Ben savait exactement où aller. Il avait vite compris qu'en fuyant à pieds, ils n'auraient pas la moindre chance de s'en sortir vivant. La place était trop bien gardée. Mais il savait qu'il existait un entrepôt de véhicules de tous genres. Ils s'y dirigèrent en courant. L'entrepôt était droit devant eux, mais Ben stoppa brutalement leur course car il avait entendu sur la gauche devant eux, venant d'un couloir, le bruit caractéristique de pas de machines. L'alerte avait été donnée, la base se réveillait. A deux, avec une seule arme, contre plusieurs machines, ils n'avaient aucune chance, Mary encore moins. Il ouvrit la première porte qu'il trouva et y poussa Mary. Une fois à l'intérieur de la pièce et la porte refermée, Mary chuchota:
- M : Comment se fait-il qu'il n'y ait pas de camera. On aurait du être repéré depuis un moment, déjà.
- B : pourquoi Skynet s'embêterait-il à installer des caméras dans un lieu qu'il pense imprenable par les humains? Ses caméras, ce sont les yeux de ses robots. Pas de robots, Skynet est aveugle… c'est notre chance. Bon point pour nous.
Ils se retournèrent et virent un ensemble de pièces détachées de machines ainsi que deux T1 en piteux état. Mais leurs armes avaient l'air intactes. C'est la puissance de feu de ces machines à l'intelligence très rudimentaire qui les rendaient redoutables. Des mitrailleuses lourdes. S'ils pouvaient s'en servir… Ben s'approcha et arracha le bras articulé supportant le lourd canon d'une des machines, celle dont les munitions étaient les plus abondantes.
- B : on va guetter. On les laisse passer et on continue. Si une autre patrouille arrive, je ferai feu. Je veux que vous restiez bien derrière moi, compris?
- M : compris. Mais comment va-t-on quitter cette base?
- B : au début je voulais prendre un engin volant mais on se ferait vite repérer dans le ciel, et abattre avant d'avoir pu dire ouf. A terre, on a plus de chance, on peut se planquer dans les ruines. Il y a des véhicules blindés de transport de troupes. On va en prendre un.
- M : comment savez-vous tout ça? Et puis comment espériez-vous piloter un aéronef de Skynet?
- B : ça, vous allez le voir rapidement.
Sur ce, Ben entrouvrit légèrement la porte pour voir si les robots avaient passé leur chemin. Il entraîna Mary à sa suite et arrivèrent sans autre mauvaise rencontre à l'entrepôt de véhicules. Le hangar était énorme. Il comptait plusieurs HK-Aerial, de tailles variables, des HK-drones, des motos-Terminator, d'énormes véhicules lourds puissamment armés et un robot gigantesque. Une taille réellement impressionnante. A vue de nez, 12 à 14 mètres… sans tête apparente. Des bras démesurés… il n'avait jamais vu une telle machine. Skynet n'était manifestement pas à court d'idée pour inventer encore et toujours de nouvelles armes de destruction. Plus loin il trouva enfin ce qu'il cherchait: une sorte de Humer blindé modifié servant de transport pour 5 à 6 Terminators.
La difficulté principale, il le savait, c'était de parvenir à piloter cet engin qui était lui-même robotisé. La machine était son propre pilote et obéissait à un programme comme les autres robots.
- B : cachez-vous à l'intérieur, je n'en ai pas pour longtemps.
- M : vous allez où, Ben?
Il n'eut pas le temps d'entendre la question. Il avait déjà glissé sous le véhicule. A l'avant, il défonça à main nue une petite trappe étanche et bien protégée d'où il sortit une puce au format identique à celle d'un Terminator. Il savait exactement ce qu'il devait faire. Ses implants, et surtout cette interface qu'il avait toujours dans la tête fonctionnait à double sens. Il pouvait lire les informations d'une puce mais aussi y entrer d'autres données. Il savait aussi que le risque de reprise de contrôle de son esprit par cette puce était nul car à la différence de l'autre qui avait été conçue spécifiquement pour infiltrer son cerveau, donc extrêmement sophistiquée (peut-être un modèle unique) celle-ci était un puce classique qui ne pouvait prendre le contrôle que d'une machine. Elle n'était pas prévue pour fonctionner par une interface dans un cerveau humain.
