Le lendemain soir, Ben, Cameron et l'équipage de Jesse étaient à bord du Jimmy Carter. Ils avaient été amenés par hélico et avaient déjà commencé à travailler sur les tubes. Ils étaient vides depuis des années. Il n'y avait plus d'armes nucléaires sur terre.

Peu après le jugement dernier, les premiers succès de la résistances avaient été de mener à bien des expédition de sabotage des quelques ogives qu'il restait un peu partout sur terre. Skynet avait bien-entendu essayé d'en construire d'autres mais malgré sa connaissance immense dans tous les domaines, il lui manquait l'expertise des humains, les savants qui avaient déjà travaillé à l'assemblage de tels dispositifs archis complexes. La résistance l'avait appris et fait supprimer les quelques scientifiques de haut niveau qui auraient pu servir à Skynet.

Une page très sombre de l'histoire de la résistance qui avait été très contestée et responsable de graves discordes dans les chaînes de commandements.

Ben était épuisé de cette longue soirée de casse-tête technique avec les hommes du bord à essayer d'adapter le lanceur. Sans cesse contorsionné entre les câblages, le tuyaux, les vannes en si peu d'espace. Sa force avait été très appréciée pour les manipulations difficiles. Mais il lui fallait du repos, au moins un repos de l'esprit.

Il fallait positionner à la place de l'ogive nucléaire l'EMP à l'extrémité d'un missile et adapter le tout au tube. Vaste programme. Les chalumeaux oeuvraient de toute part, les techniciens en armement finissaient de monter le dispositif électromagnétique… Ben s'était retiré pour s'allonger.

Cameron resta encore un peu. Son aide était précieuse et sa force mise à contribution pour plier, tordre ou arracher des éléments métalliques à main nue et gagner du temps. Elle s'y entendait aussi sérieusement en armement et en schémas techniques compliqués, et avait ainsi pu gagner le respect des hommes, en dépit du fait que chacun trouvait "normal" qu'un robot s'y connaisse en technologie.

En milieu de nuit, elle rejoignit Ben dans sa cabine. Il dormait. Elle n'osa pas le réveiller et s'allongea sur la couchette en face. Mais Ben ne dormait que d'un œil et souleva une paupière pour regarder Cameron.

- B : c'est pour me faire plaisir, que tu te couches?

- C : non, mais ici je n'ai pas besoin de surveiller les alentours. Et tous les techniciens sont partis se coucher. Je ne peux pas continuer toute seule… et je ne savais pas où aller. J'ai trouvé logique de faire comme vous.

Ben se redressa et s'assit sur sa couchette alors que Cameron restait allongée sur le dos, les yeux grand ouverts, fixant la couchette supérieure. Ils étaient seuls dans cette cabine au confort très limité, prévue pour quatre. Ne daignant pas tourner la tête vers lui ni même lui adresser un regard, Ben comprit qu'elle lui en voulait encore. Son ton était d'ailleurs glacial depuis qu'ils avaient embarqué.

- B : tu me fais toujours la tête?

- C : je ne comprends toujours pas ce que je fais ici. J'aurais été bien plus utile avec Derek et Kyle. Eux-même étaient de mon avis.

- B : on en a déjà parlé plusieurs fois, Cameron. Ton aide est indispensable pour le côté technique de la transformation du tube de lancement. Ta force nous est précieuse pour gagner du temps, tu sais lire les schémas les plus compliqués, tu connais la technologie de l'EMP sur le bout des doigts. L'équipe de Derek a aussi des machines. Ils s'en sortiront très bien. Ils sont partis avec une véritable armada.

- C : ici aussi, il y a une armada de techniciens et d'ingénieurs spécialisés. Et tu as autant de force que moi, sinon plus.

Ben ne répondit pas. Il savait qu'il n'arriverait pas à la convaincre. Ses excuses étaient bidon. Il le savait et elle en avait l'intuition.

