La machine releva la tête pour scanner Allison qui se tenait devant le mur écroulé, morte de peur. Elle vit l'arme de John à terre. Le robot suivit son regard et comprit tout de suite. Ils se précipitèrent tous les deux vers le canon mais le Terminator fut plus rapide et empoigna Allison par son bras cassé. Le douleur était insupportable. Allison hurla et tomba à genoux devant lui.

John, fou de rage et à peine relevé, fonça tête baissée sur la machine, comme Ben le lui avait apprit. Mais il était trop faible pour obtenir un résultat efficace. Le T800 recula à peine et retrouva son équilibre très vite, ceci au prix d'une clavicule cassée: John avait mis son épaule trop en avant.

Il rampa vers Allison pour la protéger de son corps. Le visage de la jeune-femme n'était que larmes et souffrance. Elle se tenait le bras et gémissait de douleur. Elle si forte d'habitude. John comprit qu'elle était à bout et que lui-même n'était pas loin derrière. Il ne tiendrait pas longtemps. Devant cette puissante machine, sans arme, ils étaient condamnés. Le Terminator le savait et comme pour s'affranchir de tout nouveau risque, il écrasa par terre le canon à plasma. Puis il s'approcha de John et le souleva par le cou.

- T800-101 : John Connor! Nous voilà enfin face à face. Dans la réalité cette fois-ci. C'est mieux. Bien mieux. J'aurais du y penser plus tôt. Ton ami me donne une occasion unique de ressentir l'ivresse de ce pouvoir: te tuer de mes mains. Comment n'y avais-je pas pensé?

John réussit à articuler:

- J : tu ne ressens rien du tout, pauvre machine détraquée. C'est une illusion. Tu te leurres tout seul, Skynet!

- T800-101 : que peux-tu bien en savoir, jeune imbécile? Je vais avoir le plaisir de te tuer et tu ne sauras jamais la jouissance que je vais en tirer.

Le Terminator serra encore un peu plus. La scène était effrayante: Skynet incarné dans sa plus terrible machine, un Terminator puissant et en parfait état, froid et insensible.

- J : John Henry… arrête-le, je t'en prie. Je sais que tu es encore là. Tu peux le stopper, je le sais.

La machine serra encore et bientôt John fut incapable de parler. Il pouvait à peine respirer.

- T800-101 : ah ah ah, ton John Henry est détruit. Je l'ai vaincu, il n'est plus rien. J'ai fini ce que j'avais commencé en 2008 lors de ma première attaque.

Pourtant, le robot fut parcouru de sortes de spasmes, se dressa comme un i et lâcha prise. John s'écroula à terre, incapable de se porter. Ses jambes étaient en coton.

- J : non, tu ne l'as pas vaincu. Tu as cru l'écraser mais il est plus malin que toi. Il n'a jamais cessé de lutter et tu as baissé ta garde, Skynet.

Le robot se retourna, visiblement troublé, exécutant une série de gestes désordonnés. La lutte interne devait faire rage. John en profita pour rassembler ses dernières forces, se relever et se saisir de l'arme tordue et hors d'usage. Il la brandit et frappa plusieurs fois le Terminator avec, jusqu'à ce qu'il tombe de tout son long.

- T800-101 : John, c'est moi, John Henry. Tu avais raison, je ne suis pas encore écrasé mais ça ne va pas tarder. Il est plus fort que moi. Je ne vais pas tenir longtemps.

- J : non, bats-toi! Tu es le plus fort. Tu vis, tu comprends, tu éprouves de la compassion. Tu as compris bien plus de choses que Skynet. Tu peux le vaincre.

Le corps du Terminator était agité de gestes rapides et violents, non coordonnés, très impressionnants. John se tenait à bonne distance d'un coup fatal. Il ne savait pas qui allait reprendre le contrôle de la machine.

Après encore quelques secondes de mouvements amples et rapides, le robot se calma et tourna la tête sur le côté, braquant John du regard. John comprit aussitôt que Skynet avait gagné.

Il tenta de sauter par dessus pour rejoindre Allison et fuir par le trou avec elle, mais une poigne solide l'attrapa en l'air et le força à tomber lourdement à côté.

