Ben laissa John seul avec Allison. Elle était perfusée… des solutions dont John ignorait le rôle ou la composition. John sentit à ce moment le poids de la fatigue tomber sur ses épaules. Il se sentait faible et à bout de force. Il se releva pourtant pour rapprocher son lit de celui d'Allison. Il voulait lui tenir la main… qu'elle ne se sente pas seule dans l'obscurité de son coma. Il se rallongea et caressa doucement sa main, puis lui chuchota à l'oreille:
- J : tiens bon Allison. Je t'en prie. Ne me laisse pas. On vient à peine de se rencontrer. Et… je tiens trop à toi pour te perdre. Je ne veux pas que tu partes. Je veux encore vivre des choses avec toi, je veux te découvrir, voir la fin de cette guerre avec toi. Je veux rebâtir un monde nouveau avec toi. Un monde de paix, d'amour, de douceur, de joie, de nature…
Pendant que John parlait doucement à Allison en lui caressant le visage et les cheveux, Cameron qui était restée derrière la porte se retourna sans bruit et disparut dans les profondeurs de la base.
Dehors le jour tombait et l'heure du premier bilan arriva. 47 soldats avaient trouvé la mort dans l'affrontement. Leur familles, dont la plupart était resté s'isoler, étaient en deuil et il ne restait plus personne pour diriger la base. Le second était en mission et ne reviendrait que dans quelques jours, comme d'autres patrouilles. Ben fut naturellement choisi, le temps de réorganiser les choses. Les enterrements avaient été fait rapidement dehors afin d'éviter de tomber sur d'autres machines. Les deux Terminators qui s'étaient occupés de désactiver les moyens de communication de la base avaient pu assurer un minimum de protection pendant ce moment. Leur présence aux côtés des humains avait été plutôt bien reçue car chacun avait pu constater qu'ils avaient lutté main dans la main. D'ailleurs, c'était grâce à Cameron et à l'un des T800 qu'ils étaient parvenus à vaincre le T1000.
La majeure partie du recueillement se ferait sous terre, dans la base, avec l'aide d'un prêtre qui comptait parmi les soldats survivants. Savannah qui était très appréciée, et dont le nom était sur toutes les lèvres, représentait aux yeux de Ben, Derek et Kyle, la plus lourde perte de la journée. Mais ils s'inquiétaient aussi beaucoup de la destruction de John Henry, sur qui la suite de leur plan s'appuyait. Ils retrouvèrent sa tête, noircie par l'explosion, et l'amenèrent à John qui s'était endormi à côté d'Allison.
- D : John… John, excuse-nous. On a retrouvé la tête de JH et… la puce n'est plus dedans. Qu'est-ce que tu en penses?
Derek la tendit à John qui se redressait péniblement tandis que ce dernier retirait la puce de sa poche de veste.
- J : c'est moi. Je l'ai retirée avant de descendre. Elle n'a pas l'air d'avoir top souffert… enfin macroscopiquement. Pour le reste je ne sais pas, les processeurs sont ultra-miniaturisés, les puces mémoire aussi. On ne le saura que lorsqu'on aura essayé de la connecter sur une machine. Nous en avions deux à nous dehors. Cameron les avait envoyé couper les communications…
- D : oui, ils sont redescendus. Il aident à faire le bilan dans le garage. Ils s'occupent de la ventilation. Eux ils ne craignent pas les radiations.
- J : bon, quand ils auront fini, on essaiera la puce sur l'un d'entre eux. On verra ce que ça donne. Si JH a grillé je ne sais pas comment nous allons faire.
- D : vaut mieux pas y penser pour le moment. Désolé de t'avoir dérangé, tu peux te rendormir. On viendra te chercher pour l'office… pour Savannah. A tout à l'heure.
Et ils quittèrent la pièce après que Ben ait regardé les pupilles d'Allison pour évaluer son état de conscience.
Les conduites d'aération étaient heureusement très développées dans le garage, avec de gros ventilateurs à pales, si bien que la fumée fut rapidement évacuée. L'incendie avait été vite maîtrisé pour éviter que la chaleur ne grimpe trop et qu'il se propage aux autres véhicules. Le monte charge avait été lourdement endommagé et plusieurs humains en combinaison s'affairaient déjà aux réparations. Les deux machines n'étaient plus complètement indispensables. Elles avaient retiré les charges de C4 sous les véhicules, tâche risquée car personne ne savait s'il y avait des dispositifs de mise à feu ou pas.
Kyle alla en chercher une pour essayer la puce de JH. Ben était retourné à l'infirmerie avec Derek pour prendre le temps, enfin, de s'occuper correctement de sa blessure à la main, et soigner ses différentes brûlures sur le corps.
