Mary se réveilla un peu avant Ben avec les premières lueurs du jour qui filtraient au travers des stores délabrés de la petite pièce. Par réflexe, elle scruta entre les lattes les environs proches à la recherche d'une éventuelle silhouette ennemie. Tout paraissait calme dehors. Elle avait faim et très soif. Mais il n'y avait rien ici. Tout était vide. Pas de meubles… rien.

Quand elle se retourna, Ben était debout et la regardait.

- B : laissez-moi deviner. Vous avez passé une excellente nuit et pour bien continuer cette belle matinée, vous vous dites qu'un bol de café chaud avec un croissant seraient bienvenus.

- M : tout juste… un croissant ou autre-chose, d'ailleurs. Vous les français, il vous faut forcément des croissants avec de la baguette et du beurre. Moi je mangerais bien n'importe quoi.

- B : et bien il doit sans doute rester un peu de rat dans les caves. Si le cœur vous en dit.

- M : si vous croyez me dégoûter… le rat je connais, merci. Bon, on fait quoi?

- B : je ne peux pas rentrer à ma base même si nous n'en sommes pas très loin. Elle est compromise. Alors je pencherais plutôt pour la vôtre: le quartier général de Los Angeles. On devrait en avoir pour une bonne partie de la journée. Mais je sais que John voulait s'arrêter avant à l'ancienne usine de montage des T800 de la région, justement à côté, pour essayer de réparer Cameron. Je suppose qu'il y aura donné rendez-vous à John Henry et Weaver.

Ben crut voir à nouveau chez Mary un léger trouble à l'évocation de ces noms. Mais il n'y prêta pas plus attention.

- B : je te propose donc de continuer vers le nord. Si on trouve quelqu'un à l'usine on s'arrête, sinon on continue jusqu'au QG et on attend John.

- M : OK, c'est parti. Mais si on trouve de quoi manger en route, je ne dis pas non.

Il descendirent rapidement, conscients du danger d'être repérés; mais Ben pensait depuis longtemps que le risque n'était pas plus grand de jour que de nuit. L'avantage de la nuit pour les machines, c'était leur vision infra-rouge, mais comme elles savaient que les humains s'en étaient rendu compte et qu'ils préféraient dorénavant les missions de jour, l'activité des machines s'était de plus en plus renforcée en journée. L'un dans l'autre… le risque était finalement toujours présent, peu importait le moment.

Ils faisaient leur possible pour passer entre des murs ou des décombres et camoufler leur progression. La tension montait lorsqu'ils devaient traverser une zone découverte. Mais ils ne firent pas de mauvaise rencontre. Au loin, des bruits de détonations trahissaient un combat. Bruit commun, la malheureuse routine de leur quotidien depuis tant d'années.

Ils trouvèrent dans un petit entrepôt une bouteille d'eau de source intacte et une vieille boîte de corned beef. Pas terrible, mais ça ferait l'affaire. En sortant, Ben plaqua Mary contre un mur un peu brutalement… mauvaise maîtrise de sa force. Il venait d'apercevoir un T600 seul, en reconnaissance depuis fort longtemps visiblement car sa peau synthétique était en lambeaux, ainsi que ses habits. Il avait du être chargé d'infiltration au début mais ces modèles n'avaient jamais dupé personne, passée la surprise des tous premiers sortis d'usine, notamment à cause de leur stature impressionnante.

Ils le laissèrent passer en silence, camouflés derrière un mur. La machine passa son chemin mais alors qu'ils allaient sortir, elle s'immobilisa. Les avait-elle entendus? Peu probable. Alors quoi? Elle semblait scanner les environs. Quelque-chose n'allait pas. Elle leva sa lourde mitrailleuse mais avant de repérer sa cible, une silhouette rapide et légère bondit d'une crevasse et fondit sur elle. Incapable de verrouiller sa mire aussi vite, le T600 tenta d'abattre son arme sur la jeune-femme. Mais celle-ci anticipa et avec une force insoupçonnée, elle bloqua le geste, et dans un mouvement parfaitement maîtrisé, fluide et gracieux, lui adressa un puissant coup de pied dans le thorax. La machine tomba en arrière.

