Chapitre 6 : Rougeur

La journée du lendemain ce passa sans incident notable. Du moins, en apparence. Merlin n'était simplement plus capable de regarder Arthur sans avoir de mauvaises pensées et cela l'énervait au plus haut point. Ça l'attristait également. Il appréciait sa relation particulière avec le Prince, même si on ne pouvait pas totalement parler d'amitié. Du moins pas d'amitié affichée. Et se rendre compte que de son côté, les choses avaient évolué autrement le faisait souffrir d'une certaine manière. De plus, il n'avait personne à qui en parler, ce qui lui rappela une fois de plus le désert de sa vie sociale. Il n'y avait finalement que peu de gens dans sa vie et il n'aimerait avoir cette conversation avec aucune d'entre elles. Il songea à écrire une lettre à sa mère, sans trop donner de détails. Mais il la savait trop intelligente pour ne pas deviner de qui il s'agissait. Il renonça donc à l'idée et se résigna à attendre que ça passe. Parce que ça devait forcément passer. Il était simplement trop seul et son subconscient avait fini par jeter son dévolu sur la personne la plus proche de lui. D'un autre côté, aller voir les filles de la taverne, comme le faisaient parfois certains chevaliers, ne le tentait pas du tout. Ça n'était pas vraiment son genre. Il décida donc de souffrir en silence. Mais c'était sans compter le sens de l'observation relativement aiguisé du blond. C'est ainsi que ce soir-là, il le retint après qu'il est fini ses corvées.

« Merlin ? »

Le sorcier se tourna vers lui.

« Tu n'étais pas toi-même aujourd'hui. Tu semblais ailleurs et tu avais ce regard qui ne trompe pas. »

« Je ne vois pas de quoi vous parlez, Arthur. » Répondit-il, espérant se sauver en jouant l'ignorant.

« Allez ! Tu peux me le dire à moi. Qui est-ce ? » Le questionna Arthur avec un sourire complice.

« Qui quoi ? Je ne vous suis pas. » Rétorqua-t-il, un rougissement traitre venant colorer ses pommettes saillantes.

« Après qui soupires-tu ainsi ? N'essaye pas de le nier, Merlin. C'est écrit sur ton visage. »

Le brun s'accorda un instant de réflexion. Il savait que le Prince ne le laisserait pas tranquille sans un semblant de réponse de sa part. Il choisit donc de ne révéler qu'une partie du problème.

« Une personne inaccessible et qui, de toute manière, ne répondrait pas favorablement à mes avances. Donc, il n'y a rien à ajouter, Sire. »

Le blond perdit son sourire et regarda presque tristement son valet.

« Je vois. J'avais donc vu juste quand je pensais que tu affectionnais Morgana. »

Un air de profonde incompréhension se peint sur le visage de Merlin.

« Quoi ? Non ! Vous vous méprenez, Sire ! Je… »

« Merlin. Je comprends que tu ne veuilles pas en parler et je suis vraiment désolé pour toi, mais tu sais bien qu'une relation entre elle et toi est impossible et je suis soulagé que tu sois si lucide sur la situation. Quand bien même elle t'aurait trouvé à son goût, cela n'aurait rien changé. »

Se rendant compte qu'il ne pourrait pas détromper le Prince, le jeune sorcier décida finalement de saisir la chance de se sortir de cette conversation surréaliste. Il espérait juste qu'il n'irait pas en toucher un mot à la pupille du Roi.

« J'en suis tout à fait conscient, Arthur. Et je ne comptais pas tenter quoique ce soit à son égard. Maintenant, avec votre permission, je vais me retirer pour la nuit puisque j'ai fini mon travail. »

« Bien sûr. Va dormir. Je ne voudrais pas que tu nous refasses un malaise comme l'autre jour parce que tu ne te reposes pas assez. Soit là demain matin à la première heure. Bonne nuit, Merlin. »

« Bonne nuit, Arthur. »

Sur ces mots, il franchit la porte de la chambre et une fois dans le couloir, se permit de respirer. Il l'avait échappé belle. La propension du Prince à être trop sûr de lui et de ses déductions avait encore une fois joué en sa faveur. Il rejoignit donc Gaïus qui l'attendait pour dîner. Le vieil homme resta étrangement silencieux pendant tout le repas. Il avait l'air de quelqu'un qui veut poser une question, mais qui n'ose pas. Se doutait-il de quelque chose ? Merlin espérait vraiment que non. Mais après tout, à qui d'autre pouvait-il en parler ? Au grand Dragon ? Il entendait déjà son rire dans sa tête. Mais malgré une intense réflexion, il ne trouva pas de manière convenable d'aborder le sujet. Il remit donc cette discussion à plus tard, prit congé et alla se coucher. En espérant s'endormir rapidement.