Kyle demanda à la machine de s'asseoir sur un chaise dans une salle informatique. Il nettoya méticuleusement la puce et demanda de l'aide au Terminator pour lui expliquer comment réaliser la manœuvre. Il avait déjà vu John le faire mais ne s'était pas vraiment appliqué à retenir la leçon. Avec un couteau et un tourne-vis, il réussit à soulever l'opercule de protection et fit le quart de tour nécessaire pour que la puce se déloge doucement avec ce bruit pneumatique caractéristique.
Privé du maintient de son équilibre, la machine inerte, qui était sûrement mal assise sur cette chose trop petite pour elle, bascula sur le côté. Kyle, comme s'il se fut agit d'une chose fragile, lâcha les deux puces qu'il avait en main et rattrapa comme il put le lourd robot avant qu'il ne tombe à terre. Il réalisa bien vite qu'il aurait du le laisser choir et ne pas lâcher les puces, qui elles, étaient certainement fragiles.
Il les ramassa craignant le pire. Son cœur battait à tout rompre. Il avait peur d'avoir commis l'irréparable. La puce de JH, reconnaissable car sûrement modifiée par lui ou par Weaver, n'avait pas l'air d'avoir été endommagée par le choc. Il l'inséra doucement dans le crâne du Terminator et referma la capsule de protection. Il savait qu'il fallait attendre quelques secondes. Elles lui parurent très longues. Kyle n'était pas très rassuré. Il savait que la "conscience" qu'il y avait dans cette puce était pacifique et bien disposée à l'égard des humains, mais l'emballage, ce T800… il n'arrivait pas à s'habituer. Il lui faisait peur.
Pourtant, au bout de deux minutes, rien ne se passa. La machine était toujours inerte. Kyle dit tout haut:
- K : merde! J'espère que c'est pas moi… J'vais essayer l'autre pour voir…
Et il fit la manœuvre inverse avec la puce d'origine du T800. Le robot s'anima comme prévu au bout de 120 secondes et dit de sa voix légèrement métallique:
- T800 : le test a-t-il été concluant, Kyle Reese? Je ne détecte aucune intrusion dans mon système.
- K : non, ça n'a pas marché. Peux-tu me dire si tu vois une anomalie sur cette puce?
- T800 : elle n'est pas comme celle d'un T800 ordinaire.
- K : oui, ça je sais, mais vois-tu un problème qui expliquerait que ça ne donne rien sur tes connectiques?
- T800 : non, rien visuellement. Mais des micro-composants sont peut-être endommagés.
- K : et il faut faire quoi pour s'en assurer?
- T800 : un matériel électronique et informatique très perfectionné.
- K : bon, on va attendre John, moi j'ai fait ce que je pouvais.
Un peu plus tard dans la nuit, après les cérémonies funéraires où John avait tenu à venir, Ben donna la conclusion du bilan de santé à Derek après les résultats d'analyses biologiques
- B : bon, tu es bien cramé, pas besoin de moi pour t'en rendre compte. Premier et second degré. Quelques petites zones au troisième sur les membres inférieurs. J'ai donc désinfecté et mis des pansements étanches. Il faut éviter l'infection. Tu garderas des cicatrices profondes sur ces zones, la peau ne se régénèrera pas. Mais comme ce sont des lésions peu étendues, elles seront comblées par la peau environnante. Ailleurs, tu vas avoir des cloques rapidement, et sur le visage c'est comme un énorme coup de soleil. Tu vas être tout bronzé, mon vieux. Il va falloir nous dire comment tu t'en es sorti. J'ai su que tu avais marché sur une mine, je suppose que c'est ça qui t'a brûlé?
- D : ouais. Pour la petite histoire, on verra plus tard, je croule de sommeil. Et pour le reste? Pour ma main?
- B : pour le reste, tu es en forme. RAS du côté biologie. Pas d'infection sur ta cicatrice à l'avant-bras et c'est un vrai miracle. Tu as un pansement tout neuf. Sinon quelques déchirures musculaires qui vont se résorber d'ici quelques jours avec du repos… quelques plaies… bobologie habituelle en temps de guerre. En revanche, pour ta main… les lésions de ton avant-bras sont irréversibles. Une portion de plusieurs muscles et tendons ont été arrachés, ça ne repoussera pas. On appelle ça une perte de substance. Je suis désolé, Derek. Quand ça aura cicatrisé, on fera de la rééducation mais tu ne retrouveras jamais le plein usage de ta main. Les tendons fléchisseurs qui restent vont se rétracter tout seul et tes doigts auront tendance à rester fermés sur ta main… rigidifiés. Mais avec une rééducation bien menée, on pourra limiter cette rétractation.
