Chapitre 8 : Elan

Arthur tournait en rond comme un lion en cage depuis des heures. Merlin c'était débrouillé pour qu'un autre serviteur s'occupe de son déjeuner. L'après-midi était donc bien entamé et il n'avait toujours pas recroisait le brun. Il était donc rendu à faire les cent pas dans sa chambre, ruminant ses pensées. Se remettre en question n'était pas chose aisée pour le Prince. Élevé dans le principe que c'était aux autres de s'adapter à lui et de se plier à sa vision des choses, remettre en cause son propre jugement était un effort exceptionnel. Il y avait d'un côté, son devoir. L'inconvenance de la situation face à son rang. Et de l'autre, simplement Arthur. Qui n'était pas totalement insensible au charme de son servant. Il avait l'impression de virer schizophrène, de ne plus savoir qui il était réellement. Jamais auparavant, ses désirs en tant qu'individu ne s'étaient opposés de la sorte à ce qu'on attendait d'un Prince héritier. Il devait normalement épouser la fille d'un seigneur, monter sur le trône et avoir un fils. Sa vie était déjà toute tracée et ce depuis son plus jeune âge. Et s'enticher d'un homme, même un noble, sonnerait le glas de sa lignée. Il en était conscient et ça le rongeait de l'intérieur. Il se rendit enfin compte, qu'être roi, c'était aussi sacrifier ses propres rêves sur l'autel de la gloire. Il avait déjà songé, une fois la couronne sur sa tête, à changer certaines choses. Comme le premier code de Camelot, pour que jamais plus, des hommes comme Lancelot soient obligé de mentir pour avoir une chance de servir avec honneur le pays. Mais il ne pouvait pas non plus choisir de modifier les lois pour son propre avantage et ainsi affaiblir le royaume. Un bon roi était aussi et surtout un souverain qui faisait passer l'intérêt du peuple avant le sien. Il était donc dans une impasse. Déchiré en deux par son cœur et sa raison qui allaient dans des directions opposées. Il avait besoin de se confier. D'avoir un point de vu extérieur et objectif. Ses pensées se tournèrent immédiatement vers Gaïus. Un homme sage et réfléchie. Mais il se rappela alors qu'il était avant tout le confident de Merlin et il refusa de le mettre dans une situation inconfortable. Morgana, depuis son retour, n'était plus vraiment la même et leur relation en était grandement affectée. Il la raya également de sa liste. Son père n'était même pas une option. Sir Leon effleura son esprit, mais étaient-ils assez proche pour aborder ce genre de sujet ? Il ne pensait pas. C'est dans ces moments là que sa mère lui manquait le plus et qu'il se rappelait à quel point il était seul. Les dernières lueurs du jour disparaissaient à l'horizon et comme il le craignait, Merlin ne vint pas. Un serviteur quelconque lui apporta son dîner, auquel il toucha à peine. Une tristesse profonde l'envahit alors qu'il se couchait. Il savait qu'il ne trouverait pas le sommeil et pas uniquement à cause de cette chaleur étouffante.

Merlin de son côté avait passé sa journée à s'occuper comme il le pouvait. Tous les prétextes étaient bons pour éviter Arthur. De chercher des herbes pour Gaïus à polir l'armure du Prince à l'armurerie. Il rentra donc, le soir tombé, quelque peu épuisé mais soulagé d'avoir retardé d'au moins un jour leur confrontation. Il savait que le blond en serait d'autant plus énervé, mais il n'avait pas trouvé le courage de l'affronter. C'est donc d'une humeur mitigée qu'il rejoint son mentor à table pour un dîner léger. Le vieil homme meubla la conversation, comprenant que son protégé avait besoin de réfléchir seul à la situation. Quand il aurait envie de se confier, il le ferait. Il avait observé le manège du jeune homme toute la journée et savait pertinemment qu'il n'avait toujours pas discuté avec le Prince. Il aurait aimé lui dire que retarder l'inévitable n'amené jamais rien de bon, mais il présumait que ses paroles seraient inutiles. Il se contenta donc de lui souhaiter une bonne nuit quand il se retira dans sa chambre.

