Chapitre 13 : Froideur

Le silence s'éternisa et personne n'osait faire le moindre geste vers le jeune sorcier. Mais ce dernier n'y prêta pas attention. Il n'avait d'yeux que pour Arthur. Lui seul comptait. Et en cet instant, il n'y avait ni haine, ni dégout dans son regard. Juste une profonde incompréhension. Merlin allait ouvrir la bouche pour enfin s'expliquer, mais un vacarme venant de la tourelle brisa le silence. Le bruit était l'œuvre du Roi Uther, lui-même, qui descendait les escaliers en trombe, en criant à la sorcellerie. Il déboula sur la place, le regard fou, se dirigeant droit sur Merlin, son épée à la main, manifestement pour le tuer. Il ne semblait voir que lui. Sans plus réfléchir aux conséquences, Arthur se jeta sur son père, le ceinturant avec forte pour l'arrêter dans sa course. Il lança un regard désespéré vers son serviteur, lui hurlant de fuir. Le brun resta indécis quelques secondes puis couru vers Kilgharrah et se hissa sur son dos. Comme s'il attendait ce signal pour agir, le dragon prit son envoi et ils disparurent dans la nuit. Tenant toujours fermement son père dans ses bras, Arthur l'empêcha de s'effondrer quand il abandonna la lutte. Il le soutint jusque dans ses quartiers alors qu'il pleurait soudainement la perte de sa pupille. Il l'aida à se coucher et convoqua Gaïus à son chevet. Il décréta que le Roi avait perdu l'esprit, trop anéanti par la trahison de Morgana et la révélation de sa nature magique.

Les jours se succédèrent dans la plus profonde confusion. Uther passait ses journées, prostré dans sa chambre, refusant de voir qui que ce soit, de parler et mangeait à peine. Arthur, dû prendre la régence du royaume et, croulant sous ses nouvelles responsabilités, ne trouva pas le temps d'aller voir Gaïus pour discuter enfin de Merlin. La présence de son serviteur lui manquait atrocement. Mais en même temps, une partie de lui restait effrayée par la véritable nature du brun. Il n'avait pas eu une minute à lui pour y réfléchir concrètement et la situation ne pouvait plus durer. Morgana et Morgause restaient une menace toujours présente et le jeune sorcier était leur seul espoir de salut. Il se devait, pour le bien de tous, de trouver un moyen de le contacter. Il se doutait bien qu'il ne reviendrait pas de lui-même, n'ayant aucune certitude quant au sort qu'on lui réserverait. Ce matin-là, il délégua donc quelques tâches à ses hommes de confiance et prit enfin du temps pour aller consulter le médecin de la cour. Personne ici ne connaissait mieux son servant. Quand il pénétra dans le laboratoire, Gaïus ne sembla pas surpris de sa visite. Il s'attendait à ce qu'on lui pose des questions, qu'on lui demande des comptes. Personne n'était dupe quant à sa connaissance des pouvoirs de Merlin. Là où il fut étonné, c'est quand le Prince ne manifesta aucune intention hostile à son égard. Il pensait finir dans un cachot pour trahison, mais il n'en fut rien. Le blond se contenta de s'assoir, un air abattu sur le visage. Il le rejoignit alors, attendant qu'il prenne la parole.

« Vous avez toujours su n'est-ce pas ? » Fut la première question.

Le vieil homme ne nia pas mais préféra rester silencieux.

« Combien de fois m'a-t-il sauvé la vie, sans que je n'en sache rien ? »

« J'ai perdu le compte, Sire. De nombreuses fois, soyez-en sûr. Il a toujours protégé vos arrières, dans l'ombre. Il n'a jamais voulu nuire, ni à vous, ni à votre père. Je peux vous le jurer sur tous ce qui m'est cher en ce monde. »

Le Prince hocha simplement la tête. Acceptant cet état de fait.

« Il faut que je le retrouve, Gaïus. Nous avons besoin de lui… j'ai besoin de lui. »

« Je crains de ne pouvoir vous aider, Sire. Le seul endroit qui me vienne à l'esprit, c'est Ealdor. Je ne pense pas qu'il eut été assez stupide pour mettre la vie de sa mère en péril en allant se réfugier chez elle. Mais il y sera peut-être passé, ne serait-ce que pour lui faire part des derniers évènements. Si vous y allez, seul et si vous arrivez à la convaincre que vos intentions envers son fils ne sont pas mauvaises, peut-être concentra-t-elle à vous dire ce qu'elle sait. » Répondit calmement le médecin.

« C'est déjà un début. Il faut bien que je commence mes recherches quelque part. Je partirai demain, à l'aube, le temps de mettre les affaires du royaume en ordre. Merci beaucoup, Gaïus. Je vous confis la vie de mon père en mon absence. »

« Bien, Sire. J'espère que vous le retrouverez rapidement. »

« Je l'espère aussi. »

Sur ces dernières paroles, Arthur prit congé du vieil homme. Il avait du pain sur la planche.

