La petite équipe marchait maintenant depuis deux jours dans la montagne. L'aide de John Henry était un atout formidable pour éviter les machines de Skynet. Seulement il y avait un prix: des détours interminables pour contourner les patrouilles, éviter les engins volants… il fallait se cacher souvent, faire des pauses forcées. Ils avaient perdu le T800 mais Cameron l'avait remplacé et d'une certaine manière, la présence à leur côté d'une machine les rassurait, même si elle n'aurait pas pu faire grand-chose face à une patrouille de plusieurs robots.

Allison sentait qu'il ne servait à rien de continuer à s'apitoyer sur son sort et fit tous les efforts qu'elle put pour se montrer agréable, allant même jusqu'à tenter quelques échanges avec Cameron.

- A : Alors, tu arrives à … "dormir"?

- C : non, je ne crois pas. Mais je ne connais pas la sensation que cela produit. Il m'est impossible de répondre.

- A : as-tu la sensation d'avoir été déconnectée de la réalité après ton réveil… enfin… après une plage de repos?

- C : déconnectée?

- A : oui, désolée, ce n'est pas un bon choix de mot, surtout pour toi. Je voulais dire, as-tu l'impression de "t'échapper" de ce que tu es dans la réalité, de vivre des choses parfois incohérentes, étranges ou fantastiques… penses-tu perdre le contrôle de tes pensées à un moment donné?

- C : non

Allison ne savait pas trop que penser. Etait-elle en train de tenter une simple conversation de courtoisie ou pensait-elle vraiment Cameron capable de dormir et de rêver?

- C : tu sembles déçue.

- A : non, je ne le suis pas. Je pensais à Ben. Lui l'aurait peut-être été. Quoique… avec son optimisme inébranlable, il t'aurait sûrement dit de continuer et il aurait attendu que ça arrive. Il en était tellement convaincu.

- C : et toi non. Tu penses que je ne peux pas. Tu crois que c'est impossible?

- A : je n'en sais rien, Cameron. Je comprends Ben, je le comprends très bien, même. Je sais ce qu'il pense et en quoi il met ses espoirs. Il en fonde beaucoup en toi. Mais je ne peux pas m'empêcher de croire qu'il va un peu trop loin… Il nous a tous convaincu qu'il y avait plus que la simple machine en toi. Il a réussi… mais de là à rêver… je ne crois pas que ce soit possible.

Allison marqua un temps pour choisir les bons mots et faire comprendre à Cameron ce qu'elle pensait. C'était un peu flou dans sa tête. Il fallait le préciser et le formuler clairement.

- A : Ne le prends pas mal mais… il veut te prêter l'ensemble du comportement d'une humaine… je te crois capable de certaines choses, mais pas de tout. Comme je ne serai jamais capable de me prendre une balle en pleine tête et de me relever ou de soulever un homme deux fois plus lourd que moi. Tu as tes particularités, tes différences. Il n'est peut-être pas nécessaire que tu nous singes sur tous les points pour sembler humaine. A mon sens, dormir est "contre-nature" pour toi. Tu n'en as pas besoin, c'est tout. Il faut l'accepter. T'y forcer ne t'aidera pas à mieux comprendre les humains. Au contraire, je pense qu'en essayant sans relâche, tu te poseras de plus en plus de questions, tu n'y arriveras pas et au final, cela te perturbera.

Cameron ne dit rien pendant un moment. Elle essayait de comprendre ce qu'Allison lui disait.

- C : je te remercie pour ta franchise, Allison. J'apprécie d'avoir un autre avis. Je pense moi aussi que je n'en suis pas capable. Il m'a surestimée.

- A : je ne crois pas, non. Tu es différente, c'est tout.

Cameron releva la tête et regarda Allison avec un petit sourire.

- C: c'est étonnant ce que tu dis. Que ce soit justement toi qui me le dises. Différente… pas de toi en tout cas. Pas physiquement.

Allison éclata de rire.

- A : je n'avais pas fait attention, c'est vrai, ça fait bizarre.

John se retourna. Il marchait devant avec Kyle et Derek. Il vit furtivement cet étrange spectacle de deux "clones" discutant et riant ensemble. Cameron était vraiment troublante. Parfois (presque tout le temps, en fait) elle était totalement inexpressive, impassible. Et puis rarement, comme maintenant, comme lorsqu'il l'avait rencontrée pour la première fois, elle était beaucoup plus démonstrative, capable de vrais sourires, d'expressions de visage multiples, faisant jouer ses sourcils, le mouvement de ses yeux… de vraies mimiques. On aurait juré voir deux sœurs jumelles, et cette réflexion le troubla beaucoup. Il n'aurait su dire s'il en était gêné ou si au contraire il s'en réjouissait. Qu'est-ce qui pouvait expliquer ces comportements? Elle était vraiment une énigme pour lui. Tellement complexe.