De retour dans l'habitacle, c'est ce qu'il expliqua à Mary pour apaiser ses craintes, lorsqu'il lui demanda son aide pour introduire la puce du véhicule dans son crâne. Mary dut écarter la peau qui s'était presque entièrement reformée par-dessus la capsule de protection arrachée au T800.
- B : allez, insérez-là.
- M : j'espère que vous savez ce que vous faites, Ben.
Mary qui avait encore à l'esprit le "retournement" de Ben quelques minutes plus tôt n'était pas très rassurée d'introduire une nouvelle puce dans le cerveau de son compagnon. Mais elle se laissa persuader. Ben avait l'air de maîtriser la situation.
Elle inséra la puce et Ben pu instantanément entrer dans les programmes. La sensation était extraordinaire… irréelle. Il "voyait" les programmes, les fichiers, il les triait, les passait en revue avec une vitesse hallucinante. Presque vertigineuse. Cette interface était vraiment une invention prodigieuse… et effrayante.
En quelques minutes, car il dut quand-même tâtonner pour comprendre la structure de la puce, il put reprogrammer la puce avec des instructions précises mais concises. La formulation électronique aurait pu se traduire de la sorte : "sortir discrètement en évitant les machines, surveiller les mouvements au radar et afficher à l'écran les déplacements, faire feu sur les ennemis incontournables et disparaître le plus vite possible parmi les ruines en direction du nord".
Le véhicule était muni d'une mitrailleuse automatique en tourelle supérieure, et Ben avait gardé celle du T1. Ils avaient une chance.
Mais à peine eut-il terminé sa reprogrammation que cinq Terminators firent irruption dans le hangar. Ben et Mary se plaquèrent sur le sol du véhicule pour ne pas être vus. Ben chuchota:
- B : il faut que vous m'enleviez la puce, je vais essayer de la remettre sous la machine.
- M : vous allez vous faire repérer, il faut les affronter.
- B : non, il faut fuir au plus vite! Ils sont trop nombreux.
Mary fit de son mieux pour enlever la puce, et Ben sortit discrètement, à plat ventre, par une portière opposée aux robots qui s'étaient dispersés et fouillaient le moindre recoin. Sans bruit, il parvint à remettre la puce dans la logette, mais le véhicule démarra immédiatement. Ce fut bien suffisant pour faire tourner les cinq paires d'yeux rouges vers le Humer.
Mary était effrayée. Les robots se mirent à courir dans leur direction au moment où le véhicule avança. Ben eut juste le temps de s'extraire de sous le Humer et d'y monter. Mais la machine la plus proche lui saisit une jambe et le tira en arrière. Il fut arraché au véhicule et alla voler contre un T600 désactivé. Au contact, il se "réveilla" et se baissa pour se saisir de Ben. Mais sa lenteur ne lui permit pas de le faire. Ben avait déjà roulé sur le côté. Le T600 braqua sa lourde mitrailleuse rotative vers lui et décocha une longue rafale. Ben bondit à temps derrière un autre Humer, mais le T800 qui l'avait fait tomber du véhicule arrivait sur lui.
Ben se releva et, fidèle à sa technique, lui asséna un violent coup d'épaule dans le thorax pour le faire tomber. Une fois à terre, Ben l'attrapa par les bras et sortit à découvert avec lui, à portée de tir du T600. Tout cela s'était passé en quelques fractions de secondes, ne laissant pas l'opportunité au T800 de réagir. Le T600 tira à nouveau, mais entre-temps, Ben avait positionné le T800 devant lui, s'en servant comme d'un bouclier. Le T800 reçu une puissante salve de balles dans la tête qui le mit hors tension. Ben ne le lâcha pas pour autant et en profita pour avancer vers la haute silhouette. Arrivé à proximité, il souleva le corps du T800 et le fracassa sur celui du T600. Déstabilisé, le robot tituba et Ben en profita pour le prendre à revers, et du tranchant de la main, lui envoyer un violent coup dans le nuque afin de le mettre définitivement HS. Les os de sa main imprégnés de coltan, solidifiés et alourdis, avaient largement suffit.
