Quelques instants plus tard, John se trouvait devant le supercalculateur qui avait servi à connecter JH. Allison l'avait laissé s'y rendre tout seul, elle savait que c'était important pour lui. Elle n'était plus jalouse. Elle avait confiance en lui. John allait rendre visite à quelqu'un qui avait beaucoup compté pour lui. Elle était capable de comprendre ça.

John tenait la puce dans ses mains, comme on porte une hostie. Elles étaient moites. Son cœur battait à tout rompre. L'instant était solennel. Il contemplait la puce de Cameron comme un objet sacré. Il était empli de respect pour elle, ce qu'elle représentait ne pouvait se traduire en de simples mots.

John leva le bras et introduisit la précieuse puce dans sa logette. Faudrait-il attendre là aussi les 120 secondes habituelles? Il ne se souvenait pas avoir attendu avec JH.

- J : Cameron? Tu es là?

- C : je suis là, John. J'ai même eu le temps d'explorer mon nouvel environnement. Ça change de mon endosquelette.

- J : ….

John ne savait pas quoi dire. Pourtant il avait tant de confessions à lui faire. Ce fut Cameron qui l'aida en prenant la parole.

- C : je suppose que c'est à Ben que je dois d'être là? Il aura donc eu le temps de retirer ma puce avant l'explosion… Il est aussi efficace qu'un vrai Terminator.

- J : c'est le calculateur qui te donne le sens de l'humour? Pourtant tu ne devrais pas en rire, Cameron. Tu as failli le tuer. Pour des amis, c'est singulier. Tu as une drôle de vision de l'amitié, tu sais.

- C : je n'ai jamais voulu faire de mal à Ben, tu le sais très bien. Il a toujours été attentionné avec moi. Pourquoi aurais-je voulu le tuer?

- J : non, je sais bien que tu ne voulais pas. Mais bon sang, Cameron! Qu'est-ce qui t'a pris? Tu devais bien te douter que l'explosion de ta pile ferait des dégâts terribles sur lui.

- C : il aurait du me laisser. Ce que j'avais prévu ne devait blesser personne. Il ne m'a pas laissé d'autre choix.

- J : tu sais bien que si, Cameron. Et cet autre choix, c'était de le suivre et de redescendre dans le sous-marin. Tu étais donc désespérée au point de risquer de tuer Ben? Pourquoi tu ne m'as jamais dit que tu allais si mal, Cameron? Je t'aurais écoutée, tu sais bien. Je ferais n'importe quoi pour toi. Tu es ma meilleure amie. Je ne veux pas que tu me laisses, j'ai encore besoin de toi.

- C : ta meilleure amie… oui… je crois que c'est la première fois que tu m'appelles comme ça. Mais c'est sincère et sans doute la meilleure définition de tes sentiments.
Mais tu te trompes, John. Tu n'as plus besoin de moi. Tu as un monde à reconstruire avec les tiens, maintenant. Tu as Allison. A quoi pourrais-je encore servir? J'étais une machine de guerre. C'est la paix qu'il faut bâtir. Et sans mon endosquelette, je suis encore plus inutile.

- J : c'est toi qui l'as détruit, je te signale.

- C : et je te signale en retour que j'aurais du être détruite en entier. Puce comprise.

- J : et moi je ne remercierai jamais assez Ben d'avoir récupéré ta puce. Tu voulais vraiment partir comme ça, sans me dire au revoir, sans explications? Je compte aussi peu pour toi?

- C : tu comptes plus que tout pour moi, John. Tu n'as pas encore compris ça?… Tu sais ce qu'on formait tous les deux quand on vivait avec Sarah? Un couple incapable de se comprendre mutuellement. Tu ne m'as jamais vraiment comprise et je ne t'ai jamais vraiment compris… J'ai fait ça parce que je n'ai plus aucun avenir avec toi… et le reste ne m'intéresse pas.

