- B : vous allez vous rasoir immédiatement! C'est un ordre.

- Je : bien-sûr… je comprends mieux… c'est vous les machines. Bravo les infiltrés, beau travail! Vous organisez une fausse insurrection de la base, vous montrez bien à tout le monde que vous prenez le dessus pour mettre en confiance, et vous vous installez bien tranquillement à la tête du secteur Los Angeles. Je vois que Skynet progresse avec ses boîtes de conserve!

- K : putain, mais elle est vraiment con, celle-là!

- Je : on vous a même appris à jurer… chapeau, je suis impressionnée! Je peux connaître la suite des réjouissances me concernant? Vous me tuez tout de suite ou vous me torturez un peu avant, histoire de ne pas perdre la main?

Ben réfléchit rapidement. Il venait de faire une erreur en faisant la démonstration de ses capacités. La situation leur échappait. Si Jesse allait répandre ce qu'elle croyait savoir à l'ensemble de la base, nul doute qu'avec sa prestance et son autorité, les doutes se propageraient comme une gangrène chez tous les résistants. Et une mutinerie éclaterait. Au mieux, ils arriveraient à quitter la base vivants. Or il leur fallait absolument disposer des moyens de communication de la base pour diffuser leur message, c'était le plan depuis le début. Pas moyen de faire autrement.

Ben jeta un coup d'œil à Derek. Les deux amis se connaissaient depuis suffisamment longtemps pour qu'un regard explicite soit plus efficace qu'un long discourt. Derek ne savait pas exactement ce que Ben avait en tête mais il sut qu'il lui demandait de jouer le jeu. Derek acquiesça discrètement de la tête. Ben passa devant lui pour se rasoir et lui dit imperceptiblement:

- B : tu prends sa défense jusqu'au bout.

Ben prit un air concentré et joignit calmement ses mains pour les poser sur ses lèvres dans un geste de réflexion.

- B : non commandant, je ne suis pas une machine mais j'ai été modifié. Récemment et par Skynet. Alors je comprends parfaitement que vous ne puissiez me croire sur parole, cette méfiance vous honore, mais je ne peux pas vous laisser répandre vos doutes partout dans la base. Nous avons besoin de cette base et de ses moyens de communications pour mener à bien notre plan. Ce que vous pensez ne m'importe pas et je ne vais pas me fatiguer à essayer de vous convaincre. Je vais donc devoir vous tenir à l'écart.

- Je : vous me foutez au trou?

- B : exactement. Et au secret.

- Je : et vous allez faire quoi pour justifier cet acte? Tout le monde est au courant de mon retour. Mes hommes sont déjà dispersés partout dans la base.

- B : je trouverai bien.

- D : écoute, Ben, tu pousses un peu loin là, non?

- B : je ne crois pas, Derek. Je ne peux pas prendre ce risque. Madame est convaincue que nous sommes des machines, moi en tout cas. Très bien. Je n'ai pas le choix.

- D : tu déconnes, Ben. Tu peux pas la mettre au trou juste pour ça. On peut lui expliquer, la raisonner. On a du temps après tout. Mets-toi à sa place: elle débarque après une mission. Son chef est mort et elle te trouve là sans te connaître à lui donner des ordres. On est tous méfiants dans ce climat, elle a raison de se méfier.

- B : et je ne le lui reproche pas. Mais je n'ai pas à me mettre à sa place. Je dois considérer le bien de l'humanité et rien que ça. On un plan. Un vrai plan qui promet bien plus que tous les autres. Et je ferai tout pour y parvenir, quitte à faire taire les éléments perturbateurs.

Kyle, qui avait compris le jeu qu'ils étaient en train de jouer, prêta main forte à son frère.

- K : les "éléments perturbateurs"? Tu t'entends parler, Ben? On peut savoir quand tu es devenu fasciste?

- B : je n'ai pas à me justifier devant vous. Vous l'amenez en détention et puis c'est tout!

- D : sûrement pas! Tu déconnes plein pot, là. Calme-toi et prends le temps de réfléchir.

- B : ça va mal finir, Derek! Ne t'oppose pas à moi, je te préviens.

- D : sinon quoi?

- B : sinon tu pars en détention avec elle.

- D : je voudrais bien voir ça.

- B : rien de plus facile. Kyle, tu les amènes tous les deux. Interdiction de parler à qui que ce soit. Tu t'occuperas exclusivement d'eux.