Et Allison… Quelle fille formidable! Après ce qu'elle avait vécu, elle souriait encore. Une réserve de gaieté inépuisable.

Tout à coup, il se rendit compte qu'il avait derrière lui les deux êtres qui lui étaient le plus cher. Un physique unique et des mentalités totalement différentes. Il n'imaginait pas vivre loin de Cameron mais il éprouvait encore des sentiments forts pour Allison. Il avait pensé qu'ils s'estomperaient avec la présence de Cameron mais il n'en était rien.

La soir venu ils décidèrent de continuer un peu, guidés par Cameron et sa parfaite vision de nuit. Ils avaient fait une longue pause forcée en milieu d'après-midi à cause d'une patrouille de machines, et en avaient profité pour se reposer, de sorte qu'ils n'étaient pas fatigués.

John marchait en arrière avec Allison.

- A : alors? Tu lui as parlé la nuit dernière?

- J : oui… enfin c'est plutôt elle qui m'a parlé…

- A : tu n'es pas bavard. Ça ne me regarde pas, c'est ça?

- J : non c'est pas ça, mais je n'ai pas grand-chose à dire. C'est une relation complexe. Je pense aller mieux en assouvissant mon besoin de savoir et en lui posant des questions, mais au final, je suis toujours aussi perdu. Des fois je voudrais presque ne l'avoir jamais rencontrée.

- A : et moi je suis sûre que tu ne penses pas un mot de ce que tu dis.

John sourit tristement en regardant par terre.

- J : tu as sans doute raison. Mais franchement je ne sais pas… je ne sais plus rien… [long silence]… J'ai conscience que c'est dur pour toi. Je m'en veux de te faire ça. Je me sens… "sale". Je voudrais tellement que tu sois heureuse. Tu es une jeune-femme étonnante, Allison. Je suis heureux de t'avoir connue. J'espère ne jamais te perdre.

- A : c'est gentil mais ça s'appelle vouloir le beurre et l'argent du beurre, tu ne crois pas? Tu as Cameron maintenant, alors ne me dis pas que tu ne veux pas me perdre, John. Tu restes ambigu. Tu t'en rends compte? Je pourrais me poser des questions, tu sais?... Ou alors tu voudrais qu'on reste amis?… c'est envisageable mais il faudra d'abord que je m'éloigne un peu. C'est plus sain.

- J : tu as raison, je ne suis pas correct avec toi. Mes pensées sont confuses. Je suppose que ça va se dissiper avec le temps. La vie est si compliquée.

- A : c'est cette vie que nous essayons de défendre, pourtant. La beauté de la vie, des relations entre les humains, leurs sentiments… l'amour. Mon expérience avec toi a été très courte mais au moins je l'ai vécue. Tout le monde ne peut pas dire ça de nos jours. Je l'ai ressenti grâce à toi et je te serai toujours reconnaissante pour ça… c'était la première fois, tu sais. J'ai le sentiment que je peux mourir en paix maintenant. Tu m'as aidée à avoir moins peur de la mort. Si ce que pense Ben est vrai et qu'un royaume d'amour nous attend là-haut, alors je n'ai plus peur de mourir.

- J : ne dis pas ça, Allison. Je ne veux pas que tu meures.

- A : moi non plus, rassure-toi. Je ne veux rien regretter une fois là-haut. Je veux profiter des belles choses qui restent encore possibles dans ce monde.

- J : comme quoi?

- A : comme ce que je viens de te dire: ce que tu m'as apporté, même si c'était en coup de vent… comme cette "balade", quoique forcée, dans une nature qui reprends vie… comme l'amitié entre Derek, Kyle et moi… et celle que j'ai eue avec Ben…

John sentit qu'Allison avait le cœur serré en parlant de son ami.

- J : tu sais, je ne veux pas te donner de faux espoirs, mais tout n'est peut-être pas perdu pour Ben… dès qu'on aura rejoint John Henry, on lui demandera de fouiner dans le réseau pour voir ce qu'il est devenu et…

- A : tu es gentil, John, mais sincèrement, je n'ai encore jamais vu quelqu'un s'échapper des camps de la mort.

