pardonnez ce moment d'égarement. »
« Je fermerai les yeux sur ce malencontreux incident, mais que ça ne se reproduise plus, tu as passé l'âge de ces jeux enfantins. Bonne journée. »
« Bonne journée Père. »
« Sire. » S'inclina Merlin avec respect avant que le Roi ne passe la porte et retourne à ses occupations.
Le bâtant à peine refermée, un claquement sonore retentit.
« Aie ! » Fut la réaction de Merlin.
« Tu ne l'as pas volé celle-là ! » Fut la réponse d'Arthur, la main quelque peu engourdie après avoir frappé l'arrière de la tête du brun.
« Sors-moi des vêtements propres et rejoins-moi derrière le paravent. Je suis déjà assez en retard comme ça. »
Le jeune sorcier, pensant préférable de s'exécuter en silence pour ne pas aggraver l'humeur du Prince, se dirigea prestement vers l'armoire.
La journée se déroula dans une ambiance plus détendue, Arthur se défoulant sur les chevaliers les moins expérimentés malgré le soleil écrasant et Merlin se faisant le plus discret possible. Avant la fin de l'après-midi, la tension était doucement retombée entre eux. Du moins c'est ce que croyait le brun jusqu'à ce qu'ils se retrouvent de nouveau seuls à l'heure du dîner. En apparence tout était comme d'habitude, sauf que le servant n'osait même pas prononcer un mot en déposant le plateau sur la table. Tandis que le Prince se restaurait, il tentait de s'occuper en rangeant tout se qui lui tombé sous la main, quand la voix d'Arthur brisa le silence pesant.
« Merlin ! Cesse de t'agiter ainsi, tu m'angoisses. Assieds-toi. »
Le principal concerné, sachant reconnaitre un ordre, s'installa en face du blond sans plus de cérémonie.
« Écoute, cette chaleur semble mettre tout le monde un peu à cran, alors je propose qu'on oublie les incidents de ce matin. Je ne veux pas qu'il y ait un malaise entre nous, j'ai eu une réaction excessive. Après tout, j'ai déjà vu d'autres hommes nus par le passé, à l'occasion de divers tournois. Tu ne dois pas te sentir honteux d'avoir été surprit dans cette position, je devrais peut être apprendre moi aussi à frapper aux portes de temps en temps. »
Merlin n'en revenait pas.
« Je rêve ou vous êtes en train de vous excuser ? »
« Plus ou moins. »
Un large sourire envahit le visage du jeune sorcier.
« N'en fait pas trop Merlin. Vu ton comportement de ce matin, j'ai toutes les raisons de t'en vouloir, alors ne la ramène pas. »
Le brun eu la politesse de sembler désolé.
« Je n'avais pas l'intention de vous humilier, Sire. Et certainement pas devant le Roi. Je vous prie de pardonner ma maladresse. »
Le Prince soupira et se détendit enfin.
« Je vais mettre cet incident sur le compte de la température et de ton embarras et oublier jusqu'à son existence. Maintenant, si tu veux bien préparer mon lit, je suis épuisé. »
Heureux que la situation soit réglée, Merlin s'exécuta sans râler pour une fois, retirant le couvre-lit, ne laissant qu'un simple drap. Malgré ses précédentes paroles, il sentait de nouveau le regard insistant de son maitre sur son corps et tenta de l'ignorer de son mieux. Il fut soulagé quand ce dernier le congédia enfin pour la nuit et il partit, sans se faire prier, emportant les restes du dîner avec lui.