Ben, en zoomant, reconnut facilement Cameron. Elle était plus rapide mais risquait quand-même de recevoir un rafale de balles en pleine tête. Le T600 à terre la braquait directement. A bout portant sa mitrailleuse pouvait faire des dégâts, surtout s'il visait les orbites. Mais à ce moment, John sortit à son tour et attira l'attention du robot qui hésita entre ses deux cibles. Kyle en profita pour lancer une grenade qui explosa à proximité de la tête de la machine. Elle était aveugle mais pas encore achevée.

Elle se mit à tirer au hasard dans un geste ample pour balayer au plus large. C'était extrêmement dangereux! D'autant que ce raffut risquait d'attirer d'autres machines… ce qui ne manqua pas d'arriver. Un autre T600, en meilleur état, fit irruption à l'autre bout de la rue, à l'opposé de là où se trouvaient Ben et Mary.

- B : c'est eux, je vais les aider. Reste à couvert.

- M : faites attention, Ben. Vous n'êtes pas complètement invincible.

- B : pas complètement… mais contre un crétin de T600, ça devrait suffire.

Sans se soucier des tirs du premier robot, dont il reçut d'ailleurs une balle en pleine poitrine, Ben courut à toute allure vers le groupe en danger, une lourde barre de fer à la main. Il arriva sur la machine à terre et lui asséna un violent coup en pleine tête. La scène se déroula avec une rapidité fulgurante. Il lui arracha son arme avec un bout de bras métallique et la projeta plus loin. Puis il tourna la tête vers Cameron:

- B : termine-le! John, Kyle, à terre! Tout de suite.

A peine avait-il donné ses ordres qu'il reçut une seconde balle dans la tempe. Allison restée en retrait cria. Mais Ben resta debout et fonça vers la seconde machine. Il essuya une salve qui traça un trait de son épaule gauche à son flanc droit. Cinq balles de gros calibre en tout qui le freinèrent sérieusement mais ne le firent pas tomber. Il arriva devant le T600, beaucoup plus haut que lui, mais tout était déjà joué. La machine n'avait pas la moindre chance.

Ben esquissa un sourire machiavélique face à lui et lui envoya un gros coup de tête dans la poitrine. Le robot fit deux pas en arrière pour conserver son équilibre. Ben en profita pour se saisir de son arme et lui tordre le canon à mains nues. Elle était inutilisable. La machine abattit alors son autre poing sur l'épaule de Ben qui dut mettre un genou à terre sous la puissance du choc. Il laissa tomber sa barre de fer. Mais il profita d'être plus bas pour se saisir des pieds de la machine.

Avec un effort soutenu, il se redressa et la fit tomber. Et dans un vigoureux mouvement de rotation, serrant toujours fermement les pieds du robot, il l'envoya brutalement contre un pilier en béton armé. Sans lâcher, il recommença deux fois. La machine s'encastrait dans les piliers avec violence. Ben ne lui laissait aucun répit. Au bout de quatre autres vols planés à travers des blocs de gravas, il laissa la machine à terre, inerte.

Il retourna tranquillement vers sa barre de fer et revint vers le T600. Il lui passa la barre sous la nuque et la lui tordit autour du cou comme s'il se fut agit de caoutchouc. Puis il serra, encore et encore… si fort que la tête du robot sauta et ses yeux s'éteignirent lentement.

Le danger écarté, les autres arrivèrent, complètement sidérés par ce qu'ils venait de voir. D'abord, Ben n'était pas mort, mais en plus il s'attaquait à mains nues au plus puissant des robots de Skynet.

Avant de laisser libre court au flot de questions et d'étonnements, Ben déclara:

- B : on dégage. Avec ce bordel, le coin va grouiller de machines dans quelques minutes.

Ils partirent donc tous ensemble. Mary les rejoint, et ils trouvèrent une entrée de cave sous des décombres qui avaient du former une maison au-dessus plusieurs années auparavant. Allison sauta au cou de Ben, l'agitation autour de lui était à son comble.

- J : mais… qu'est-ce que tu fais là? Comment as-tu fait pour battre une machine tout seul? Et ces impacts…

John examina un instant sa tempe et vit un éclat métallique. Il prit peur et recula.