John ne sut que répondre et se réfugia dans le silence. Puis il ajouta quand-même:

- J : au risque de me répéter, tu es étonnante, Allison. Je t'admire beaucoup. Malgré tous les malheurs qui entravent ta vie, tu parviens à faire face, tu te relèves, tu continues à affronter cette vie difficile… moi je n'y arrive pas. Parfois je me laisse gagner par le désespoir. La déprime, même! Je n'ai pas ta force.

- A : tu peux parler… ta vie non plus n'a pas été facile. Tu crois que je n'ai jamais de coups de blues?... détrompe-toi, je ne suis pas plus forte que n'importe qui. Parfois c'est dur… très dur. Et je ne peux plus lutter… alors mes amis sont là pour moi… et d'autres fois je le cache, tout simplement. Mais tu l'as déjà dit toi-même: il faut garder espoir, quoi qu'il arrive. C'est tout ce qui nous reste. Tant qu'il y en aura, je refuserai de m'asseoir sur le bord du chemin pour exhiber mes plaies en criant "c'est la fatalité!". Non, il faut continuer… toujours. Lutter. Il n'y a pas de destin. C'est un concept de faibles, à mon avis.

John était bluffé par la force de conviction d'Allison, sa maturité, son intelligence clairvoyante. Elle était vraiment exceptionnelle, passionnante, et même… John n'aurait su dire ce qu'il ressentait à ce moment, mais il était totalement fasciné par la jeune-femme.

La troupe avança sans dire un mot encore trois heures, jusqu'à ce qu'une patrouille annoncée par John Henry les force à s'arrêter à nouveau. Ils étaient au fond d'une gorge profonde et les robots avançaient vers eux. Aucun moyen de fuir sur les côtés. Deux solutions: rebrousser chemin ou se cacher et attendre qu'ils passent. Cameron préférait revenir en arrière mais Derek et Kyle voulaient se cacher. Il y avait un renfoncement dans une paroi qui conviendrait parfaitement et quelques buissons devant. Accroupis en silence, ils ne devraient pas se faire repérer. N'ayant pas le temps de les convaincre, Cameron n'insista pas et chacun se mit à couvert, prêt à riposter. John eut à peine le temps de se baisser derrière un bloc de pierre qu'il entendit déjà les machines venir vers eux.

Plongée dans le noir, Mary n'en pouvait plus d'attendre. Elle ne savait plus s'il faisait jour ou nuit. Ben avait été transféré depuis plus de 24 heures, selon ses estimations, mais sa notion du temps était certainement altérée… de plus en plus. L'ignorance de ce qu'on allait faire d'elle, et surtout le désœuvrement allait l'affecter plus sûrement que n'importe quelle torture. Elle avait lu un jour que pendant la deuxième guerre mondiale, les nazis avaient utilisé cette technique pour faire craquer leurs détenus et obtenir des renseignements. L'inactivité la plus totale. Rien à faire, rien à lire. Une salle vide sans la moindre occupation. Zweig en parlait dans son petit roman "Le Joueur d'Echecs". Elle s'identifiait au personnage… mais elle, était en plus attachée, depuis des heures, des jours... Son dos, ses fesses, ses cuisses, sa tête lui faisaient mal sur toute la surface de contact avec le "lit".

Que faisaient-il à Ben? Allait-il devenir l'instrument des machines? Elle qui pensait déjà vivre dans un monde cauchemardesque se dit qu'elle avait touché ici le fond. Plus d'espoir. Livrée à la seule cruauté d'un esprit synthétique froid et insensible. Un monstre… un être diabolique. Elle fit un dernier effort pour se raccrocher à ses souvenirs, à quelques moments heureux…

Non loin de là, dans une pièce voisine, Ben faisait exactement le même effort. Ses souvenirs… les plus grandes joies de sa vie… son épouse… la naissance de son fils… la solidarité des résistants… il devait s'y raccrocher à tout prix pour contrer la prise de contrôle de son esprit. Il s'était réveillé quelques heures plus tôt d'une intervention lourde. Ses yeux étaient bandés. Il sentait le poids de lourdes compresses imbibées sur ses orbites, et une douleur lancinante derrière et au-dessus du crâne le faisait de plus en plus souffrir. Sa paralysie était encore sévère. Il savait qu'il avait été implanté. Les processeurs dont la petite voix lui avait parlé étaient en lui. Il était raccordé à un pupitre informatique.

