Chapitre 4 : Moiteur

Arthur, allongé sur le dos, la tête calée sur ses oreillers, ne trouvait pas de sommeil. La chaleur l'accablait. Il avait depuis longtemps repoussé son drap au pied du lit, ouvert en grand la fenêtre et restait là, les bras écartés, son pantalon de pyjama collant désagréablement à ses longues jambes. Il était face à un dilemme, hésitant à suivre l'exemple de son servant. Il y avait des inconvénients à être Prince, l'un d'entre eux étant de risquer des visites impromptues à tout moment. Et honnêtement, il se voyait mal accueillir Sir Leon, totalement nu, en cas d'alerte. Mais après une longue réflexion, il se dit que ce temps anormal ne touchait pas que ses sujets et qu'il était forcé de constater que les ennemis de Camelot se tenaient tranquilles ces derniers jours. Il soupira et d'un geste énervé retira son vêtement. Il le posa tout de même par terre, à côté de son lit, on ne sait jamais. Et c'est avec soulagement qu'il trouva enfin le sommeil.

Le lendemain, à la première heure et avant qu'Arthur ne se soit réveillé après sa courte nuit, Merlin ouvrit la porte de la chambre princière les bras chargés d'un plateau. Plateau qui lui échappa des mains dès qu'il aperçut l'homme allongé sur sa couche. Heureusement, il stoppa in extrémiste, d'un sort, la course folle du déjeuner vers le sol et le posa délicatement sur le carrelage. Il se focalisa sur le blond et son cerceau cessa de nouveau de fonctionner. Il savait qu'il aurait déjà dû le recouvrir du drap lamentablement roulé en boule au pied du lit, histoire de lui rendre une certaine dignité à son réveille. Mais il restait là, comme statufié, ses yeux enregistrant chaque détail de ce corps musclé offert aux rayons du soleil levant passant par la fenêtre restée ouverte. Son observation migrât dangereusement vers le bas et l'air resta bloquait dans ses poumons quand il aperçu l'érection matinale du Prince. Il remonta lentement jusqu'au torse légèrement poilu et fit un bond de quatre mètres en croisant le regard trop bleu d'Arthur, qui l'observait depuis Dieu sait combien de temps, en train de le reluquer ouvertement. Pris de panique, il ramassa le repas à la hâte, le posa sans délicatesse sur la table et partit en courant hors de la pièce.

« Merlin ! »

Son prénom résonna loin dans le couloir, mais il continua à courir vers le laboratoire de Gaïus. Arrivé à destination il déboula dans la pièce, faisant sursauter violemment le vieil homme et se réfugia aussi sec dans sa chambre. Il claqua la porte et s'effondra sur son lit, à bout de souffle et au bord de la crise de nerfs. Il resta là une éternité, attendant de retrouver un rythme cardiaque normal en se demandant ce qu'il lui avait pris de fuir ainsi. Maintenant, Arthur allait venir le chercher sous peu et il serait surement très énervé, encore une fois. Mais c'est son mentor qui vint le trouver en premier.

« Tu peux m'expliquer ce qui se passe ? » Demanda-t-il, inquiet.

« Crois-moi, tu n'as vraiment pas envie de le savoir. » Fut la réponse énigmatique du jeune sorcier quand on entendit clairement la porte de l'officine se fracasser contre le mur.

« Merlin ! Je sais que tu es là ! » Hurla le Prince.

Gaïus vint à sa rencontre.

« Oui, Sire, il est là. Mais quoiqu'il ait fait cette fois encore, je vous prie, s'il vous plait, de cesser de crier sur mon lieu de travail. Il vous attend dans sa chambre. »

« Pardon, Gaïus. Je pensais que vous seriez absent. » Répondit Arthur en se dirigeant vers le fond de la pièce.

« J'allais partir en effet. Ne soyez pas trop dur avec lui. Il semblait paniqué en arrivant ici. » Tenta le médecin.

« Il aura ce qu'il mérite. » Furent les dernières paroles du Prince alors qu'il pénétrait dans la chambre de son valet.