- B : ne t'inquiète pas, John, c'est toujours moi. Je t'assure. Mary pourra en témoigner. J'ai… été un peu modifié par Skynet, mais je ne suis pas une machine… enfin… pas tout à fait.

- J : pourtant ce serait bien son genre de faire une copie de toi. Qui me dit que tu n'es pas un T800? Et cette femme? Elle est peut-être un robot elle aussi.

- M : je ne vais avoir aucun mal à te persuader du contraire, John. Ça fait des années que je t'attends. Regarde-moi un peu mieux. Mon visage ne te dit rien?

John n'avait pas encore prêté attention à la jeune-femme qui accompagnait Ben. Il se retourna et l'examina. Effectivement son visage lui disait quelque-chose. Elle se déplaça sous l'entrée de la cave et la lumière éclaira sa longue et belle chevelure rousse.

- J : Savannah!

- S : et oui, John, c'est bien moi, la petite fille à qui tu as appris à faire ses lacets dans la salle d'attente du psychologue a un peu grandi.

Savannah lui laissa le temps d'accuser le coup. Elle sentait John encore un peu suspicieux.

- S : Qui à ton avis aurait pu connaître ce genre de détail à part toi et moi? Je peux t'assurer que Ben n'est pas une machine. Il a été transformé. Son squelette est recouvert de Coltan, mais son intellect est totalement intact.

- J : Savannah, mais… c'est incroyable! Que fais-tu ici? Comment as-tu survécu?

- S : drôle de question! Comme les autres, c'est à dire comme j'ai pu. Allison a du te dire que j'étais dans l'abri anti-atomique le jour du jugement dernier. Mais on a été séparé et j'ai été recueillie par le colonel Carlton. Un peu plus tard, j'ai vite compris qu'il était préférable de changer de nom. Skynet connaissait le mien et mes relations avec John Henry. Je ne voulais pas prendre ce risque. Voilà, c'est très simple et en résumé, tu sais à peu près tout.

John allait de surprise en surprise ces dernières minutes. Il lui fallait un moment pour digérer. Ben était très surpris de voir que John et sa co-détenue se connaissaient. C'est Allison qui prit la suite:

- A : mais que t'est-il arrivé, Ben? D'où te vient cette force, cette rapidité?

Ben raconta lui aussi sa petite histoire. Les autres écoutèrent sidérés.

- K : un cyborg! Tu es devenu un cyborg! Ça alors, justement ce dont nous prévenait Weaver avant que nous quittions la base, c'est dingue ce truc.

- B : ouais, j'arrive toujours pas à y croire moi-même. Mais… où est Derek?

Les visages s'assombrirent et Ben comprit tout de suite qu'il s'était passé quelque-chose.

- B : non? C'est pas possible? Pas lui? Je croyais que JH vous aurait permis de passer à travers les mailles…

- J : ça n'a pas suffi, Ben. Tout est allé trop vite. Il s'est sacrifié… pour nous laisser partir. Sans lui on était tous capturés.

La fin de la journée passa en explications, chacun voulant en savoir un peu plus. Le soir, ils sortirent pour rejoindre l'ancienne chaîne de production des T800. Ils n'en étaient plus très loin et à défaut de la mettre en marche, ils pourraient au moins y trouver une bonne planque et attendre John Henry et Weaver.

Mais les deux machines les avaient devancés. Savannah, même si elle savait parfaitement que le T1000 n'était pas sa mère, tomba dans ses bras. Weaver ne la repoussa pas. Elle avait développé une sorte d'affection pour "sa fille adoptive", à défaut de véritable tendresse. Elle savait que Savannah, même devenue adulte, s'accrochait au souvenir de sa mère grâce aux traits qu'elle imitait à la perfection… la chaleur en moins. Elle fit de même avec John Henry qui afficha un véritable sourire, un peu niais, mais sincère.

- JH : je suis content de te revoir Savannah. Tu as bien grandi. Tu es devenue une belle jeune-femme. Je ne pensais pas te retrouver ici.

- S : moi si. Quand Ben m'a parlé de votre rendez-vous, j'ai failli bondir de joie.

