Le lendemain, avant de faire un premier essai, Kyle demanda:
- K : au fait, on va faire comment pour le coupler ensuite au réseau de Skynet? On n'est pas dans une base à lui, ici. Et JH est maintenant contraint à l'immobilité…
Ce fut justement JH, par une voix parfaitement reconstituée, imitant à la perfection celle qu'avait eu le corps de Cromartie, qui lui répondit. John venait d'activer le système.
- JH : je n'ai effectivement pas longtemps profité de ma mobilité. Me voilà à nouveau bloqué dans une salle informatique. Mais je vous félicite tous. Je viens de lancer une analyse système. Tout fonctionne parfaitement, la puce est intacte. Pour répondre à votre question Kyle Reese, ce que vous appelez le réseau de Skynet est en fait l'ancien réseau internet datant d'avant le cataclysme nucléaire. Bien entendu il a été développé et réparé par lui. Nous sommes dans un ancien bunker présidentiel, ultra-équipé. C'est ce qui nous a permis de trouver ces calculateurs. Il y a donc forcément des connexions au réseau un peu partout dans le bâtiment. Ce sera le moindre de nos problèmes.
- J : et ben voilà, un John Henry tout neuf et opérationnel.
- JH : j'apprécierais que vous me racontiez ce qui s'est passé ici depuis que j'ai été désactivé.
Allison expliqua donc comment ils avaient pu se débarrasser du T1000 et de ses robots. JH resta silencieux lorsqu'il apprit la mort de Savannah et la destruction de Catherine Weaver. Allison pensa tout naturellement qu'il était triste mais sans la moindre mimique, il était difficile de savoir ce qu'il pensait… ou ce qu'il ressentait si jamais il était capable d'émotions.
Pendant ce temps, Kyle raconta à Ben et John ce qu'il avait pu savoir des échanges entre son frère et Jesse, toujours en cellule. Les bonnes nouvelles arrivaient ensemble. La préparation du terrain par Jesse au niveau mondial allait grandement faciliter et accélérer les choses.
- K : je pense qu'il est temps d'arrêter la comédie et de lui faire confiance. Derek semble l'avoir suffisamment convaincue.
- J : je ne sais pas si on peut lui faire confiance. Là d'où je viens, elle nous a tous trahis, et ça s'est terminé tragiquement, par la mort de quelqu'un que j'appréciais beaucoup.
- B : oui, je me souviens que tu nous en as parlé. Mais peut-être faut-il lui donner une autre chance? Après tout, ici elle n'a encore trahis personne.
- J : je ne sais pas… son aversion maladive des machines… c'est la plus virulente que je connaisse chez quelqu'un. Ça peut tout faire foirer. Il faut la convaincre que les machines nous aident, et il faut qu'elle puisse y voir un intérêt. Toute seule, sans qu'on la force à penser d'une manière ou d'une autre.
- K : on peut lui montrer Cameron.
- J : non, Cameron c'est pas une bonne idée. Pas du tout! C'est contre elle que s'était déchaînée toute sa rancœur et sa colère. Je préfère éviter de l'amener à réagir de façon similaire. Je vais y aller! Avec le T800.
Personne n'objecta. Le ton de John était assuré et volontaire. Sa personnalité de meneur commençait à faire surface. Kyle l'amena devant la porte de la cellule et repartit chercher le T800. John entra. Derek et Jesse étaient en train de discuter.
- J : bonjour Jesse Flores. Je m'appelle John Connor. Je te connais déjà. Dans le futur que j'aurais du vivre, tu me connais aussi mais ni toi ni moi ne pouvons nous en souvenir.
- Je : et comment peux-tu me connaître sans que je te connaisse aussi?
- J : Derek, tu as eu le temps de lui raconter quoi?
- D : presque tout. Mais je ne peux pas lui dire ce que tu ne m'as pas dit toi-même.
- J : alors je vais vous raconter une histoire à tous les deux. Une histoire vraie. Je ne peux pas la prouver alors il faudra me croire sur parole. C'est l'histoire d'un amour qui a mal fini. L'histoire de la trahison d'une femme qui croyait bien faire mais qui s'est perdue en route, guidée par la méfiance et la haine. Une histoire dont j'ai été témoin, que j'ai vécue en 2008 et qui pour moi, ne remonte qu'à quelques semaines.
J'ai eu l'occasion de dire à Derek que je le connaissais déjà, je suppose qu'il t'en a parlé, Jesse?
- Je : oui. Il me l'a dit.
