Chapitre 11 : Flamme

Merlin était déjà dans le laboratoire de Gaïus quand l'alarme retentit. Il se précipita dehors pour voir ce qu'il en était. Les gardes semblaient chercher quelque chose ou quelqu'un, mais il n'y avait pas d'ennemi en vue. C'est à ce moment-là qu'il croisa son mentor sur une coursive.

« Que ce passe-t-il, Gaïus ? » L'interrogea-t-il prestement.

« Morgana a disparu. S'imaginant un nouvel enlèvement, Uther a tout de suite fait donner l'alerte. » Le renseigna le vieil homme.

Ils échangèrent un regard plein de dépit. Ils savaient l'un comme l'autre que depuis son retour au château, la pupille du Roi, en réalité sa fille biologique, faisait semblant de donner le change. Qu'en vérité elle haïssait Uther et attendait la meilleure occasion pour le tuer et prendre sa place sur le trône. Mais sans preuve, ils avaient dû se contenter de la garder à l'œil en espérant qu'elle renonce à ses sombres desseins. Elle n'avait malheureusement pas perdu de temps et il avait déjà dû contrecarrer une fois ses projets de meurtre. Il savait qu'il aurait dû la laisser mourir cette nuit-là, quand il l'avait mortellement blessée sans le vouloir. Mais il n'avait pas supporté de voir Arthur souffrir. Alors il l'avait sauvée. Puis finalement, avait réussi à l'arrêter avant qu'elle ne poignarde le Roi dans son sommeil. Mais maintenant, elle s'était enfuie, surement dans l'intention de rejoindre Morgause, sa « sœur » et l'armée de Cenred, pour faire tomber le royaume. L'attaque était surement imminente, mais il ne pouvait prévenir personne. La frustration le tenaillait. Il ne pouvait simplement pas se contenter de raconter à Arthur tout ce qu'il savait en espérant qu'il le croit sur parole. Vu l'état de leurs relations ces derniers jours, il avait surtout peur de finir dans un cachot. Et il ne pouvait pas se permettre de se retrouver sur la touche si Camelot devait subir un siège. Il n'y avait donc rien d'autre à faire qu'attendre.

La nuit tomba finalement et une fraîcheur soudaine avec elle. La canicule semblait prendre fin par un étrange coup du sort. Comme si la froideur dans le cœur du Roi, d'être de nouveau séparé de sa « fille » chérie, contaminait tout le royaume. Subitement, le tonnerre gronda et une pluie diluvienne s'abattit sur eux. En d'autres circonstances, cela aurait été un soulagement, mais en vue des évènements, ça ne fit qu'accentuer la tension environnante. Merlin n'était pas retourné voir le Prince. Il était à table, avec Gaïus, triturant sa nourriture, en attendant que le ciel leur tombe sur la tête. Dire qu'il se sentait inutile était un euphémisme. Il était rongé par l'inquiétude. Arthur et ses chevaliers terrassaient, en quelques coups d'épée, les menaces ordinaires, mais face à deux sorcières précédées d'une armée entière, face à la magie, ils n'avaient aucune chance. Le jeune homme craignait que le moment de se révéler soit venu et une terreur sans nom le cloua sur sa chaise, à cette idée. Il avait besoin de réponses, mais n'avait certainement pas le temps d'aller en chercher auprès du grand dragon. Il savait, qu'une fois de plus, il devrait suivre son instinct et prier pour que tout se termine bien.