Au loin, le Humer qui emportait Mary, après un slalom entre les engins, s'apprêtait à mitrailler la porte de sortie pour s'échapper et gagner enfin l'air libre. Ben le regarda avec une moue mi-dubitative, mi-contrariée, heureux pour elle, mais il était trop tard pour la rejoindre. Même en courant. D'autres machines lui barraient la route et avançaient vers lui.
S'il se faisait prendre, Skynet recommencerait ses tests avec lui.
Non, plus jamais ça! Il fallait à tout prix trouver un moyen de sortir. Mais déjà d'autres Terminator arrivaient dans le hangar pour prêter main forte aux 4 restants. Il n'eut pas le temps de réfléchir longtemps. La mitrailleuse du T1 était restée dans le Humer. Il espérait que Mary saurait s'en servir malgré son poids. Et il espérait surtout que le blindage du véhicule serait assez costaud pour résister aux miradors que Skynet n'avait sans doute pas manqué d'installer autour de sa base.
Mais pour le moment, il devait s'occuper de lui-même. Sans arme, il n'avait aucune chance. Il arracha donc celle du T600 à terre et disparut parmi les véhicules avant d'être rattrapé. Les robots formaient une sorte de filet infranchissable dont les mailles se resserraient inexorablement et le poussaient au fond du hangar, là où il n'y avait aucune issue. Il était obligé de s'y réfugier.
Or c'était dans ce coin justement, que se trouvait la gigantesque machine, ce robot démesuré. Il leva la tête… "pourquoi pas?". Son idée était simple: grimper sur cette énorme machine et prier pour qu'elle soit contrôlée par le même format de puce que celles compatibles avec sa propre connectique. Grâce à ses nouvelles capacités, il atteignit le sommet facilement. Il chercha et trouva de la même manière que sous le véhicule, derrière un lourd blindage, l'emplacement d'une puce électronique.
Il réussit à l'extraire mais ne savait pas si, sans aide, il parviendrait à faire la même chose que pour le Humer. Il fallait faire vite car en bas les robots l'arrosaient déjà de tirs. En hauteur et protégé par les structures blindées du Harvester, il était à peu près à l'abri et profita de cette protection relative pour essayer d'introduire la puce dans son crâne. Il y parvient après plusieurs tentatives, puis se concentra et reproduisit la même opération de programmation avec cette fois des directives plus destructrices. Il voulait carrément rendre inutilisable la moindre machine de l'entrepôt. Tant qu'à faire…
Mais à peine essaya-t-il d'extraire la puce, tâche malaisée sans voir ce qu'il faisait, que plusieurs HK-drones décollèrent. S'il était pris sous des feux en plongée, il serait transpercé de part en part en quelques instants et son squelette en coltan ne ferait pas grande différence car il ne protégeait pas chaque organe vital. Il se réfugia le plus profondément possible dans la machine mais elle n'était pas prévue pour cela. Il réussit cependant à se protéger un peu plus et tenta à nouveau de retirer la puce de sa tête. Elle vint avec un petit bruit pneumatique. Il l'inséra immédiatement dans la machine et reçut au même moment deux balles dans l'épaule, heureusement stoppées dans leur course par la clavicule et l'omoplate blindée. Un drone se trouvait exactement au-dessus de lui. Avec la mitrailleuse du T600 qu'il avait montée avec lui, il fit exploser sans mal le petit engin volant qui fut malheureusement aussitôt remplacé par un second, puis un troisième.
Au moment où il voulut s'extraire de la cuirasse du Harvester pour arroser de tirs les autres drones, la tête d'un T800 surgit au-dessus de lui en l'empoigna avec force pour le sortir de sa "cachette" sans ménagement. Le Terminator avait réussi à monter lui-aussi au sommet de la haute machine. Surpris, Ben fut expulsé et jeté dans le vide.