- D : bon, c'est toujours mieux que de perdre complètement la main… ou la vie! Merci Ben. J'vais m'pieuter. Bonne nuit.
- B : Bonne nuit Derek. Content de te revoir, tu sais. On n'est pas passé loin tous les deux. Tu as vu Kyle après la cérémonie?
- D : croisé seulement, il faisait des trucs avec les puces, il avait l'air préoccupé. Il cherchait Cameron, je crois.
- B : tiens, oui, ça fait un moment que je ne l'ai pas vue. Bon, on verra ça demain. Je vais faire comme toi. Il faut juste que j'aille voir Allison encore une fois.
Ben arriva à l'infirmerie. Allison était toujours inconsciente et John était réveillé, assis sur son lit à lui tenir la main. Il était inquiet, maintenant. Ben lui avait dit qu'elle devrait se réveiller dans les prochaines heures ou… craindre le pire.
- B : il faut tenir, John. Y croire et y croire encore. Tu lui as parlé?
- J : oui… mais ça fait rien. Elle ne bouge pas un cil.
- B : alors continue, John. Persuade-toi qu'elle va se réveiller. Parle-lui comme si tu lui insufflais la vie. Comme si tu lui donnais ton énergie.
- J : ouais, sauf que mes propres batteries sont à plat.
- B : les batteries humaines sont parfois surprenantes. On les croit vides et pourtant il reste encore un peu de jus. Alors utilise tout ce qu'il te reste et convaincs-la de revenir.
Ben quitta la pièce et laissa une nouvelle fois John seul avec lui-même. Pourtant son message l'avait ébranlé. Il ne fallait pas qu'il se croie seul, justement. Il était avec Allison et il devait encore essayer. Encore lui parler et l'entourer.
- J : Allison… je sais que tu m'entends. Je sais que tu es loin, que tu n'arrives pas à refaire surface, pourtant il n'y a que toi qui puisse t'aider là où tu es. Concentre-toi sur ma voix, Allison, et guide-toi dessus. Je suis là… pour toi. Juste là. Reviens, aide-moi. J'ai besoin de ton aide, ton soutien pour continuer. Je suis à bout de force. Tu sais, je te regarde, tu es là près de moi. Tu es belle, Allison. Je connais ton visage depuis longtemps mais maintenant je n'ai plus l'impression de voir Cameron. Je te vois toi et je sais qui tu es pour moi. Tu es celle que j'attendais. Celle avec qui je veux passer le reste de ma vie. Cameron… je le vois comme ça… a été un intermédiaire, comme un passage obligé conduisant à toi.
John regardait intensément Allison en lui caressant les cheveux. Il passa sur ses joues, ses paupières, ses lèvres et déposa un tendre baiser dessus.
- J : je crois que je comprends maintenant ce qui m'a fait ne pas détruire Cameron dans ce futur dont elle m'a parlé. Je pense que je n'ai pas pu détruire ton image et que je me suis lié à elle en souvenir de toi. Je pense qu'on avait une relation bien plus intime que ce qu'elle a pu me dire. Je pense que je t'aimais et que je n'ai pas supporté ta perte. Et Cameron était la seule chose qui pouvait me rattacher à toi. Et je pense qu'aujourd'hui, dans cette nouvelle ligne de temps, dans ce nouveau monde, je t'aime… aussi. Certaines choses doivent être immuables… je suppose. Je t'aime Allison. Reviens, je t'en supplie.
John avait maintenant son front contre celui d'Allison. De lourdes larmes chaudes roulaient sur ses joues et mouillaient le visage d'Allison. Au bout d'un moment il s'allongea à côté d'elle, l'entoura et s'endormit très vite, épuisé.
Allison avait parfaitement entendu les paroles de John, mais comme à travers un voile de brouillard. Sa voix était lointaine mais très audible. Seulement… elle était bloquée derrière ce voile qui les séparait. Comme dans un rêve où on voudrait crier mais où aucun son ne sort de la bouche.
Au début elle avait simplement entendu des paroles, sans les comprendre, sans chercher à leur donner un sens. Mais lorsque John avait prononcé "pour toi", un déclic s'était produit, comme un éveil à la conscience. Et elle avait pu s'accrocher au son de sa voix, comme à une corde qui l'empêchait de se noyer.
Allison était très chamboulée par ce qu'elle venait d'entendre… et profondément heureuse. Heureuse comme elle ne se rappelait même plus de l'avoir été. Et elle sut que John venait de la sauver.