- B : je me disais bien aussi…

Il fallu encore une séance d'explications pour tenir chacun informé des derniers évènements. Quand Savannah tenta d'expliquer pour finir, ce qui leur était arrivé, Weaver la coupa:

- W : oui, pour ça nous savons. Ainsi que ce qui est arrivé au capitaine Saint-Clair. Je suis heureuse que cette première tentative de prise contrôle soit un échec. Mais vous avez des capacités de résistance psychologique hors normes. C'est ce qui vous a sauvé. Le prochain sera peut-être le bon pour Skynet. Encore une indication pour nous empresser de mettre fin à cette guerre. S'il arrive à dresser une armée de cyborg, tout est perdu.

Tout à coup, Ben tourna la tête. Il avait aperçu un mouvement non loin de là.

- W : ne vous inquiétez pas, ce sont des machines à nous. Elles surveillent les environs. Je vois que votre vision est devenue très performante.

John s'isola un moment avec John Henry pour lui parler de son projet de réparation de Cameron. Ses tremblements de la main avaient repris et John avait constaté depuis un bon moment qu'elle était moins efficace que d'habitude. Moins solide, moins rapide. Il fallait faire quelque-chose. John Henry lui expliqua que c'était faisable et qu'il avait déjà fouillé dans les programmes de la chaîne de montage.

- J : Cameron? Tu peux venir une seconde? Je voudrais que tu fasses un "check-up".

- C : oui, tu m'en as parlé, John. Je veux bien essayer. Depuis l'épisode de la prison, je ne suis plus efficace à 100%.

- J : très bien. Alors je te confie à John Henry. Je ne vous présente plus, vous vous connaissez déjà par échange de puce interposé… bref, il va t'expliquer comment faire.

Cameron s'éloigna avec JH dans les profondeurs de l'usine pendant que John rejoignait les autres pour discuter de la suite des opérations.

Kyle était déjà en train de suggérer une aide du QG de Los-Angeles, à quelques kilomètres de là.

- W : oui, il faut une alliance concrète, c'est évident maintenant.

- J : et il va falloir que JH fasse un peu mieux qu'espionner.

- W : ça te semble simple comme ça, John, mais je peux t'assurer que ne pas se faire repérer est une véritable prouesse de la part de JH. Tu n'imagines pas la complexité de ce réseau ni des protections qui l'entourent. Personne ne pourrait faire ce qu'il fait.

- J : peut-être, mais sans lui nous n'arriverons à rien. J'y ai bien réfléchi. S'il faut avertir rapidement tous les résistants sur la planète, il va falloir le faire par radio. Mais on peut être à peu près sûrs que Skynet va intercepter le message. Et comme il faudra un minimum de temps ensuite pour assembler les dispositifs, il pourra mettre ce laps de temps à profit pour contre-carrer nos plans. Tout repose sur la surprise de l'opération. Il va falloir que JH trouve un moyen de brouiller un maximum de récepteurs pendant que nous diffuserons les informations et qu'elles seront relayées autour de la planète. Ensuite il faudra un feed-back de chaque poche de résistance pour nous avertir de la mise en œuvre de leur dispositif.
Sans brouillage, c'est même pas la peine de commencer! Et puis il faudra un signal de départ. Même si ce n'est pas exact, il faut que les bombes explosent à peu près au même moment. Si on laisse plusieurs jours entre chacune, Skynet aura le temps de trouver une parade, d'enfouir son réseau et ses machines, ou que sais-je.

- K : John a raison, il va falloir que JH parasite les récepteurs de Skynet aux bons moments. Et qu'on trouve un moyen de placer les deux autres EMP qu'on a laissées dans la grotte. Elles pourraient servir pour le nord-ouest américain et pour le centre… c'est toujours ça de pris. Celle qu'on a armée avec un système de mise à feu par code radio devrait suffire pour tout le sud-ouest américain, d'après les informations du père d'Allison… et peut-être même pour le nord du Mexique.

- A : pour ça, il nous faut l'aide du commandement de Los Angeles. Ils ont des hélicos. Si JH fait éviter aux pilotes les surveillances aériennes, il y a une chance d'y parvenir.

- S : alors rendons-nous dès demain chez le colonel Carlton. Il saura nous conseiller. Il faut travailler main dans la main… et vite. Plus on attend, plus on prend le risque qu'il y ait des fuites.

Ils discutèrent encore un peu de détails et décidèrent de prendre du repos. Le raid dans les montagnes les avait épuisés et les nuits étaient courtes ces temps-ci.