Encore allongée, la machine se retourna et leva un coude menaçant en direction de la tête de John pour lui écraser le crâne au sol. Mais son geste fut stoppé net. Le Terminator se redressa et se mit à genoux. Ses deux mains se plaquèrent à la base de son propre crâne, les pouces sous le menton. Le visage du T800 lui adressa un sourire doux et triste.

- T800-101 : adieux, John Connor. Merci d'avoir cru en moi. Tu avais raison, j'ai pu l'isoler encore quelques secondes.

Il redevint sérieux.

- T800-101 : ne tente jamais d'utiliser cette puce, John. C'est beaucoup trop dangereux.

Et dans un cri propre à glacer le sang, étonnamment humain, le Terminator s'arracha la tête et retomba inerte sur le sol.

La toute dernière action de John Henry avait été de donner encore une fois un sourire au visage de ce corps qui comptait beaucoup pour John. Il lui semblait que l'IA l'avait comprit et qu'elle avait voulu lui donner un dernier bon souvenir de ce robot. Le souvenir d'un protecteur.

JH avait voulu qu'il s'en rappelle comme la machine qui lui était venue en aide, pour que toujours il continue à dissocier Skynet de ses instruments, ne pas tomber dans l'amalgame et ne pas repousser en bloc ce qui venait du monde des machines, le monde d'où venait aussi JH.

La confiance que John avait accordée à l'IA, le lien particulier qu'il avait avec les machines, sa foi en elles, était seule responsable des prouesses de JH, qui avait pu à cet instant saisir les subtilités d'une telle amitié, et la transformer en véritable force combative.

L'instant de stupéfaction passé, John se précipita vers Allison qui avait perdu connaissance. Il la hissa du mieux qu'il put sur son dos. Sa clavicule cassée lui arrachait des râles de douleur mais il fallait encore tenir. Ne pas faire en sorte que le sacrifice de John Henry fut vain.

A ce moment une autre secousse énorme dans le bâtiment lui fit presque perdre l'équilibre. Cette fois l'explosion avait été proche.
La pièce dans laquelle ils étaient n'avait pas d'autre accès que le trou par lequel ils étaient arrivés. Il y avait bien une porte au fond mais plus aucun moyen de griller le circuit d'ouverture. Il se résigna donc à passer par le trou et rebrousser chemin sans savoir ce qu'il pourrait faire ensuite.

Alors qu'il enjambait les premiers gravas, la lumière s'éteignit brusquement. Il se retourna et vit avec horreur, par la petite vitre de la porte, les yeux rouges flamboyants d'un Terminator. "Pas déjà. Pas encore" pensa-t-il. Il l'entendit marteler la porte de coups puissants. Elle ne tiendrait pas longtemps.

John s'engouffra à tâtons dans l'étroit passage technique. Il se cogna la tête plusieurs fois contre les tuyaux mais avançait toujours. Tout à coup, une main le saisit à l'épaule. Il se retourna et vit à quelques centimètres le crâne terrifiant d'un T800.

Pourtant quelque-chose clochait. Avec la lumière de ses yeux, il put distinguer les lanières d'un casque de soldat lui encadrer la tête. D'ailleurs la machine ne semblait pas vouloir lui faire de mal. Il vit derrière l'endosquelette des faisceaux lumineux et une voix qu'il reconnut immédiatement.

- D : John? John? C'est toi? T'es là? C'est nous, Derek et Kyle. Les machines sont avec nous… enfin celles qui ont des treillis. Les autres décorent les couloirs. Ce soir, on se fait un ragoût de Terminator.

Le cœur de John rata un battement. Toute la tension accumulée se relâcha, les dernières forces qu'il mettait dans cette fuite impossible le quittèrent. Le poids du corps d'Allison, pourtant si frêle, pesait sur ses épaules. La machine en face de lui le soutint et le déchargea de son fardeau. Puis ils s'extirpèrent de cet endroit exigu pour revenir dans la pièce où Derek lui ouvrait grand les bras dans un sourire rayonnant.

John se précipita vers lui et l'étreignit longuement. Kyle arriva à son tour et ils échangèrent la même accolade.

Les trois machines restèrent en faction, arme au poing, le temps que les humains se racontent leur histoire respective.

