Chapitre 9 : Exaltation
Merlin se réveilla tôt. Il gardait un souvenir flou de cette nuit et pensait avoir rêvé. Mais Gaïus, lui faisant savoir qu'il l'avait entendu rentrer au milieu de la nuit, le ramena à la réalité. Ainsi, cette scène n'était pas le fruit de son imagination. Il en fit alors le récit détaillé autour d'un frugal petit déjeuner.
« Tu dis que tu l'as entendu t'appeler dans ton sommeil ? » Demanda le vieil homme.
« Oui. Je ne sais pas comment l'expliquer. Après tout, nous sommes liés, si j'en crois Kilgharrah. Alors, peut-être que s'il est vraiment mal ou en danger, j'ai le pouvoir de le sentir. »
« Sans doute. Mais il n'a pas trouvé plus étrange que ça que tu sois là ? »
« Tu aurais dû le voir. Il avait l'air si bouleversé. Je ne sais pas ce qui l'a mit dans cet état mais il n'était certainement pas en mesure de réfléchir à l'incongruité de ma présence. » Expliqua le jeune homme.
Son mentor acquiesça silencieusement. Merlin espérait seulement, qu'à la lumière du jour, Arthur ne lui en voudrait pas d'être venu. Peut-être que, comme lui un peu plus tôt, il croirait à un rêve et n'en parlerait même pas. Il n'avait qu'à se comporter le plus normalement possible et avec un peu de chance, il n'y aurait pas de conversation gênante. Puis il se souvint soudainement qu'ils ne s'étaient pas quittés en bons termes deux jours auparavant. Il se prit à espérer alors, qu'il se souvienne clairement de cette nuit. Sans plus se mettre en retard, il partit pour les cuisines. Il était temps qu'il reprenne du service.
Le Prince, lui, se réveilla avec les idées plus claires que jamais. Les souvenirs affluèrent dans son esprit et il se surprit à sourire. « J'ai eu l'intuition qu'il y avait un problème. » Son serviteur ne cesserait jamais de l'étonner. Malgré la manière dont il l'avait traité, il s'était précipité à son chevet au milieu de la nuit parce qu'il avait eu un simple pressentiment. Il était en train de se dire qu'il ne méritait pas tant d'attention, quand la porte s'ouvrit sur l'objet de ses pensées, portant un plateau. Il se déchargea de son fardeau sur la table et se tourna vers lui.
« Bonjour, Sire. Je vois que vous êtes déjà réveillé. » Dit-il simplement, un sourire timide aux lèvres.
« Quel sens de l'observation, Merlin. » Rétorqua ironiquement le Prince.
A cette réplique, les lèvres du brun s'étirèrent franchement et ses yeux pétillèrent. Il avait retrouvé son Arthur. Sans un mot de plus, le jeune homme se tourna, laissant le temps au blond de sortir de sous le drap et d'enfiler un pantalon. Il sursauta de nouveau quand il sentit soudain, deux bras s'enrouler autour de sa taille, un torse musclé se coller à son dos et un souffle brulant près de son oreille droite.
« Ne va surtout pas croire que j'ai oublié, Merlin. » Murmura le Prince.
« Loin de moi cette idée, Arthur. » Répondit-il, un tremblement dans la voix.
« Tu m'en vois rassuré. J'ai abandonné l'idée de comprendre comment, une fois de plus, tu as su que j'avais besoin de toi, mais je tiens à te remercier de nouveau. »
« Ce n'était pas grand-chose, Sire. » Rétorqua le brun, toujours emprisonné dans l'étreinte du blond.
« C'était important pour moi. »
Le jeune sorcier sentit alors un léger baiser dans son cou. Un soupire de contentement lui échappa et il rougit violemment. Le Prince, semblant trouver ça très drôle, le relâcha enfin et s'attabla devant son repas.
Les joues empourprées, Merlin s'empressa de s'occuper pour dissiper son malaise. Il rangea la chambre, arrangea le lit et sortit des vêtements propres de l'armoire. La journée commença donc dans une entente retrouvée et le sourire radieux de jeune sorcier ne quitta pas son visage jusqu'au soir. Ce changement ne passa pas inaperçu mais seul Gaïus osa finalement l'interroger quand ils se retrouvèrent pour le dîner.
« J'en conclue que vous avez enfin discuté et que le malaise est dissipé. »
« Discuter est un bien grand mot, Gaïus. Mais les choses sont redevenues telle qu'elles étaient avant. » Répondit le jeune homme en souriant.
Le vieil homme pensa « un pas en avant, deux pas en arrière » mais s'abstint finalement de toute remarque et préféra partager la bonne humeur retrouvée de son protégé.
Ainsi, les jours se succédèrent dans la plus profonde normalité, si l'on oubliait cette canicule que ne semblait pas vouloir prendre fin. Une semaine passa sans incident notable. Le jeune Prince et son valet, trop heureux de leur complicité regagnée, firent l'autruche quant au fait que rien avait été dit et que rien n'était réglé en sommes. Et, inévitablement, une forte tension vint doucement s'insinuer entre eux. L'un était à cran, l'autre troublé. Leur accord tacite de silence s'étiolait au fil des heures. Jusqu'au point de rupture. Cela se produit lors d'un évènement tout à fait anodin. Aussi quotidien que manger ou dormir. Les deux jeunes hommes étaient derrière le paravent de la chambre princière, l'un préparant l'autre pour son entrainement avec les chevaliers. Merlin se tenait derrière Arthur qui était uniquement vêtu d'un pantalon. Il voyait clairement les muscles de son dos tendus à l'extrême. Ces derniers jours, la proximité de son servant était devenue difficile à supporter. Il ne savait pas bien s'il avait envie de frapper le brun ou de le prendre dans ses bras. Inconscient d'être la cause de l'exaspération du Prince, Merlin fit l'erreur de demander s'il y avait un problème.
« Oui ! Toi ! » Fut la réponse à laquelle il eut droit.
« Qu'ai-je fais de mal, Sire ? » Demanda-il, déconcerté par la soudaine violence des propos.
Il se retrouva, sans préavis, durement plaqué au mur par deux bras puissant.
« Tu es là ! Tu respires, tu parles, tu existes ! Voilà ce que tu as fait ! »
Devant l'air d'incompréhension et le regard blessé de son serviteur, le blond craqua.
« Tu ne vois pas que je deviens fou ? »
Le brun voulu répondre, mais une bouche venant se plaquer sur la sienne, l'en empêcha. Il perdit, alors, le peu de contrôle qu'il avait cru avoir sur lui-même et répondit à ce baiser qui n'avait rien de tendre. Ses mains vinrent se perdre dans les cheveux blonds de son Prince et sa langue vint caresser sa consoeur dans une bataille acharnée pour la domination. Puis, aussi vite qu'elles étaient venues, les lèvres chaudes du Prince l'abandonnèrent et il fut rejeté sans ménagement. Il garda les yeux fermés jusqu'à ce qu'il entendre la porte claquer, se laissa glisser à terre, ses jambes ne le portant plus et laissa libre court à ses larmes.
