Et justement sous terre, pendant ces quelques minutes d'intimité, les choses s'étaient accélérées. A peine John était-il remonté à la surface que Ben tomba nez à nez avec le colonel et son premier lieutenant. Ce dernier avait une corpulence encore plus impressionnante que celle de son supérieur. Un regard sévère et dur, un visage fermé et parfaitement immobile, une mâchoire prononcée, une largeur d'épaule et une taille impressionnante, et des avant-bras découverts particulièrement musclés. Sa force était-elle à l'image de sa stature? Il ne faisait aucun doute qu'il avait devant lui un T800. Il s'agissait en fait du modèle 101.
- C : vous tombez bien je vous cherchais, capitaine. Ainsi que les autres membres de votre groupe. Vous allez sans doute m'aider à les retrouver? L'un de mes hommes m'a dit avoir formellement reconnu un certain John Connor. Je voudrais lui parler. Ainsi qu'à vous. Et cette fois-ci il faudra me dire la vérité.
-B : Je ne connais pas de John Connor. Il aura du se tromper.
- C : je ne pense pas, non.
- B : vos hommes sont infaillibles, colonel?
- C : ceux-là oui, et je pense que vous savez de quoi je parle. Si votre récente intervention vous a laissé un peu de raison, vous savez que vous n'avez rien à gagner à me contrer, tout cyborg que vous soyez devenu.
Ben leva les sourcils, vaguement étonné mais il s'attendait un peu à ce que le T1000 dévoile rapidement son jeu. Derrière lui, il entendit des bruits de pas. D'autres hommes du colonel arrivèrent. Ils avaient John avec eux, menotté et impuissant.
- C : et bien? Qu'avons-nous là? Monsieur Connor en personne. Quel honneur. Alors je ne vais pas perdre plus de temps qu'il n'est nécessaire. Procédons.
Et sans prévenir, il allongea le doigt en une pointe longue et fine qui alla se planter dans la tête de John. Ben, malgré ses nouvelles capacités, n'eut même pas le temps de réagir, tant il fut surpris.
- B : NOOOONNNNN!
Il voulut saisir cette longue tige métallique mais le T800 à côté avait anticipé sa réaction et se saisit de Ben pour l'envoyer s'encastrer dans un mur de plâtre. Mais Ben était devenu aussi résistant qu'un robot et il se releva immédiatement pour assister à un spectacle presque surnaturel.
La longue pointe toujours en travers de la tête, John changea de couleur et de consistance jusqu'à devenir liquide et brillant. L'endroit que la pointe traversait n'était à présent plus sa tête mais sa main. Le colonel, passé le moment de la surprise, essaya de s'extraire mais il fut retenu. La créature en face de lui pivota, se saisit avec sa seconde main de la pointe et s'en servit comme levier pour projeter la machine à plusieurs mètres dans le couloir. Weaver ne reprenait pas sa forme et gardait un aspect liquide, presque informe. Elle cria:
- W : allez prévenir les autres, je le retiens.
Mais le T800 lui barrait la route et quelques secondes plus tard, les trois autres seraient aussi sur lui. Ben se baissa si vite que la machine n'eut pas le temps de réagir. Il lui saisit les chevilles, et lui envoya un coup de tête dans l'abdomen qui le fit tomber.
En maintenant bien sa prise aux chevilles, il souleva le robot et le brandit tout autour de lui dans un vaste mouvement circulaire. Maintenu à l'horizontale par la force centrifuge, le corps de la machine vint percuter tous les autres avec une force terrible, les projetant tous contre les murs ou au sol, comme un simple jeu de quille.
Ben n'en revenait toujours pas de la force dégagée par ses muscles boostés aux nanomachines. Au bout de cinq percussions, le crâne du robot laissa apparaître le métal et un œil rouge menaçant fut découvert. Mais il s'éteignit aussitôt, désactivé par la violence des chocs.
Ben en profita pour lâcher prise et partir en courant dans le dédalle de couloir avant que les autres machines ne puissent se relever. Elles essayèrent de le suivre et Ben eut à peine le temps de voir le combat qui s'engageait entre les deux T1000. La violence était inimaginable, de lourds bruits de métal emplissaient tout l'espace. Les murs étaient déjà tous défoncés là ou la lutte avait lieu. Il était impossible de savoir qui avait l'avantage, tant les deux machines étaient semblables. Et il était même difficile de comprendre quelle partie appartenait à quelle machine tant les membres se formaient et se déformaient, rentraient l'un dans l'autre et s'en désolidarisaient.
Ben ne chercha pas à le savoir et fila vers le poste de surveillance où Savannah avait du convaincre le soldat de garde de lui laisser son poste. Effectivement elle était seule et activait déjà tous les haut-parleurs de l'enceinte.