John se tourna alors vers Allison pour essayer de la ranimer. Elle reprit conscience mais semblait épuisée, plus encore que John, si c'était possible. La longue torture suspendus à leurs chaînes l'avait vidée de toute énergie, plus encore que les dernières heures de combat. Elle trouva cependant le force de lui sourire, ainsi qu'à Derek et Kyle qui embrassèrent leur petite sœur. John lui prit la main et lui murmura à l'oreille:

- J : je t'aime, Allison.

Allison lui répondit avec un magnifique sourire, tel que John chérissait par dessus tout, avec ses belles dents blanches et ses pommettes saillantes. Le plus beau sourire du monde.

- A : j'avais peur de mourir avant de l'entendre encore une fois. Je peux aller en paix maintenant.

Ce fut à John de sourire en retour.

- J : essaye un peu de partir sans moi, tu vas voir!

- K : bon, les deux amoureux, là. Faudrait voir à pas trop prendre racine ici. On est pas à l'abri de se prendre un missile ou un autre truc pas très cool dans les dents. La baston continue toujours en l'air, je vous signale. On dégage. Allison, je t'injecte un peu de morphine et je vais te porter. Je préfère que les machines aient les mains libres pour nous défendre si on croise encore certains de leurs collègues.

Kyle sortit d'une poche de son treillis un petit flacon et une seringue. Il administra le contenu dans le bras cassé d'Allison qui retomba dans une semi-inconscience, à bout de force. Puis il releva la tête en direction de John.

- K : Ça ira? Tu peux nous suivre et te servir d'une arme?

- J : un plasma, non. C'est trop lourd. Mais une arme conventionnelle, je pense que oui.

- D : ça tombe bien, j'ai un automatique en plus. Tiens.

John prit le pistolet et l'arma directement dans une grimace de douleur.

- J : c'est parti.

Avant de partir, Kyle ramassa distraitement la tête du T800-101 qui avait roulé dans un coin. John ne le vit pas la mettre dans sa sacoche.

Quatre jours s'étaient déjà écoulés depuis l'évasion du camps de la mort. Les choses s'étaient plutôt bien passées. Ils avaient rencontré peu de résistance pour sortir. Quelques T1 et presque aucun Terminator humanoïde. Ils avaient été massacrés par les humains alors que John Henry les avait rendus confus dans leurs instructions. Et l'équipe de Derek en avait détruit un bon nombre durant sa progression dans le bâtiment central à la recherche de John et Allison.

Par la suite, il avait fallu décoller sous les tirs de la bataille aérienne.

L'issue était alors encore incertaine en l'air mais ils avaient été couverts à la perfection par les leurs, au prix de plusieurs appareils abattus. Le dernier appartenant à la base du commandement de Los Angeles était rentré une heure après eux.

L'équipage apportait le message de la victoire, lourde de pertes, certes, mais victoire quand-même, que personne n'aurait imaginée contre les machines volantes ultra-perfectionnées de Skynet.

Les hommes étaient galvanisés de savoir l'issue prochaine qu'ils réservaient aux machines, et l'idée de faire partie d'un commando allant secourir le libérateur les avait rendus encore plus combatifs que jamais, plus précis et plus efficaces dans les manœuvres en altitude.

John se sentait coupable de tant de pertes humaines mais les hommes étaient si fiers d'avoir réussi leur mission qu'il comprit qu'il devait se montrer digne d'eux en acceptant leur sacrifice. Il prononça quelques mots de remerciement aux cérémonies religieuses et alla parler aux derniers membres des familles des soldats morts au combat.

Il se trouvait si jeune devant ces hommes expérimentés, ces familles détruites par la guerre… il ne pouvait s'empêcher de penser au fond de lui qu'il ne méritait pas tant d'attention. Mais à sa surprise, les familles auxquelles il s'adressait se montraient fières de leurs héros, et John fut touché par les réflexions d'amitié et d'encouragement qu'il entendit.

Encore engourdi par les bandages rigides qui lui entouraient le torse, il se dirigea vers la chambre d'Allison qui se remettait doucement elle aussi de ses blessures. Il la trouva sur son lit, assoupie, son bras plâtré proéminent replié sur son ventre. Il s'approcha doucement pour ne pas la réveiller et resta là quelques minutes, immobile à la contempler. "Mon Dieu, qu'elle est belle", se dit-il. Quelle incroyable chance il avait qu'une fille pareille s'intéresse à lui!

