Ben voyait déjà la situation leur échapper. Le T1000 avançait inexorablement vers eux, insensible aux balles, tout au plus ralenti, voire immobilisé par les plus gros calibres. Protégés par son corps qui faisait écran, les deux autres Terminators avançaient aussi derrière lui vers la barricade faite d'armoires métalliques et tout ce que les résistants avaient pu trouver à la va-vite. Ben cria afin couvrir le vacarme pour s'adresser à Kyle:

- B : vous en êtes où?

- K : on n'a pas du tout fini! J'ai dérivé une partie de la puissance ici mais depuis qu'ils nous sont tombés dessus, on ne peut plus bosser. C'est la merde! Où est John?

- B : sonné, à l'infirmerie. Pour l'instant ça va.

Derrière eux, au fond du couloir, se trouvait l'énorme panneau électrique où Kyle et Allison avaient commencé à travailler. Sur la gauche, se trouvait l'armurerie, seul point positif pour eux, car ils ne tomberaient pas rapidement à court de munitions.

Au moment où deux soldats rechargèrent en même temps leur arme, profitant de ce répit relatif, le T1000 allongea ses deux membres en moins d'un seconde pour leur donner la forme de longues lames acérées. Elles dépassèrent la barricade et tranchèrent tout sur leur passage. Trois têtes sautèrent et un quatrième reçu une lame sur le flanc. Il fut éviscéré sur le coup.

- B : TIREZ, TIREZ! Ne rechargez jamais vos armes en même temps, il faut garder un feu constant, c'est le seul moyen de l'empêcher de se concentrer sur ses changements de forme.

- C : ça ne nous donnera qu'un court répit. Il faut trouver une solution.

Au même moment, le T1000 se transforma en une flaque liquide qui avança doucement vers la ligne des résistants. Les deux Terminators furent à découvert. Il était au moins possible de tenter de les détruire, à défaut du monstre liquide qui "coulait" vers eux.

Contre toute attente, John Henry sauta par dessus la barricade et courut vers les deux machines en prenant soin de ne pas marcher dans le flaque mouvante. Il rentra de plein fouet en collision avec l'un d'entre eux, lui prit la tête entre les mains, la baissa et lui envoya un puissant coup de genou en pleine face. Sans lui laisser le temps de réagir, il le souleva et frappa le second Terminator avec le corps du premier.

Kyle, Ben et Allison furent stupéfaits de le voir agir aussi témérairement… et avec une certaine efficacité. John leur avait plutôt parlé d'un comportement de "robot autiste", un peu niais et réservé, voire maniéré. Il agissait maintenant comme un vrai Terminator, digne de ce nom - si l'on pouvait dire - sans peur, redoutable. Mais à deux contre un, il ne pourrait garder l'avantage bien longtemps.

Ben envoya l'une des deux machine de leur camp lui prêter main forte. Pendant ce temps, Cameron visait le crâne de l'un d'entre eux au fusil à pompe et tira. Le T1000 stoppa sa progression et se redressa pour faire écran aux tirs de Cameron. Il repartit en sens inverse, comme pour aider ses propres machines. Il envoya le premier T800 se fracasser contre un mur. Mais la machine avait eu le temps d'empoigner l'un des robots ennemis et de l'entraîner dans sa course. Les deux machines disparurent derrière le mur, perforé sous le choc, et continuèrent leur combat à l'écart.

Ce fut au tour de John Henry. Plusieurs lien métalliques poussèrent du corps du T1000 et vinrent immobiliser ses bras. Le faux colonel avança près de lui et lui envoya un violent coup de tête.

Cameron sauta à son tour pour aider JH. Elle plongea sur le T1000 qui lâcha sa prise et ils partirent tous deux rouler plus loin.

JH put continuer son combat avec le dernier T800. Celui-ci le saisit au coup, pour essayer de lui briser la nuque mais JH ne se laissa pas faire, passa ses bras sous les siens et força la machine à lâcher prise. Son ennemi n'avait plus grand-chose d'humain. Partout des lambeaux de peau étaient arrachés. Il lui restait encore un bout de treillis. Il plongea sa main dans une poche et en retira une petite dalle de pâte dense, du plastic qu'il réussit à placer contre la racine de l'épaule de JH.

Mais celui-ci ne lui laissa pas le loisir de poser son détonateur et le fit voler un peu plus loin. Ben sauta à son tour pour l'aider. JH immobilisa les bras du T800 et Ben entoura sa tête. En prenant prise sous le menton comme il l'avait déjà fait, il fit pivoter de toutes ses forces la tête de la machine jusqu'à ce qu'elle cède.