John était profondément troublé d'entendre ces paroles... venant d'elle… la vérité jetée en pleine face. Et ce d'autant plus que la voix de Cameron était parfaitement reproduite par le synthétiseur. Il avait l'impression de se retrouver réellement devant elle, comme si son corps n'avait jamais cessé d'être. Il imaginait les mimiques de son visage, les quelques expressions qu'elle avait, qu'il connaissait maintenant par cœur et qu'il avait appris à déchiffrer, aussi minimes soient-elles. Il la voyait les yeux grand ouverts, sans battement de paupière, la tête légèrement penchée sur le côté. Il enchaîna:

- J : Ben m'a parlé avant que je vienne…

- C : il va bien?

- J : oui, il se remet bien. Mais on a eu peur pour lui. Il n'était pas beau à voir quand il est arrivé…
C'est vrai ce que tu dis. On ne s'est jamais vraiment bien compris, Cameron. Lui en revanche nous a parfaitement compris. Toi en particulier. Il m'a raconté beaucoup de choses que je ne soupçonnais pas.

- C : …

- J [note: cette prise de parole de John est en petite partie inspirée d'un commentaire de Dolphen que j'ai trouvé magnifiquement écrit lorsqu'elle décrivait ses impressions sur la série. Merci à elle. (pour le copyright, merci de voir en MP si tu reviens un jour sur le forum, Dolphen)]: il pense que tu es un miracle… et… je suis d'accord avec lui. Sinon comment expliquer que tu te sois séparée de ta programmation pour devenir un être doué d'une âme? Oui, Cameron, une âme! Il n'y a que toi qui en doutes encore. Toi, un être autonome, pensant, ressentant, VIVANT… Et j'aime ce miracle. J'aime ce que tu es devenue au cours de nos discussions ou de nos péripéties. J'aime ta façon pudique et retenue de te comporter même si elle me mettait parfois hors de moi. J'aimais le croisement de nos regards, même quand on ne disait rien. Ces regards qui en disaient long et dont je n'ai jamais su si tu comprenais les miens ou si je comprenais les tiens. J'aime ta douceur, ta tendresse même si tu me le montrais rarement. J'aime cette apparente naïveté qui te rendait touchante, l'inconscience de ta sensualité qui déclenchait de véritables tempêtes dans ma tête. Oui, j'étais amoureux, Cameron. Fou amoureux. Mon premier véritable amour. Maintenant je le sais et pourtant c'était une évidence.
Aujourd'hui les choses ont changé mais je t'aime toujours… d'une autre façon. Et je ne veux pas que tu disparaisses. Je sais que je suis égoïste… je l'ai toujours été. Je sais que je ne prends pas en considération ton bien être, ton bonheur en disant ça… mais c'est plus fort que moi. Et non, je ne me trompe pas, Cameron: j'ai BESOIN de toi!
Mais je viens aussi de comprendre quelque-chose qui m'échappait, grâce à Ben. Ces sentiments n'étaient pas réciproques. Tu étais déjà amoureuse… de quelqu'un d'autre. Quel paradoxe, mon Dieu! Tu m'aimais moi, mais un autre moi. Le John de l'autre futur que tu as connu au départ. Et en me retrouvant plus jeune, tu t'es perdue dans une confusion de sentiments.
Et j'ai enfin l'explication de tous ces instants magiques passés avec toi. Ces instants ambigus que j'étais moi aussi incapable de déchiffrer. Tes approches subtiles, les messages qu'envoyait tout ton corps, tes regards… et puis ces retraits au dernier moment; immanquablement tu te dérobais, comme si tu réalisais que je n'étais finalement pas celui que tu avais aimé… et que tu avais perdu. J'ai enfin l'explication de ton air triste que tu avais souvent. Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé avant, Cameron? Pourquoi cette pudeur? Que craignais-tu?