L'intrusion dans son cerveau était insoutenable. Pourtant il devait lutter. Lutter de toutes ses forces, de tout son être, malgré les drogues qu'on lui injectait. Il devait garder le contrôle. Prouver à Skynet qu'il avait encore des choses à apprendre sur l'esprit humain. Il devait être fort, plus fort… ne pas s'égarer… S'il avait du expliquer ce qu'il ressentait, il n'aurait pas trouvé les mots justes. Ces mots-là n'existent pas. Des données informatiques traduites par l'interface en "pensées"… mais ce n'était pas des pensées comme les autres. Elles étaient "bizarres". Skynet avait réussi à leur donner un format acceptable pour un cerveau humain.

C'était une véritable prouesse technologique, mais son esprit pouvait faire la différence. Etait-ce la faille qu'il fallait exploiter pour contrer cette intrusion? Peut-être. Il devait garder assez de lucidité pour toujours faire la différence entre ses propres pensées, celles nées dans son cerveau, et celles qui venaient de la puce. Or justement, rien de plus dur que de rester lucide avec toutes ces drogues. Skynet voulait endormir son esprit, le rendre docile et malléable.

Il fallait tenir. Tenir malgré la peur, la douleur, le désespoir… il s'enfonçait… il se sentait partir… il revoyait le visage de sa femme… il aurait voulu crier, crier son nom, crier de rage et d'impuissance, mais rien ne sortit de sa gorge. Il revoyait sa rencontre avec elle… les premiers instants, la magie des premières paroles, des premiers contacts… mais la douleur de sa perte prit très vite le dessus. Il transpirait. La haine qu'il contenait depuis toujours commençait à surgir. A cet instant précis. Pourquoi? Il n'en savait rien. Il se crispa sur ses sangles. La paralysie commençait à se dissiper. La fureur montait. Des larmes de rage coulaient de ses yeux clos. Cette abominable machine qui essayait de posséder sa volonté était la responsable de tout son malheur. Elle avait tué son petit garçon… Le cuir des sangles grinçait. Pour une fois cette fureur qu'il méprisait tant et qu'il considérait comme une faiblesse, lui fut bénéfique. Il sentait sa volonté revenir. Il se sentait revivre, son corps commençait à lui obéir à nouveau.

Au bout de quelques minutes il sentit qu'il parvenait à faire barrage aux pensées exogènes. Il repensait à John. Son fils aurait eu le même âge. Il repensa à son histoire, à ce qu'il avait vécu… tout ce poids sur ses épaules… le poids d'un destin trop lourd à porter pour un jeune-homme et sa mère, seuls contre tout. Il fallait les aider, il le devait.

L'effet des drogues ne se faisait inexplicablement plus sentir, il reprenait possessions de ses moyens, de son esprit de sa force… de cette nouvelles force qu'il sentait monter en puissance au fur et à mesure que les nanomachines s'organisaient autour de ses muscles… peut-être leur devait-il la neutralisation des anesthésiques et autres hypnotiques?

Il sentit une main froide et métallique se plaquer contre son torse. Les machines devaient se rendre compte qu'il retrouvait l'usage de ses mouvements. Ben saisit sa chance. Foutu pour foutu, autant voir ce que donnait cette fameuse intervention. Il fit un effort démesuré pour contracter les muscles de ses bras et de ses épaules et dans un mouvement sec et rapide, il arracha les sangles de ses poignets et enleva les compresses sur ses yeux. Il y voyait encore flou et sa vision était changée. Mais il n'avait pas le temps de s'occuper de ces considérations pour le moment.

Le Terminator qui l'avait maintenu plaqué sur la table lui saisit les deux bras. Ben lui envoya immédiatement un coup de tête d'une puissance et d'une rapidité qui l'étonna lui-même. La machine fut projetée à plusieurs mètres.

Ce court répit lui donna le temps d'examiner le "bricolage" derrière son crâne. Pas question de tout arracher de force ici! En palpant, il sentit deux cicatrices majeures. La première, la plus petite, à l'arrière était déjà en bonne voie de cicatrisation… encore un bénéfice des nanomachines. Il n'avait pas le temps de s'inquiéter de cet implant. La seconde, la plus grande, au somment du crâne le préoccupa plus. Un câble de gros diamètre y était branché. Il le retira avec précaution mais il sentait toujours une volonté s'imposer à son esprit, des idées, une tentative de contrôle qui reprenait un peu plus de vigueur.