Derek se leva, fit le tour de la table et se saisit de Ben par le col de son treillis, du mieux qu'il put avec une main handicapée, mais il lui restait encore beaucoup de force. Il le plaqua contre le mur et approcha son visage en le regardant intensément dans les yeux.

- D : tu pètes les plombs, nom de Dieu! Tu crois quand-même pas que mon propre frère va me conduire en tôle avec un commandant qui n'a rien fait de mal et qui est fidèle à la résistance?

Ben ne répondit rien mais adressa un solide coup de tête à Derek qui s'étala sur la table. Il fut sur lui immédiatement, le retourna sur le ventre et l'immobilisa en lui bloquant les bras. Ben s'approcha doucement de ses oreilles et dit calmement:

- B : comme je viens de le dire, je n'ai pas à me justifier. Tu es un bon soldat, Derek, mais je pense qu'un petit tour au frais ne te fera pas de mal. Ça t'apprendra peut-être à obéir. Si je considère qu'elle est une menace au projet, je n'ai pas besoin de ton avis pour prendre des décisions.

Ben entendit un clic caractéristique derrière lui puis le contact d'un objet dur et froid sur sa tempe. Il se retourna et vit que Jesse, qui gardait toujours son arme sur elle, l'avait mis en joue.

- Je : si vous êtes une machine, je peux tirer et vous ne sentirez rien. Si vous êtes un homme je vous tue. Dans ce dernier cas, si vous voulez vivre, je vous conseille de le lâcher.

Mais Ben avait des réflexes beaucoup trop rapides pour elle. Il se saisit de son poignet avant qu'elle n'appuie sur la détente. Le coup partit mais dans le mur. Ben la désarma, la saisit par le cou et la plaqua au mur en serrant de la main autour de sa trachée. Jesse suffoquait et paniquait à chercher son souffle en se débattant. Elle allait étouffer, sentait sa vigilance décroître et eut le temps d'entendre:

- B : vous feriez bien de ne pas trop me chercher, commandant.

Et elle sombra dans l'inconscience. Ben la posa délicatement sur la table et s'assura qu'elle respirait normalement.

- K : bravo la galanterie, Ben. Ça fait beaucoup trop longtemps que tu n'as pas touché une femme, si tu veux mon avis.

- B : ah, parce que toi, c'est ton quotidien, peut-être?

Derek, toujours sur la table se redressa en grimaçant.

- D : la vache, tu m'as défoncé la tête, Ben! Tu pouvais pas y aller plus doucement? … Bon tu veux faire quoi exactement?

- B : comme j'ai dit. Au trou… mais avec toi!

- K : cette fois tu déconnes pour de bon!

- B : non, je vais vous expliquer: Derek, tu vas gagner sa confiance. Petit à petit. Ça prendra le temps que ça prendra mais il faut que tu la persuades qu'on est dans le bon camp. Quitte à lui révéler notre véritable plan et lui raconter toute l'histoire depuis le début. Mais sois convainquant. Elle va se réveiller en cellule et tu seras avec elle, officiellement placé de force toi aussi. Et Kyle vous amènera vos repas. Tu lui transmettras tes progrès et on vous libérera dès que tu le jugeras opportun. OK?

- K : veinard! Tu vas pas t'emmerder, mon salaud! T'as vu comme elle est gaulée? T'aurais pu tomber pire… bien pire.

Derek fit semblant d'ignorer la remarque de son frère.

- D : bon, et pour la justification? Elle a pas tort. Les autres, ses hommes surtout, vont poser des question.

- B : je vais y réfléchir, mais son coup de feu va nous aider. C'est une preuve qu'elle a tenté de nous nuire.

- K : tu vas la faire passer pour une traître devant ses hommes?

- B : s'il le faut. Quitte à rétablir la vérité plus tard.

- K : la classe. C'est hard pour elle! J'espère que tu sais ce que tu fais.

- B : j'espère aussi…

Ben n'avait effectivement pas eu d'autre choix que de faire provisoirement passer Jesse pour un traître. Il s'en voulait mais Jesse allait tout faire capoter en introduisant des idées parasites parmi les habitants de la base.