Il se rappelait encore très clairement avoir dit à Cameron dès qu'il avait su qu'elle était un Terminator, qu'il se trouvait idiot d'avoir cru qu'une fille aussi sexy aurait pu s'intéresser à lui… et pourtant…

Il s'assit à côté d'elle et passa sa main délicatement dans ses cheveux. Elle réagit par un petit grognement doux et un sourire, les yeux encore clos. Elle tourna légèrement la tête et lui maintint la main sur son visage. John se pencha et embrassa tendrement son front, ses joues. Il s'enivrait de l'odeur de sa peau, de la douceur de ses lèvres. Allison ouvrit les yeux, l'attira encore un peu vers elle et l'embrassa à son tour. John se redressa et lui dit:

- J : je suis venu pour te chercher. Le grand moment arrive. On a toutes les réponses. Tout le monde est prêt. Partout. Et Ben et Jesse sont en position au large de l'Alaska. Ils ont fini d'assembler leur bombe et le système de lancement est opérationnel. On va piloter ça d'ici. C'est de cette base que va partir le compte à rebours. On n'a plus JH pour brouiller les récepteurs de Skynet mais on s'en fout, c'est trop tard pour lui. Je me suis dit que tu ne voudrais pas rater ce moment.

Allison se redressa d'un bras et s'assit sur son lit.

- A : et comment!

Puis un air grave et pensif passa sur son visage.

- A : John?

- J : oui?

- A : il y a une probabilité que ça ne marche pas?

- J : toujours, oui. On peut imaginer que plusieurs EMP ont été mal montés… mais franchement, même si on ne détruit pas toutes les machines, on portera un coup fatal à Skynet. On finira à la main, si besoin.

- A : et nos machines à nous?

- J : il n'en reste pas beaucoup, tu sais. Ici on est sous terre, donc on ne craint rien. Les installations resteront intactes, nos véhicules sont tous dans le garage en bas, les 5 derniers T800 sont ici et je suppose que dans les autres bases, ils auront pensé comme nous à enterrer leur électronique.

- A : et pour Cameron?

- J : dans le sous-marin, elle ne craint rien. Les ingénieurs pensaient qu'à seulement 20 mètres de fond il seraient à l'abri de l'impulsion. L'eau fait un bon barrage. Si tout va bien ils devraient être de retour dans trois jours.

- A : j'aurais hâte de les revoir tous. Ils savent qu'on est en vie?

- J : à priori non. On communique le moins possible. Tu viens?

Allison se leva, se passa un peu d'eau sur le visage pour finir de se réveiller et suivit John vers la salle radio, transformée en centre de contrôle de la base, que dirigeait Derek par intérim.

Au même moment dans le Jimmy Carter, l'équipage se tenait prêt au lancement. La tension était palpable, chacun repassant plusieurs fois dans sa tête le travail qu'il avait accompli autour du dispositif électromagnétique et de son mécanisme de lancement. Ben se tenait debout dans le poste de pilotage avec Jesse et les autres officiers. Cameron était un peu plus à l'écart, discrète, presque invisible.

- Je : on ne va pas tarder à recevoir le message de John. On a estimé qu'il faudrait 7 minutes au missile pour atteindre l'altitude et les coordonnées voulues. Donc normalement on reçoit un premier message avant tout les autres, le second ne nous concernera pas puisque l'impulsion sera automatique.

- B : je sais tout ça, Jesse. Arrête de stresser comme ça! On ne peut plus rien changer maintenant. Seulement espérer que tout ira bien. Tu devrais te sentir fière. On aura l'impulsion qui détruira le plus de machines, puisque l'altitude va démultiplier l'étendue des dommages.

- Je : parce qu'il y aura un classement du nombre de Terminators détruits par impulsion? Chouette! On a nos chances, alors.

Il se passa encore une demi-heure, durant laquelle le sous-marin corrigeait sa position pour se placer exactement à l'endroit voulu, car il était constamment dévié par des courants océaniques. Ben qui commençait à s'assoupir fut réveillé en sursaut par une alarme au bruit strident. La lumière baissa et tout le poste de pilotage fut baigné d'une faible lumière rouge.

