- C : Un court circuit. C'est embêtant, un composant a fondu.
- J : attends, y'a un message, on peut au moins le lire.
John ouvrit la page.
"Bonjour John Connor. Heureux de voir que vous avez survécu à l'attaque du T1000. Nous aurons le temps de discuter plus tard. Je détecte une surchauffe de mes circuits internes. Ils vont fondre dans un instant, je vous donne donc ici mes recommandations. J'ai mis un fichier sur le disque dur de votre ordinateur pour vous aider à créer une interface durable avec un des supercalculateurs que j'ai pu voir dans la base. Vous y trouverez tous les détails. Le plus dur sera d'extraire de mon crâne le fourreau de ma puce et de le coupler au calculateur.
Bon courage."
John resta interdit quelques minutes devant cet étrange message. Puis il ouvrit le fichier indiqué. Il était long de plusieurs pages d'instructions précises.
- J : ça alors! En quelques secondes il a analysé la situation et créé un document complet pour se faire réparer. Il est fascinant, incroyable, ce JH!
- C : sa vitesse de traitement de données dépasse de loin ce qui pouvait se faire de mieux à l'époque que nous avons quittée. Seul Skynet peut rivaliser avec sa puissance de calcul.
- J : y'a un supercalculateur ici? Mais on est où, au fait? C'était quoi ça, avant le jugement dernier?
- C : un bunker présidentiel en cas d'attaque. Il était parfaitement équipé pour diriger le pays en cas de conflit. L'endroit idéal pour une base de la résistance. Pas étonnant qu'on y trouve des supercalculateurs.
- J : comment tu sais ça?
- C : Ben me l'a dit.
- J : tu as l'air de bien t'entendre avec lui, hein? Je suis content pour toi. C'est quelqu'un de bien, je pense.
- C : oui, il l'est. C'est mon ami.
John se redressa brusquement. Cameron avait parfois des sorties déconcertantes, à la manière des enfants qui sont capables de ressortir des phrases ou des mots incongrus qu'ils ont pu entendre, parfois dans le bon contexte, parfois à tort et à travers.
- J : ton ami? Tu as des amis, toi maintenant?
- C : Oui. Tu en as bien, toi.
- J : oui, mais moi je… non rien. C'est… très bien. Je suis content pour toi.
- C : tu viens de le dire.
- J : oui, bon. Mettons que je suis très content, alors. Si on se mettait au boulot? Cette fois-ci on commence par ton bras et ensuite on se met sur le taf de l'ami Henry.
- C : lui aussi, c'est ton ami?
- J : c'est une façon de parler. Tu viens?
- C : Je te rejoins en bas. J'ai quelque-chose à faire avant.
- J : ah?… quoi?
- C : c'est personnel.
John resta scotché par sa réponse mais n'eut pas le temps de répliquer car Cameron était déjà partie. Il la retrouvait comme il l'avait toujours connue. Déconcertante, mystérieuse… mais c'était elle. John se demandait ce que Ben avait bien pu lui dire pour lui faire retrouver un minimum de "moral"… en tout cas il avait réussi. Cameron était redevenue Cameron.
Il descendit vers le garage où il pensait pourvoir trouver l'outillage nécessaire à la réparation de la main de Cameron. Il se fit aider par un mécanicien de la base.
Cameron arriva quelques minutes après et ils commencèrent. Vu l'ampleur des dégâts, il faudrait remplacer tout l'avant-bras. Ils avaient du pain sur la planche. Heureusement Cameron pouvait leur expliquer comment faire. Elle avait des plans très détaillés de sa propre anatomie.
Deux heures plus tard, Ben descendit avec Allison, Derek et Kyle. Ils se postèrent tous en rond autour du plan de travail, sans rien dire.
John, intrigué, leva la tête et les sourcils dans l'expectative.
- J : oui? La joyeuse équipe au complet, que nous vaut l'honneur?
- B : rien, on descendait voir comment ça allait.
- J : vous vous emmerdez en haut, ou quoi?
Derek répliqua du tac au tac, comme froissé qu'on ait pu croire que s'intéresser aux autres était un luxe qu'il ne s'offrait jamais.
- D : non, on vient prendre des nouvelles, c'est tout.
John nota le ton mais ne releva pas plus.
- J : ben vous voyez, ça avance pas mal. On a du bidouiller un peu avec un câblage "maison" pour alimenter certaines parties, mais on se démerde. A mon avis, c'est rien comparé à ce qui nous attend avec la puce de JH.
John leur raconta l'épisode du bref allumage des circuits de JH et en profita pour rebondir sur un autre sujet.
- J : mais en fait de nouvelles, on ne sait toujours pas comment tu t'en es sorti, Derek. On aurait du vérifier, t'es peut-être pas Derek, d'ailleurs…
John souriait car il savait très bien qu'avec ses blessures inimitables, notamment à son bras, il n'y avait pas de doute possible.
- K : ouais, c'est vrai, ça. On est tous là, tu peux nous dire.