- J : vous veniez tous les deux d'un futur différent de celui que nous vivons. Un futur dans lequel vous vous étiez rencontrés et plus. En fait, vous étiez ensemble. Puis Derek a eu une mission qui l'a fait venir dans le passé. Jesse est restée seule et s'est aussi vu attribuer une mission… par moi. Une mission qui s'est mal déroulée, aboutissant à la perte de ton sous-marin et ce que tu as cru être une trahison des machines, ton second, un triple 8 qui dirigeait la manœuvre.
- Je : comment sais-tu tout ça si tu ne l'as jamais vécu? Et comment espères-tu me faire croire que je laisserais la manœuvre de mon sous-marin à un triple 8?
- J : c'est comme ça, c'est tout. A cette époque, nous travaillions largement avec des machines reprogrammées. Et si je le sais, c'est parce-que Cameron, qui est le dernier témoin de cette ligne de temps, me l'a raconté. Et je n'ai pas de raison de douter d'elle.
- Je : Elle? Cette machine? Tu dis "elle"? Elle a un nom? La fameuse Cameron?
- J : la fameuse Cameron, oui, tu ne crois pas si bien dire. Dans ce futur alternatif, à l'issue de ton sauvetage, tu as été débriefée par elle. Et tu l'as mal vécu. J'aurais certainement du te recevoir moi-même… je suppose. Après ce que tu croyais être une trahison, te faire débriefer par une autre machine n'était sans doute pas la meilleure chose à faire, surtout lorsqu'elle t'a appris que tu étais enceinte et que le fœtus était mort lors de l'évacuation du sous-marin.
Quoi qu'il en soit, tu as focalisé ta rancœur sur elle, en revenant dans le passé sans autorisation avec une jeune-fille un peu pommée de la résistance. Tu t'étais juré de m'éloigner de Cameron dès mon adolescence pour que plus tard, elle ne devienne jamais mon bras droit. Et cette jeune-fille, Riley, que tu avais chargé de me séduire pour me détourner de Cameron a failli réussir.
Sauf qu'elle s'est rendue compte du piège que tu avais tendu. Un piège où il était prévu que Cameron tue Riley, et que dans le dégoût de ce qu'elle venait de faire, je tourne le dos définitivement à Cameron. Mais ça ne s'est pas passé aussi bien que prévu et c'est toi qui l'a tuée.
Quand tu es arrivée dans le passé, tu as retrouvé Derek. Vous avez recommencé à vous voir, en secret, et Derek a bien voulu nous cacher votre relation parce qu'il te faisait confiance. Il te savait chargée d'une mission mais n'aurait jamais imaginé une telle chose. Ce jour-là, tu as trahis tout le monde. Et si je suis là aujourd'hui, c'est pour te mettre en garde contre cette haine qui t'habitait, mais je devrais dire qui te rongeait, et qui te dictait une conduite de revanche aveugle. Si je suis là, c'est pour essayer de te montrer qu'on peut cohabiter avec les machines, qu'elles peuvent nous apporter une aide précieuse, et qu'il ne faut pas confondre Skynet avec ses instruments.
Et comme pour illustrer ses propos, on frappa à la porte. Kyle introduisit le T800 dans la petite pièce. Jesse eut un mouvement de surprise et recula, prise de terreur, tomba en arrière et rampa à reculons jusqu'au mur.
John alla jusqu'à elle et lui tendit la main dans un geste secourable d'amitié. Il l'aida à se relever et Jesse fut forcée de constater que le Terminator se tenait tranquille et qu'il n'avait tenté de s'en prendre ni à Derek, ni à elle.
Mais Jesse restait tétanisée devant la silhouette lugubre de la machine et la brillance de ses yeux rouges, terribles dans la pénombre de la cellule. Ce rictus et ces dents, tous droits sortis du visage macabre d'un mort… Et l'impression de force qui se dégageait de son squelette métallique. Derek se leva à son tour et prit les mains de Jesse.
- D : moi non plus j'ai pas aimé la première fois. Moi aussi j'ai douté. Mais ces machines nous ont sauvé la vie à plusieurs reprise ces derniers jours. Et ça, ce n'est pas mon imagination qui l'invente. C'est du réel, du concret.
- Je : mais Derek, ces machines, ces mêmes machines nous ont presque tous décimés. Tous nos amis, nos frères d'arme, nos familles… tous ont péris sous la main de ces diables de robots. Comment peut-on leur faire confiance?
- T800 : avec du temps, vous pourrez.
Les jours suivants passèrent vite dans la base. Il n'y avait plus d'occasion de s'ennuyer et les choses s'accélérèrent. John Henry avait été couplé au réseau et relié aux autres supercalculateurs pour augmenter sa puissance. Il contrôlait ainsi une formidable entité de traitement de données. Il avait pu faire mieux que du simple espionnage et brouiller les récepteurs de Skynet le temps que leur message soit diffusé partout sur la planète grâce à des ondes basse fréquence. Il avait fallu des relais radio pour toucher toutes les poches de résistance, et JH avait à chaque fois couvert l'émission du message.