Même si Kyle avait joué un rôle avec son frère, Ben avait été blessé d'être accusé de fascisme. Et pourtant Kyle avait raison. Réduire au silence ceux qui ne sont pas de votre avis… ça ne pouvait pas s'appeler autrement. Une chose était sûre, il mettrait un point d'honneur à rétablir la vérité le moment venu. Mais il ne s'était pas fait une amie, et il était certain, compte-tenu de son caractère bien trempé, qu'elle ne lui pardonnerait pas facilement.

Les hommes du commandant Flores furent étonnées d'une telle annonce et peu sceptiques. Mais après-tout, il fallait s'attendre à toutes les traîtrises dans cette guerre infâme. Les plus perplexes chercheraient sans doute à en savoir plus mais cela laissait un peu de temps pour organiser les choses et avancer dans la réparation de John Henry. Serait-ce suffisant? Il fallait espérer. Ben descendit voir comment les choses avançaient avec l'IA.

Grâce aux instructions détaillées de John Henry et un outillage précis et adapté, ils avaient réussi à extraire de son crâne le fourreau de connexion de la puce, et travaillaient maintenant à ménager un emplacement sur le plus gros des supercalculateurs pour l'y insérer et le connecter.

Il fallait ensuite modifier le calculateur pour lui permettre de lire la puce et de travailler en symbiose… et à terme, laisser JH en prendre le contrôle. Les choses avançaient plutôt bien car il "suffisait" de suivre à la lettre les instructions de l'IA. Sans ce précieux fichier, John pensait qu'ils n'y seraient pas arrivés, ou alors avec plusieurs mois de tâtonnement.

Or le temps pressait toujours car le projet "cyborg" de Skynet n'était pas abandonné, au contraire. Le succès sur Ben, malgré son évasion, l'avait conforté dans l'idée d'accélérer les tests sur de nouveaux cobayes et il fallait s'attendre à des résultats concluants sous peu. Et la résistance ne saurait faire face à cet ultime mode d'infiltration. Les bases tomberaient les unes après les autres, la suspicion entre les hommes rendrait la lutte impossible… Skynet aurait gagné!

Dans la soirée, Cameron partit avec le dernier T800 remettre en fonction les antennes de la base et vérifier les moyens de communications externes, pour qu'ils soient prêts à servir dès que JH serait opérationnel.

John restait travailler dans la salle informatique en compagnie d'Allison.

- J : sacrée invention, ce JH, tu trouves pas? Il est désactivé et il nous aide quand-même à le remettre en marche.

- A : ça te fascine, hein? Je me demande quel genre de jeune tu serais devenu sans cette destinée… un vrai geek, comme on dit d'où tu viens.

- J : D'où je viens… tu t'entends parler? On dirait que je viens de mars en t'écoutant. Et comment tu sais tout ça toi? Tu n'as pas connu cette époque. Tu n'as connu que le guerre, en fait.

- A : oui, c'est triste à dire. J'ai beaucoup lu. Tu sais, on s'ennuie vite dans les bases entre deux missions. C'est pour ça qu'il y a tant de volontaires. On préfère risquer nos vies que croupir au fond d'un abri.

- J : un geek… oui, c'est possible, j'ai toujours été passionné par les ordis. Mais un geek… c'est pas très flatteur. C'est un terme assez péjoratif… enfin, "d'où je viens" en tout cas.

Allison lui adressa un petit coup de poing dans le bras et lui sourit affectueusement. John se pencha à son tour et lui déposa un baiser sur la joue. Allison répondit en se blottissant dans ses bras. Ils s'embrassèrent tendrement. Des larmes de bonheur s'échappaient des paupières fermées d'Allison. Elle rouvrit les yeux et regarda longuement le visage souriant de John.

- A : je n'ai que 23 ans mais j'ai l'impression de t'avoir attendu tellement longtemps… je suis heureuse avec toi, John. Tellement heureuse.

- J : et moi j'ai l'impression que l'aboutissement de ma vie, c'est toi. Comme si on devait forcément se rencontrer pour être heureux.

- A : ….

- J : Allison?

- A : oui?

- J : ça ne te dérange pas cette différence d'âge? Je vais avoir 18 ans… 5 ans d'écart, c'est pas rien.

- A : ça te dérange, toi?

- J : non. Mais la question était pour toi.

- A : pas du tout. Tu as beau avoir 17 ans, tu es bien plus mûr que n'importe quel garçon de ton âge… tu es même sûrement plus mûr que moi.