Il ne comprenait pas pourquoi et réalisa très vite qu'il restait une masse métallique à l'intérieur d'une logette de taille assez impressionnante qui s'enfonçait dans son cerveau. La puce! Elle était toujours là! Comme celle d'un Terminator… comme celles que John avait pu lui montrer. Skynet sentant son contrôle s'effondrer avait du introduire des données primordiales dans la puce avant que Ben ne se déconnecte.

La puce travaillait seule, maintenant.

Il devait lutter à nouveau contre une volonté étrangère. Des idées lui étaient suggérées, il avait confusément la sensation de vouloir retourner dans sa base, infiltrer, renseigner Skynet… Il savait qu'il ne pourrait pas enlever cette maudite puce tout seul, sans voir ce qu'il faisait. Tout à coup, il y pensa comme une évidence: Mary! Elle pouvait l'extraire. Il fallait faire vite, la puce était en train de propager ses ordres à une vitesse incroyable. Il avait pensé à tout cela en quelques fractions de secondes mais la pause fut de courte durée. Déjà, le T800 revenait sur lui.

Ben arracha les sangles de ses chevilles aussi facilement que les premières, se mit debout, prit appuis de ses deux mains sur la table opératoire et dans un geste précis et extrêmement rapide, se souleva, bascula tout son corps et envoya ses deux pieds avec violence sur le torse du robot qui n'eut pas la moindre chance d'esquiver l'attaque. Le Terminator, à moitié encastré dans un pilier en béton était sonné et momentanément désactivé.

Ben sentait une force prodigieuse se dégager de son corps. Combiné à ses réflexes de combattant surentraîné, il était devenu aussi fort et beaucoup plus rapide qu'une machine. Mais il ne pouvait ni s'en rendre pleinement compte ni l'apprécier à sa juste valeur car sa seule obsession était de retrouver Mary pour qu'elle puisse extraire cette puce qui allait d'un instant à l'autre prendre possession de sa volonté.

Il courut vers la première porte qu'il vit, la força et s'introduisit dans un couloir. Rien. Ses gestes étaient moins assurés, il perdait son attention. Il fallait faire vite, très vite. Il fit deux autres tentatives: deux salles vides, avant de découvrir celle où il avait été enfermé avec elle. La salle était plongée dans l'obscurité mais il y voyait presque comme en plein jour… mais sans couleur… sauf une masse rouge dans le fond: c'était Mary. "L'intervention devant… les yeux… un dispositif infra-rouge… là aussi ils m'ont mis des implants… mais comment je peux analyser l'image?" Plus tard! Il se poserait ces questions plus tard. Il courut jusqu'à elle, la réveilla en sursaut et lui expliqua rapidement la situation:

- B : Mary, il faut faire vite, je vous raconterai plus tard. J'ai une puce dans le cerveau qui essaye de s'introduire dans mon esprit pour me contrôler. Il faut l'enlever. Tout de suite. Je ne vais pas tenir longtemps. Regardez comment elle est insérée. Si c'est la même que celles de la gamme 800, il faut la dévisser d'un quart de tour, et elle vient toute seule.

- M : mais… il me faut un instrument!

- B: trouvez-le vite… un truc plat ou pointu, n'importe quoi…

Il arracha les attaches de Mary qui se saisit de l'une d'entre elles. Elle voulait utiliser la boucle et sa pointe pour faire levier. Mais dans le noir, ça n'allait pas être facile. Fébrilement elle arracha avec cette pointe les quelques lambeaux de peau qui commençaient déjà à recouvrir la surface de la puce.

Tout à coup, Ben se releva et se retourna. Il vit Mary incrédule qui le cherchait du regard. Il ne savait plus qu'une chose: il voulait la tuer. Il saisit son cou d'une main. Avant qu'il ne serre trop, Mary qui comprenait très bien ce qui se passait eut le temps de crier:

- M : NON BEN! RESISTEZ! RESISTEZ, vous ne voulez pas faire ça, ce n'est pas vous! C'est la puce qui vous dicte votre conduite. Vous êtes plus fort qu'une machine. Ne vous laissez pas manipuler, je vous en prie… Concentrez-vous!

Plus que ses paroles à peine audibles à mesure qu'il serrait, ce furent les larmes de Mary et l'expression de profonde tristesse sur son visage qui permirent à Ben de reprendre le contrôle l'espace d'un instant. Il tomba à genoux et hurla la tête entre les mains, fou de douleur, son esprit en ébullition, à bout de force. Mary, toujours aveugle dans le noir, n'hésita pas une seconde, et força avec la pointe de la sangle sur la puce. Elle ripa et s'ouvrit la main. Elle recommença et réussit à la faire bouger. Dans un dernier effort, elle finit par la faire pivoter du quart de tour nécessaire, et la puce se souleva d'elle-même de quelques millimètres.