Skynet s'était rendu compte de ce brouillage et surtout de l'intrusion dans son réseau mais JH était indétectable dès lors qu'il revenait à une fonction d'espionnage stricte. Et son brouillage serait difficilement traçable car il était passé par une multitude de relais, des nœuds réseaux, qui rendaient quasiment impossible la localisation de l'intrusion.
C'est en tout cas ce qu'il prétendit lorsque John l'interrogea. Ce qui assurait à la base encore quelques jours de tranquillité.
Le petit groupe à l'origine du projet, Derek, Kyle, Ben, Allison et même Cameron qui insista, voulait que revienne à John la responsabilité et l'honneur de diffuser le message, son message, l'héritage de sa mère. Dans ce message, les instructions de montage des EMPs avaient été données, ce qui en faisait une diffusion assez longue. John avait commencé, émus et à la fois très impliqué, très sûr de lui par "Ici John Connor, si vous écoutez ce message, vous êtes la résistance…" Une inspiration qui lui était venue comme ça.
Il était convenu que chaque organe de résistance devrait collationner sur la même fréquence l'achèvement de son dispositif. Grâce au travail de Jesse, ils disposaient d'une cartographie récente de la résistance et savaient donc exactement qui devait répondre. Dès que le dernier aurait répondu, ils diffuseraient l'ordre de mise à feu simultanée partout sur terre.
Tout le personnel de la base avait été mis au courant du plan. Ils ne redoutaient plus de fuite car il était maintenant trop tard pour prévenir Skynet; et quand bien même eut-il été averti, il n'aurait pas le temps de lancer une attaque sur chaque base qui construisait son dispositif d'impulsion électromagnétique.
Cependant, ce montage pouvait prendre un certain temps. Il fut mis à disposition pour récupérer les deux EMPs qui étaient restées dans la grotte. La dernière déjà reliée à un système de mise à feu à distance, servirait pour la région de Los Angeles et de ses alentours. Elle resterait sur place. John Henry proposa que cette mission se fasse par hélicoptère. Il pourrait surveiller les mouvements des aéronefs de Skynet et permettre à l'hélico de passer entre les mailles. Et pour plus de sûreté, il proposa que ce soient des Terminators qui se chargent de cette mission.
- J : des Terminators? Je croyais qu'il ne nous en restait plus qu'un… enfin, sans compter Cameron.
- JH : Catherine Weaver a réussi à contrôler d'autres machines. Ceux qui nous accompagnaient ne sont pas les seuls. Elle a eu le temps d'en retourner à notre compte pendant votre excursion dans les montagnes. Ils se tiennent prêts et je peux les programmer à distance. Ils se trouve dans l'ancienne base de Skynet où j'ai pour la première fois réussi à me connecter au réseau. Ils y sont reliés et je peux les faire venir. Il y a un petit groupe de 14 Terminators. Essentiellement des T800 mais aussi des T600 et T700.
Les autres furent surpris de l'apprendre seulement maintenant. Mais cela faisait leur affaire. Autant envoyer au casse-pipe des machines que des humains.
Pendant que les Terminators de la résistance allaient placer les deux EMPs aux points stratégiques définis par le commandement américain, Allison profita de ce répit pour proposer à Cameron d'aller faire un tour à la chaîne de montage des T800. Cameron ne se le fit pas dire deux fois et c'est avec un petit commando, dont Ben qui refusa la sortie s'il n'en faisait pas partie, et John qui ordonna à Cameron de ne pas bouger si elle s'obstinait à vouloir le laisser sur place pour sa sécurité, qu'ils se rendirent sur les lieux.
Ils avaient avec eux la puce de John Henry pour commander la manœuvre. Sans lui, personne ne saurait mener la délicate opération à bien. John savait qu'ils trouveraient facilement de quoi insérer sa puce car dans tous les dispositifs de Skynet, il y avait des connexions de ce genre. Puisque la puce de John Henry était d'un format un peu différent, il faudrait effectuer quelques modifications, mais John était maintenant rodé et il savait qu'il lui faudrait peu de temps pour ce faire.
Dans la base, beaucoup étaient contre cette sortie car même si chacun avait été à peu près convaincu du bénéfice que leur apportaient les machines "retournées", il ne voyaient pas en quoi la réfection de la peau de l'une d'entre elles justifiait une telle prise de risque. Le risque de sortir et de ne jamais revenir, eux qui portaient le projet le plus prometteur depuis longtemps. Ils avaient pris cela comme un caprice et ne comprenaient vraiment pas ce qui semblait tous les attacher à cet étranger "petit modèle", dont le visage bandé depuis plusieurs jours donnait une allure pour le moins étrange et vaguement inquiétante.
