Il saisit John par le bras et l'envoya voler à travers la pièce aussi facilement que s'il se fut agit d'un morceau de bois. Il alla s'écraser contre le mur la tête la première, encore une fois. Il était sonné et mit un moment avant de pouvoir réaliser ce qu'il voyait.

Le T800 s'était relevé et avait attrapé Allison par la gorge. Il serrait en cherchant manifestement à l'étouffer. Encore hagard, il vit le regard suppliant d'Allison braqué sur lui. Des larmes coulaient sur ses joues. Ses mains impuissantes étaient agrippées autour du bras de la machine, incapables de lui faire lâcher prise.

John se ressaisit. Il n'allait pas la voir mourir devant lui sans rien tenter, quitte à y passer. Lui aussi savait qu'ils auraient leur revanche quelques jours plus tard. Il se releva péniblement, rassembla son courage et toutes ses forces et bondit sur le dos du robot qui desserra son étau autour de cou d'Allison.

La machine se redressa complètement et recula pour se fracasser volontairement contre le mur et écraser John. Il accusa le coup avec une grimace de douleur. Il venait de sentir plusieurs côtes se briser et avait beaucoup de mal à respirer. Avec les doigts, il essaya de déloger la puce mais elle restait fichée profondément dans sa loge. Il cria:

- J : Allison, ton couteau, jette-le moi!

Allison, à moitié asphyxiée, réussit à se jeter sur le couteau. Mais elle ne le lança pas. Elle savait que le Terminator avait toutes les chances de l'attraper avant John. Et le robot n'avait vraiment pas besoin d'une arme blanche en plus pour s'en prendre à eux.

Tentant le tout pour le tout, elle courut vers la machine, menaçante, le couteau brandi en avant, pour créer une sorte de diversion. Et ce fut un succès. Le robot focalisa son attention sur elle et bloqua son attaque. Plus rapide, Allison réussit à donner en main propre le couteau à John avant de recevoir un coup violent sur le bras. L'impact fut si rude qu'elle fut projetée à terre dans un hurlement, le bras cassé.

John essaya à nouveau d'extraire la puce, mais la machine faisait trop de mouvements. Il dépensait trop d'énergie et d'attention à essayer de rester accroché à son dos. Le Terminator essayait de l'attraper, les bras repliés en arrière et John parvenait difficilement à esquiver. Pas moyen de se concentrer sur le sommet du crâne.

Alors, dans une ultime tentative, il prit la lame à pleine main, sans se soucier du tranchant, et frappa plusieurs fois avec le manche sur la puce qui ne venait pas.

Après tout, la capsule assurait le blindage et l'étanchéité, mais la puce en elle-même était fragile. Et au bout de trois martèlements dans lesquels John avait mis toutes ses forces, la machine retomba à terre, cette fois totalement hors d'usage.

Pas question cependant de laisser retomber la pression. D'autres machines risquaient de venir, il ne fallait pas perdre une seconde. Après s'être enquis de l'état d'Allison qui souffrait atrocement du bras, brisé en deux à l'humérus, mais dont la vie n'était pas en danger, il prit dans sa poche la puce de John Henry en priant pour que ce modèle l'accepte. Kyle avait essayé à la base avec un T800. ça n'avait rien donné. Peut-être qu'avec le modèle 101… Il retira la puce endommagée, cette fois sans problème puisqu'au calme et que plus rien ne bougeait, et il inséra celle de JH dans le crâne du Terminator. Puis il retrouva la capsule qui avait roulé dans un coin pour la lui remettre.

Ils attendirent tous deux les longues 120 secondes. La machine tressaillit puis se redressa et s'assit par terre. Elle tourna le tête vers John et Allison puis ouvrit la bouche:

- JH : j'ai du rater un long épisode. Où sommes-nous? Que fais-je dans cet endosquelette?

- A : John Henry! Si tu savais comme on est heureux de te revoir! Ça n'a pas été simple de te trouver un nouveau corps, tu peux me croire. On est dans un camp de travail de Skynet mais on n'a pas le temps de t'expliquer tout de suite. On est en danger. Il faut partir d'ici. Vite. D'autres machines vont venir.