Comme il s'y attendait, le sommeil l'abandonna lâchement. Son cerveau tournait à plein régime et refusait de le laisser en paix. Son corps voulait Arthur et il n'avait cure de tous les obstacles qu'il y avait entre eux. Il commençait sérieusement à se demander si c'était vraiment une passade finalement. Jamais auparavant il n'avait désiré si fort quelqu'un. Soupirant de dépit et renonçant à dormir, il se leva d'un geste énervé et alla voir si son mentor était encore levé. Il le trouva sur le point de se coucher.

« Qu'est ce qu'il y a, Merlin ? » Le questionna-t-il à la vue de son air déconfit.

« J'ai besoin de me confier. J'en perds le sommeil, Gaïus. »

« Viens par là. » L'invita le vieil homme en se dirigeant vers la table, attrapant une carafe de vin et deux verres au passage. Le jeune sorcier excepta l'invitation et s'installa en face du médecin.

« J'ai bien vu que quelque chose te tracassait ces derniers jours, mais que tu avais manifestement du mal à te confier. Dis-moi tout. »

Le plus jeune prit une longue inspiration.

« Je ne sais pas trop comment l'expliquer. Disons que mon regard sur une certaine personne a changé et que je ne sais pas comment gérer la chose. »

« Qu'entends-tu par « changer » ? » Demanda Gaïus en leur versant à chacun une coupe de vin.

« Depuis quelque temps, je me suis rendu compte que je ne voyais plus cette personne comme un ami. »

Le vieil homme s'étouffa dans son verre.

« Tu as bien dit « UN » ami ? »

Le brun sursauta, prenant conscience de ce qui lui avait échappé. Pour toute réponse il rougit et fuit le regard de son vis-à-vis.

« Merlin. Es-tu en train de parler de qui je crois que tu es en train de parler ? » Le médecin lui prit la main, se voulant rassurant.

« Je ne sais pas. Tu penses à qui ? »

« À un certain blond aux yeux bleus de notre connaissance. »

Le sorcier rougit encore plus, si c'était possible.

« Tu as vraiment un don pour te mettre dans des situations impossibles. Tu le sais ça ? » Répondit ironiquement le physicien.

« Il n'y a rien de drôle, Gaïus. Je ne sais pas quoi faire ! En plus, il a remarqué que mon comportement était étrange et en est venu à la conclusion stupide que c'était Morgana qui m'intéressait ! Je n'ai pas réussi à lui enlever cette fausse idée de la tête. Maintenant, il croit que je soupire après elle. Je suis une fois de plus dans un pétrin pas possible. Sauf que cette fois je ne vois aucune issue. »

Le jeune homme semblait désespéré.

« Je ne vais pas te mentir, tu sais. Il y a peu de chance que quoique soit de bon, sorte de cette histoire. Mais, concrètement, as-tu des sentiments pour lui ? »

La question le prit quelque peu de court.

« Je n'y ai pas vraiment réfléchi. De toute façon, tout est de la faute de cette foutue chaleur ! Sans cette canicule, je n'en serais pas là. »

« Tu ne pas mettre tout ça sur le compte du climat, Merlin. Ça a fait remonter à la surface des choses enfouies, surement, mais ça serait arrivé, tôt ou tard. Arthur déclenche de fortes émotions en toi, depuis que tu le connais. Tu l'as d'abord viscéralement détesté, puis tu lui es finalement devenu plus loyal que le meilleur de ses chevaliers. Tu l'as ensuite considéré comme un ami très cher. Ce qui arrive n'est que la suite logique de tout cela finalement. Je n'en suis pas vraiment étonné à vrai dire. Honnêtement, j'ai toujours aimé à penser que le jeune Prince te voyait comme un ami, bien plus qu'un simple serviteur. Évidemment il ne peut pas trop le montrer en public. Alors, qui sait, peut-être que… »

« Peut-être que quoi, Gaïus ? Peut-être qu'il me trouve à son goût ? Ne sois pas ridicule. Je ne suis rien d'autre pour lui que le pire servant qu'il n'est jamais eut, comme il me le rappelle souvent. Il n'a aucune idée de qui je suis vraiment et de tout ce que j'ai fait pour ce royaume, pour lui, pour le Roi ! À quoi bon en parler de toute façon ? Il n'y a rien à débattre. Je suis un homme et un simple serviteur. Tout ce qu'il ne faut pas à un futur roi. Je suis peut-être sa destinée, Gaïus, mais tant que tout le monde l'ignore à par toi, je ne suis personne. »

Le brun était au bord des larmes et son père adoptif, ne sachant pas quoi répondre, ne put que venir à ses côtés et le serrer dans ses bras. Lui donnant l'épaule dont il avait besoin pour pleurer. Il se dit qu'un être aussi pur et bon que Merlin, ne méritait vraiment ce qui lui arrivait.

De l'autre côté de la porte du laboratoire, Arthur, abasourdit, en oublia le somnifère qu'il était venu demander au médecin, car la chaleur l'empêchait de dormir et s'en retourna dans sa chambre comme un automate, la tête pleine de questions.