Quand Ben ouvrit les yeux il vit une salle blanche fortement illuminée, propre, comme un bloc opératoire mais en plus grand. Il était allongé. Il essaya de se relever mais constata que ses mouvements étaient entravés. Il avait des sangles solides sur les chevilles, les poignets et même au cou. La tête lui tournait, il avait du être drogué. Il n'avait pas encore les idées claires. Peu à peu il se souvint et la douleur de sa jambe doublement meurtrie l'aida à lui remettre encore plus vite en mémoire les derniers évènements: cet étrange enlèvement… il avait repris conscience au moment où le bras robotisé l'avait saisi, mais perdant trop de sang, il était rapidement retombé en syncope, de sorte qu'il était incapable de dire combien de temps ils avaient volé, ni bien-sûr où il pouvait se trouver.

Un bruit de pas métallique le fit tourner la tête vers un Terminator qui s'approchait de lui. Ben se contracta en un réflexe défensif mais cela ne servait à rien car il était totalement immobilisé. En outre, la machine ne semblait pas le menacer… en tout cas pas immédiatement. Il venait simplement s'assurer de son réveil.

- B : on est où, ici? Qu'est-ce que je fous là? Pourquoi je suis attaché?

Le Terminator approcha son visage aux yeux rouges, le regarda mais ne répondit pas. Ben s'en doutait un peu. Et il repartit comme il était venu.

- Xxx : on est dans une des bases de Skynet et ceci est un centre d'expérimentation sur les humains. Nous sommes leurs cobayes.

Ben voulut tourner la tête mais en fut une nouvelle fois empêché. La voix féminine qui lui avait répondu venait de derrière lui mais il ne pouvait la voir.

- B : je croyais être seul. Qui êtes-vous?

- M : Mary Benson. Je suis le second du colonel Carlton, qui dirige la résistance du secteur de Los Angeles.

- B : j'ai entendu parler de vous. Je connais le colonel Carlton. Que vous est-il arrivé?

- M : comme vous je suppose, je me suis fait capturer. Et vous êtes?

- B : Benjamin Saint-Clair. Je suis médecin dans l'unité du sergent Reese.

- M : ah oui, j'ai moi aussi entendu parler de vous. Vous étiez capitaine dans l'armée française, c'est ça?

- B : c'est ça. Comment avez-vous été capturée?

- M : je ne le sais pas encore très bien. Une traîtrise. Au commandement. Je ne sais pas si le colonel Carlton s'en est tiré. Nous étions en mission pour plusieurs jours. On était clairement attendus. Ça n'aurait pas pu arriver sans que notre itinéraire ne soit divulgué à Skynet. Mais je ne sais pas ce qui s'est réellement passé. Je pensais être liquidée froidement mais s'ils m'ont gardée en vie, ce n'est que pour une seule raison: les aider de force. Soit en travaillant pour eux, soit… vu notre position et la salle dans laquelle nous nous trouvons… pour nous torturer, nous faire parler ou même comme je le pense, tenter des expérimentations sur nous.

- B : que savez-vous des programmes de recherche de Skynet?

- M : rien. Mais je sais qu'il a toujours tenté d'en savoir plus sur les humains, leur psychologie en particulier, mais pas seulement. Vous en savez plus?

- B : un peu, oui. On a une source. Fiable. Récente. Mais je ne peux pas vous en dire plus sur son origine. Cette source nous a parlé d'une arme ultime d'infiltration. Un cyborg. Je veux dire, pas comme les machines. Un vrai cyborg, mi-humain, mi-machine. Les chiens ne nous serviraient plus à rien. Impossible à repérer car de comportement parfaitement et humainement normal. Mais doté de capacités hors normes. Un tel monstre, créé en série, serait la fin pour nous. On ne pourrait plus se fier à personne. Le climat est déjà compliqué depuis la création de la série T800. Les nouveaux triple 8 sont encore plus dangereux, leur peau est encore plus parfaite et leur psychologie plus fine. Mais en discutant un peu, on se rend encore assez facilement compte qu'il s'agit de pantins. Et pourtant cela a créé la discorde, la suspicion, le doute, la méfiance entre nous. Rien que par cette situation, Skynet a remporté une bataille. Mais il ne s'arrête pas là, il veut le modèle parfait, l'espion né….

Ben marqua une pause et continua:

- B : j'ai bien peur que… il y a une forte probabilité que nous soyons dans une de ces installations où il concentre son savoir pour mener à bien son projet de cyborg.

- M : ou on est peut-être dans un "classique" camps de la mort?

- B : avez-vous déjà entendu des témoignages des rares personnes rescapées de ces camps? Les avez-vous entendu parler de ce genre de salle?

- M : ma foi non, j'essayais juste de me rassurer un peu.

- B : désolé de vous avoir désillusionné.

