Une fois dans leur chambre, John voulut leur demander ce qui avait été dit mais Kyle ne lui en laissa pas le temps et prit la parole:

- K : c'était quoi cette mascarade? Il se fout de nous ou quoi? Il ne fait même pas d'efforts pour cacher ce qu'il sait déjà. S'il s'est infiltré après notre petite excursion, il sait forcément où nous étions, enfin à peu près. Skynet dispose de ces données, donc lui aussi. Pffouuuu… j'ai cru que t'avais craqué, Allison! Ta remarque! "comment saviez-vous que nous étions dans les montagnes?" la vache! Tu veux qu'il sache qu'on est au courant ou quoi?

- A : désolée, c'est sorti tout seul. J'ai oublié l'espace d'un instant qu'on jouait un rôle. J'étais révoltée par son comportement suffisant… surtout quand on sait que c'est une machine.

- K : bon, c'est pas grave. Il n'a pas eu l'air de se douter de quelque-chose. C'est lui qui a fait une erreur, après tout. Il était normal que nous soyons un peu suspicieux. A la limite, ça joue dans le sens de notre crédibilité. Mais j'y pense, il sait aussi où était Savannah et ce qu'il s'est passé dans leur laboratoire. Je veux dire… il sait forcément qui tu es, Ben, et ce que tu es devenu.

- B : c'est pour ça qu'il ne servait à rien de trop lui mentir… et surtout pas nier que nous étions dans les montagnes. On s'était mis d'accord pour ça, je n'ai pas changé de ligne de conduite. Comme tu disais, je pense qu'on garde toujours un petit avantage: il ne sait pas encore qu'on sait ce qu'il est… enfin presque.

- W : complètement, maintenant. C'est un T1000.

Weaver venait d'entrer avec JH. Elle avait eu le temps de scanner elle aussi le colonel et ils étaient tombé tout les deux sur la même conclusion. John, éberlué mais très maître de lui, ne laissa pas paraître tout son trouble. Il avait en mémoire la lutte terrible avec le T1000 lorsqu'il était un jeune ado. Il savait qu'ils étaient devant une menace bien plus grande que ce qu'ils avaient imaginé.

- J : c'est la tuile, un T1000! Ils sont quasi indestructibles.

- K : c'est quoi ça, un T1000? Leur dernier modèle?

- W : je m'aperçois que les présentations n'avaient pas été très poussées lors de notre première rencontre, Kyle Reese.

Kyle la regarda, dubitatif.

- K : que voulez-vous dire?

- J : elle veut dire que son propre modèle ne vous a pas encore été divulgué.

Et comme pour illustrer ses propos, Weaver allongea le bras dans le vide, dans un geste volontairement non agressif, tout en lenteur. L'extrémité devint brillante, couleur métal, et aplatie. Son avant bras devait faire au moins deux mètres. Kyle recula, incrédule et franchement surpris. Les autres étaient aussi très impressionnés.

- J : c'est ça un T1000.

- JH : nous pensions que John vous avait prévenu.

- K : non, mais il aurait pu.

- J : désolé, j'ai supposé que vous saviez déjà.

- K : ah? Et on aurait deviné tout seul? … bon, et bien le camp des gentils prend un peu plus de poids, tout d'un coup! Vous pouvez peut-être régler ça entre-vous? Vous êtes un peu comme… frère et sœur, non?

Allison envoya un coude dans les côtes de Kyle.

- K : aïe! … bon ok, je me tais.

- J : on a un problème, là. Je ne sais pas si on pourra en venir à bout. Je ne connais qu'un moyen de le détruire. Et je doute qu'on le trouve ici : la chaleur. Une source de chaleur énorme qui dissout sa structure.

- W : en fait, il en existe un autre. L'électricité. A très forte tension. Elle peut griller définitivement nos système, à condition qu'elle soit appliquée suffisamment longtemps.

- B : c'est à dire?

- W : quelques minutes.

- A : et pour l'immobiliser?

- W : ce sera le plus dur. L'idéal serait de le refroidir, une température très basse. Mais il n'y a aucun moyen ici de le faire. Pour l'électricité, celle de la base pourrait convenir. Il faudrait rediriger toute la puissance vers un seul point.