- D : allez ok, c'est l'heure de la petite histoire. Mais vous risquez d'être déçus, je n'ai pas fait grand-chose. Quand vous êtes partis, j'ai tiré en l'air pour attirer vers moi les machines. Deux Terminators sont arrivés quelques minutes après. J'ai jeté mon arme devant eux et levé les bras. Je savais qu'ils ne me tireraient pas dessus avant de m'avoir interrogé. Ils se sont approchés ensemble. Et j'ai mis à profit les cours de notre instructeur préféré, le Dr ès machina, M. Saint Clair ici présent, et sa théorie sur la lenteur relative des machines par rapport aux humains. J'ai attendu le dernier moment, avant qu'ils ne me saisissent, pour prendre très vite appuis sur leurs épaules et me soulever de toutes mes forces. Avec une seule main valide, je suis monté moins haut que prévu et ça a pété presque tout de suite. J'ai été brûlé un peu partout par l'explosion, et je suis resté presque sourd pendant des heures. Mais au moins j'ai gardé mes jambes et les deux machines ont dégusté à ma place. Retour à l'envoyeur! Bon, j'ai bien dérouillé quand-même, mais j'arrivais à peu près à marcher. Les deux Terminator étaient à terre, les jambes arrachées. Pas la peine de préciser que j'ai pas pris le temps de savoir s'ils étaient juste désactivés ou carrément détruits. Je me suis tiré vite fait avant que d'autres n'arrivent. Mais je me doutais que Skynet ne s'était pas contenté de nous suivre par derrière et surtout pas avec seulement deux machines. Il avait du nous encercler. Et comme je n'entendais presque rien, et qu'il faisait nuit, je ne pouvais ni les voir, ni les entendre approcher. J'avais l'impression qu'un filet invisible se resserrait autour de moi. Assez désagréable, comme sensation! J'étais sûr de me faire prendre. Alors je me suis camouflé au bord d'un ruisseau, et presque enterré dans la boue froide pour que leur infra-rouge ne puisse pas me détecter. Pas de chaleur, pas de rayonnement, pas d'image. Je suis resté comme ça toute la nuit et une bonne partie de la journée le temps d'être sûr qu'ils abandonnent le secteur, et surtout, d'avoir une lumière suffisante pour bien voir. Je voulais aussi retrouver un peu d'audition. C'est revenu progressivement mais je garderai des séquelles, je pense. Pour le reste… ben… j'ai du faire grossièrement le même trajet que vous, et cette fois-ci j'ai eu la chance de ne pas me faire surprendre par d'autres patrouilles. Voilà.
- C : ingénieux, la boue froide. C'est ce qui t'a sauvé. Ils t'auraient trouvé sans ça, aucun doute.
- D : c'est ce que je me suis dit.
- K : rudement bien dit, frérot!
- A : un point pour l'équipe des résistants. Comme quoi, la chance ne nous est pas toujours interdite.
- J : ouais, c'est génial. Je ne pensais pas te revoir, Derek. Enfin des bonnes nouvelles… Hop, voilà Cameron, c'est terminé. Essaye et dis-nous où ça ne va pas. On va faire des réglages, maintenant.
John fut interrompu par une voix de haut parleur qui retentit dans la pièce: "on demande le capitaine Saint Clair en salle de débriefing. Le commandant Flores est rentrée de mission"
- D : qui c'est ça, le commandant Flores?
- K : sais pas. Ben, on peut monter avec toi?
- B : vous vous emmerdez tant que ça, les gars? Dites-le franchement.
- K : franchement? Ouais! Tant que JH n'est pas en mesure de brouiller les systèmes de communication de Skynet pour nous permettre de diffuser notre information partout sur terre, je vois pas bien ce qu'on peut faire ici. Ça fera un peu de changement, ton commandant, là.
- B : bon, si vous y tenez. Après je veux que tout le monde se concentre pour aider John à concevoir l'interface qui permettra à JH de ressusciter. Vu?
- K : oui capitaine!
- D : oui capitaine!
- A : oui capitaine!
- J : oui capitaine!
- B : bande de dégénérés.
Ils s'étaient tous mis au garde à vous avec un large sourire sur le visage.
- B : et ça vous fait marrer… remarquez, c'est toujours ça. Autre-chose avant que je monte?
Cameron qui était restée silencieuse se redressa et se mit également au garde à vous, salua Ben avec sa nouvelle main et dit:
- C : oui capitaine!
- B : bon, je me casse. Y'en a pas un pour sauver l'autre!
Allison se retourna vers Cameron, sourit et lui posa la main sur l'épaule.
- A : c'est encore la machine qui parlait, je suppose? On fait de l'humour, maintenant?
Quelques instants plus tard, le mécanicien parti, John, Cameron et Allison étaient restés seuls pour finir les réglages du bras de Cameron.
- J : t'as entendu, Cameron? Le commandant Flores… ça ne peut être que Jesse, non?
- C : oui, je pense.