A côté, la bataille faisait rage entre Cameron et le T1000. Des bruits violents de chocs métalliques remplissaient tout l'espace, les résistants avaient cessé de tirer, fascinés par ce combat de titan, incapables de détourner le regard. Cameron se battait courageusement dans cette lutte inégale. La précision de ses gestes et la rapidité de ses mouvements, bien supérieures à celles des T800 "ordinaires" ou à celles des triples 8, donnaient toutefois du fil à retordre au T1000.

Quelques minutes avant, John, allongé à l'infirmerie sous la garde de Savannah, ruminait sa rage de ne pas pouvoir aider.

- J : c'est ridicule, Savannah. Pourquoi on me retient ici? Si je dois mourir de ce choc, et bien tant pis mais tant qu'il me reste de l'énergie, je dois la mettre à disposition de la résistance.

- S : non, John. Tu es trop important pour partir aussi bêtement. On attend ici comme Ben nous l'a dit.

- J : arrête avec ça, Savannah! Je ne suis PAS important! Le futur a changé, ce n'est pas moi qui mène la rébellion, et je ne suis pas irremplaçable. Il va falloir que vous vous mettiez ça dans le crâne, bordel !… y'a des caméras dans la base? On peut voir?

- S : là d'où on vient, oui, si les moniteurs ne sont pas tous détruits.

- J : dans le local? Laisse moi au moins y aller.

- S : non, John, on reste ici.

- J : c'est ça, ben empêche-moi! J'en ai marre de rester ici.

John se leva et repoussa brusquement Savannah qui essayait de le maintenir allongé. Elle ne put que le suivre, il n'était pas question pour elle de le menacer d'une arme ou de se battre physiquement avec lui.

Ils arrivèrent au local de contrôle, partiellement détruit, mais il restait encore un moniteur en état de marche. Savannah fit défiler les quelques canaux qui représentaient chacun une caméra. La plupart étaient à l'extérieur mais quelques-unes se trouvaient dans la base, et spécialement devant la porte de l'armurerie, lieu sensible et stratégique sous surveillance permanente. Ils furent ébahis par ce qu'ils virent. Tout le combat était concentré à cet endroit.

- J : mais… pourquoi? Que font-ils tous là?

- S : ils ont du comprendre ce que Kyle et Allison préparaient. Le panneau électrique principal est juste au fond de ce couloir.

Sur l'écran, ils virent le T1000 prendre la tête de Cameron et la lui fracasser plusieurs fois contre d'énormes tuyaux en fonte. Peu à peu ils virent un œil rouge apparaître. Il la lâcha enfin, inanimée.

- J : CAMERON ! POURRITURE! J'Y VAIS.

- S : NON, JOHN. Tu vas te faire tuer!

Une voix dans leur dos retentit : "laisse-le, Mary. Il a raison. On doit aller les aider. On en peut pas les laisser mourir sans rien faire." John se retourna immédiatement, arme au poing, braquée en direction de …

- J : DEREK?

- D : ouais, c'est moi.

Derek se tenait devant eux, défiguré, de profondes crevasses sur le visage et tout le corps, que ses habits déchirés laissaient apercevoir. Il s'agissait en fait de brûlures. Des croûtes de sang séché couvraient la quasi totalité de sa peau.

- J : mais… tu n'es pas mort? Comment?

- D : pas complètement, je te raconterai plus tard. On descend. Ravi de te revoir Mary.

- J : vous vous connaissez?

- D : on s'est rencontré deux ou trois fois pour des réunions du commandement avec le colonel.

- J : c'est Savannah, au fait, son vrai nom.

- D: et bien ravi, Savannah.

- S : tu n'es pas en état de te battre, Derek.

- D : plus que tu ne crois, mes blessures sont superficielles… mais je ne peux toujours pas me servir de ma main gauche. Si je dois mourir, autant que je serve à quelque-chose. On fonce dans l'tas!

- J : je sais ce qui peut endommager le T1000: des balles explosives. On peut en trouver dans l'armurerie?

- S : possible, je ne gère pas l'approvisionnement des armes. Il va falloir fouiller.

Ils descendirent tous les trois en quatrième vitesse. A leur arrivée, le spectacle était pire… et assourdissant. Ben s'était replié et n'avait pu rapporter le corps de Cameron qui restait bizarrement inanimé, à terre.

Pourtant les 120 secondes étaient largement passées.

John sentit une angoisse sourde le gagner. Les soldats avaient repris un tir soutenu en direction du T1000 pour ralentir sa progression, sous la direction de Ben. Kyle et Allison s'étaient reconcentrés sur le panneau central.