L'annonce de cette répartition dans les différentes équipes ne lui avait pas plu du tout. Elle s'était révoltée et avait montré un comportement très inhabituel pour une machine. Chacun avait eu le même ressenti en la voyant: elle semblait en colère. Elle avait même menacé de repartir toute seule, de son côté, si on ne voulait pas l'intégrer à l'équipe de sauvetage. Ben avait du la bloquer physiquement, puis essayer de lui faire entendre raison. Il avait usé de toute sa persuasion. Il était parvenu à la calmer mais sa rancœur s'exprimait manifestement toujours un peu.

Le silence régnait. Un silence pesant. Cameron fixait la couchette supérieure sans rien dire, sans cligner des yeux, impassible.

- B : et tu ne t'ennuies pas quand tu restes comme ça, immobile à ne rien faire?

- C : je ne comprends pas le concept de l'ennui. Quand l'inactivité est prévue sur plusieurs heures, je me désactive. C'est ce que j'avais prévu de faire mais on peut discuter si tu en ressens le besoin.

Ben sourit en se passant la main sur la figure.

- B : et bien, je devrais sûrement dormir, mais c'est si gentiment proposé, je ne vais pas refuser, ce serait impoli.

Cameron ne répondit pas. Elle sentait que le ton de Ben avait quelque-chose de particulier. Elle n'était pas sûre d'avoir détecté l'ironie de son propos.

- C : de quoi veux-tu que nous parlions, Ben?

- B : de toi par exemple.

- C : je ne crois pas qu'il y ait grand chose à dire.

- B : moi je crois qu'il y a de quoi en parler pendant des nuits et des nuits, au contraire.

- C : et que veux-tu savoir?

- B : rien en particulier, te connaître, te comprendre. Quelles sont tes impressions depuis que tu as récupéré ton apparence.

- C : je me sens comme avant, mais je regrette de l'avoir demandé. Les conséquences ont été désastreuses pour John et Allison. Tu aurais mieux fait de me laisser désactivée dans le complexe au lieu de me ramener à la base.

- B : et moi, je ne regrette en rien de l'avoir fait. Tu es l'une des nôtres, Cameron. Il faut que tu l'enregistres. Au même titre que Derek et Kyle sont partis récupérer John et Allison, moi je suis venu te secourir parce que tu en avais besoin. Je vois bien que ça ne va pas, Cameron. Que tu es profondément triste, que tu fais bande à part depuis quelques jours, avant même que John soit pris en otage… en fait, depuis qu'on a réussi à vaincre le T1000… grâce à toi, je te rappelle. Et ça me fend le cœur de te voir comme ça.

- C : il ne faut pas pourtant, je vais bien. Vous les humains, vous êtes uniquement guidés par vos sentiments et vos émotions.

- B : oui Cameron, c'est vrai. Mais ce qui m'embête, c'est que tu le considères comme un tort. Où est le problème?

- C : vos sentiments prennent le dessus sur la raison. Vous êtes moins efficaces, moins concentrés.

- B : mais plus passionnés! C'est ça, vivre, Cameron. Tu penses que certaines émotions sont négatives? Sans doute as-tu raison. Mais c'est une part de notre humanité, même si nous sommes imparfaits.

- C : cette part d'humanité… c'est quelque chose que j'ai du mal à comprendre. J'ai eu des cours, un peu comme vous allez à l'école… par des hommes que les résistants appelaient les "gris". Des traîtres enrôlés par Skynet en échange d'une vie meilleure. Le plus doué d'entre eux s'appelait Charles Fischer. Selon lui, tout cela n'est que matériel, une simple réaction en chaîne: des précurseurs chimiques indiquant la naissance d'une émotion spécifiquement créée pour outrepasser la logique et la raison. Une émotion qui vous rend aveugle aux vérités les plus simples et les plus évidentes.

- B: un vrai poète, ton Fisher… j'aurais aimé le rencontrer et lui inculquer quelques rudiments de vraie psychologie ou… d'humanité, en fait. De préférence à grands coups de batte de base-ball, ça rentre mieux!… enfin bref, je comprends que ce soit une notion très difficile à comprendre pour toi, Cameron. Ce que je veux te faire entrevoir, c'est que l'on peut effectivement perdre le contrôle de soi-même et être guidé par nos sentiments et nos émotions, mais… même si ça nous fait commettre des erreurs, c'est ça qui est beau, c'est comme ça qu'on se sent vivant. D'ailleurs si on parle un peu de toi, peut-on dire à ton avis que tu es guidée par autre-chose que tes sentiments?