Mais John, Ben et Allison n'en avaient que faire. Pour eux, c'était aussi important que de sauver l'un des leurs… et finalement s'agissait-il d'autre chose?
L'opération fut très longue. John ne soupçonnait pas que la confection d'une peau synthétique sur le modèle humain fut si longue et si compliquée. Mais JH oeuvrait comme s'il l'avait toujours fait. Allison avait du rentrer dans une petite cellule, se déshabiller, et subir un scan très précis de son corps. Un système de multiples rayons laser passa plusieurs fois de bas en haut afin de constituer une parfaite cartographie virtuelle de ses courbes. Puis elle avait subi diverses prises de sang pour mimer ses caractéristiques sanguines et reproduire son ADN, car la peau artificielle était en réalité une peau véritablement humaine, faite à partir de cellules souches dermiques mises en culture par un procédé biologique complexe. Le sang était enrichi de substances synthétiques permettant de mimer certains organes qu'un Terminator ne possédait pas mais qui étaient pourtant essentiels au maintient de la peau.
Il fallait aussi recréer le très rudimentaire système digestif de Cameron, sans oublier sa chevelure dont des clones de follicules pileux avaient été stimulés au maximum pour synthétiser de grandes quantité de kératine. Il y avait aussi l'étape des yeux, de la langue et des muqueuses, d'un appareil génital parfaitement reproduit (sans ses gonades), des muscles peauciers permettant la diffusion d'une certaine chaleur corporelle et l'aptitude aux complexes mimiques du visage… Mises bout à bout, les différentes étapes auraient pris un temps déraisonnable pour la sécurité du petit groupe mais certaines avaient été lancées simultanément afin d'obtenir un gain appréciable, et à la réflexion, quand John réalisait tout ce que cette peau formidable était capable d'accomplir, en particulier ses incroyables capacités de régénération, il trouva finalement que l'opération était plutôt rapide compte-tenu de la prouesse technologique qu'elle représentait.
C'est d'une main de maître que JH contrôla les automates responsables de l'étape finale, la pose de la peau sur l'endosquelette de Cameron. Les différentes parties étaient simplement posées avec précision sur le métal et cousues très finement en divers endroits. La peau créerait ensuite toute seule ses adhérences au Coltan.
John et Allison s'étaient assoupis dans un coin, à l'abri, pendant que Ben sur le haut du bâtiment, faisait le guet, à plat ventre en position de sniper, près à donner l'alerte et à arroser les intrus si besoin.
John sentit une main se poser sur son épaule et le secouer doucement. Il émergea rapidement de son demi-sommeil, ce qui réveilla aussi Allison qui s'était blottie dans ses bras.
- C : ça y est, John. C'est terminé. L'opération est un succès.
Cameron se tenait penchée devant lui, habillée de la même tenue que celle qu'elle avait sur elle en arrivant.
- J : Cameron? Tu es… comme avant. Parfaite.
- C : je te remercie. Mais c'est surtout Allison que je dois remercier. Merci d'avoir accepté, même en sachant la manière dont j'ai pris ton apparence la première fois.
- A : le mal que tu as fait à cette Allison, ce n'était pas à moi. C'était "une autre". Tu comprends? Ça n'enlève rien au fait que c'était mal, mais je sais que tu regrettes et c'est mon rôle, plus que quiconque, de faire l'effort de te pardonner. Et tu portes maintenant la preuve de ce pardon sur toi. Alors n'en parlons plus.
Elle se leva et prit délicatement Cameron dans ses bras. La vision était assez surréaliste. John avait l'impression d'avoir sous les yeux deux Cameron, ou deux Allison, comme on voulait… deux sœurs jumelles qui semblaient s'être retrouvées et qui, pouvait-on le croire, avaient de l'affection l'une pour l'autre. Elles étaient extraordinaires, chacune à leur façon. La première était une machine formidable, l'autre une humaine exceptionnelle. Si semblables. Elles faisaient partie de sa vie, à jamais. C'est la prière que John adressa à cet instant unique.
Avant de repartir, il demanda à Cameron de prévenir Ben et s'en alla retirer la puce de JH. Au moment même où il la mit dans sa poche, protégée d'une boîte rigide qu'il avait confectionnée, il entendit une explosion tout près de lui, qui venait de dehors. D'après les vibrations qu'il avait senti, un missile ou une roquette avait sûrement du s'abattre sur la structure du bâtiment.