C'est le moment que choisit le Harvester pour s'ébranler, et lever ses bras pour ajuster ses tirs. Ben réussit à se rattraper à l'un d'entre eux, précisément sur l'énorme mitrailleuse. Il tomba lourdement, la tête la première sur la masse métallique. Sans le renfort de son crâne, pensa-t-il, il n'aurait pas survécu au choc.
Sonné, il mit un temps avant de reprendre ses esprits. Il fut pourtant contraint de s'activer car la machine avait commencé à tirer, et l'arme sur laquelle il essayait de se cramponner pour ne pas tomber avec les énormes vibrations du tir, devint brûlante en un rien de temps. Il grimpa alors sur la racine du bras pour reprendre le combat avec le Terminator qui l'attendait.
Les tirs du Harvester faisaient d'énormes dégâts. Il avait commencé par détruire les 3 T800 qui étaient restés à terre. Malheureusement, avant leur destruction, ils avaient activé un maximum de machines. Des tanks armés de canons à plasma, d'autres drones et même un HK-Aerial qui fit rugir dans un tintamarre sur-aigu et assourdissant ses réacteur pour pivoter en vol stationnaire et braquer le robot géant.
Le Harvester riposta immédiatement avant qu'il ne soit trop tard en assenant un coup de point d'une puissance incroyable sur l'avant de la machine. L'aéronef accusa la frappe en traversant la tôle du hangar, mais il était encore manœuvrable.
Pendant ce temps, au sommet du robot, les deux assaillant livraient une lutte sans merci. Les coups volaient en tout sens. Ben était défiguré par les frappes du Terminator. Mais galvanisé par le stress du combat, il ne sentait pas la douleur. En face, le T800 ne pouvait plus se servir efficacement de son bras droit que Ben avait commencé à arracher. Ben comprit que l'équilibre instable sur cette machine mouvante était un atout pour lui. Le Terminator mettait trop de temps à chercher son équilibre.
Quand le Harvester commença à marcher vers la sortie, en écrasant tout sur son passage, le T800 tomba sur le dos mais réussit à s'accrocher pour ne pas dégringoler au sol. Ben en profita pour se jeter sur lui, le souleva et le projeta en l'air. Mais le robot avait encore des ressources et il se saisit de l'avant-bras de Ben pour ne pas tomber. Sa poigne était solide et suffit largement à le retenir. Ce fut au tour de Ben d'être déséquilibré et il tomba à terre. La machine lui envoya un violent coup de pied dans le thorax, puis un second dans le cou. Ben suffoquait, il avait du mal à reprendre son souffle, le larynx écrasé. La machine qui s'était redressée, maintenait toujours son pieds en travers de sa gorge et y appliquait tout son poids. Ben voyait son regard rouge et impitoyable et dessus de lui. Elle savait très bien ce qu'elle faisait et Ben le savait aussi: elle voulait l'étouffer. A bout de force et à court d'air, il voyait des étoiles de plus en plus nombreuses dans son champs de vision et tomba en syncope.
Le T800, qui avait parfaitement compris la situation chercha à atteindre la protection de la puce du Harvester pour la lui retirer. Par chance, il reçut une partie du rayon plasma que le HK-Aerial repositionné venait de tirer sur le sommet de la haute machine. Le coup lui arracha une partie de la tête et la majeure partie du thorax. Le reste de la carcasse tomba inerte au sol, 12 mètres plus bas.
Pendant ce temps, Ben, à la merci des tirs ennemis se remettait rapidement grâce aux nanomachines qui s'étaient réorganisées immédiatement pour réparer les lésions sur la trachée et le larynx. Il reprit ses esprits lorsque le Harvester fit ses premiers pas dehors dans la nuit.