John Henry, quant à lui était parti aider le T800 aux prises avec son homologue dans la pièce où ils avaient atterri. C'était le modèle 101. Il avait réussi à venir à bout du robot rebelle et venait de ressortir par le trou d'où il était entré avec fracas. John le reconnut aussitôt et son sang se glaça. Ces traits… ce visage qu'il ne croyait plus jamais revoir… il l'avait toujours connu de son côté, même s'il savait que sa mère l'avait rencontré la première fois sous les ordres de Skynet.

Lui se rappelait juste de sa première rencontre avec un Terminator. Il avait été marqué par cette machine. Droite, efficace, indestructible… et attachante. Comme Cameron mais en version "père adoptif"… et aujourd'hui, ce même visage, déjà décharné, se trouvait aux côtés d'un T1000, exactement le même modèle que celui que l'autre 101 avait combattu avec tant de courage dans la fonderie plusieurs années auparavant.

John secoua la tête et reprit ses esprits. Ben de son côté, et Kyle et Allison de l'autre, s'étaient retournés et avaient découvert avec surprise le visage tuméfié de Derek.

Passé cet instant de stupéfaction, après quelques exclamations de joie, ils sentirent tous le courage revenir à eux. Mais ce nouvel élan de bravoure fut mis à rude épreuve car derrière les lignes ennemies, le T800-101 venait de récupérer le détonateur du C4 que JH n'avais pas eu le temps de retirer de son épaule, coincé sous sa peau contre un vérin mis à jour. Le T800 réussit à faire tomber JH et à planter le dispositif dans le plastic. JH lutta de toutes ses forces pour repousser l'assaut de la machine et l'empêcher d'actionner le système. Mais ils étaient de force et de corpulence identique et aucun ne parvenait à prendre l'avantage.

Tout à coup, une projection métallique se détacha du T1000 qui avait repris une forme de flaque mouvante pour progresser plus efficacement vers les résistants. La projection prit la forme d'un crochet et se rigidifia pour emprisonner le bras le plus proche de JH et le faire lâcher celui de son homologue. Le modèle 101 en profita pour actionner le détonateur et se propulser à distance pour éviter la déflagration. Une puissante explosion retentit et arracha net la tête de JH qui alla s'écraser à quelques mètres de Cameron, toujours inconsciente.

- J : merde, c'est pas vrai! Pourquoi il est parti de l'autre côté, celui-là?

- S : à l'armurerie, vite!

Derek, John et Savannah avancèrent en se baissant vers la porte blindée. Heureusement, Savannah en avait le code, car ils auraient gâché un temps précieux à la forcer. Le T800 en face avait repris les tirs. Ben faisait face en première ligne, se sachant plus à l'abri que les soldats. Il encaissa de nombreuses balles un peu partout pendant qu'il s'appliquait à viser les orbites de la machines. Mais il fut déstabilisé par une secousse au sol. Le T1000 avait réussi à se faufiler sous la barricade, et il remplaçait maintenant le sol sur lequel se tenait la plupart des soldats.

Ce qui se passa ensuite fut épouvantable. Le T1000 prit une forme très particulière, en projetant vers les haut, sur plusieurs mètres carrés, des pointes fines qui empalèrent par le bas tous les soldats qui se trouvaient sur le front. Ben en reçut une sous le pied mais elle ne put perforer le coltan, et une seconde dans l'abdomen, en avant, qui ressortit dans le dos entre les côtes. Il fut soulevé de terre comme la majorité des soldats. Le T1000 abaissa alors ses pics ensanglantés et commença à reprendre forme humaine en se redressant. Tous les soldats du front étaient morts, une vingtaine au total, transpercés de toute part. Ben gisait par terre, inconscient.

Lorsque la machine eut repris sa forme originelle, celle du colonel Carlton, elle reçut un projectile au milieu du thorax. Elle leva la tête vers John, l'arme encore fumante, avec une expression incrédule, presque effrayée. Le T1000 venait de comprendre.

- J : A TERRE!

Les quelques soldats encore présents obéirent et le T1000 explosa en plusieurs morceaux, déchiqueté. Derek continua à tirer au fusil à pompe et la machine tomba derrière la barricade. John savait que la machine mettrait un moment à se reconstituer et à récupérer tout son métal éparpillé. Il cria à Kyle:

- J : KYLE! C'est bon? On te l'amène, il faut toute l'énergie disponible, on va le faire griller!

Mais il n'entendit pas sa réponse et son attention fut accaparée par autre chose au moment même où il fit un signe à Savannah et Derek pour l'aider à traîner le T1000 jusqu'au grand transformateur.

Le T800-101 s'était approché. Il avait sans doute compris ce que projetaient les humains et il emporta avec lui le T1000, dont le milieu du corps présentait encore une forme de cratère béant.