Les deux humains se turent un moment. La jambe de Ben le faisait beaucoup souffrir mais il ne semblait plus se vider de son sang. Il avait peut-être été soigné… ce qui serait un argument en plus pour l'expérimentation. Le maintenir dans la meilleure forme possible pour lui permettre d'encaisser les tests… et ça expliquerait aussi ce flou au réveil: l'anesthésie de l'opération. Mais pourquoi les machines se seraient embêtées à l'anesthésier?…

L'entrée de deux Terminator, des modèles type T800 ou T888, mirent fin à ses interrogations. A sa grande surprise, l'un d'eux s'approcha de lui et lui adressa la parole.

- T800 : vous avez des questions. Mes données de psychologie m'indiquent que vous serez plus réceptif et concentré si je satisfais à votre curiosité… en partie. Que voulez-vous savoir?

- B : où nous sommes et ce que nous faisons là? Pourquoi sommes-nous attachés comme des cobayes de laboratoire?

- T800 : c'est ce que vous êtes. Nous sommes dans le centre de recherche sur les humains que Skynet vient d'installer au sud de Los Angeles. Nous sommes sous terre à l'abri du bombardement des humains. Vous allez tous deux servir à l'élaboration d'un nouveau programme de recherche lancé il y a 5 mois. Nous avons bien avancé sur les précédents humains mais ne sommes pas encore au point. Aucun pour l'instant n'a survécu à l'opération.

- M : quelle opération? Pourquoi nous?

- T800 : vous n'avez pas besoin pour le moment de savoir en quoi consiste l'opération. Mais je peux vous dire pourquoi vous avez été choisi. Nous recherchons des personnalités fortes, solides psychologiquement et stables. C'est le point le plus délicat pour nous. Les données que nous avions sur vous correspondent au standard fixé dans le protocole.

- B : ma jambe… qu'avez-vous fait?

- T800 : nous vous avons opéré pour extraire une balle. L'autre avait traversé. Il s'agissait de calibre important. Les projectiles vous ont broyé les os du fémur, et plus bas de toute la cheville. Aucune récupération n'était possible. Mais vous n'en aurez plus besoin.

- B : que voulez-vous dire?

- T800 : on vous remplacera ces zones osseuses lésées.

- B : par quoi?

- T800 : vous verrez. Vous allez commencer. Vous serez le premier. Nous évaluons en modélisation votre capacité à résister à la douleur. Nous ne pourrons vous anesthésier qu'au début. L'intervention sera longue. Vous ne pourriez pas supporter si longtemps de trop grandes doses d'anesthésique.

- B : charmant! Mais j'aimerais bien connaître le programme des réjouissances, quand-même. J'insiste.

- T800 : je ne suis pas autorisé à vous communiquer cette information. Mais vous serez vite fixé.

- B : dis donc, boite de conserve! Tu t'apprêtes à me charcuter. Je peux bien en savoir plus, non?

- T800 : j'aurais pu ne rien vous dire. Considérez que nous faisons déjà un effort pour répondre à certaines de vos questions.

Sur ce, il partit et laissa Ben en plan, furieux.

- B : c'est ça, oui, je vais te remercier, en plus. Saloperie!

- M : je ne sais pas si je tenais vraiment à savoir tout ça, finalement.

Mary essayait de se montrer brave mais Ben, sans la voir, comprit dans sa voix qu'elle était effrayée. Qui ne le serait pas? Le Terminator, qui naïvement avait peut-être voulu détendre leur esprit pour les préparer plus sereinement à l'intervention avait provoqué l'effet inverse. Ils savaient maintenant qu'une longue et très douloureuse opération les attendait. On allait les transformer. Et cette attente était insupportable. Ben aurait encore préféré se réveiller directement pendant l'intervention.

Vingt minutes plus tard, une procession de machines opératoires transportées par des Terminator entraient dans la pièce. Il avait vu juste, ils étaient bel et bien dans un bloc. Il fut perfusé sans ménagement et sombra tout de suite dans l'inconscience. Non loin de là, Mary restée dans un coin de la pièce, toujours ligotée à son brancard, assistait impuissante au début de l'intervention. Une machinerie extraordinaire était autour de Ben. Il fut plongé par un automate dans un liquide réfrigéré et oxygéné. Elle comprit que les machines voulaient lui faire chuter la température pour limiter les dégâts.

Ils commencèrent par reconstruire les zones osseuses déchiquetées. Des prothèses métalliques furent insérées. Skynet avait l'air de s'y entendre en médecine chirurgicale. Les techniques étaient rapides, précises et particulièrement évoluées. Il n'en était pas à son coup d'essai, se dit-elle.