Ben retrouva instantanément l'usage de ses gestes et de sa volonté propre. Mary sortit complètement la puce de sa logette. Ils furent tous deux surpris de voir la taille de ce bout de métal.

- M : ce machin était dans votre cerveau? Mais!... Vous devriez être mort!… Elle prend une place énorme dans votre crâne. Comment pouvez-vous?….

- B : je n'en sais rien et on verra ça plus tard. Ça fait partie des milliers de questions que je me pose depuis mon réveil. Je suppose que Skynet a fait des prouesses en neurochirurgie ces dernières années… je ne préfère pas savoir comment, mais je suppose que de nombreux prisonniers ont fait les frais de ses expérimentations avant moi. J'ai juste la "chance" d'avoir profité de ses progrès. Une chose est sûre, il faut que je trouve une capsule de protection, sinon je risque l'infection cérébrale carabinée, maintenant que la logette est vide.
Merci Mary. Sans vous nous étions perdus.
Il faut partir d'ici. Vite. Les machines vont rappliquer d'une minute à l'autre. Venez, ne me lâchez pas.

Après avoir broyé la puce dans sa paume aussi facilement que s'il se fut agit d'un simple morceau de carton, il lui tendit la main et quittèrent la pièce.

Depuis l'intrusion des données de la puce dans son esprit, il avait l'étrange impression de mieux connaître l'endroit. Une sorte d'intuition lui permettait de se diriger vers ce qu'il savait être la sortie. Ils arrivèrent à un grand monte-charge au moment où le Terminator, qui avait relancé ses systèmes, débouchait de l'autre côté du couloir. Le temps qu'ils appèlent le monte-charge, il serait sur eux.

La lutte était inévitable. Et elle paraissait inégale car le robot était muni d'une arme. Un fusil d'assaut qui pouvait faire toute la différence. Ben eut juste le temps de se placer entre lui et Mary qu'il entoura de ses bras pour la protéger, dos à la machine.

Il reçut une rafale de balles en pleine tête, puis une seconde dans le dos. La douleur était horrible, mais il ne tomba pas. Les balles ne pouvaient traverser son squelette. Sans lui laisser le temps de recharger, Ben se retourna et fondit sur le robot, le dos en sang, pour lui arracher son arme au moment où il enclenchait un second chargeur. Ben lui vida tout son contenu à bout portant sur son orbite gauche. La lumière rouge s'éteignit doucement et la machine tomba à terre. Elle était de nouveau inactive. Ils avaient deux minutes pour déguerpir.

La nacelle arriva. Avant de monter, Ben réussit à enlever la capsule de protection de la machine inerte avec la pointe qu'il avait conservée. Il comptait s'en servir pour lui-même si par chance le format correspondait. Tant qu'à faire il ôta la puce de la machine. Il ajouta tout haut:

- B : une de moins! En voilà un qui ne nous… non, je ne peux pas faire ça. John ne voulait pas que Skynet sache qu'on s'amusait avec les puces de ses robots… je dois la remettre. La capsule aura pu sauter dans la baston, je la garde.

Mary se raidit. Quelque-chose venait de la figer sur place. Mais elle reprit rapidement ses esprits et encouragea Ben à fiche le camp.

- M : vite Ben, d'autres vont arriver!

Ils s'engouffrèrent dans la nacelle qui décolla et monta plusieurs niveaux. Ben avait peur que la machine se réveille trop tôt, arrache la grille de protection à son étage, et s'empare des câbles pour les stopper. Mais l'ascenseur était rapide et ils arrivèrent au dernier niveau en moins d'une minute. Mary était impressionnée de voir les blessures de Ben. Son "pyjama d'hôpital" était en lambeaux dans son dos, laissant apercevoir des blessures profondes au fond desquelles luisaient des structures métalliques. L'arrière de sa tête présentait quant à elle une véritable zone dépourvue de peau. Elle avait été arrachée par la salve et le métal brillant se voyait d'autant mieux. Mais par dessus tout, elle était sidérée de voir la vitesse avec laquelle les lésions semblaient se refermer toutes seules, presque à vue d'œil… il faudrait néanmoins rouvrir pour extraire les quelques balles qui étaient restées fichées sous la peau.