John dormait d'un sommeil agité. Il était mal à l'aise de savoir Cameron disséquée sur la chaîne de montage. Il priait pour que John Henry sache ce qu'il faisait. Il fut réveillé au milieu de la nuit par Cameron qui revenait. Malgré toute son attention pour ne pas faire de bruit, John se redressa. Il lui avait suffit d'un simple froissement de vêtement pour le tirer de son sommeil léger. Cameron s'assit à côté de lui. Elle chuchota:

- C : me revoilà.

- J : ça a été? Comment tu te sens?

- C : bien.

- J : développe un peu. Tu es réparée?

- C : mon endosquelette a été entièrement révisé, des pièces changées, les optiques ajustées et les diagnostics système n'ont trouvé aucune dysfonction. John Henry a supervisé l'ensemble de l'analyse. Il n'a rien trouvé d'anormal.

- J : et ben tu vois, c'est parfait. Tu es rassurée?

- C : non. Je serai plus efficace sur le terrain mais les tremblements de ma main gauche continuent.

- J : et tu l'as signalé à JH?

- C : non.

- J : pourquoi?

C : je ne sais pas. Je ne crois pas qu'il puisse y faire quelque-chose.

- J : tu as l'air inquiète.

- C : tu sais bien…

- J : que c'est impossible? Ecoute Cameron, il va vraiment falloir que tu arrêtes de dire ça. Je suis désolé mais tu as vraiment l'air inquiète. Qu'est-ce qui ne va pas?

- C : tu te souviens de notre discussion à l'hôtel avant que nous allions chercher ta mère en prison?

- J : oui, et…?

- C : je reste persuadée qu'il y a un conflit dans mes programmes… et que je représente une menace pour toi et pour toute la résistance.

- J : mais JH n'a rien trouvé.

- C : non, mais il n'est pas infaillible. Mes circuits sont très complexes, même pour lui. Peut-être s'agit-il d'un conflit d'un genre nouveau. Il ne sait sans doute pas quoi chercher.

- J : et toi tu sais?

- C : non plus… mais je sens quelque-chose d'anormal.

Cameron resta fixer John avec intensité.

- C : je regrette que tu n'aies pas gardé la montre-détonnateur. Elle aurait peut-être été utile un jour.

- J : je ne crois pas, non.

- C : comment peux-tu en être sûr?

- J : il y a plein de raisons à ça. Déjà je veux avoir confiance en toi…

- C : mais c'est idiot, tu ne peux pas…

- J : laisse moi finir!… ensuite le détonateur n'activerait plus rien. J'ai demandé à JH de retirer la charge explosive que tu avais placée à proximité de ta puce lorsqu'il en a fait le diagnostic. Et pour finir, quoique tu fasses, jamais je n'aurais été capable de te faire ça. Tu noteras que je ne parle même pas du fait que je ne pouvais rien emporter avec moi lors du voyage temporel, comme tu le sais parfaitement.

- C : c'est dommage, John. Il aurait fallu que tu en sois capable. Tu laisses tes émotions entraver ton jugement… et ton rôle dans cette guerre.

- J : arrête avec ça Cameron. On dirait ma mère. Je ne suis pas si extraordinaire que ce qu'on a voulu me faire croire. L'idée des EMP, c'est ma mère qui l'a eue, pas moi. Le futur que tu connaissais n'est plus là, Cameron. Je ne suis pas le grand chef spirituel de la résistance. Tu exagères mon rôle dans ce conflit. Tout le monde l'a toujours fait. Finalement ça me soulage de vivre dans ce temps alternatif. Ici au moins, je n'ai plus la pression de devenir un être exceptionnel. Je veux juste faire de mon mieux sans qu'on m'en demande toujours plus.

Cameron détourna la tête comme pour couper court à la conversation. Elle se leva et disparut après avoir lancé un regard à John. Malgré la pénombre, il crut déceler quelque-chose de plus que son impassibilité habituelle. Comme une pointe de nostalgie. De la déception peut-être. Oui, c'était ça, il pensa que ce qu'il venait de dire l'avait déçue. Et il se retourna lui aussi, contrarié, pour tenter de trouver le sommeil.