Le Prince dormait d'un sommeil agité. Il rêvait de Merlin. Dans son songe, Camelot était en feu, attaqué par on ne sait qui. La situation semblait catastrophique et les morts nombreux. Il était là, seul, au milieu de la cour jonchée de cadavres. Il sentit un profond désespoir l'envahir quand il se retrouva face à une femme encapuchonnée, qu'il eu l'impression de reconnaître sans arriver à mettre un nom dessus. Sentant une présence sur sa droite, il se tourna, remarquant enfin Merlin qui se tenait à ses côtés. Il voyait ses lèvres bouger mais n'entendait aucun son. Il était cependant évident qu'il s'adressait à l'inconnue d'une manière tout à fait hostile. Le brun se tourna finalement vers lui. Ses yeux brillaient d'or et Arthur le trouva magnifique. Le danger, jusque là omniprésent, disparu. Le jeune Prince sentit alors une puissance vibrer autour de lui et cela l'effraya sans qu'il sache pourquoi. Il se réveilla en sursaut en criant le nom de son serviteur.

Merlin, qui s'était enfin endormit, fût violemment arraché aux bras de Morphée par une voix bien connue, hurlant son nom. Un écho raisonnait encore à ses oreilles, mais parcourant du regard sa petite chambre, il constata qu'il était seul. Avait-il rêvé ? Il devait en avoir le cœur net. Il se leva, s'habilla et sorti le plus discrètement possible du laboratoire. Il se dirigea dans l'obscurité, vers les quartiers du Prince, évitant les gardes et restant dans l'ombre. Arrivé à destination, il resta longuement devant la porte close, à tergiverser. La ronde de nuit n'allait pas tarder à repasser par là, il devait se décider rapidement. Mais quand il s'agissait d'Arthur, il n'était jamais sûr de lui. S'il entrait et qu'il le trouvait en train de dormir ? Il n'aurait pas l'air malin s'il le réveillait. Quelle explication fournirait-il ? En même temps, s'il y avait vraiment un problème et qu'il repartait sans rien faire, il s'en voudrait toute sa vie. Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Alors Merlin ouvrit doucement la porte, qui n'était pas verrouillé. La pièce était plongée dans la noirceur de la nuit et le silence y régnait en maître. Il allait faire demi-tour aussi vite qu'il était venu, rassuré par le calme environnant, quand il aperçu enfin le blond. Il ne dormait manifestement pas. Debout devant la fenêtre, le regard perdu au loin, il était si accaparé par ses pensées qu'il n'avait même pas entendu entrer le sorcier. Se sentant de trop, le brun se dirigea prestement vers la sortie.

« Pourquoi es-tu ici, Merlin ? »

Le susnommé sursauta violemment. Il ne trouva rien d'autre à répondre que la vérité.

« J'ai cru…j'ai eu l'intuition qu'il y avait un problème. »

Il attendit une remarque acide sur ses fameux pressentiments. Mais elle ne vint pas. A la place, Arthur se tourna vers lui et s'avança doucement dans sa direction. Effaçant en quelques enjambées, la distance qui les séparait. Quand le blond ne fut plus qu'à un mètre de lui, il vit, à la lumière de la Lune, les sillons creusés par ses larmes, sur ses joues. Il ne l'avait jamais vu pleuré avant. Arthur n'était pas le genre d'homme à se lamenter. L'atmosphère changea imperceptiblement dans la pièce. Ils restèrent une éternité à se contempler dans le silence de la nuit. Merlin fit un pas hésitant vers lui, puis un autre. Finalement c'est le Prince qui combla l'espace restant et qui le prit dans ses bras. Il le serra avec une telle force contre lui que le sorcier cru qu'il allait lui rompre le dos. Il sentit des perles salées et silencieuses mouiller son cou alors il referma ses bras autour de se corps pourtant tellement plus puissant que le sien. Aucune parole ne fut prononcée. Ce n'était pas nécessaire. Ils firent passer tout ce qu'ils avaient à se dire dans cette étreinte. Ils restèrent comme ça un long moment, puis Arthur reprit la maîtrise de lui-même. Relâchant doucement son serviteur, il s'éloigna suffisamment de lui pour le regarder dans les yeux. Il murmura un simple « Merci, Merlin. » d'une voix rendu roque par l'émotion, l'embrassa sur le front et s'en retourna vers son lit. Prenant conscience que ce moment hors du temps était passé, le brun s'en retourna chez lui sans plus tarder.