Le robot géant avait achevé tous les véhicules au sol et se battait maintenant contre le HK-Aerial et les quelques drones survivants. Sa maniabilité était un formidable atout face à l'énorme aéronef dont les repositionnements étaient plus lents. En revanche, sa puissance de frappe ne pardonnait pas. Lorsque le T800 avait été achevé, une partie du rayon s'était abattu sur le mécanisme de l'épaule droite, rendant inamovible tout le bras articulé. En outre, il commençait à être à court de munitions. Bien que lourdement armé, il avait quand-même décimé tout un entrepôt rempli d'engins en tous genres et n'avait cessé de tirer depuis son activation, soit 10 longues minutes de tirs incessants. La menace de l'aéronef tenu en respect jusqu'à présent se faisait de plus en plus lourde. D'une minute à l'autre, le Harvester serait à sec et ce serait la curée.
Ben qui revenait à lui s'en rendit compte, se releva péniblement et entreprit de descendre de la machine. Arrivé à terre, il sentit un choc terrible ébranler la terre. Il lui semblait que même l'air avait vibré autour de lui. Le Harvester avait épuisé ses dernières balles et le HK-Aerial avait pu ajuster son tir et lui décocher un rayon. Le robot esquiva mais pas assez vite. Un de ses bras fut littéralement arraché et projeté à plusieurs dizaines de mètres. En s'écrasant, le lourd bras avait fait trembler le sol. Heureusement il s'agissait du bras droit déjà endommagé.
La machine se baissa et se saisit de la première masse compacte qu'elle trouva, un gros morceau de béton armé, qu'il lança de toutes ses forces sur l'aéronef, lui faisant exploser un réacteur. Le HK-Aerial alla s'écraser un peu plus loin dans un fracas infernal.
Ben, assourdi par tout ce bruit, déguerpit à pieds le plus vite possible. Il fut surpris par la rapidité de sa course… encore une capacité qu'il découvrait. Il était heureux de ne pas avoir vu le Humer de Mary (ou son épave) qui avait sans doute pu échapper aux protections de la base de Skynet.
Il laissa à son sort le Harvester victorieux, quoique amoindri, et s'enfuit dans la nuit, guidé par sa nouvelle vision nocturne.
Le mot "angoissant" n'avait jamais eu autant de sens que maintenant pour John et ses amis. Le silence était particulièrement pesant. Répartis de part et d'autre des parois rocheuses, les résistants cachés entendaient maintenant parfaitement le bruit caractéristique des machines foulant le sol d'un pas uniforme, militaire aurait-on pu dire, parfaitement cadencé. La troupe de T800 était exactement entre Cameron et Allison d'un côté, Derek et Kyle de l'autre. John était un peu plus loin, protégé d'une grosse roche éboulée, car les deux autres cachettes étaient trop exiguës.
Derek, accroupi, tendit un peu le cou pour voir combien les robots étaient, mais ce simple mouvement le déséquilibra un peu. Pour se rattraper sans bruit, il se protégea de son bras et se laissa glisser contre la paroi. Mais une irrégularité dans la roche frotta à l'endroit de sa blessure et il lâcha un "Hummm!" de douleur, étouffé du mieux qu'il put. Pourtant la troupe passa son chemin et John sortit le premier quand il fut sûr de ne plus être visible, même si une machine se retournait.
- K : pfouuuu, j'ai cru qu'on s'était fait repérer. Ils étaient combien au total?
- C : on s'est fait repérer.
- A : quoi? mais… ils sont passés pourtant.
- J : oui, Cameron, c'est vrai! Qu'est-ce que tu racontes? Ils nous seraient tombé dessus s'ils nous avaient vu.
- C : ils ne nous ont pas vus. Ils nous ont entendu. Derek a fait un bruit. Si je l'ai entendu, eux aussi.
- D : et merde! Désolé, j'ai pas pu me retenir, je suis tombé sur mon avant-bras gauche. Ça ressaigne d'ailleurs. Chier!
- J : tu as peut-être un système acoustique plus développé que les T800?
- C : non, il n'y a pas eu d'évolution de ce côté. Le système était déjà très performant. En plus les T800 étaient plus près de Derek que moi.
- A : mais qu'est-ce que ça veut dire alors? Pourquoi ont-ils continué leur chemin?