- B : Savannah, vite. On est découvert. Weaver et l'autre T1000 s'affrontent un peu plus loin et les autres Terminators ne vont pas tarder à nous tomber dessus. Il faut appeler. Maintenant!
- S : et merde, Kyle et Allison auront à peine eu le temps de commencer leur travail. Bon tant pis, on va essayer de leur faire gagner du temps.
Et dans toute la base on entendit: "Ici le lieutenant Benson. Alerte générale. La base est infiltrée par un groupe de machines. Le Colonel Carlton n'est jamais rentré de mission. Celui qui se fait passer pour lui est en fait un nouveau modèle de Terminator en métal liquide qui peut prendre l'apparence de qui il touche. Il est accompagné de 5 autres T800. Nous avons nous aussi dans nos rangs un groupe de machines qui vient nous prêter main forte. Je demande aux plus faibles de se réfugier immédiatement dans la salle d'isolation et de s'y barricader. Les autres sont attendus au couloir K-9. Le combat est mené sous la direction du capitaine Saint-Clair. Vous le reconnaîtrez par…"
Mais Savannah n'eut pas le temps de terminer. Son poste explosa sous ses mains. Une balle de gros calibre venait de le détruire. En face, derrière la vitre du local, un Terminator venait de tirer au fusil à pompe. Il armait de nouveau son arme. Ben plaqua Savannah sur le sol. La balle fit voler le reste de la vitre, dont les éclats tombèrent sur les deux humains.
- B : bordel, on a même pas eu le temps d'aller à l'armurerie. Je n'ai qu'une arme de poing.
- S : moi aussi. Autant dire des piqûres de moustique pour lui.
- B : dès que l'un de nous va lever la tête, il se fera arroser. il va falloir faire une double diversion. Je suis plus protégé que toi. Je commence quitte à me prendre une balle ou deux. Je lui tire dessus et tu prends tout de suite le relais. Vise les yeux. Ça l'empêchera au moins d'avancer. Et pendant ce temps, je fonce sur lui.
Mais à peine avait-il donné ses instructions que la tête du robot surgit au-dessus d'eux. Bien entraînée et bourrée de réflexes, Savannah tira juste après Ben et vida son chargeur sur la machine. Ce qui, comme prévu, empêcha le Terminator de viser correctement. Il tira mais manqua son objectif.
Ben en profita pour le prendre sous l'épaule et l'entraîner plus loin, hors de portée de Savannah. Mais la machine eut le temps de saisir la tête de Ben et essaya de lui briser les cervicales. Il résista, sa tête touchait presque celle du robot. Ses yeux rouges, que sa peau ne recouvrait plus après les chocs dans le couloir, le fixaient avec insistance. Le robot avait une main derrière la tête de Ben, l'autre sur son cou.
Ben accrochait les bras de la machine pour essayer de lui faire lâcher prise. Mais il comprit qu'il aurait du mal à se libérer de la sorte. Dans un effort surhumain, il prit un peu de recul avec sa tête et la lui envoya de toutes ses forces dans le front. La tête de la machine partit en arrière et elle fut déséquilibrée. Il en profita pour pivoter et lui envoyer son pied en pleine poitrine. Le robot fut propulsé cinq mètres plus loin et finit sa course dans un mur.
Lorsqu'il se retourna, un autre Terminator puis un second étaient déjà sur Savannah. Tout pouvait se jouer en une fraction de seconde. Il était si simple pour une machine de broyer un crâne humain ou de tordre un cou… Ben courut aussi vite qu'il le put mais n'eut aucun espoir d'arriver à temps. Pourtant devant lui, il vit la machine la plus proche de Savannah s'effondrer en arrière, une balle puissante lui ayant arraché une partie de la mâchoire.
Il vit un peu plus loin John, un lourd fusil à la main, encore fumant, pointé en direction du robot, lequel se relevait déjà. Cameron surgit et se jeta sur le dos de la machine. Avec un simple pistolet, elle tira trois balles très précisément au sommet du crâne de la machine qui tomba inanimée, au moment où elle venait de saisir une jambe de Savannah, toujours à terre sous les débris de verre.
Ben se demanda si le Terminator était désactivé ou complètement HS. Mais son attention fut attirée par le second qui se jeta sur John et lui assena un violent revers de la main dans la tête. John fut projeté à terre et roula contre un mur qu'il percuta violemment. Sous ce double choc il perdit connaissance. La machine s'avançait déjà sur lui pour le terminer lorsque Cameron le retint par le bras et le propulsa de l'autre côté du couloir, vers Ben.