- D : TIREZ, TIREZ! Il faut l'arrêter!

Lui et d'autres soldats tirèrent dans le dos de la machine qui fuyait. Mais elle disparut au fond du couloir par un autre ascenseur, alors que le T1000 commençait tout doucement à reprendre une forme maîtrisée. Derek les poursuivit et constata qu'ils allaient vers des étages encore plus bas.

- D : y'a quoi en bas? Ils vont où à votre avis?

- S : je ne vois que les garages. Tous nos véhicules y sont. Ensuite il y a un gros monte-charge pour aller à l'extérieur. C'est la meilleure protection pour nos véhicules.

- D : merde, tu peux être sûre qu'ils le savent. Ils vont tout faire péter avant de se barrer avec une Jeep, j'en mettrais ma seconde main au feu.

John s'était déjà précipité sur Cameron alors que Ben se relevait, vite remis de sa blessure grâce à ses nanomachines.

Il fouilla dans les poches de Cameron et trouva son couteau. Il incisa le sommet de son crâne et découvrit avec soulagement que la protection avait sauté sous les multiples chocs que le T1000 lui avait infligés. La puce était simplement sortie de sa loge. Il pria pour qu'il ne s'agisse que de cela et la réinséra correctement. Ben lui apporta la capsule de protection d'un des T800 abattu. John la lui remit et Cameron réinitialisa son système quelques secondes plus tard.

- J : pfouuuuu, tu m'as fait peur, Cameron. Qu'est-ce qui t'a prit d'aller contrer un T1000?

- C : je suis plus résistante que toi, c'est tout ce que j'ai considéré.

- J : oui, et lui plus que toi !

- C : qu'est-ce que tu en sais?

- J : un modèle 101 me l'a appris un jour, et m'a donné ses caractéristiques. Il est plus performant dans tous les domaines et tu le sais.

- C : je devais te protéger et protéger John Henry. J'ai échoué.

Elle avait dit cela en tournant la tête vers celle de JH, à terre, les yeux éteints.

- J : je vais lui extraire la puce. Avec un peu de chance, elle n'aura pas subit trop de dommages dans l'explosion. On verra ça plus tard. Pour le moment il faut les empêcher de sortir de la base. A tout prix. Skynet sent quelque-chose, sinon il n'aurait pas envoyé l'un de ses soldats d'élite. On doit trouver un moyen. Savannah, peut-on générer une source d'électricité importante dans ces garages?

- S : j'en sais rien, il y a un autre tableau électrique dans ce genre, c'est tout ce que je peux dire.

- D : alors tout n'est pas encore perdu, il faut faire vite. On y va. John, il te reste encore des balles explosives?

- J : oui, deux seulement.

- D : Kyle, Allison, pouvez-vous rediriger toute la puissance au dernier niveau?

- K : avec un plan électrique des installations, oui je pense.

- S : Edwards, trouvez-leur ça. Immédiatement.

Le soldat obéit et remonta quelques étages.

- K : dès qu'on a finit, on descend vous aider.

Allison se retourna vite pour se remettre au travail et surtout ignorer le désolant spectacle qui s'étalait sous ses yeux: une véritable boucherie, des têtes de soldats par-terre, les yeux grand ouverts, crispés dans une dernière expression d'épouvante, des boyaux, des membres tranchés… malgré l'horreur de la guerre qu'elle ne connaissait que trop bien, elle avait rarement eu sous les yeux autant d'hommes mutilés, une vision macabre presque insoutenable. L'odeur forte du sang emplissait l'air.

L'un des soldats voulut ramasser un morceau du T1000, qui était resté liquide et qui se mettait à rouler par terre. John le vit mais trop tard.

- J : NON! N'Y TOUCHEZ PAS!

La petite boule prit alors la forme d'un oursin métallique et transperça la main du soldat en de multiples endroits. Le soldat lâcha la boule en hurlant.

- J : ne touchez pas à cette saloperie, chaque morceau peut avoir sa propre autonomie. Kyle, avant de descendre, fait un test sur tous les morceaux que tu pourras trouver, si ça marche pas, c'est pas la peine de continuer. Tu descendras nous le dire, OK?

John, Derek, Ben, le dernier T800, Savannah et Cameron descendirent à la poursuite des deux machines avec les derniers soldats, cinq au total. Beaucoup étaient en mission à ce moment et il n'y avait plus beaucoup de guerriers dans la base.

Il débouchèrent dans une très vaste pièce qu'ils dominaient du haut d'une passerelle. Plus bas, à une dizaine de mètres, le T800-101 était en train, comme Derek l'avait prédit, de poser des explosifs sous les véhicules.