John, tout à son aise de revoir cette silhouette familière revenir vers lui pour les aider, demanda à JH s'il avait pris pleinement le contrôle de l'endosquelette et s'il le maîtrisait bien car il allait sûrement devoir se battre.

- JH : je suis au moins tout aussi capable d'utiliser ce corps que celui de Cromartie ou n'importe quel autre Terminator. Avec deux avantages certains: une meilleure improvisation et une plus grande rapidité. Mes processeurs sont bien plus évolués que ceux des machines actuelles de Skynet. Mais contre toute une armée, je serai bien inefficace.

- J : pas question de nous battre contre toutes les troupes ici présentes. Voilà ce que je te propose: on trouve un poste de commandement du camp et tu essaies d'en prendre le contrôle. On ne va pas partir seuls. Il faut trouver un moyen d'ouvrir toutes les portes, y compris celles des cellules. On part avec tous les humains! Et il faut que tu trouves l'armurerie, que chaque homme capable de se battre puisse se servir en arme. Allez, on sort.

Ils quittèrent la pièce rapidement et n'eurent pas fait trois pas que les premiers tirs de plasma retentirent au moment où ils s'engouffraient dans un autre couloir.

- A : on n'a rien pour se battre. Il faut trouver des armes. JH, ils sont combien derrière nous? Tu as eu le temps de voir?

- JH : j'en ai dénombré deux.

- A : penses-tu pouvoir en venir à bout si on les attaque par surprise?

- JH : possible mais je ne peux pas vous l'assurer. Et il y a de forts risques que vous soyez blessés.

- J : on tente! T'as raison, Allison. Sans rien, on ne tiendra pas. Il faut qu'on s'empare de leurs armes. JH, tu te postes à l'angle. Dès que le premier s'avance, tu lui arraches son arme et tu me la donnes. Ensuite tu fais bouclier avec son corps pour contrer les tirs du second qui ne manquera pas de vouloir nous griller. Et j'essaye de le dégommer. Compris? On y va?

- JH : je suis prêt.

- J : Allison, mets-toi à couvert. Tu as déjà un bras cassé, pas besoin de t'abîmer encore plus. Préviens-nous si d'autres arrivent de l'autre côté du couloir.

Ne se doutant pas un instant que John et JH les attendaient en embuscade, les deux robots avançaient d'un pas décidé et soutenu. Arrivé à l'angle, le premier tourna sans ralentir, arme en avant. Elle lui fut arrachée avec force. JH jeta comme prévu le canon à John qui faillit basculer sous le poids de l'engin. On lui avait déjà expliqué la façon de s'en servir et il tira immédiatement sur le second qui venait d'apparaître, avant même qu'il ait pu analyser la situation et tenter d'abattre JH.

Il reçut le coup en pleine tête. La puissance de ces armes était impressionnante. Le robot tomba à terre, un profond cratère de métal fondu au milieu du font. John avait volontairement préservé la seconde arme mais avant de la ramasser, il vint en aide à JH qui livrait une lutte sans merci avec le premier T800.

John était toujours fasciné de voir la puissance, la maîtrise et le calme apparent que les Terminators avaient en se battant avec leurs semblables. Pas de respiration accélérée, pas d'essoufflement, pas d'affolement. Cameron avait cet air, et JH, dans le corps du modèle 101, avait exactement cette même expression, la même que celle qu'il avait eu en luttant contre le T1000 dans la fonderie lorsqu'il était plus jeune. Il ne lui manquait que le blouson de cuir pour se croire revenu en arrière.

John ne parvenait pas à ajuster son tir. La lutte était féroce, chacun volant à tour de rôle dans un mur, le défonçant allègrement. Les éclats de béton étaient projetés à plusieurs mètres. JH se débrouillait effectivement à merveille. Il aurait peut-être le dessus… sûrement même, puisqu'il était maintenant en train de fracasser le crâne du T800 sur le sol et venait de lui déboîter un bras.