- J : ta grande copine, quoi!
- A : le commandant, c'est… elle? Une femme? Vous la connaissez?
- J : un peu, oui. Trop sans doute. Mais ici elle ne nous connaît pas. Et on est en droit de supposer qu'elle sera différente dans cette ligne de temps… après tout Derek est assez différent, lui aussi. D'où on vient, il est plus rude, plus froid, il ne sourit jamais, il est tout le temps concentré, sérieux, sur la défensive… très méfiant.
- A : il est un peu comme ça, ici aussi.
- J : oui mais moins. Là où on l'a connu il n'était que ça. Tout le temps.
Dans la salle de débriefing, Jesse attendait seule le nouveau chef de la base. On l'avait informée de l'attaque et de l'usurpation d'identité du colonel Carlton, qui très probablement était mort, puisqu'un T1000 reproduit ce qu'il a pu toucher. Or qui disait toucher, disait aussi tuer. La base, lui avait-on affirmé, devait son salut à un petit groupe peu orthodoxe venant de celle du sergent Reese, accompagné de machines gagnées à la cause des résistants.
Jesse était très dubitative… comment pouvait-on se fier à ces machines alors qu'elles étaient conçues justement pour trahir?
L'infiltration! Voilà vers quoi tendait la nouvelle orientation de Skynet. De nombreuses bases avaient été compromises à cause de machines infiltrées. Comment faire cracher le morceau à une machine qui ne craint pas la douleur?
L'espion parfait.
Jesse avait hâte de rencontrer ce capitaine Saint Clair, chef par intérim de la base qu'elle avait toujours connue, et de lui demander des explications sur cette alliance malsaine.
Ben arriva justement, en compagnie de Kyle et Derek.
- B : Commandant Flores? Benjamin Saint Clair. Et voici Derek et Kyle Reese.
Jesse se leva et serra la main aux trois hommes. Et comme on pouvait s'y attendre, Derek fut troublé par la beauté de la jeune-femme.
- B : je vous en prie, rasseyez-vous. Il parait que c'est mon rôle de vous débriefer… à propos de votre mission… le problème, c'est que je ne sais pas en quoi consistait votre mission. Je sais simplement que vous étiez en mer… enfin sous l'eau pour être exact. En sous-marin.
- K : quoi? la résistance a un sous-marin?
- Je : l'USS Jimmy Carter, oui. Un SNLE vidé de ses ogives nucléaires. C'est une information confidentielle. Peu de résistants sont au courant. Maintenir Skynet dans l'ignorance est un des derniers atouts qu'il nous reste.
- D : … que vous commandez?
- Je : c'est ça, sergent Reese. J'ai entendu parler de votre base avec sa réserve d'eau pure. Vous meniez la belle vie, là-bas.
- D : et que me vaut cette attaque gratuite?
- Je : laissez tomber. Je ne vais pas perdre mon temps avec des comiques improvisés chefs, qui ne savent rien de ce que je faisais, ni de quoi dispose la résistance. C'est plutôt moi qui vais vous poser des questions. C'est quoi cette histoire de machines? Y'en a encore dans la base?
- B : deux. Et si vous y touchez, vous aurez à faire à moi. Je préfère vous prévenir tout de suite.
- Je : je sens que je vais m'évanouir de frayeur. On vous a appris la hiérarchie militaire, d'où vous venez, capitaine?
- B : vous êtes peut-être plus gradée que moi mais ma désignation en tant que chef temporaire s'est faite par vote. Et tout quatre gallons que vous soyez, vous ne pouvez rien y changer. Dans toutes les armées du monde, c'est la fonction qui prime sur le grade, commandant. Tâchez de vous en souvenir avant de tenter de m'apprendre mon métier!
J'avais envisagé de vous céder la chefferie, mais vu comme vous réagissez, je ne suis pas prêt de le faire. Ces machines sont reprogrammées et nous ont permis d'aller déjà au-delà de nos espérances dans le plan que nous avons monté pour en finir avec Skynet.
- Je : en finir avec la guerre? Rien que ça? Pas mal, votre plan. Et il consiste en quoi?
- K : si vous croyez qu'on va vous le dire après ça… pouvez toujours courir!
- D : Kyle!
- K : quoi? elle nous traite comme de la merde et il faut se ramasser parce qu'il y a quatre galons sur ses épaules? D'la merde! Moi je demande des excuses avant de passer à autre-chose.
- Je : j'ai du dire quelque-chose qui t'a fait espérer des excuses de ma part… mais non, tu t'es trompé, mon mignon.
Et Jesse se leva pour quitter la pièce sans rien ajouter ni sans laisser le temps aux autres de répliquer. Ben commençait à en avoir assez. Au moment même où elle toucha la poignée de la porte, il se leva, ou plus précisément il s'éjecta de son siège, bondit sur la table pour sauter devant la porte et la refermer, le tout en moins de deux secondes.
Jesse resta médusée devant la démonstration d'une telle vitesse.