Face à lui et Cameron, le Terminator n'avait plus une chance de s'en sortir indemne. Ben le réceptionna et lui envoya un terrible coup de point en pleine tête. Le coup fut si violent que la machine retomba à terre, aux pieds de Cameron. Cette dernière se baissa et enserra la tête du robot entre ses cuisses. Ben l'aida en bloquant ses bras. Cameron lutta de toutes ses forces pour faire céder les vertèbres métalliques du robot. Un craquement lugubre se fit entendre. La machine était définitivement hors d'usage.
Cameron sortit son couteau et découpa ce qu'il restait de la peau du robot en haut de son abdomen. Elle manipula un système d'ouverture qui enclencha un mécanisme et le boîtier de connexion de la pile apparut.
Cameron se saisit de la pile et dit à Ben devant son regard interrogatif :
- C : ça peut servir contre le T1000. John m'a tout expliqué. Je ne pense pas que Kyle aura le temps de préparer sa dérivation électrique. Va voir John. Je dois m'assurer que les deux autres machines sont terminées.
Ben courut vers John qui reprenait conscience. Il avait une sérieuse entaille sous les cheveux, qui lui zébrait toute la zone pariétale gauche. La blessure saignait abondamment. Il se sentait mal équilibré en se levant avec l'aide de Ben. La tête lui tournait. Il fut pris de vertiges et se sentit tout à coup très nauséeux. Il se remit à genoux pour vomir. Le choc avait été très violent.
- B : John a un trauma crânien. Il faut l'immobiliser.
- J : non, je veux vous aider. Ça va mieux.
- B : il y a peut-être une hémorragie intra-crânienne, John. Il faut que tu restes en dehors des combats. Je t'examinerai dès que je peux.
Cameron qui relevait la tête vers eux acquiesça:
- C : Ben a raison, John. Si tu vomis, c'est pas bon signe. Tu as peut-être déjà une compression du cerveau par un hématome sous-dural.
- J : quoi? je comprends rien. CAMERON, DERRIERE TOI!
Mais elle n'eut pas le temps de se retourner qu'un bras mi-métallique, mi-humain la saisit par les cheveux, lui fit traverser le mur qui les séparait et la projeta contre une porte qu'elle défonça.
Elle venait à peine de s'assurer que le Terminator sur lequel elle avait vidé un chargeur sur la puce était endommagé de façon irréversible, et allait voir celui que Ben avait encastré dans un mur plus loin.
Mais cette machine n'était que désactivée et les 120 secondes étaient largement passées. Le robot s'était relevé sans bruit, et à l'abri du local de communication, s'était furtivement avancé juste derrière Cameron.
Savannah, toujours dans le local, se saisit de l'arme du premier robot et lui tira deux fois dans la tête. Le fusil à pompe, à bout portant, arracha une partie du crâne de la machine qui retomba lourdement à terre, cette fois sans aucun doute hors service.
John courut vers Cameron qui ne se relevait pas. Le double choc l'avait désactivée.
- B : Savannah, conduit John à l'infirmerie. Garde ton arme. Barricadez-vous y et attendez-moi.
- J : non, Ben. Je vais bien. Et je dois savoir si Cameron se réveille.
Cameron fit un léger mouvement de tête et se redressa doucement. John lui tendit la main et l'aida.
- B : rassuré, maintenant? Bon, allez-y, c'est un ordre. Cameron, tu viens avec moi. On rejoint Kyle et Allison… et John Henry.
Ben laissa John protester, et Savannah tenter de le raisonner. Il n'avait pas de temps à perdre. Il prit Cameron par le bras pour la dépêcher à le suivre. Elle le regarda sans expression particulière.
- C : je sais me mouvoir seule, Ben. Tu n'es pas obligé de me tenir.
- B : oui, c'est vrai… comme tu étais inactive il y a quelques secondes…
- C : tu as cru que j'étais encore faible… comme un humain se relevant d'un choc. Ça ne marche pas comme ça, tu sais.
- B : oui, tu as raison, pardon. Je suis concentré sur notre objectif. Il ne faut surtout pas que les infiltrés puissent capturer l'un des nôtres, le faire parler et divulguer nos plans à Skynet. Aucun ne doit sortir de la base et aucun ne doit pouvoir utiliser les moyens de communication pour émettre. Le détournement de l'énergie qu'opère Kyle est en ceci plutôt bon pour nous d'ailleurs. Ça évitera d'alimenter des émetteurs radio.
Tout en courant dans les couloirs côte à côte, Cameron tourna la tête vers Ben et lui adressa un léger rictus, du coin gauche des lèvres.
- C : j'ai déjà pensé à ça. J'ai envoyé deux de nos T800 saboter les antennes extérieures de la base, et les deux autres protéger Kyle.