Mais ils n'avaient pas le temps d'assister à ce spectacle et il préféra abréger en aidant JH, maintenant qu'il avait immobilisé le Terminator.

Il visa à nouveau la tête et tira. Le robot ne bougea plus, une partie du crâne arrachée.

- JH : je te remercie, John Connor.

- J : pas d'quoi. On a deux armes maintenant. Allison n'aurait pas pu en porter de toute façon avec son bras cassé. On continue.

John jeta à JH la seconde arme. Il récupérèrent Allison dans un coin et se remirent en route un peu au hasard. Elle était livide et son visage ressemblait à un véritable masque figé dans une expression de douleur extrême et de fatigue. John avait lui aussi du mal à bouger et respirait difficilement avec ses côtes cassées.

- JH : cette base me semble gigantesque. Il nous faut un plan.

- J : j'en ai demandé un à l'hôtesse d'accueil, mais elle n'en avait plus.

- JH : vous êtes en train de faire de l'humour, John Connor… je sais le reconnaître.

John ne fit pas attention à sa remarque et concentra son attention sur une porte plus grande que les autres, d'où filtrait une faible lumière bleue.

- J : venez, on va essayer là.

En entrant, ils trouvèrent une vaste salle entièrement informatisée. De gros serveurs clignotaient de partout. Ici, ils trouveraient sûrement de quoi connecter JH. Et effectivement, ils trouvèrent un peu plus loin un petit pupitre de commande où deux ports physiquement identiques à ceux des Terminators semblaient capables de recevoir une puce, comme dans le chaîne de montage.

- J : bon, alors on va te retirer la puce et la connecter ici. Il va falloir trouver rapidement les plans, pirater les codes de toutes les portes et sas du complexe et passer un message. Doit bien y avoir des haut-parleurs un peu partout, ici. Si Skynet te repère, tu pourras lutter?

- JH : je ne sais pas. Sa puissance, déjà en 2008 lorsque je l'ai rencontré, était inimaginable. Et il a eu de nombreuses années pour se développer depuis. Moi pas.

- J : alors tu te déconnectes, inutile de tenter.

- JH : je peux au moins essayer. Je pourrais vous faire gagner du temps et éviter qu'il ne reprenne le contrôle du camp, au moins le temps que vous sortiez.

- J : et te laisser mourir? Non, pas question. Et de toute façon, on a besoin de toi dans l'endosquelette du T800.

- JH : je ne peux pas mourir, John. Je suis une machine.

- J : tu te mets à parler comme Cameron, maintenant? Elle a une mauvaise influence sur toi, on dirait. Vous n'êtes pas que des machines, tous les deux. Vous avez une conscience, un libre arbitre. Vous êtes nos égaux, alors bien-sûr que tu peux mourir. On discutera de ça plus tard si tu veux bien. Je croyais que James Ellison t'avait appris la valeur d'une vie. Ça vaut aussi pour toi.

- A : les Terminators de la base, tu peux les contrôler?

- JH : à distance, non. Skynet n'a jamais rendu possible un contrôle à distance de ses machines. Il a trop peur que la résistance comprenne comment interférer dans ses ordres. La programmation de base et la mission principale ne peut se faire que par la puce. Ensuite, les machines reçoivent des ordres oraux ou écrits sur les moniteurs. Avec un code précis qui les identifie. Une sorte d'authentification de l'ordre avec un adressage ciblé.

- A : alors tu peux toi aussi donner des ordres?

- JH : je peux essayer de faciliter les choses, mais comme je vous l'ai dit, la programmation de base, anéantir la résistance, les humains, je ne pourrai pas y toucher. Si mes ordres sont trop paradoxaux, les Terminators ne les suivront pas. Ou alors ils se mettront en veille. Je ne peux pas le prévoir.

- J : en veille, ça me va! Si tu arrives à ça, c'est parfait.