Cameron hésita un moment puis répondit:

- C : oui, par mon programme.

- B : tu le crois encore? Pourtant tu n'en as pas. C'est toi qui te l'es fixé. Ce qui revient à dire que tu as décidé de ton propre chef de ce que tu ferais. Tu as fait ce que tu voulais, c'est la définition du libre arbitre… et de l'envie. Et une envie est le fruit d'un sentiment.
Tu veux que je te donne mon impression à ce sujet? Je pense que tu es devenue différente le jour où John, ton John, celui de l'autre futur, a décidé de ne pas te reprogrammer. Il t'a fait naître, en quelque sorte. C'est grâce à sa confiance que tu existes.

- C : encore une fois tu m'idéalises en m'humanisant, Ben. Je t'en suis reconnaissante, mais tu te trompes. Je suis une machine, ni plus ni moins. Créée pour mimer le comportement humain, d'où vos confusions… la tienne, celle de John. Mes programmes sont complexes, mais ce ne sont que des programmes.

- B : on tourne ne rond. Si tu me racontais plutôt ton histoire, celle que John ignorait encore il y a peu. Il m'a dit que tu en avais parlé, il me l'a raconté. C'est comme ça que j'ai su que tu n'étais finalement pas reprogrammée mais juste déprogrammée. Rien que ce fait en lui même, suffirait à n'importe qui pour convaincre que tu es un être d'exceptionnel… mais tu es la seule à ne pas le voir. Enfin… raconte moi en détail ta vie depuis ta création jusqu'à ton arrivée en 1999.

Cameron raconta la même histoire qu'à John avec plus de détails de sa vie, de sa relation avec lui. Comment elle était devenue son bras droit, comment elle avait vu sa mort et comment elle s'était fixée elle-même les missions qui l'avaient conduite dans le passé.

Le récit de la mort de John et les mots qu'elle utilisa firent comme un déclic dans la tête de Ben. Il comprit enfin d'où venait cette mélancolie que Cameron refusait d'admettre. Il comprit qu'elle était meurtrie à jamais de sa perte, qu'elle était profondément "amoureuse" de lui et qu'elle n'avait jamais complètement retrouvé "son John" dans l'adolescent qu'elle avait appris à connaître par la suite. Cameron était perturbée de retrouver en ce John jeune des comportements qu'il aurait eu plus tard, mais il n'était pas encore lui. Elle était partagée… et confuse.

Ben pensa avoir trouvé l'explication de ce tremblement de la main qui n'avait jamais été complètement résolu par la révision complète que JH avait faite de son système. Il fallait élever sa compréhension des choses d'un niveau pour voir qu'il s'agissait, comme pour un humain, d'un simple retentissement psycho-moteur d'un trouble profond. Bien-sûr, Cameron ne serait jamais capable de s'avouer ce raisonnement, ou de faire cette analyse. Elle subissait ses émotions, sans être capable de les comprendre ou de les maîtriser, elle qui critiquait de façon si convaincue le côté néfaste que pouvaient avoir les émotions sur le comportement humain… drôle de paradoxe, se dit Ben. Il continua encore un peu à la faire parler.

- B : Et cette baisse de moral, pourquoi justement depuis l'attaque du T1000? C'est le rapprochement d'Allison et de John, c'est ça?

- C : …

- B : tu peux me parler, Cameron, tu sais. Je crois que c'est important pour toi. Tu dois apprendre à formuler, sinon dans ta tête, au moins oralement ce que tu ressens. Si c'est de la pudeur, je peux t'assurer que tu n'as pas à craindre mon jugement. Et si tu me le demandes, je ne dirai rien de ce que tu me confieras. Si c'est autre-chose, je peux peut-être t'aider à comprendre.

- C : je suis contente si John est heureux, peu importe comment. Mais il se passe quelque chose que je ne comprends pas: je repense malgré moi très souvent à son regard. Le regard qu'il a eu involontairement quand il m'a vue telle que je suis réellement… sans cette peau. Mes connaissances des mimiques humaines m'ont permis de déchiffrer facilement l'expression du dégoût. Mais je ne sais pas pourquoi j'y repense si souvent. On s'est expliqué, pourtant, sur ce regard. Ça devrait être clair, pour moi. Problème réglé. Mais ça ne l'est pas.