De son côté, Arthur rongeait son frein. Avec ses hommes, ils avaient passé l'après-midi à fouiller les alentours. De la ville haute à la ville basse, des remparts à la forêt environnante, mais ils étaient rentrés bredouilles. Le Roi s'était enfermé dans sa chambre depuis des heures. Il semblait enfin prendre conscience de ce que le Prince craignait depuis des semaines. À savoir que Morgana n'était jamais vraiment revenu. Sans vraiment savoir pourquoi, il avait senti en grand changement en elle et il était intimement persuadé qu'elle était parti d'elle-même et non sous la contrainte. Pour quelle raison et dans quel but, il l'ignorait. Mais il sentait une menace proche peser dans l'air ambiant. Une intuition, comme dirait Merlin. Son rêve de l'autre nuit n'y était pas étranger. Ce cauchemar qu'il avait passé sous silence et qui revenait le tourmenter à l'instant. Le rapport entre les deux n'était pas clair mais il y avait un lien qui échappait encore à sa compréhension. Incapable de tenir en place et son père étant momentanément hors course, il prit l'initiative de renforcer la garde, sans vraiment savoir pourquoi. Il écoutait son pressentiment, à défaut d'autre chose. Il se sentait quelque peu dépassé par les évènements, ayant plus l'habitude de suivre les ordres que de les donner, bien qu'il soit à la tête des chevaliers. Les directives venaient toujours plus ou moins de son père et il ne faisait que les appliquer. Mais en cette minute, il semblait être le seul à s'inquiéter. Il se surprit soudainement à désirer la présence rassurante de Merlin à ses côtés. Ça lui faisait presque mal de ne pas le voir alors, sans plus y réfléchir, il prit la direction de l'officine du médecin de la cour.

Merlin était en train de débarrasser la table, bien qu'ils n'aient presque rien mangé, l'un comme l'autre, quand la porte s'ouvrir sur un Prince visiblement nerveux. Ne s'attendant pas à une visite de sa part, le jeune sorcier cessa tous mouvements, pour poser un regard surpris sur le nouvel arrivant. Un silence pesant tomba et dans le but de désamorcer la situation, le vieil homme se porta volontaire pour prendre la parole.

« Des nouvelles de Morgana, Sire ? » Fut la seule question qui lui vint à l'esprit.

Le Prince fit simplement « non » de la tête.

« Quelque chose semble vous tracasser. Voulez-vous vous assoir et prendre un verre de vin. » Le physicien improvisait, ne sachant plus vraiment quoi faire pour que ces deux-là cessent de rester debout, figer sur place, sans rien dire.

« Je… j'ai un mauvais pressentiment. » Furent les seuls mots qui sortirent enfin de la bouche du blond.

« Nous aussi. » Répondit immédiatement le brun, avant que Gaïus est put dire quoi que ce soit.

Cela sembla être la chose à dire car le Prince soupira de soulagement et prit enfin place aux côtés du médecin. Merlin les rejoint, s'asseyant face à eux. Ils s'observèrent longuement, visiblement anxieux.

« Vous savez ce qui se passe, n'est-ce pas ? » Questionna Arthur.

Gaïus évita son regard, tandis que Merlin se contenta de hocher la tête en guise de réponse.

« Nous pensons… nous sommes sûrs… » Commença le brun.

« Pourquoi est-elle partit ? » Le coupa le blond.

Merlin réfléchie un instant, le temps de trouver les mots.

« Parce qu'elle sait qu'Uther n'acceptera jamais ce qu'elle est réellement. » Enonça-t-il, l'air beaucoup plus calme qu'il ne l'était en réalité.

« Ce qu'elle est réellement. Je ne comprends pas. »

« Ses cauchemars, l'incendie dans sa chambre… Morgana… est née avec la magie, Arthur. C'est une sorcière et elle était terrorisée en découvrant sa véritable nature. Elle l'a d'abord renié puis accepté puis quand elle a finalement appris qu'elle était votre demi-sœur, que son… votre père ne la reconnaîtrait pas et qu'il la ferait sûrement exécuter s'il apprenait pour ses dons, elle est passé du mauvais côté. Elle s'est laissé enrôler, corrompre, par la haine de Morgause pour Uther. Elle est persuadée d'être celle qui rendra sa place à la magie dans ce monde et que le trône il appartient. » Terminant ses explications, le jeune sorcier regarda Arthur, attendant anxieusement sa réaction.

Mais elle ne vint jamais. Le tocsin retentit de nouveau dans l'enceinte. Et cette fois-ci, des cris et le bruit métallique des fers qui se croisent l'accompagnaient.