- JH : mais je ne sais pas si j'en aurai le temps. Quand je serai connecté, je pourrai découvrir les plans de la base et pirater des codes sans me faire repérer. Mais dès que je tenterai une action, comme ouvrir les portes, Skynet me verra. Et il va immédiatement tenter de me détruire. Les choses vont aller très très vite et accaparer toute ma capacité de traitement de données. Je ne sais pas si je serai à la hauteur. Et je ne sais pas si je pourrai me concentrer sur autre chose en même temps.

- J : bon, on a assez parlé! Fais ce que tu peux et reviens vivant.

John recommença l'opération qu'il commençait à avoir l'habitude de faire, maintenant. Avant de lui retirer la puce, il donna à JH le message qu'il voulait diffuser dans la base.

John choisit le port qui semblait le plus adapté à sa puce et deux secondes après son insertion, la voix reproduite de John résonnait dans tout le complexe:

" Ici, John Connor. La résistance vient de prendre le contrôle des portes du camp. Vous avez dix minutes pour évacuer. Les machines ne peuvent être contrôlées, nous essayons de les perturber. Certaines pourront encore vous barrer la route. Les portes de l'armurerie à l'est du bâtiment central, niveau 1, ont été ouvertes. A tous ceux qui peuvent se battre, je vous recommande de prendre une arme. Faites le plus de dégâts possible avant de quitter les lieux. Bonne chance."

John et Allison étaient impressionnés de la rapidité avec laquelle JH avait contrôlé le camp. Mais ils se doutaient qu'avec sa puissance de calcul, quelques secondes pour eux représentaient un temps beaucoup plus long pour lui.

Ils devaient maintenant attendre les 10 minutes qu'ils s'étaient engagés à laisser aux prisonniers, en espérant qu'ils feraient assez de dégâts pour leur permettre de sortir à leur tour une fois que JH ne serait plus aux commandes et que Skynet reprendrait le contrôle.

Dehors au même moment, l'escadre d'hélicos arrivait sur le camp. Ils furent tous éberlués de voir les lourdes portes blindées s'ouvrir et s'en échapper les premiers prisonniers dans une pagaille extraordinaire.

- D : John! C'est lui, tu peux en être sûr! C'est au moins une preuve qu'il n'est pas mort.

Derek décrocha son micro.

- D : on se pose comme prévu, ça change rien au plan.

Les premiers sur place tirèrent comme prévu sur les batteries anti-aériennes qui avaient commencé à pivoter vers eux. Les instruments de visée laser des hélicos mirent droit au but. Une dizaine de missiles abattirent le gros des défenses. Pourtant deux hélicos explosèrent alors que les batteries n'avaient pas eu le temps de tirer. Au loin sur leur gauche, ils virent approcher deux énormes HK-Aerial. Plus loin encore, à l'horizon, d'autres points noirs laissaient présager l'importance de la flotte d'aéronefs qui venaient sur eux.

- K : on est déjà repéré. C'est leurs radars. Il faut faire vite. On se pose.

Les hélicos déposèrent les hommes et repartirent aussitôt pour faire face aux monstres volants. Ils étaient moins rapides et moins maniables que les HK-Aerial mais plus nombreux, et aussi lourdement armés. L'issue était impossible à prévoir.

Le seul hélico qui resta à terre fut celui de Kyle. Il voulait absolument accompagner son frère pour trouver John et Allison. La place centrale était le théâtre d'un fabuleux désordre. Les prisonniers avaient accueillis les hélicos avec une clameur de joie. La plupart, une arme à la main, livrait bataille avec les Terminators. Ils agissaient bizarrement et semblaient moins efficaces que d'habitude. Les messages de JH avaient sûrement du semer le désordre dans leurs fonctions. Les tirs fusaient de partout. Derek s'adressa au hasard à quelques prisonniers en criant pour couvrir le vacarme ambiant:

- D : JOHN CONNOR, vous savez où il est?

- X : non, mais c'est à lui qu'on doit les portes ouvertes. Il vient de passer un message. Il faut se dépêcher. Les portes ne vont pas rester ouvertes indéfiniment.

- D : celle-là si, en tout cas! Kyle, tu t'en charges?