- B : qu'est-ce que c'est, Jesse? Qu'est-ce qui s'passe?

- Je : Lieutenant, arrêtez cette alarme! C'est le signal d'une ouverture de sas non autorisée. Soit on se fait attaquer, soit…

- B : bon sang! Cameron! Merde!

Ben se leva précipitamment et disparut dans un couloir, Jesse à ses trousses.

- Je : BEN! BEN! ARRETE! C'est trop tard, on lance dans quelques minutes. Tu espères quoi? On est à trente mètres de fond et tu n'as plus le temps de t'équiper.

- B : si elle y arrive, moi aussi.

- Je : c'est une machine, Ben. Pas toi. Tu as besoin de respirer. Et tu vas te faire griller, comme elle. Tu ne sais pas ce qu'il se passera si tes nanomachines s'arrêtent. Reprends-toi, bordel!

Ben stoppa sa course sous le sas principal. Il se retourna et fit face à Jesse, très calme. Jesse put lire toute la détermination dans ses yeux et sut déjà qu'elle n'arriverait jamais à le convaincre.

- B : écoute, Jesse. Cameron a sauvé plusieurs fois des humains, dont John, nous tous. Et jamais personne n'a été là pour elle. Alors je lui dois bien ça. Elle est désespérée, j'ai parlé avec elle.

- Je : même si ce que tu dis est vrai, si tu la considères vraiment comme une humaine, c'est son choix. Laisse-là. Si elle veut s'exposer à l'impulsion, tu dois respecter son choix.

- B : tu dirais la même chose pour quelqu'un à qui tu tiens? Un fils ou une fille que tu auras peut-être un jour?

- Je : je…

- B : ouais. Trouve-moi un ballast, je suis trop lourd pour monter tout seul.

- Je : y'en a un derrière toi, mais les bouteilles ne sont pas ici.

- B : pas l'temps. J'y vais.

- Je : Ben, sans parler de l'impulsion, tu risques de te faire assommer par le départ du missile. Ça va propager une onde de choc violente. C'est très dangereux. Et les paliers? Tu y a pensé? Tu va décompenser à la surface.

- B : arrête, Jesse! Y'en a marre maintenant. J'y vais, c'est tout! Ça ira vite, j'aurai pas le temps de décompenser, je replonge directement après. Ne bouge pas de position, je retomberai sur le sous-marin… normalement.

- Je : tu n'auras jamais assez d'air pour revenir à trente mètres et rouvrir le sas, tu es fou, tu te condamnes! BEN! Prends au moins les moustaches.

Jesse monta quelques échelons et retira d'une pochette à côté de la première porte à volant, un petit dispositif de secours composé d'un embout buccal et d'une petite bombonne horizontale d'air comprimé permettant une vingtaine d'inspirations.

Ben enfila son gilet de plongée et glissa le petit dispositif dans une poche. Puis il disparut derrière le lourd panneau. Il eut juste le temps d'entendre le compte à rebours du lancement qui retentissait dans tout le sous-marin. Il referma puis fit entrer l'eau par une grosse vanne. Elle était glacée.

Ben se concentra, gonfla son gilet à la bouche et prit une bonne inspiration avant d'ouvrir le second panneau. Il faisait nuit. Sa vision infra-rouge lui permit de voir l'ombre sinistre de l'énorme bâtiment s'éloigner au fur et à mesure de sa montée.

Il vida ses poumons régulièrement pour ne pas risquer de surpression alvéolaire. Avant d'atteindre la surface, il fut aveuglé par une lumière intense et blanche. Plus loin sur le sous-marin, l'orifice du lance-missile s'était ouvert pour laisser passer l'énorme engin. Un bouillonnement de bulles et un bruit assourdissant s'en échappèrent, et le long tube s'éleva avec une rapidité prodigieuse.

Ben reçut le choc de plein fouet mais il ne fut pas aussi terrible que ce qu'il avait imaginé. Il fit surface à peu près au même moment que le missile. Il se boucha les oreilles pour se protéger du sifflement infernal du lanceur et dut même replonger de quelques mètres pour éviter d'être brûlé par le réacteur qui projetait ses flammes sur plusieurs mètres de circonférence. Une fois en hauteur, il refit surface et scruta les environs.