- C : ton jugement, tout simplement. Tu étais toi sans être lui. Ben avait raison, j'étais perdue. Il m'a aidé à le comprendre. Je ne voulais pas être un poids pour toi. Tu avais assez de problème comme ça. Et puis tu exagères, j'ai passé de très bons moments avec toi, tu sais. Je suis sincère. Même si je pensais souvent au John que j'avais connu, c'est vrai.
Le jour où Derek m'a vue danser dans ma chambre… je sais maintenant. Je sais pourquoi j'ai fait ça, ce que j'avais en tête. Je m'étais imaginée que j'avais appris quelques pas pour toi… je veux dire, pour l'autre John, comme s'il était toujours vivant et que j'allais le voir en poussant une porte… pour te faire une surprise, pour te le montrer et te prouver que je pouvais aussi faire autre-chose que massacrer… que je pouvais… être humaine. Je voulais que tu sois fier de moi… le jour où je t'aurais retrouvé… mais c'était une simple illusion. Je ne suis pas une humaine. Je ne comprendrai jamais certaines choses.

- J : arrête, Cameron. Le disque est rayé! Ton esprit est devenu humain. Il restait quelques blocages et Ben les a fait céder. Tu as même développé un romantisme rare. Le vrai romantisme. Le romantisme triste et mélancolique. Celui qui se termine mal. Celui où dans un couple amoureux, il en reste toujours un pour survivre à l'autre. Et toi tu as agi comme telle, comme une incurable romantique qui a préféré rejoindre dans la mort celui qu'elle avait aimé, plutôt que de continuer à vivre seule, en dépit de l'impossibilité théorique de s'autodétruire… ce que je croyais acquis, d'ailleurs. Le T800 que j'avais bien connu me l'avait dit. Toi-même me l'avais répété… et pourtant… Quoi de plus irrationnel pour une machine que de mettre fin à ses jours? Quel Terminator serait capable de s'autoterminer? Tu peux me dire?

- C : je crois que j'avais très peu en commun avec un Terminator "normal", ces derniers temps… à part l'endosquelette.

- J : tu vois? Tu le reconnais toi-même. C'est déjà un progrès. Seulement je veux te faire comprendre que tu t'es trompée sur un point. L'alternative, ce n'est pas de vivre seule, justement... ou de te détruire. Tu as des amis. Tu as moi, Ben et les autres. Même Allison t'aime bien. Tu imagines la bonté qu'il y a en elle pour réussir à te considérer et à t'apprécier? On est tous là pour toi. Il faut que tu apprennes à vivre… Si seulement tu m'avais parlé avant… on aurait pu te faire changer d'époque et… tu aurais pu retrouver ton John. Maintenant toute la technologie du voyage temporel a été détruite par les impulsions.

- C : tu n'aurais pas pu. Réfléchis, John. Il n'existe pas de ponts entre deux lignes de temps alternatives, sans changer d'époque.

- J : on aurait trouvé. Tu aurais pu apprendre cette technologie. On aurait volé un dispositif, tu serais retournée dans le passé et de là tu aurais construit une autre machine temporelle pour rejoindre le futur que tu as connu.

- C : et celui qui s'est mis en place n'aurait jamais vu le jour. Celui où vous avez enfin la victoire. C'est ça que tu aurais voulu? Si je n'étais pas partie avec John Henry, tu ne m'aurais pas suivie.
Je t'ai reproché de m'avoir suivie, c'est vrai. Mais finalement tu as eu raison: regarde. Vous avez gagné. Skynet n'est plus rien. Me faire repartir dans le passé pour rejoindre l'autre futur aurait instantanément supprimé la ligne de temps dans laquelle nous nous trouvons.

- J : pas nécessairement, Cameron. Tu te souviens de ta théorie des mondes parallèles? Je crois de plus en plus qu'elle est juste et que ces différentes lignes de temps coexistent.

- C : et qu'est-ce qui te fait dire ça?

- J : simple: je n'ai aucune intention de renvoyer mon père se faire tuer dans le passé pour me concevoir. Pourtant je suis toujours là. Comment tu l'expliques? Dès l'instant que j'ai cette conviction, j'aurais du disparaître purement et simplement…

- C : tu as peut-être raison.

- J : c'était ton idée. Mais de toute façon, ça ne change plus rien. On est bloqué ici qu'on le veuille ou non. A part Skynet, seule Weaver connaissait cette technologie.

Il se passa un long moment de silence. Cameron ne savait plus quoi dire et John ne voulait pas partir.

- J : j'ai une question un peu indiscrète.