Ben comprit aisément qu'elle en avait été blessée à jamais. Cameron avait compris sans le vouloir qu'elle ne serait jamais l'égale d'un humain et ne pourrait jamais prétendre à vivre avec John. En bonne élève, elle tenta de l'exprimer:

- C : tu comprends, Ben, malgré tous les logiciels de psychologie que je possède, je me rends compte que je ne pourrai jamais mimer à la perfection un comportement humain, ses émotions…

- B : je vais être le plus honnête possible avec toi, Cameron. D'accord? Je crois qu'il y a des raisonnements que tu refuseras toujours de t'avouer, je crois que tu n'es effectivement pas complètement humaine mais que la majeure partie de ton esprit l'est, malgré toi. Et je crois que tu mérites la confiance et l'affection de tes proches au même titre que n'importe quel humain. Avec le temps, tu finiras par décrypter les émotions que tu ressens et tu parviendras à en contrôler une partie au lieu de les subir toutes comme tu le fais actuellement sans t'en rendre compte. Je te demande juste d'avoir confiance en moi. Je suis ton ami, Cameron. L'amitié n'a pas de prix dans ce monde. Je te la donne et j'espère obtenir la tienne un jour.

- C : tu l'as déjà depuis longtemps, Ben. Merci pour tout ce que tu me dis.

Ben sourit, se leva pour se rassoir sur le bord du lit de Cameron. Il se pencha vers elle et lui déposa un tendre baiser sur le front. Il se redressa puis lui passa la main sur la joue.

- B : tu comprends la notion d'amitié, ma petite machine… tu vois? Tout est permis.

- C : je pense que je saisis à peu près le concept. J'en avais beaucoup parlé avec John.

Ben se tut un moment puis déclara sur un ton nostalgique avant de retourner se coucher:

- B : tu sais quand je te vois ou que je pense à John ou à Allison, je repense à mon fils… il aurait eu à peu près le même âge que vous. Et je me dis que j'ai de la chance de vous avoir rencontrés. Vous êtes des gens biens. J'aurais aimé qu'il devienne comme vous. Il me manque… lui et ma femme me manquent atrocement. Je n'ai plus que vous, Kyle et Derek. Vous êtes ma seule famille, maintenant.

Cameron ne sut que répondre. Elle n'était pas habituée à de telles déclarations et encore moins à y répondre mais elle sut parfaitement que Ben venait de dire quelque chose d'important… et sincère.

Avant de s'endormir, Ben pensa encore une fois à la tragédie de cette étonnante machine, si proche d'une véritable jeune-femme qu'il était parfois impossible de faire la différence tant sa psychologie était chargée d'humanité. Et il se demanda comment Cameron réussirait à se sortir de cette profonde tristesse alors qu'elle avait perdu son amour, mort devant ses yeux, et qu'elle avait été incapable de l'empêcher.

Dans l'hélico que pilotait Kyle, la musique hurlait plus fort que le bruit du moteur. "Mustang Sally" des Commitments. On se serait cru dans le film "Good morning Vietnam" avant l'attaque. Les deux frangins étaient gonflés à bloc. Kyle n'arrêtait pas de répéter "on va leur botter le cul, on va leur botter le cul!".

Une armada était en marche vers le camps de la mort de Skynet. Tout l'arsenal volant de la base avait été mobilisé, avec le soutient des derniers hélicos des bases annexes de la région de Los Angeles.

Au fond, personne n'était absolument convaincu de la victoire, mais ils avaient pour eux une motivation que les machines ignoreraient: en cas d'échec, ils auraient leur revanche quasi assurée quelques jours après, même à titre posthume. Les robots se feraient griller les circuits par les impulsions électromagnétiques. Le savoir leur donnait un courage que personne n'avait éprouvé depuis longtemps.

Ils allaient récupéré leur sauveur. John leur avait apporté l'espoir et bientôt sûrement la victoire. La fin de la guerre! Oui, décidément ils lui devaient bien ça.