Ben sourit à son tour, épaté par l'anticipation et la vivacité de l'esprit d'analyse de Cameron.
- B : bravo, ma belle. Très bien vu. On passe d'abord par le couloir où j'ai laissé Weaver, sans se faire voir si possible. Je voudrais vérifier qu'ils sont toujours là. Si j'ai bien compté, il reste encore deux T800 ennemis en jeu.
Ils arrivèrent à un angle et Ben se risqua doucement à passer la tête. Le couloir était vide. A part quelques fumées et des gravas un peu partout, il n'y avait plus personne.
- B : c'est clair. On bouge.
Mais en traversant ce couloir, une étrange odeur âcre les arrêta. Cameron dit très sûre d'elle après avoir analysé l'air.
- C : oxyde de fer et aluminium. De la Thermite. Ca brûle à plus de 2 000°C. C'est de cette façon que nous faisions fondre les endosquelettes avec John et Sarah.
- B : merde! Weaver! C'est forcément les autres qui en avaient! Nous on a même pas eu le temps de passer à l'armurerie. Et rien ne dit qu'on en aurait trouvé.
Ben fouilla les environs. A travers un mur écroulé, il entra dans une pièce et trouva facilement des traces de brûlure profondes dans le sol. Le béton avait été perforé par la fusion et des traces de métal fondu bordaient l'orifice. On voyait même à l'étage du dessous d'autres projections de métal.
- B : On ne peut pas dire s'il s'agit d'un T800 ou de l'un des deux T1000 mais j'ai un mauvais pressentiment.
- C : moi aussi. Il faut descendre au plus vite, maintenant.
Ils savaient tous les deux que l'étage où se trouvait Kyle était beaucoup plus bas, au niveau –6. Ils se ruèrent dans l'escalier de secours et arrivèrent enfin dans un couloir qui sentait déjà la poudre. La bataille avait commencé et faisait encore rage un peu plus loin au vu du bruit qui leur parvenait.
- B : il faut y aller, mais je veux que tu me promettes que tu feras attention à toi, Cameron. Pas d'actions inconsidérées. Tu dois être bien sûre que ça vaut le coup avant de tenter quelque-chose qui te met en danger.
- C : j'agis toujours de la sorte. Mais je ne comprends pas pourquoi tu te soucies autant de moi. Je suis une machine, comme les autres et…
- B : pas comme les autres justement. Et je ne crois pas que John apprécierait de t'entendre parler comme ça. Allez, on y va.
Ils poussèrent une lourde porte de sas et débouchèrent dans une véritable guerre de tranchées. Fort heureusement du bon côté pour eux, c'est à dire du côté de Kyle, Allison et JH. Ils avaient été rejoint par un grand nombre de militaires de la base, dont plusieurs cadavres jonchaient déjà le sol ainsi que par les deux T800 qui étaient venus en renfort et qui faisaient écran aux balles ennemies.
En face, l'effectif était bien plus mince, mais aussi plus redoutable. Et ce qu'ils virent vint confirmer la crainte qu'ils avaient eu quelques étages plus haut: à l'autre bout du couloir se tenaient les deux T800, dont l'un n'avait déjà presque plus de peau sur le squelette, ainsi que le faux colonel Carlton.
Les restes de métal fondu aperçus plus haut ne pouvaient être que ceux de l'autre T1000, alias Catherine Weaver, dont le sort tragique leur fut expliqué plus tard par un résistant de la base: ayant comme tous les autres entendu l'appel de Savannah, il était arrivé le premier dans le couloir indiqué pour voir le T800-101 donner deux petits bâtons au T1000 "Carlton", alors en pleine lutte avec Weaver. Le colonel avait pu introduire de force les deux bâtonnets à l'intérieur du corps de son homologue et le T800 s'était chargé de tirer à plusieurs reprises à cet endroit afin de déclencher la mise à feu et le mélange des deux composés formant la Thermite.
Une puissante fusion avait alors immédiatement commencé. Weaver comprenant ce qui se passait tenta d'entraîner son adversaire dans sa fin inévitable, mais le redoutable T800-101 lui envoya deux puissantes balles dans la tête. Elle fut déséquilibrée et le T1000 surenchérit en lui assénant un énorme coup de masse avec ses deux membres qu'il avait fusionnés en une sorte de gros marteau cubique.
Weaver alla s'encastrer dans un mur qu'elle traversa finalement pour s'étaler dans une pièce. L'homme en planque ne vit pas à l'intérieur de la pièce mais il entendit une suite de rugissements au timbre métallique et vit dépasser quelques élément brillants qui changeaient rapidement de forme avec des mouvements désorganisés. Et puis plus rien. L'homme fut repéré et fonça en direction de l'armurerie, précisément au niveau – 6.