Après cette première chirurgie qui avait déjà duré plusieurs heures, un dispositif complexe de micro-aiguilles reliées par des cathéters à un réservoir d'une substance inconnue, plongea dans le liquide et épousa le corps de Ben. Les aiguilles entrèrent dans sa peau et s'y insérèrent profondément. Mary ne comprenait pas ce qui se passait. Soudain, les machines stoppèrent le processus. Quelque-chose n'allait pas. Mary ne pouvait voir que le monitoring cardiaque de Ben montrait un emballement du cœur. Il était en tachycardie soutenue. Une petite voix métallique sortit d'un ordinateur. Mary s'étonna que les machines aient recours à la parole. Elle pensait qu'elles communiquaient plus volontiers par échange de données, de fichiers… mais peu lui importait. Elle écouta:

Voix de synthèse : il réagit comme les autres à l'enrobage du squelette. Son cœur ne va pas résister. On doit le réveiller.

L'automate d'anesthésie modifia ses réglages. Au bout de quelques minutes, Ben revint à lui. Son esprit ne comprit pas d'abord où il était mais très vite il sentit un danger et retira par réflexe sa sonde ventilatoire. Mais le liquide dans lequel il baignait inonda sa bouche. Il voulut remonter à la surface mais le lourd système de micro-injection le bloquait au fond. Un Terminator lui plaqua la tête contre une paroi. Ben crut que son crâne allait exploser sous cette pression démesurée. Le robot lui enfourna de force l'embout du respirateur dans la bouche et Ben fut contraint de l'avaler. Il crut étouffer et fit un effort prodigieux en se contorsionnant pour que la sonde aille dans sa tachée plutôt que son œsophage. Ses connaissances d'urgentiste lui sauvèrent la vie. Il avait souvent intubé des patients et savait que la manœuvre pouvait être délicate. Le Terminator aurait pu le tuer en forçant de la sorte sur l'embout. Ben avait beaucoup de mal à se contrôler avec un long tuyau dans la gorge. Il était assailli de réflexes vomitifs, mais bientôt il ne considéra plus ce problème comme majeur. En effet, les machines ne lui avaient pas laissé beaucoup de temps pour se remettre de ce réveil brutal. Le dispositif se plaqua un peu plus sur lui et les aiguilles se renfoncèrent dans la peau. Il pouvait en sentir chacune et la douleur était insupportable. Mais le pire arriva: la sensation était indescriptible, inhumaine. Il sentit un liquide bouillant jaillir de chacune des aiguilles et se répandre en lui. Il se contracta de tous ses muscles, tendit la tête en arrière, les yeux révulsés de douleur. Le liquide brûlant se répandait sur tous ses os. Il le sentait. Les tissus au contact brûlaient. Autour de son crâne, la chaleur était terrible.

Les machines savaient que la procédure devait être rapide sinon le corps humain ne le supporterait pas. Le liquide environnant avait été réfrigéré au maximum pour permettre à la température du corps de descendre vite une fois le Coltan déposé à la surface de tout son squelette. Un peu avant la fin de l'intervention, Ben perdit connaissance sous l'intolérance de la douleur.

La machine remonta et le laissa au fond du bassin. Une seconde prit la place et, sur le même principe, opéra de multiples injections partout sur le corps, cette fois-ci dans les muscles. Il ne s'agissait plus de métal liquide. Mais autre-chose.

Mary, qui sans tout voir, avait assisté à cette longue procédure, était choquée du bruit qu'elle avait entendu, des remous, des débattements de Ben. La terreur la gagnait de plus en plus.

Quand Ben se réveilla, il était sur son "lit", toujours attaché, mais toutes les machines avaient disparu. Il ne ressentait aucune douleur. Le cauchemar de son intervention lui revient en mémoire. Pourtant il n'en portait aucune trace sur lui. Même à sa jambe, aux endroits traversés par les balles puis opérés, aucune trace. Rien. C'était impossible, il était bien placé pour le savoir. Qu'avait-on fait de lui? Il essaya de tourner la tête pour voir si Mary était toujours là mais il ne put bouger. Non plus à cause des sangles. Son corps ne répondait plus. Il était comme paralysé. Avec de gros efforts il parvient à bouger quelques doigts. Il voulu appeler, comprendre ce qui se passait mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il n'arrivait même pas à ouvrir la bouche. Il s'endormit très vite, épuisé. En se réveillant quelques minutes après, il se concentra longuement et avec persévérance, il arriva à bouger doucement. La paralysie commençait à se résorber très lentement. Il put commencer à parler avec difficulté:

- B : Mary?

Mary qui s'était également assoupie se réveilla en sursaut, toujours attachée.

- M : Ben, ça y est? Vous êtes revenus à vous? Mon dieu, j'ai bien cru que vous n'y survivriez pas. Quelles tortures vous a-t-on fait subir?