- C : je n'ai pas de secrets pour toi, John.

- J : ah ben, dis donc! Je sais pas ce qu'il te faut! Je vais l'enregistrer, celle-là!

- C : alors disons que je n'en ai plus.

- J : OK, je veux bien te croire… le John du futur… t'a-t-il dit un jour qu'il t'aimait?

- C : non. Jamais. C'est la première fois que tu me le confies. Mais j'avais fini par comprendre que tu…, enfin qu'il tenait beaucoup à moi… et ça me suffisait.

- J : et toi?

- C : non plus. La première fois que je te l'ai dit, c'était avant que tu retires ma puce, après avoir essayé de te tuer.

- J : oui, mais là c'était de la manipulation… enfin on en a déjà parlé. Au fait, cette envie de me tuer… c'est passé?

- C : oui, John Henry avait réussi à m'enlever toute trace de ma première programmation. Tous les codes de Skynet ont été forcés et supprimés.

- J : ce n'est pas ce que tu as dit à Ben en mer. Tu as dit que tu représentais toujours un risque pour nous.

- C : j'ai dit n'importe quoi pour essayer de lui faire lâcher prise. Mais il n'en a pas tenu compte.

- J : bon, pour en revenir à ce que je te demandais, à propos de ta relation avec mon moi futur… je vais quand-même te dire quelque-chose: il t'aimait.

- C : ?… comment peux-tu le savoir?

- J : parce que sans être moi… c'est moi quand-même, et que je suis passé par là. Je me connais: même plus âgé, c'est une évidence. Je n'ai pu que tomber amoureux de toi. Tu peux en être sûre.

- C : je ne sais pas si tu peux en être si sûr mais c'est gentil de me le dire.

- J : si j'en suis sûr! Je ne sais pas quelle était exactement la nature de ma relation avec Allison, mais si j'ai décidé de te faire confiance et de t'enlever ta programmation sans t'en donner de nouvelle, c'est que j'étais déjà attiré par toi. Et à force de vivre à tes côtés, il est impossible que je sois resté insensible à ton charme. Parce que je peux te dire que tu en as! Tu es… mystérieuse et sensuelle… tout à fait mon genre. Et je ne peux pas changer du tout au tout. Même avec 20 ans de plus. On ne se refait pas.

- C : alors pourquoi tu ne me l'as jamais dit?

- J : je pourrais te retourner la question. Je suppose, et je te prie de m'en excuser, que j'ai eu un peu honte, face à mes hommes, de t'avouer cette… faiblesse. Et de me l'avouer, pour commencer. Cette faiblesse qui était en fait une force. Ma mère me l'a dit dans sa lettre; Allison aussi. Et je le comprends seulement maintenant.
Alors essaye de puiser la courage de continuer à vivre dans le souvenir de cet amour réciproque. Tu as connu le véritable amour, Cameron. Même si tu ne le réalisais pas à ce moment. Tous les humains ne peuvent pas en dire autant, tu sais. Je ne sais pas si ça pourra te consoler… sûrement pas… mais je peux au moins t'offrir toute la force de mon amitié.

- C : je l'accepte volontiers. Merci, John. Merci de me parler. De me dire tout ça.

- J : encore un truc…

- C : oui?

- J : tu m'as dit que John Henry avait supprimé tous les codes de Skynet. Ça veut dire quoi exactement? Qu'il a enlevé les limites qu'il pouvait y avoir à tes fonctions… pour t'empêcher de trop… apprendre, ou de ressentir des émotions?

- C : non, tu avais déjà supprimé tout ça lors de notre première rencontre.

- J : alors quoi?

- C : les dernières traces de mon programme initial: supprimées. Plus de risque que je redevienne… mauvaise.

- J : et ça change quelque-chose?… pour ton comportement, je veux dire.

- C : tu ne lâches jamais le morceau, hein John?

John baissa la tête comme si Cameron avait pu le voir, un peu honteux.

- J : si tu veux que j'arrête, dis-le moi. C'est mon besoin de savoir, de te comprendre, tu sais… j'ai du mal à m'en empêcher.