Comme convenu, aux premières lueurs du jour, le Prince fit préparer son cheval et un paquetage pour une semaine. Il ne savait pas combien de temps durerait son périple et il préféra prévoir trop que pas assez. Habillé d'une simple tenue voyage, son épée pour seul signe distinctif pour ne pas attirer l'attention, puisqu'il partait sans escorte, il prit place sur sa monture et passa les portes de Camelot au galop. Il chevaucha longuement en direction d'Ealdor, le village natal de Merlin, mais dut se résigner à s'arrêter pour la nuit. Il monta son campement de fortune et alluma un feu. Se débrouiller tout seul n'était pas dans ses habitudes et les souvenirs des nombreuses nuits qu'il avait passés avec son servant dans cette forêt, lui firent mal au cœur. Il se rappela les jours heureux. Quand Morgana était encore une amie et quand ils avaient chevauché tous ensemble sur cette même route pour sauver les habitants de ce même village où il se rendait aujourd'hui. Ce soir-là, il se contenta d'un morceau de pain et d'un peu de fromage, puis s'allongea près des flammes dans l'espoir de trouver un peu de chaleur. Nous étions début septembre et cette froideur soudaine n'était pas tombée à moitié. Il se prit presque à regretter l'interminable canicule qui les avait accablés tout l'été. Il tenta de trouver le sommeil, mais plus seul et vulnérable que jamais, des peurs enfantines vinrent le hanter. Il se sentait stupide, mais il ne pouvait lutter contre ce sentiment d'abandon. Il s'angoissait pour l'avenir. Si son père recouvrait ses esprits, il préfèrerait mener le royaume à sa perte que d'accepter un sorcier dans ses rangs. Il en vint presque à souhaiter qu'il ne s'en remette pas et cela lui fit mal. Il eut honte de vouloir la fin du règne de cet homme qu'il croyait fort et inébranlable. Pris entre deux feux, il finit par tomber de fatigue.

C'est très tôt qu'il se réveilla. Il avait peu dormi mais il ne pouvait perdre plus de temps. Il empaqueta ses affaires, éteignit le feu déjà mourant de quelques coups de bottes et reprit la route. Si bien, qu'il arriva en vue d'Ealdor avant midi. Les villageois sortirent à sa rencontre, curieux de savoir la raison de sa visite et il chercha Hunith, la mère de Merlin, dans la foule. Quand il l'aperçut enfin, il croisa son regard et y lu une soudaine crainte. Il lui sourit, pour la rassurer sur ses intentions et chevaucha au pas vers elle. Il mit pied à terre, confia son cheval à un fermier qui l'avait reconnu et qui accepta volontiers de s'occuper de l'animal et sans un mot de plus, suivit la femme dans sa demeure. Elle l'invita à sa table pour partager son maigre repas et attendit qu'il explique pourquoi il était là.

« Vous devez vous douter que je cherche votre fils. Je suis venu seul et je compte bien le ramener à Camelot, où est sa place. Le Roi, anéanti par les derniers évènements, n'est plus en état de gouverner et je ne peux pas me permettre de m'absenter trop longtemps. Sachez que je ne veux aucun mal à Merlin, Hunith. Ce royaume a besoin de lui. Nous courrons à notre perte s'il refuse de nous aider. Je ne laisserai personne, et surtout pas mon père, attenter à sa vie. Je connais Merlin et même si j'étais loin de soupçonner ses pouvoirs, je ne peux croire qu'il y ait un quelconque vice en lui. Il a toujours eu le cœur sur la main et le courage d'un lion. Je me rends compte, maintenant, de tout ce qu'il a fait pour moi. Alors, si vous savez quoi que ce soit, vous devez me le dire. »

Hunith l'avait longuement écouté. La vérité, c'est qu'elle attendait sa visite depuis un moment et qu'elle avait toujours eu l'intention de le mettre sur la bonne voie. Mais elle tenait à entendre de sa bouche qu'il n'arriverait rien de fâcheux à son fils.

« Son ami, le grand dragon, le cache. Il ne m'a pas dit où, évidemment. Mais il m'a donné une direction à suite dans l'éventualité où vous viendriez. »

« Cette simple indication serait déjà beaucoup. » Assura Arthur.

« Il faut que vous alliez au Sud de Camelot. Dans les Montagnes d'Asgorath. C'est là-bas qu'ils sont. C'est tout ce que je peux vous dire, malheureusement. » Lui répondit-elle.

« Je vois. C'est à deux jours de cheval, direction Sud-ouest, en partant d'ici. Merci infiniment, Hunith. Je pars à l'instant. »

« Attendez, Sire ! Restez au moins pour la nuit. Il ne sert à rien de vous en aller maintenant. Vous n'irez pas loin avant qu'il ne fasse trop sombre. Acceptez mon hospitalité. Je suis sûr que vous le retrouverez bien assez tôt. Après tout, n'est-il pas votre destinée ? » L'arrêta-t-elle, alors qu'il se levait pour prendre congé.

A ces mots, les paroles mystérieuses de Merlin à Morgana, lui revinrent en mémoire. Qu'entendait-il par « les deux faces d'une même pièce » ? Il doutait que son hôte puisse lui en dire plus. Il garda donc ses questions pour lui et accepta volontiers de se reposer quelques heures en compagnie de cette femme, qui lui rappelait tellement la gentillesse de son ami. Le soir venu, après un repas des plus frugaux, elle insista lourdement pour qu'il prenne le vieux lit de son fils. D'abord gêné, Arthur céda et s'installa sur la couche pour la nuit. Il ne mit pas longtemps à s'endormir, cette nuit-là. Il était épuisé mais surtout, il se sentait étrangement comme chez lui ici. Il lui était déjà arrivé de rêver à une vie simple, comme celle de Merlin. Au côté d'une mère aimante, profitant de bonheurs simples, vivant au jour le jour. Son existence aurait été tellement moins compliquée. Sur ces pensées, il se laissa bercer dans les bras de Morphée.