Elle savait que le bonheur qu'il venait de lui donner lui permettrait de refaire surface. Elle se concentra pour que sa conscience reprenne le contrôle de son corps, et poursuivit son effort sans relâche. Sans notion du temps, elle était incapable de savoir si sa concentration dura plusieurs minutes ou plusieurs heures. Seul comptait son objectif : se réveiller. Et elle se focalisait de toutes ses forces sur John pour y arriver.
Lorsque John se réveilla sept heures plus tard, il ouvrit les yeux et vit Allison la tête tournée vers lui qui le regardait. John bondit et se redressa aussitôt, comme s'il avait été plus en mesure de réaliser ce qui se passait assis qu'allongé. Mais il ne rêvait par. Allison avait les yeux ouverts, suivait son regard et lui adressait même un sourire… fatigué mais profondément sincère. Elle était épuisée des efforts qu'elle venait de faire pendant de longues heures pour se sortir de son coma. Mais elle était fière d'elle. Elle avait réussi.
- J : Allison! Mais? … c'est formidable. Tu… tu es réveillée depuis longtemps?
Allison fit un effort pour parler, sa voix était faible et mal assurée.
- A : quelques minutes, je te regardais dormir.
- J : d'habitude je déteste qu'on me regarde dormir, mais là… avec toi…
John ne finit pas sa phrase et se pencha sur elle pour lui embrasser le front, les joues et les lèvres, et finalement la serrer dans ses bras. Il pensa alors qu'il fallait vite prévenir Ben pour l'examiner et s'assurer que tout allait bien. Il craignait maintenant de la voir resombrer dans l'inconscience.
- J : ne bouge pas, je vais chercher Ben. Je suis là dans deux secondes.
- A : une, deux… voilà.
- J : ah ah, très drôle! En tout cas tu n'as pas laissé ton humour de l'autre côté.
- A : où tu veux que j'aille, John? Je peux à peine bouger. C'est bien la peine de dormir pendant des heures et d'être plus crevée que si on avait couru un marathon!
John sortit et alla trouver Ben dans le réfectoire où il déjeunait avec Kyle.
- J : BEN, VIENS VITE!
- B : bonjour à toi aussi, John. Qu'est-ce qui se passe?
- J : tu devines pas? ALLISON EST REVEILLEE. Mais elle est très faible, je voudrais que tu ailles la voir.
- K : alors c'est bon? Elle est tirée d'affaire?
- B : y'a des chances, oui. J'y vais tout de suite.
John, tout à coup mort de faim et ne souhaitant pas gêner Allison dans un examen où peut-être serait-elle obligée de se dévêtir, prit la place de Ben en face de Kyle et termina avec lui son petit déjeuner.
Ben revint une demi-heure plus tard avec le sourire. Il avait testé ses fonctions neurologiques, comme pour John, et lui trouvait de très bons résultats. Il était très optimiste et précisa qu'il lui faudrait un ou deux jours de repos, au moins, avec une solide alimentation, bien équilibrée. Elle avait d'importants maux de tête et avait fait ce qu'il pouvait pour les calmer.
- J : vous pouvez pas savoir comme je suis soulagé. Merci Ben.
Ben jeta un regard amusé à Kyle.
- B : On s'en doute! Mais je n'ai rien fait, John. Je crois plutôt que c'est grâce à toi… et aussi à un grand coup de chance!
- K : pfouuuu, moi aussi. On est pas passé loin. Déjà Savannah… quelle saloperie ce T800 quand-même! Il avait l'air… plus résistant que les autres… plus indestructible.
- J : j'en ai connu un comme lui… je veux dire ce modèle exact. Le modèle 101. Il était comme lui. Il faisait tout pour réussir sa mission, allait jusqu'au bout même quand il n'y avait plus d'espoir… mais moi je l'avais connu de mon côté. C'était mon protecteur. Alors ça m'a fait bizarre de le voir dans l'autre camp. Mais je n'étais pas si surpris que ça. C'est aussi lui qui était venu pour tuer ma mère avant ma naissance. Et d'après ce qu'elle m'a raconté, il était tout aussi coriace… et il a tué mon père… bon, n'y pensons plus. Allison est en vie, c'est le principal.
- K : dis donc, John… tu vas peut-être me dire que ça ne me regarde pas mais… tu m'as l'air très proche d'elle ces derniers temps… non?
- J : effectivement ça ne te regarde pas. Mais je ne t'en veux pas de poser la question. Ça te dérange?
- K : non non, pas du tout. Au contraire. Je suis heureux de la voir heureuse. Je pensais juste que… enfin… il me semblait que tu étais encore plus proche de… Cameron.