Kyle bondit dans l'hélico et pivota le lourd canon à plasma en direction des vérins de l'énorme porte blindée du complexe. Il tira et en profita pour faire fondre la grande herse qui pouvait redescendre d'un moment à l'autre et maintenir les derniers prisonniers à l'intérieur du bâtiment.

L'équipe s'engouffra aussitôt à l'intérieur. Elle était composée de Kyle et Derek en tête, ainsi que de deux autres soldats et trois T800. On les avait habillés de tenues militaires pour les repérer facilement dans le cohue de la bataille. Les humains prenaient un malin plaisir à tirer sur les machines ennemies, désorientées pour la plupart et à la merci de la vengeance des hommes.

Dans les profondeurs du bâtiment, les dix minutes largement passées, John se décida à retirer la puce du serveur. Il la réinséra rapidement et du encore attendre deux minutes. Il se rassit par terre à côté d'Allison.

- A : ça leur sert à quoi ces 120 secondes?

- J : à scanner leur système avant de le relancer. C'est leur procédure. Vérifier que tout fonctionne, faire un bilan… dans les détails, je sais pas exactement.

- A : c'est long. Tu trouves pas étrange qu'on ait pas été dérangé?

- J : pas forcément. Si Skynet était occupé à se battre avec JH, il n'a pas du avoir le temps de donner ses ordres lui non plus. Maintenant par contre, on risque de faire de mauvaises rencontres.

Le corps du T800-101 s'anima. Il pivota sa tête vers John:

- JH : il a corrompu mon système, il est en moi! FUYEZ!

John ouvrit de grands yeux. Il n'avait pas pensé à ça. Si JH pouvait infiltrer Skynet, l'inverse aussi était vrai.

- J : MERDE! On fout l'camp! Allison, viens!

Il lui prit le bras et l'entraîna à l'extérieur de la grande salle informatique. En pleine course dans les couloirs, Allison s'écria:

- A : John, c'est le moment où jamais. Si Skynet est dans ce corps, on peut en finir une bonne fois pour toutes. Il faut faire face. Tu as encore ton canon en bandoulière.

- J : je viens d'y penser aussi. Mais non, on continue. Skynet n'est pas idiot. Il n'est pas seulement dans cet endosquelette. C'est pas possible. Ce serait trop bête de sa part. Il a du faire une copie de son système et le mettre dans la puce de John Henry qui a d'énormes capacités. Je suis certain que Skynet est encore dans le réseau et qu'il est en train de reprendre le contrôle de la base.

Et comme pour lui donner raison, toutes les portes automatiques se fermèrent devant eux et sur les côtés.

- J : il a pas traîné, l'enfoiré! Va falloir se battre. L'autre va nous tomber dessus d'un moment à l'autre, sans compter que ses petits copains vont débouler aussi. J'aime autant te dire qu'on est mal barré!

- A : j'ai pas besoin de tes encouragements, John. On va faire face, c'est tout. On fait ça depuis des années. Si c'est notre dernier combat, au moins on mourra tous les deux… main dans la main.

John resta interdit devant cette dernière phrase. Touché au plus profond de lui, et même bouleversé par ce qu'Allison venait de lui dire. Il la regarda. Elle lui sourit. Elle était belle, il l'aimait. Il ne voulait pas que ça s'arrête. Pas si tôt, pas déjà. Il voulait encore la contempler, la toucher, la serrer dans ses bras, l'embrasser.
John arma son canon et fit demi-tour, prêt à en découdre avec le Terminator qu'il connaissait bien, possédé par l'esprit de Skynet. Mais rien ne vint.

- J : c'est bizarre, j'aime pas ça. Ecoute, Allison, on va changer de plan. Au lieu de l'attendre comme des idiots, on va essayer de passer de force par un chemin qu'on va se créer nous-même.

- A : c'est à dire?

- J: avec ce canon, je pense qu'on peut faire fondre pas mal de chose. Il faut juste qu'on entre dans une pièce discrètement, sans trace, et ensuite on défonce tout.

- A : sans trace, ça veut dire sans le canon, je suppose? Pour ne pas qu'ils voient notre point de départ. Mais on va faire comment? Regarde, la première porte au hasard est bloquée par un système électronique.