- C : ils doivent avoir une mission précise. Nous repérer seulement. Maintenant ils vont avertir du renfort pour nous capturer. Ils n'étaient que trois. Je pense qu'ils ont ordre de ne pas nous tuer avant interrogatoire. Il faut partir. Vite.
- J : John Henry aurait pu nous le dire!
- C : il ne peut pas tout voir. Malgré sa puissance d'analyse il y a beaucoup trop de données sur le réseau. En outre, il utilise constamment une partie de ses fonctions pour ne pas être repéré, ce qui monopolise une partie de ses capacités. S'il surveille tous les mouvements, je ne sais pas s'il peut faire autre-chose. De plus il ne sait pas exactement où nous sommes, il doit donc surveiller une zone vaste et diffuser de nombreuses informations sur la répartition des forces de Skynet. Sans oublier qu'il doit constamment bouger pour ne pas se faire repérer puisqu'il diffuse des ondes régulièrement. Et il doit à chaque fois trouver un nouvel accès réseau sécurisé. Weaver l'aide pour ça, mais s'il est actuellement en transit, il est aveugle… comme nous.
- D : alors on fait quoi? Tout droit ou à revers?
- C : tout droit. Je pense qu'il n'y aura pas d'autre patrouille tout de suite dans ce sens-là.
- D : alors ne traînons pas et armez vos fusils.
Le petit groupe repartit à la hâte à allure soutenue. La gorge s'élargissait et débouchait sur une grande vallée en contre-bas que Cameron était la seule à distinguer clairement. Il y avait un peu de lune mais trop peu pour voir au loin. La température était lourde sans le bénéfice de l'altitude. Il n'y avait pas de vent et le silence était parfait. Trop parfait, car à chaque branche cassée, tous sursautaient et craignaient de se faire repérer. Depuis l'avertissement de Cameron, ils avaient la très désagréable sensation d'être observés. Ce qui se passa alors glaça le sang des humains. Ils entendirent tous très distinctement un "clic" et se figèrent sur place. Cameron lança immédiatement:
- C : stop!
- A : c'était quoi ce bruit?
Ils étaient sous des arbres et l'obscurité était presque totale. Pour avancer, ils se tenaient en file indienne, Cameron à l'avant, en guide.
- D : une mine. J'ai le pied gauche dessus. C'est pas vrai, putain!… mais c'est quoi cette malchance avec mon côté gauche! Bordel. Saletés de machines, elles ont du piéger le secteur à tout hasard.
Avant que les autres ne puissent s'appesantir sur la situation, un bruit de réacteur se fit entendre au-dessus des murailles de pierre, non loin de là.
- D : allez-y, fuyiez! Vous ne pouvez plus rien pour moi.
- K : t'es pas bien, non? On va pas te laisser dans cette situation. Cameron, on peut bien faire quelque-chose, non?
- C : la mine explosera au moment même où il lèvera le pied.
- K : mais en faisant très vite? Tu peux l'aider? Le pousser?…
- C : je ne serai pas assez rapide. Il aura au mieux la jambe arrachée… voire les deux.
- D : hors de question que je vive dans cet état! Je ne peux déjà plus me servir de ma main gauche, ça va bien comme ça! Barrez-vous, je vais les retenir.
- J : retenir qui?
- D : si Cameron a vu juste, et je pense que oui, l'aéronef va déposer autour de nous des soldats de Skynet pour nous prendre au filet. Je peux faire diversion et les attirer avec mon arme. Vous, vous tracez en ligne droite sans vous retourner.
- J : sûrement pas, hors de question! On ne t'abandonne pas. On n'abandonne personne!
- D : c'est moi qui décide ici! C'est un ordre! Vous partez ou c'est moi qui vous plombe.
John ne voyait pas bien le visage de Derek mais il imaginait qu'il avait ce même regard que dans le passé. Un regard clair et dur, chargé de détermination et d'expérience. Il retrouvait le soldat entraîné qu'il avait connu en 2008. Ses réactions étaient rapides, contrôlées. Il raisonnait vite. Son sérieux et sa force de conviction laissaient sans voix. Il pouvait sentir son autorité, presque voir son visage sévère.