- K : si on me laisse travailler, je peux y arriver. C'est moi qui avait la charge de l'électricité dans notre base. Je commence à tâter un peu.

- J : on va avoir besoin des machines en surface, je vais les chercher. Je suis à peu près sûr maintenant que les 5 hommes qui sont revenus avec le colonel sont aussi des Terminators… espérons juste qu'ils ne soient pas tous des T1000…

- W : je ne pense pas, nous avons été conçus en très petit nombre. J'étais le n°3. Dans la chronologie actuelle, je ne suis pas encore créée. La fabrication vient seulement de démarrer. Le premier était celui que tu as connu, John. Il se pourrait bien que le colonel soit le second.

- B : ok, va les chercher. Il nous faudra toute l'aide nécessaire. Je pense que nous aurons aussi besoin du personnel de la base. Savannah, tu peux te préparer à diffuser un message? J'ai vu des haut-parleurs un peu partout. Ils fonctionnent?

- S : sans problème, je m'en charge. Il faut juste que Kyle soit prêt avec l'électricité. Dès que j'aurai alerté la base, il faudra agir très vite.

- B : bien, Allison tu accompagnes Kyle, il aura forcément besoin d'aide. Et j'aimerais que John Henry aille aussi avec vous. Pour vous protéger si les choses vont plus vite que prévu. Après tout son corps est prévu pour. C'est notre priorité. Je suppose qu'il faudra trouver un moyen d'amener notre colonel au transfo principal?

- K : oui, pas d'autre moyen, pas avec le temps qui presse. Ce sera votre boulot.

Kyle avait dit cette dernière phrase en regardant Weaver. Elle ne broncha pas et opina imperceptiblement avec son regard habituel, les yeux plissés et immobiles.

- W : je voudrais quand-même vous rappeler que sans l'aide de JH pour la suite des évènements, nos chances de réussite sont minces.

- JH : ne vous inquiétez pas Mme Weaver, j'ai chargé depuis longtemps des logiciels de défense et ai trouvé sur le réseau la programmation de combat des machines de Skynet. Je peux faire face.

Kyle partit aussitôt avec lui et Allison en levant les yeux au ciel. Il commenta discrètement à Allison:

- K : "Mme Weaver" tsiiiiiiii… non mais vraiment…

Allison se retourna rapidement vers John avant de le perdre de vue.

- A : fais attention à toi… faites attention à vous.

Elle rougit car tout le monde avait entendu, raison pour laquelle elle avait rajouté "faites attention à vous"… mais personne n'était dupe et ceux qui n'avaient pas encore compris ce qui se passait entre eux ne pouvaient plus l'ignorer.

Elle baissa la tête timidement et repartit. John eut le temps de lui répondre:

- J : fais attention à toi aussi.

- JH : je veillerai sur eux, John Connor, sois sans crainte.

La réflexion était à la fois naïve et touchante, mais elle prouvait bien que John Henry n'était décidément pas très réaliste. Et John doutait qu'il fut aussi performant qu'un vrai Terminator au combat, même dans le corps de Cromartie…

De leur côté, John, Ben, Weaver et Savannah partirent en direction de l'ascenseur principal. Ils laissèrent Savannah en route dans la petite salle de contrôle qui servait aux différents moniteurs de surveillance de l'extérieur comme de l'intérieur. C'est là que se trouvait le micro pour diffuser des informations de tout genre à l'ensemble de la base. Elle devrait convaincre le militaire qui s'y trouvait de garde, de quitter son poste et de le lui laisser pour une raison valable.

Les autres continuèrent. John monta seul pendant que Ben et Weaver se rendaient à l'armurerie pour trouver un maximum d'armes efficaces contre des machines, et capables de ralentir un T1000.

A la surface, John se rendit rapidement à l'endroit où ils avaient laissé les machines. Protégés sous une voûte de béton partiellement effondrée, à l'abri des regards, ils étaient là, Cameron au milieu d'eux. Elle était en veille, exactement comme les quatre autres. Son côté "machine" dans ces cas-là, lui sautait aux yeux. Elle était complètement inerte, parfaitement immobile. Les plaques métalliques luisaient sous la chair déchiquetée de sa tempe. Son regard était vide, presque mort, les paupières à demi closes… il avait l'impression de la revoir, assise sans vie dans les sous-sol de ZeiraCorp, avachie sur sa chaise. Il en avait froid dans le dos. Et ce terrible message "je suis désolée, John"… Il chassa ces pensées de sa tête, s'approcha de son oreille et lui dit doucement:

- J : Cameron? Il est temps de te réveiller. Cameron?