- B : je n'ai pas tout compris… on m'a d'abord réparé les os broyés, je suppose, et ils m'ont réveillé pour je ne sais quelle raison. J'étais sous l'eau et ils m'ont injecté… une sorte de métal en fusion… non c'est impossible. Je serais mort. Je n'aurais jamais pu survivre à de telles températures… je ne sais pas. Je ne comprends plus rien. J'ai l'impression de perdre tout sens de la réalité ici. Je ne sais même pas si je rêve ou si c'est… réel.

Une porte s'ouvrit et un T800 apporta sur un chariot un ordinateur très spécial, d'un modèle que Ben n'avait jamais vu, avec interface auditive: micros, haut-parleurs et même une caméra… et il repartit sans rien dire.

Les haut-parleurs grésillèrent et une voix se fit entendre. L'inconnu s'adressa à Ben avec la même petite voix métallique que Mary avait entendue pendant l'intervention.

- X : J'ai bien peur pour vous que vous ne soyez dans la réalité. Bonjour Benjamin.

- B : qui êtes-vous bon sang?

- X : je pense que vous savez très bien qui je suis.

- B : que m'avez-vous fait? Comment suis-je encore en vie après… ça? Pourquoi suis-je paralysé?

- X : avant de répondre à vos questions, je dois d'abord vous féliciter. Vous êtes d'une endurance rare à la douleur. Peu d'humains ont survécu jusqu'ici. Mais ne nous réjouissons pas trop vite. La prochaine étape va être décisive.

- B : une prochaine étape? Parce que c'est pas fini?

- X : oh, je vous rassure, la moins pénible pour vous. Le plus désagréable est derrière, maintenant.

- B : de quoi parlez-vous?

- X : mais de votre contrôle, mon cher. A quoi pourriez-vous me servir, même indestructible, si je ne pouvais vous contrôler? Et puis je ne veux pas perdre mon temps à obtenir de vous ce que je veux savoir par des méthodes… démodées. A quoi bon vous torturer si je peux simplement vous poser la question et savoir ce que vous faisiez avec votre petit groupe dans les montagnes de San Gabriel. Vous avez trouvé mes espions avant qu'ils ne puissent m'informer, c'est fort regrettable pour moi.

- B: ?

- X : allons, je peux bien répondre à vos premières interrogations. Vous n'êtes pas mort pour deux raisons. La première c'est qu'après vous avoir enrobé le squelette de Coltan, nous vous avons injecté une grosse quantité de nano-machines qui ont diffusé partout dans votre corps. Ces nono-machines ont pu contenir l'effet du métal en fusion sur vos tissus. Elles ont nettoyé votre organisme des nombreuses cellules au contact des os détruites pas la chaleur. Ceci combiné au bain réfrigéré à –20°C dans lequel vous étiez a permis un rapide retour à une température corporelle normale. Sans ces nano-machines, vous seriez mort, c'est une évidence. Mais malgré cela, de nombreux humains n'ont pas survécu à cette première étape. Vous pouvez remercier votre solide constitution. Sans doute vos entraînements chez les commandos. C'est la seconde raison qui explique pourquoi vous avez survécu.

- B : comment savez-vous tout cela sur moi?

- X : peu importe. Votre paralysie ne va pas durer. Elle est directement liée aux nano-machines qui mettent un temps à s'adapter à votre organisme. Après la détoxification des cellules lésées, elles vont se réorganiser, essentiellement dans vos muscles et dans la peau. C'est cette intrusion dans vos muscles qui provoque la paralysie. Vous ne pourrez plus jamais les retirer, elles sont en vous à jamais. Vos performances musculaires vont être décuplées. Vous aurez une force prodigieuse, une rapidité jamais égalée. Elles vous permettront aussi de cicatriser en un rien de temps, blessures profondes, comme superficielles, pour n'importe quel organe. Sauf votre cerveau, mais il est protégé par un crâne en Coltan et vos membres ont une résistance à toute épreuve. La structure profonde de vos os a aussi été imprégnée de métal.

- B : et la suite?

- X : la suite mon cher, c'est la partie la plus délicate pour moi. L'essentiel se passera dans votre cerveau. J'ai réussi à créer une interface entre le cerveau humain et les processeurs les plus sophistiqués qui soient. J'en suis très fier. Vos instructions seront donc dans une puce électronique. Je vous contrôlerai à travers les processeurs de cette puce, et vous obéirez. Mais vous obéirez avec toute la finesse et la subtilité du comportement humain. Vous serez mon ultime soldat. Un soldat d'élite. Mais ça ne vous changera pas beaucoup, vous verrez. Vous étiez déjà un soldat d'élite après tout.

- B : je ne serai jamais ton pantin, saleté d'saloperie! Tu prends tes désirs pour des réalités!

- X : nous verrons…

Les haut-parleurs grésillèrent encore et l'horrible petite voix disparut.