- C : il a raison, John. On ne peut plus rien pour lui, et il peut nous apporter une aide précieuse. Il ne mourra pas en vain.
- J : je t'ai pas sonnée, Cameron! Tu sais même pas ce que ça veut dire, mourir. Je ne veux pas le voir crever une seconde fois, y'en a marre! On les attend et on les affronte! On trouvera une solution après pour la mine.
Derek accrocha le bras de John et l'attira vers lui. Sa voix s'était adoucie mais restait inflexible.
- D : écoute, John, ce n'est pas de gaieté de cœur, mais Cameron a raison: je suis condamné. Autant que je serve à quelque-chose, non? Je suis désolé. Il faudra encore des sacrifices avant la fin de ce cauchemar. Tu sais, quand on est parti, je savais bien qu'il y avait peu de chances qu'on rentre tous. J'ai confiance en toi, John. Le plan de ta mère est jouable. Il y a enfin de l'espoir… un véritable espoir! Et c'est toi qui va l'apporter à l'humanité. Allez-y, ne perdez pas de temps, ce serait trop bête. Vous n'êtes plus très loin de Los Angeles. Partez!
Après une accolade à Kyle et Allison, Derek aperçut la silhouette de Cameron dans la pénombre. Il lui adressa un sourire sincère et son regard était chargé de tout l'espoir qu'il mettait en elle, en eux. Il savait que grâce à sa vision infra-rouge, elle verrai l'expression de confiance sur son visage. Saurait-elle l'interpréter?
Sans se poser la question en ces termes, Cameron nota cependant que c'était la première fois que Derek la regardait ainsi. Ses logiciels de reconnaissance faciale lui indiquèrent une expression de sympathie, à défaut de plus subtil, et elle se dit que John avait raison: ce Derek était vraiment différent de celui qu'elle avait côtoyé en 2008. Jamais une parole agréable, jamais un sourire… pourtant c'était aussi le même…
Ils partirent donc la mort dans l'âme du côté opposé au bruit des réacteurs qu'ils avaient entendu et dont l'intensité avait diminué. L'aéronef avait du atterrir. Cameron empoigna John qui s'était retourné et avait du mal à quitter Derek des yeux. Ils couraient maintenant, à l'aveuglette, le visage de Kyle et d'Allison luisant de larmes.
Cameron dirigeait la petite troupe, scrutant du mieux qu'elle pouvait le sol pour éviter d'autres mines. Elle avait ordonné aux trois résistants de marcher dans ses pas… facile à dire dans la pénombre. Mais ils n'avaient pas le temps de faire mieux.
Au bout de 10 minutes, ils entendirent des tirs. Puis plus rien. Kyle stoppa pour scruter le silence. Et une détonation puissante les fit tous sursauter. Allison et Kyle étaient effondrés. John baissa la tête et s'enfouit le visage dans les mains. Mais ils devaient se ressaisir vite et continuer à fuir. Aidé par Cameron, John essaya de faire entendre raison aux deux autres et ils reprirent péniblement leur route.
Dans cette course, John pensait à JH. Il lui en voulait de ne pas les avoir prévenus. Il avait contrôlé sa radio, elle marchait parfaitement. JH leur avait fait l'annonce du piège presque au même moment où ils avaient entendu l'engin volant. Autant dire que ça n'avait servi à rien. Mais en se raisonnant sa colère s'apaisa. Il comprit que la décision avait du être prise juste après que la troupe de Terminators soit passée devant eux. La mise à jour sur le réseau avait du attendre que les machines fassent leur rapport. Et à cela, il fallait encore le temps que JH trouve l'information.
Il reconnut enfin que sans lui, ils auraient eu au moins une quinzaine d'autres occasions de se faire prendre, tant l'activité dans les montagnes était dense. Et comme pour finir de le convaincre, JH les prévint justement d'un autre mouvement d'ampleur qui leur permit de contourner l'obstacle et de passer finalement à travers les mailles du filet. La diversion de Derek leur avait sauvé la vie.