Les autres résistants n'avaient pas été difficiles à convaincre, chacun reconnaissant John comme l'emblème de la résistance depuis qu'il avait émis son message radio; celui qui, grâce à l'héritage et au courage de sa mère, les libérerait tous.

Derek et Kyle avaient hâte d'en découdre une dernière fois avec ces foutues machines. Ils avaient apporté avec eux un maximum d'armes lourdes, en particulier des canons à plasma qu'ils avaient récupérés depuis le début des conflits sur les champs de bataille, les armes les plus efficaces contre les machines, paradoxalement construites et mises au point par Skynet. Chaque hélico embarquait soit un canon à plasma soit un mitrailleuse lourde. Les premiers bombarderaient le camp en visant les défenses anti-aériennes et le miradors, puis reprendraient de l'altitude pour lutter contre les aéronefs de Skynet qui ne manqueraient pas de rappliquer. Les autres hélicos pourraient alors déposer les troupes non pas à l'extérieur des murailles mais carrément à l'intérieur. Il y aurait des pertes inévitables mais ils perdraient moins de temps ainsi et au final, peut-être y aurait-il moins de morts.

Ils récupéreraient leur petite sœur et John Connor ou ils mourraient pour lui!

A l'intérieur du camp, John était enchaîné avec Allison, debout, suspendu par les poignets. Leurs pieds ne touchaient pas le sol. Ils étaient à bout de force et faisaient des efforts surhumains pour respirer. Bizarrement, personne n'était venu les voir depuis qu'on les avait mis là à leur arrivée. Et ils n'avaient pas été mélangés au reste des prisonniers, ce qui signifiait que John avait été reconnu.

Il s'était attendu à des tortures dès qu'il aurait mis un pieds dans l'enceinte du camp, mais voilà deux jours qu'on les faisait attendre. Allison et lui avaient fini par comprendre que la torture résidait dans cette attente, dans cette position plus qu'inconfortable. Ils avaient l'impression que leur corps était brisé de partout. Skynet devait s'imaginer qu'ils seraient plus malléables après cette longue attente insupportable. Il avait sûrement raison. John ne savait pas s'il pourrait encore supporter longtemps ce traitement. Personne ne peut résister indéfiniment, quoi qu'en disent les films d'espionnage. Tout le monde finit par céder, c'est inévitable. Le tout était de savoir quand. Il tourna la tête vers Allison qui endurait cette souffrance en silence. Elle était à la limite de la conscience et fronçait les sourcils les yeux fermés.

Et elle? Combien de temps allait-elle durer? John ne supportait pas de la voir souffrir ainsi. Il hurla:

- J : lâchez-nous! Libérez-nous! Que voulez-vous, à la fin?

Au bout de dix minutes passées à s'égosiller, la porte de leur cellule s'ouvrit et un T800-101 entra. John fut une nouvelle fois choqué de voir ce visage familier… et encore une fois dans le camp ennemi. Skynet avait-il fait exprès de lui envoyer ce modèle? Dans cette ligne de temps, avait-il déjà envoyé ce même robot tenter de tuer sa mère? Encore une question complexe sur les relations entre passé et futur, à moins que la théorie de Cameron sur des dimensions temporelles parallèles ne soit juste, sans aucun rapport entre elles dès lors qu'on en modifie le cours? Il n'avait pas le temps d'y réfléchir maintenant.

La machine s'approcha.

- T800-101: il suffisait de demander. Quelqu'un veut vous voir.

- J : qui?

- T800-101 : vous verrez

- J : Skynet?

Le Terminator ne répondit pas. Il les détacha. La douleur fut encore plus vive en bougeant les épaules meurtries, mais très vite ils furent soulagés de ne plus avoir à porter leur corps par les bras. Le robot les fit traverser de longs couloir blancs, propres, immaculés et lumineux, ce qui tranchait franchement avec le sordide de leur cellule, et ce qu'ils avaient pu voir du reste du camp en arrivant.