Sans plus se préoccuper de ce qui avait encore bien pu énerver ces deux-là, Gaïus partit faire sa tournée. Merlin, lui, n'en menait pas large. Il était conscient d'avoir dépassé certaines limites et ne savait pas comment rattraper les choses. Arthur entra sans dire un mot et se contenta de le regarder, attendant manifestement une explication ou des excuses. Alors il prit son courage légendaire à deux mains.

« Je suis désolé, Arthur. Vraiment désolé. Je ne pensais pas…Je ne savais pas…Je ne sais pas se qui m'a prit…Je… »

« Stop ! Je n'ai que faire de tes excuses. Pour t'apprendre à frapper avant d'entrer, une bonne fois pour toutes, tu iras récurer les écuries toute la matinée et aussi demain. » Le coupa le Prince.

Dans un élan de révolte malvenu, le brun se redressa vivement.

« Ce n'est pas juste ! Je ne vous ai pas joué une telle comédie, moi, il y a deux jours quand vous avez fait la même erreur ! »

Cloué sur place par l'audace de son serviteur, il devait malgré tout avouer qu'il avait raison. Sa colère retomba comme un soufflé et il soupira de lassitude, se passant la main dans les cheveux.

« Suis-moi. J'ai besoin que tu polisses mon armure et que tu cires mes bottes. »

Arthur se mit en marche. Le brun le suivit, trop heureux d'avoir échappé au pire. Il détestait par-dessus tout nettoyer les écuries.

Les deux amis passèrent leur journée à se regarder à la dérobé, chacun vaquant à ses obligations de Prince héritier et de serviteur. Les autres remarquèrent bien leurs manières inhabituelles, mais mirent ça sur le compte de la chaleur, qui avait décidément bon dos. Le blond étant manifestement à prendre avec des pincettes, tout le monde l'évita, autant que faire se peut. Seul son servant le suivit comme son ombre, littéralement, c'est-à-dire en silence et en provoquant le moins de désordre possible. Il attendait la nuit avec impatience. Marcher sur des œufs n'était pas vraiment dans sa nature et il avait hâte de rejoindre Gaïus pour le dîner. Ce qui arriva assez vite heureusement pour lui. Arthur, souhaitant à tout prix éviter le sujet apparemment, le congédia rapidement ce soir-là. Il rentra donc de bonne heure et s'installa devant un bon repas. Son père d'adoption resta silencieux, attendant que son protégé lui raconte enfin « ce qu'il ne voulait pas savoir ».

« C'est si horrible que ça pour que tu ne veuilles pas en parler ? » L'interrogea-t-il, à bout de patiente.

« Je n'ai jamais eu aussi honte de ma vie. »

« Raconte-moi tout, je ne te jugerai pas, tu le sais bien. » Le rassura le plus âgé.

« Tout est la faute de cette chaleur ! À cause d'elle, Arthur s'est mis en tête de dormir nu, et ce matin… »

Devinant ce que le jeune homme refusait de dire, une expression d'horreur se peint sur le visage de Gaïus. Avant qu'il n'éclate finalement de rire.

« Il n'y a rien de drôle, Gaïus ! » S'indigna le sorcier, malgré lui contaminé par l'hilarité du médecin.

« Et qu'as-tu fait de si terrible pour que notre Prince s'énerve ainsi ? » Demanda-t-il, essuyant une larme au coin de son œil.

« Rien ! C'est bien ça le problème. Je suis resté planté là à le fixer. Puis il s'est réveillé et a mal interprété mon regard sur lui. » Mentit quelque peu le brun.

Le vieil homme ne fut pas dupe, mais laissa couler. Il ne voulait décidément pas avoir « cette conversation » avec son presque fils, justement parce qu'il le considérait comme tel. Voulant s'éloigner de ce sujet sensible, ils se racontèrent leur journée, comme ils en avaient pris l'habitude. Puis allèrent se coucher, l'un en se disant qu'il se faisait trop vieux pour ce genre d'histoires, l'autre en priant pour que demain se passe sans incident.