- C : je ne t'en veux pas, John. Que veux-tu dire exactement?

- J : ben… quand je te passais une main sur la joue par exemple… ou dans les cheveux…

- C : tu veux savoir ce que je ressentais, c'est ça? Je te l'ai déjà dit. Je peux essayer avec d'autres mots.

John releva la tête, impatient et éveillé comme jamais.

- C : je ressens le contact car mes capteurs envoient des signaux électriques à ma puce.

- J : jusque là, aucune différence avec les humains.

Cameron ne tint pas compte de sa remarque et continua.

- C : si j'apprécie ou non ce contact, ma puce fait réagir mon corps d'une façon ou d'une autre.

- J : attends, attends! Justement. Comment tu sais si tu aimes quelque-chose ou non?

- C : je n'en sais rien, je le sais, c'est tout.

John pensa encore une fois que Ben avait vu juste. Elle ne comprenait sincèrement pas certaines choses qui se passaient en elle.

- J : et ces impressions sont… réelles?

- C : elles le sont pour moi. Mais je ne saurai jamais si on parle de la même chose, si ce sont les mêmes impressions que pour vous… s'il s'agit des mêmes… émotions.

- J : et comment ta puce sait comment faire réagir ton corps?

- C : … je…

Ce fut au tour de Cameron de se sentir gênée. En tout cas, John l'interpréta de cette façon.

- C : d'une part, par ma programmation de base… ensuite par mon observation puisque j'apprends sans cesse. L'observation des humains… comment vous vous comportez face à telle ou telle situation: stress, joie, tristesse, colère… je ne fais que mimer… ça te déçoit, hein?

Maintenant, John palpait presque cette gêne pesante. Cameron n'était pas à l'aise. Elle parlait de choses presque "intimes" qui la rendaient honteuse. John réfléchit un moment puis répondit, très sûr de son argument:

- J : et alors?… et alors? Tu n'as pas à te sentir gênée de ça, Cameron! Tu crois qu'on fait comment, nous? Exactement pareil! Avant d'être adulte, un humain commence sa vie par ce même apprentissage dont tu parles. Il observe son environnement, ses parents, leurs réactions, leurs gestes, leurs mimiques… en grandissant, il développera ses propres réactions en fonction de ses expériences. Et comme personne n'a le même vécu, aucun humain ne réagit exactement de la même façon. Toi tu as ton propre vécu, relativement court pour apprendre, finalement. Tu as développé ton propre panel de réactions et d'émotions. Tu réagis simplement de façon un peu plus… atypique, différente. C'est tout.
A moi aussi, elle me paraissent réelles, tes émotions. Au fond jamais je n'aurais été attiré par toi si j'avais pensé que tu ne les ressentais pas vraiment.

Cameron n'avait jamais vu les choses de cette façon. Cette nouvelle façon d'aborder le sujet de son ressenti et de ses émotions semblait l'avoir touchée. Mais sans son corps pour l'exprimer, justement, John ne pouvait pas vraiment savoir ce qu'elle pensait.

- J : écoute, Cameron, on va essayer de reconstruire ton corps, ok?

- C : comment veux-tu? La chaîne de montage, comme toutes les autres sur terre, est inutilisable. Tout a grillé. C'était le but, tu te souviens?

- J : je ne sais pas… on trouvera. Je trouverai! Je te demande juste de me faire confiance. J'irai voir ce qu'il reste de la chaîne. Peut-être finirai-je par comprendre? Reconstruire? J'y passerai toute ma vie s'il le faut. En attendant, je pense qu'on réussira à te connecter temporairement à l'endosquelette d'un des T800 qu'il nous reste. A force de triturer les méninges des machines, je pense qu'on peut y parvenir sans trop de difficulté. Tu pourras bien t'adapter à un autre corps que le tien, non?

- C : je suppose.

- J : ça veut dire oui? Tu veux bien essayer de… vivre… avec nous?

- C : je veux bien.