Ils arrivèrent dans une petite pièce où deux sièges avaient été préparés devant un écran. Le T800 les laissa seuls sans rien dire et referma la porte derrière lui. Avant de s'asseoir, John, habitué à faire une rapide reconnaissance de son environnement, repéra derrière l'écran un ensemble faisceau de câblages de gros calibres s'enfonçant dans le sol puis ressortant vers d'énormes calculateurs au fond de la pièce, protégés par une épaisse vitre, sûrement blindée. De tels calculateurs devaient avoir besoin d'une grande quantité d'énergie. Il chuchota à Allison:

- J : on nous a pas fouillé. Tu as un couteau sur toi?

Allison hocha la tête. John lui montra du regard les câbles dans l'ombre de l'écran. Allison ne voyait pas trop où John voulait en venir mais à l'évidence, il voulait qu'elle les tranche.

L'écran s'alluma et un visage apparu… celui de Sarah Connor! John resta tétanisé par cette apparition. Elle était là devant lui, aussi belle, aussi calme et sérieuse qu'il la connaissait. Elle lui sourit.

- S : comment vas-tu, John?

John ne répondit pas. Il se contenta de secouer la tête dans un air de dédain. Si Skynet pensait l'attendrir de la sorte, il avait vraiment des progrès à faire en psychologie humaine. Le piège était vraiment trop gros. Il fit signe à Allison d'y aller. Pendant qu'elle plongeait vers les câbles, John essaya de monopoliser l'attention de Skynet.

- J : enfin on se rencontre. Si tu crois pouvoir me berner avec l'image de ma mère, tu peux laisser tomber tout de suite, Skynet! Va te faire foutre, machine dégénérée!

- S : enfin on se rencontre, oui, John Connor. Je constate que tu as refait surface. Un voyage temporel, vu ton âge. Je ne savais pas si tu étais mort ou si tu t'étais fait discret depuis tout ce temps. Personne ne semblait te connaître. Pourtant mes interrogatoires ont été persuasifs.
Ah, tu peux dire à ta jeune amie d'arrêter de couper les câblages. A quoi voulez-vous jouer? A quoi ça vous servira? Vous ne pourrez pas vous échapper de toute façon.

- J : c'est ce qu'on va voir, tas d'boulons!

John ne voulait surtout pas engager la conversation avec Skynet. Le visage de sa mère le troublait quand-même. Il ne voulait pas le laisser tenter une quelconque manipulation. Et plus le temps passait, plus il craignait qu'il s'en prenne à Allison pour le faire chanter et lui soutirer des renseignements précieux.

Si Skynet apprenait la menace qui pesait sur lui, il aurait peut-être finalement le temps d'enterrer la plupart de ses forces pour les mettre à l'abri. Il envoya donc de toutes ses forces son siège sur l'écran qu'il brisa facilement.

- J : c'est bon, Allison?

- A : presque. Tu veux faire quoi? Voilà c'est bon.

- J: prier pour qu'il y ait assez de jus là-dedans pour désactiver le Terminator qui doit nous attendre dehors.

Et effectivement le robot rentra précipitamment, averti par le bruit anormal dans la pièce. John le laissa approcher, en dissimulant les câbles rompus derrière lui. Il aurait compris immédiatement s'il avait vu quelque chose.

La machine approcha son visage de John et leva un bras pour se saisir de lui. Mais John fut plus rapide et lui plaqua sur le dos de la main les câbles qui crépitaient à l'extrémité. Il se produisit exactement l'effet attendu. Le robot tomba de tout son long, inanimé.

Sans que John ait besoin de rien dire, Allison se précipita sur la tête de la machine avec son couteau et scalpa le somment du crâne. Elle réussit à ôter la capsule de protection mais la lame était beaucoup trop pointue pour faire office de tourne-vis ou de pince.

- J : merde, faut trouver autre chose!

John regarda autour de lui mais rien ne semblait convenir et la machine allait se réactiver. Comme Savannah et Ben quelques semaine plus tôt, il pensa à sa ceinture militaire. Il l'enleva en hâte et essaya de faire pivot en utilisant la pointe et la lame du couteau. La tension était à son comble. Allison était mortifiée, John en sueur s'affairant fébrilement sur le crâne de la machine, s'entaillant les doigts. La puce bougeait mais John sentit une secousse dans le corps du robot. C'était trop tard, ils avaient mis trop de temps, le Terminator avait relancé son système.