- J : Kyle m'a dit qu'on pouvait régler au minimum la puissance des canons pour en faire une sorte de taser. On va bien voir. Ça pourra peut-être suffire pour griller la serrure.

John diminua la puissance de son arme et appliqua le canon contre le boîtier électronique. Il tira et le système disjoncta immédiatement avec quelques étincelles. Un bruit de gâche se fit entendre et la porte s'entrouvrit. Allison et John se précipitèrent à l'intérieur et bloquèrent la porte en position fermée avec le premier objet qu'ils trouvèrent, afin de ne pas éveiller l'attention.

- J : bon, maintenant on troue les murs et on progresse du mieux qu'on peut.

- A : j'espère juste que ton arme est assez chargée et qu'il restera de l'énergie si on rencontre ton ami.

Son ami… de quoi parlait-elle? John Henry? Ou le corps du Terminator qu'il avait connu en blouson de cuir lorsqu'il avait 13 ans? John savait qu'il aurait un peu hésité à tirer sur cette silhouette familière en qui il avait eu une confiance totale. Et il y avait aussi le risque de détruire JH, cet être unique doué de raisonnement et de conscience. Mais si c'était pour défendre celle qu'il aimait par dessus tout, il le ferait sans sourciller.

John braqua son arme sur le premier mur, bien décidé à se faire son propre chemin jusqu'à la sortie, et tira. Heureusement, elle fit moins de bruit qu'une arme à feu classique. Face à lui en forme de disque, le mur fut comme désintégré. John prit à cet instant la mesure de la puissance de cette technologie. Skynet était très fort pour innover dans le domaine des armes, il fallait bien le reconnaître. Entre les cannons à plasma, les HK-Aerial, et bien-sûr, les Terminators… son inventivité était presque sans limite. Il suffisait de penser à ce qu'il avait fait de Ben pour s'apercevoir qu'elle était loin d'être épuisée.

Ce que John ne savait pas, c'est qu'il venait de désintégrer aussi des câbles réseau qui passaient dans le mur et que cette interruption dans les données avait été immédiatement détectée et isolée à un secteur restreint.

- J : la vache! Ça dégomme, ce bidule! On continue. Tu me préviens si ça bouge dans notre dos, OK? Moi je me charge de devant. Je pense que comme ça, on a moins de chance de tomber sur des machines. Ils s'attendent à ce qu'on emprunte des couloirs.

- A : fais attention, John. Rien ne dit qu'on ne va pas tomber sur une salle pleine de machines, justement.

Tout à coup, ils entendirent un bruit lointain accompagné d'un énorme tremblement dans la structure du bâtiment.

- A : c'était quoi, ça?

- J : j'en sais rien. Peut-être les humains qui essayent de se rebeller contre les machines?

John tira sur le second mur qu'il troua avec autant de facilité que le premier. Il débouchèrent dans un espace très réduit, sombre, où passaient d'énorme tuyaux et tout un réseau de câbles électriques. Ils avaient tout juste de quoi passer tant les murs étaient étroits de part et d'autre. Ils progressaient difficilement mais pensaient qu'ici au moins, personne ne pourrait les repérer.

Leur seule crainte, c'était leurs arrières: il suffisait de suivre les trous pour tomber sur eux. Malheureusement, le danger était aussi ailleurs.

Tout se passa très vite et John eut à peine le temps de réaliser ce qui se passait. Un coup sourd résonna à sa droite. Le second coup fut accompagné d'une main qui passa à travers le mur. Elle fouilla rapidement autour d'elle et se saisit de l'extrémité de l'arme de John, pour la lui arracher. Une seconde main traversa le mur pour cette fois s'emparer de son bras et le tirer violemment. Allison criait. Ce fut au tour de John de traverser le mur, tiré par une force incroyable. Il se retrouva à terre, blanc de poussière, sonné par le choc, miraculeusement indemne de toute fracture supplémentaire, mais couvert de plaies et de bleus, devant l'immense T800-101.