Il lui tapota l'épaule, elle eut une brève secousse et redressa sa tête avant de la tourner vers lui. Dans la pénombre, John crut distinguer une lueur rouge filtrer à travers ses yeux. Son visage avait déjà commencé à cicatriser tout seul.

- C : que fais-tu ici tout seul, John? C'est dangereux.

- J : moins que ce qui se passe à l'intérieur.

- C : qu'est-ce qu'il y a?

John lui raconta tout.

- C : je ne suis pas d'accord avec Ben. Il ne faut pas mêler le personnel de la base, ça va être la panique et la désorganisation.

- J : c'est leur abri, Cameron. Ils ont le droit de le défendre. Leur chef est mort, manifestement, et une machine infiltrée en a prit la place.

- C : tu contestes toujours mon avis.

- J : je t'en donne une autre version… plus humaine. Ne me fais pas croire que le John du futur que tu as connu ne te contestait jamais rien…

- C : si, mais nous nous complétions. Toi tu es dans l'opposition. Ce n'est pas constructif.

- J : écoute, Cameron, si tu crois que je n'ai que ça à faire, te contredire, tu te trompes!

- C : alors comment expliques-tu que tu me parles presque toujours sur un ton aussi rude?

- J : parce que tu m'énerves souvent… mais… je reconnais que je pourrais faire des efforts. Toi en revanche, tu me parles presque toujours sur le même ton, c'est l'excès inverse.

- C : c'est parce que je déchiffre encore mal les nuances que vous mettez dans vos voix et je n'arrive pas encore à bien les reproduire.

- J : …

- C : tu penses à quoi?

- J : … à ce qui s'est passé le jour de mon anniversaire… quand tu voulais me tuer, avant que je ne t'enlève ta puce. Tu étais coincée entre les deux camions. Tu as su pourtant ce jour là mettre toute l'intonation nécessaire dans ta voix pour me dire que tu m'aimais… ça ne t'a pas posé de problème, tu te souviens?

Ce fut au tour de Cameron de ne pas répondre. Elle pencha légèrement la tête sur le côté gauche, comme pour mieux comprendre où il voulait en venir. Son expression était comme toujours impassible, sérieuse.

- J : on n'en a jamais reparlé… et ce n'est sans doute pas le moment… mais là encore j'ai besoin de savoir. Ainsi que pour la seconde fois où tu me l'as dit. Tu te souviens? C'était au téléphone. On essayait…

- C : de rassurer les parents adoptifs de Riley pour qu'ils ne partent pas à sa recherche. Je m'étais fait passer pour elle, oui je me souviens parfaitement.

- J : je vois… pourtant ça ne faisait pas partie du plan que tu me dises encore une fois que tu m'aimais. Alors je voudrais que tu sois honnête avec moi pour une fois. Tu essayais simplement de me manipuler, n'est-ce pas?

- C : oui.

- J : et il n'y a rien qui te dérange dans ce comportement?

- C : oui pour la première fois. J'ai joué la seule carte qui me restait et qui avait une chance de marcher sur toi.

- J : ce qui signifie que tu as bien senti l'attirance que j'avais pour toi… alors quand tu dis que tu es une machine, tu te fous vraiment de moi!

- C : c'est toi qui le dit en général.

- J : laisse tomber. Et pour la seconde?

- C : je n'ai pas fini pour la première.

- J : peut-être mais on verra ça plus tard, les autres nous attendent.

- C : ce que j'ai à te dire est important.