Sans sa vision de nuit, il n'aurait jamais pu retrouver Cameron. Il la repéra facilement. Elle flottait là, à quelques mètres, un gilet similaire au sien sur les épaules, tête en l'air, regardant l'évolution du missile dans les airs. Ben replongea pour la surprendre et éviter qu'elle ne s'enfuie. Il refit surface devant elle. Cameron l'accueillit avec un geste de surprise et le reconnut immédiatement.

- C : tu n'aurais pas du venir, Ben. C'est dangereux pour toi. Tu risques la destruction de toute l'électronique que tu as en toi.

- B : M'EN FOUS! Arrête tes conneries, Cameron. Qu'est-ce que tu fabriques?

Il devait hurler pour être sûr de se faire entendre. La mer était déchaînée. Le vent hurlait. Ils devaient sans cesse se redresser après les déferlantes noires et imposantes qui se dressaient au-dessus d'eux.

- C : tu ne comprends pas, Ben. Je n'ai plus aucune raison d'exister. Je ne suis plus rien, ici. Vous avez gagné, vous n'avez plus besoin de moi. Je suis une aberration. Je n'aurais jamais du voir le jour. Je ne devrais pas exister… et je suis dangereuse pour vous tous. Pour John, pour Allison, pour toi. Je peux avoir une panne dans ma programmation et me retourner contre vous un jour ou l'autre. J'ai déjà failli tuer John. Je ne peux pas continuer à vous faire prendre ce risque.

- B : tout ce que je vois, c'est que tu as des problèmes et que tu as besoin d'aide, Cameron, je ne dis pas le contraire. Mais tu ne vas pas te détruire! Je ne vais pas te laisser faire. Tu as des amis qui sont là pour toi, pour t'aider.

Cameron comprit au ton de Ben qu'elle n'arriverait pas à le persuader. Elle avait tout prévu et braqua une arme sur lui. Elle qui d'ordinaire affichait une expression impassible semblait en colère et même bouleversée, Ben le voyait malgré la pénombre. Il aurait juré que des larmes coulaient sur ses joues mais avec l'eau de mer, il n'en était pas sûr.

- C : c'est mon choix! Et je ne veux plus en discuter. Je suis désolée, Ben. Je ne peux plus vivre comme ça. Laisse-moi et replonge. L'impulsion ne va pas tarder.

- B : NON! Non! Tu m'entends, Cameron? Ton arme n'y changera rien, je ne vais pas te laisser faire ça!

Mais Cameron était bien décidée à ne pas se laisser faire. Sans vouloir tuer Ben, elle tira pour tenter de l'assommer. Ben reçut la balle en pleine tête mais son blindage résista. Le métal brillait sur son front à l'endroit de l'impact, et du sang coulait sur son visage, dans ses yeux.

Sans laisser à Cameron le temps de viser à nouveau, il retira de son fourreau jambier un couteau de plongée et attrapa Cameron par le cou pour tenter d'inciser la peau sur le sommet de son crâne. La désactiver lui semblait le seul moyen susceptible de le laisser la ramener au fond sans résistance.

Le temps pressait. L'EMP allait exploser d'une minute à l'autre. Mais Cameron se débattait de toutes ses forces en suppliant Ben de la laisser.

Alors, au moment où Ben ouvrit l'opercule de protection de la puce, Cameron tira plusieurs fois dans son propre abdomen, vers le haut, sous le thorax. Sa pile nucléaire fut immédiatement endommagée et elle explosa.

La déflagration, bien que contenue par le corps de Cameron, fut effroyable et propulsa Ben en l'air à plusieurs mètres. Ses vêtements, son gilet, sa peau, furent arrachés en de nombreux endroits. Il retomba inconscient dans l'eau et sombra tout de suite, alourdit par le coltan qui recouvrait son squelette, vers la masse énorme du Jimmy Carter parmi les débris du corps de Cameron.

Il ne put voir l'immense éclat qui illumina le ciel et la mer. L'EMP avait explosé, l'impulsion se propageait partout dans une bulle de lumière éblouissante.