- J : … ah? Tu as remarqué? Je… c'est compliqué. Mais ça va mieux maintenant, je sais où je vais. J'ai les idées plus claires.
Ben qui ne disait rien pensait justement à Cameron.
- B : et quelqu'un sait où elle est?
- K : qui, Cameron? Non. Pas vue depuis hier soir. Justement je la cherchais.
- J : pourquoi?
- K : pour m'aider sur la puce de JH. J'ai fait un test pour la connecter à un de nos T800. Ca n'a rien donné. Je pensais qu'elle pourrait me conseiller en t'attendant.
- J : si tu veux, on y jette un œil juste après? Il faut qu'on fasse tout ce qu'on peut pour…
- B : et ça ne vous inquiète pas plus que ça de ne pas savoir où elle est?
- J : non. Elle est comme ça. C'est Cameron. Toujours secrète. Elle partait souvent la nuit toute seule avant, sans jamais nous dire où elle allait ni ce qu'elle faisait. Elle reviendra.
- B : content de voir que tu as l'air si sûr de toi, John. Moi j'aurais des doutes à ta place.
Ben avait radicalement changé de ton. Il était plus froid et plus dur que jamais… presque accusateur.
- J : qu'est-ce qui te prend, Ben? Ça va pas? Je te dis qu'elle fait ça souvent. Et puis ça ne fait que quelques heures… elle doit être quelque-part dans la base, c'est grand ici.
- B : il me prend que je te trouve soudain bien désintéressé par elle. Comprends-moi bien, John. Je ne te reproche pas ton affection pour Allison, bien au contraire. Si vous êtes heureux ensemble, je ne souhaite pas mieux pour vous. Mais tu ne peux pas laisser tomber Cameron comme ça. Elle nous a sauvé la vie à tous. Elle représente quelque-chose de très spécial pour toi… enfin c'était le cas pas plus tard qu'il y a quelques jours. Tu as déjà oublié?
- J : non, mais…
Ben tapa brusquement du poing sur la table.
- B : bon sang, John! Est-ce que tu réalises ce qui s'est passé pour elle hier? Elle a perdu sa peau, nom de Dieu! Définitivement! Ça ne va pas cicatriser cette fois-ci. Elle n'a plus rien. Elle est… toute nue, semblable à n'importe quelle autre machine. Il n'y a que nous qui puissions faire la différence. Et toi en particulier. Si tu l'ignores, elle n'est plus rien. Tu comprends? Et qui te dit qu'elle est dans la base? Hein?
- J : je… mais qu'est-ce que tu racontes, Ben? C'est justement ce qu'elle m'a dit quand je suis allé la chercher à la surface qui m'a fait comprendre que je prenais une mauvaise direction. Elle m'a ouvert les yeux et je lui suis très reconnaissant pour ça. Evidemment que je ne vais pas la laisser tomber. Elle compte beaucoup pour moi. Elle fait partie de ma vie.
- B : content de l'entendre, c'est déjà ça. Mais il serait grand temps de le lui montrer! Et… ce qu'elle t'a dit… tu es bien sûr qu'elle ne l'a pas dit pour toi? Uniquement pour toi? Pour te laisser libre? Es-tu sûr qu'elle pensait ce qu'elle disait?
John resta sans voix. Jamais il n'avait imaginé que Cameron ait pu orienter son discours pour le manipuler… et pourtant il savait qu'elle était douée pour ça. Il se rappelait avoir eu l'impression d'un dialogue sincère et honnête. Mais peut-être avait-il inconsciemment choisi de ne pas écouter cette petite voix en lui, de la croire quand elle affirmait que son comportement n'était que le fruit de programmes complexes mimant parfois à s'y méprendre celui des humains. Il n'arrivait pas à y croire. Elle l'avait encore manipulé et il n'avait rien vu! Quel naïf! Mais cette fois-ci, il ne lui en voulait pas. Et il comprit pourquoi Ben était inquiet et en colère.
- J : tu crois qu'elle est sortie?
- B : on va fouiller la base. Mais je crois que oui. Et j'ai ma petite idée sur l'endroit où elle est allée.
- J : ?
- B : je pense qu'elle est retournée à la chaîne de montage des T800 dans l'espoir de se reconstituer une nouvelle peau.
- K : tu crois? Toute seule?
- B : elle sait se défendre. Mais j'ai peur qu'elle aille au devant de graves désillusions.
- K : désillusions… tu ne crois pas que tu exagères un peu, Ben. C'est une machine, quand-même.
- B : on verra.
Sur ce, ils se séparèrent et partirent à la recherche de Cameron, recherche qui bien-sûr ne donna rien dans la base. Il fallait se rendre à l'évidence: Cameron était partie.