- J : …

- C : je ne sais pas ce qui s'est passé lorsque j'ai subi l'explosion dans la voiture. Une emprunte de mon ancien programme, je pense, que tu n'avais pas réussi à effacer et qui a reprit le contrôle de mon système. Lorsque tu m'as reconnectée, rien n'avait changé. Ce n'était pas une saleté dans la puce, même si tu pensais qu'après ton nettoyage, elle fonctionnerait comme avant. C'est moi qui ai réussi à reprendre le contrôle. Grâce à toi… grâce à ta confiance. A l'initialisation, ma mission était encore de te supprimer. Mais j'ai regardé autour de moi et j'ai compris ce qui s'était passé. J'ai compris que tu t'étais opposé aux tiens pour moi et quand tu m'as tendu ton arme, j'ai réussi à me déprogrammer, comme tu avais réussi à le faire dans ce futur que tu n'as pas connu. Je ne comprends toujours pas comment j'ai pu le faire, et je crois que je serais incapable de le reproduire. Le souvenir de ta confiance à notre première rencontre m'est revenu à ce moment en mémoire. Et… je ne sais pas ce qui s'est passé exactement. Je suppose que tu dirais que j'ai trouvé en moi la force de contrer ce programme… grâce à toi.

- J : Cameron, je…

Cameron ne le laissa pas parler. Elle d'habitude si peu bavarde, adepte des phrases courtes, ou de simples mots, avait manifestement besoin de dire ces choses… comme si elle avait voulu se confier. Elle le regardait intensément, concentrée. Comme pour continuer à attirer son attention, elle lui prit la main et la serra fort, sans pour autant lui faire mal.

- C : la seconde fois, je ne sais pas. J'ai voulu te le dire, c'est tout. Je ne suis pas capable de savoir ce qu'est l'amour et je ne le serai jamais… quoique tu en penses. Je suis peut-être capable de certaines choses, et j'ai sans doute appris plus que n'importe quelle machine sur le comportement humain en vivant à tes côtés, mais je ne suis pas humaine. Certaines choses sont hors de ma portée ou de ma compréhension. Il faut t'y faire. Ce jour là, j'ai peut-être cru en être capable et forcer les choses… me forcer à ressentir… en te disant cette "formule". Je t'aime à ma manière, John, mais ce n'est pas celle que tu voudrais. Quand je te le dis, je sais que je ne veux pas te perdre, que je suis inquiète quand tu es en danger, mais ce n'est l'expression que de programmes complexes, "humanisés" à ton contact. Rien de plus que des programmes. Je suis désolée, John.

John n'osa même pas lui faire remarquer qu'elle disait beaucoup "je suis désolée" ces temps-ci. Pour une fois il l'avait écoutée attentivement, sans se rebeller. Ses paroles avaient mis dans le mille: en plein cœur. Il ne savait plus que penser. Lui qui croyait de plus en plus en son humanité avait reçu ce discours avec douleur, parce qu'il y décelait des accents de vérité. Comme si au plus profond de lui, il sentait que ce qu'elle avait dit était juste. Pour la première fois, Cameron avait mené une introspection qui lui semblait fiable… et malheureusement pas dans le sens qu'il aurait souhaité.

- J : je te remercie de m'avoir enfin parlé, Cameron. Je ne sais pas encore que penser de ce que tu viens de dire. J'y réfléchirai… mais je te suis reconnaissant. Vraiment.

A son tour, il lui témoigna un geste affectueux. Il leva la main et la posa sur sa joue, la caressa doucement jusqu'au niveau où le métal apparaissait. Il avait consciemment choisi ce côté pour lui prouver qu'il essayait de ne pas nier sa véritable nature. C'était un geste lourd de symbolique et il espérait que Cameron le comprendrait. En touchant à la fois sa peau et le métal, il conciliait cette dualité, ce mélange complexe qu'elle représentait. Il lui sourit, sincèrement. Elle lui retourna son sourire, chose qu'elle ne faisait quasiment jamais et il la prit dans ses bras. Elle enfouit son visage dans le creux de son cou et ils restèrent ainsi quelques minutes.

Cameron ne vit pas le trouble et l'émotion de John qui pleurait silencieusement. L'aurait-elle compris? John était resté droit, regardant loin devant lui mais dans le vague, les sourcils froncés. Quelque-chose s'était brisé en lui. Quelque-chose de profond. Quelque-chose qui avait commencé avant les révélations de Cameron… avec Allison. Il avait l'impression d'avoir mûri d'un seul coup. Et cette nouvelle maturité était douloureuse. Il fit ce qu'il pu pour essuyer ses larmes discrètement, se sépara de Cameron et l'aida à sortir les autres machines de leur veille pendant qu'il répéta ce qui s'était passé sous terre.