- J : ça je ne pense pas. Toi aussi tu as connu des situations critiques, des pertes de proches… tout ça nous a fait mûrir plus vite… tout les deux, pas seulement moi.

Ils restèrent pensifs un instant.

- A : et pour Cameron?

- J : tu es championne de la transition, toi! Tu me sors ça d'un coup? Qu'est-ce que tu veux dire?

- A : tu sais très bien ce que je veux dire. Comment ça se passe avec elle depuis son retour?

- J : comme avant mais en plus sain. Cameron fera toujours partie de ma vie et comptera toujours énormément pour moi, mais cette ambiguïté de sentiments… ça n'existe plus.

- A : ambiguïté? Pour toi seulement, alors, parce que pour moi ça sautait aux yeux, tu étais amoureux, John. Vraiment amoureux. Et tu refusais de l'admettre parce que tu étais gêné d'être tombé amoureux d'une machine. Mais tu ne peux pas le nier. Alors je suppose que la relation doit encore être un peu délicate.

- J : oui et non. Pas de mon côté en tout cas. Je fais comme s'il n'y avait aucun problème… et ça a l'air de marcher.

- A : tu dis ça parce qu'elle ne te manifeste rien de particulier?

- J : Cameron a l'habitude de dire ce qu'elle pense et elle ne mâche pas ses mots, en général. Elle m'aurait dit s'il y avait un problème.

- A : tu crois?

- J : pas toi?

- A : tu sais ce qu'elle m'a demandé?

- J : non.

- A : elle est venue me trouver pour me demander mon aide. Elle veut que je me fasse scanner dans l'ancienne chaîne de montage des T800 pour que le système lui conçoive une nouvelle peau, à l'identique de ce qu'elle a perdu pendant l'attaque.

- J : pourquoi justement ta peau? Maintenant que tu es là et bien vivante, elle pourrait choisir n'importe qui d'autre… de sa taille.

- A : j'en sais rien, mais je me pose des questions sur elle. Ben a raison, c'est une véritable énigme. Comme si elle s'était attachée à cette apparence et qu'elle voulait la retrouver. Et à part le lien qu'elle peut avoir avec toi, je ne vois pas…

- J : c'était donc ça… avant de descendre pour qu'on s'occupe de son bras, elle m'a dit qu'elle avait un truc à faire. Et tu as répondu quoi?

- A : que voulais-tu que je dise? Que je l'envoie promener? Alors qu'elle vient de fuguer? Non, je l'aime bien, Cameron. Je lui ai dit oui, bien-sûr. Dès qu'on aura fini avec John Henry et qu'il pourra nous dire comment faire fonctionner l'usine.

- J : elle a de la chance d'avoir une amie comme toi. Je ne sais pas si elle s'en rend bien compte.

- A : à sa manière, peut-être…

- J : et ça ne te dérange pas de savoir qu'elle va à nouveau te ressembler… si ça marche?

- A : tu sais, je m'y étais déjà faite. C'est maintenant que je la trouve changée avec ses bandages. J'aurais l'impression de la retrouver si on réussissait… et d'avoir fait quelque-chose de bien.

Une fois de plus, John était impressionné par la personnalité d'Allison. Elle pouvait paraître timide au premier abord… elle l'était sûrement. Mais elle savait ce qu'elle voulait et John ne pouvait qu'admirer la force de ses raisonnements. Elle se tenait là, à quelques centimètres de lui, dégageant un charme incroyable, et malgré sa tenue mi-civile mi-militaire, il était fasciné par son élégance, la grâce de sa belle chevelure châtain, un peu désordonnée, vaguement ondulée, son visage fin et expressif, son sourire angélique et ses belles dents blanches. Il craquait complètement lorsqu'elle le regardait en souriant. Ses petites pommettes ressortaient, le plissement de ses yeux la rendait étourdissante de beauté.

Ils se remirent au travail pour encore deux heures et partirent se coucher ensemble. Ils s'endormirent épuisés dans les bras l'un de l'autre.

John était très attiré par le corps d'Allison, et de son côté Allison mourrait d'envie de se retrouver nue avec lui, mais aucun des deux ne voulait précipiter les choses. Ils voulaient savourer chaque instant et croire… croire qu'une longue et belle vie de bonheur les attendait… ensemble.