- J : oh, Cameron, si tu savais comme je suis heureux! Promets-moi que tu n'essaieras plus jamais de te détruire sans m'en parler.
Ben m'a fait promettre de ne pas t'en empêcher si malgré tout ton choix est définitif. Mais ça ne veut pas dire que je veux voir ce jour arriver. Je veux plus que jamais continuer à vivre des choses avec toi, te faire découvrir l'humanité, te montrer le bonheur, la joie, l'humour que tu commences déjà à cerner, l'émerveillement… C'est à mon tour de prendre soin de toi, à notre tour de t'entourer de notre affection.

- C : c'est promis, John.

- J : On te doit tout, Cameron. A toi et à ma mère. Vous êtes les deux personnes les plus importantes de cette victoire. Sans toi pour me protéger, sans toi pour partir dans le futur, je n'aurais jamais atterri ici. Ma mère n'aurait peut-être jamais découvert la technologie de l'impulsion électromagnétique à force de fuir sans cesse pour me préserver de la menace de Skynet. Tu es une véritable héroïne, Cameron. L'humanité te doit tout, toi, née machine pour te battre contre une autre, contre le fléau du monde. Et dans ta croisade, tu es devenue humaine. Oui, décidément, je rejoins vraiment ce que pense Ben: tu es un véritable miracle!

- C : c'est toi le héros, John. C'est toi qui a mené l'humanité à la victoire.

- J : c'est ce qu'on a toujours voulu me faire croire, mais finalement regarde. Regarde ce qu'il s'est vraiment passé. Je n'ai été que l'ambassadeur de cette victoire. Un porte parole tout juste bon à diffuser quelques messages radio. Je n'ai rien fait de très glorieux. Je voulais juste te récupérer. J'ai seulement participé comme n'importe quel résistant.

- C : John Connor, tu es trop modeste. Si ta mère te voyait, elle serait fière de toi.

A l'évocation de sa mère, John se sentit émus.

- J : merci Cameron. Merci pour tout. Je me demande ce que je serais devenu sans toi.

John, dans son esprit d'adolescent, même s'il avait rapidement mûri de ces enjeux terribles qui avaient baigné sa vie, même s'il avait compris beaucoup de choses sur Cameron ces derniers temps, continuait à l'idéaliser.

Cameron n'était pas humaine et ne le serait jamais.

Elle y tendait, certes, et son apprentissage la rendrait toujours plus semblable aux humains, mais jamais sa puce ne lui permettrait d'en devenir l'égal. Pas inférieure non plus, loin s'en faut, simplement différente.

Ses émotions étaient véritables mais jamais elle ne réussirait vraiment à les comprendre, les analyser, ou simplement en avoir pleinement conscience. Et toute la magie de son existence résidait dans cette différence. Tout ce qui faisait d'elle un être exceptionnel était là, dans cette quasi-humanité. Tout son charme, toute sa personnalité provenaient de cette âme fabuleuse, née de l'impossible transformation d'une machine en un être vivant. Ben l'avait compris. John, lui, ne le comprendrait jamais.

Son "double" plus âgé avait-il percé à jour, ou même simplement perçu, même inconsciemment, cette subtile différence?

Le soir même, alors qu'il exposait à table le résumé de sa conversation avec Cameron à ses amis, il regretta déjà qu'elle ne soit pas physiquement avec eux. Il se sentait gêné de la savoir seule, en stand-by dans la salle informatique.

Et il regrettait d'avoir promis à Cameron de lui redonner son corps. Comment allait-il s'y prendre? Comment diable pouvait-il reproduire cette véritable prouesse de technologie et de biologie sans la moindre assistance électronique… sans même le savoir de base? Il le fit remarquer et regretta encore tout haut de ne pas avoir pris le temps de récupérer la technologie de la chaîne d'assemblage des T800. Au moins il aurait eu un point de départ.

- K : ben tu sais… John Henry, il peut lui. Et il a peut-être encore en mémoire les paramètres du scan d'Allison… ce qui évitera une étape un peu technique. J'ai toujours sa tête. On peut peut-être le réactiver et lui demander?

John leva la tête vers son père et ouvrit grand les yeux. Il manqua de s'étrangler avec la soupe que Derek, Allison et Jesse avaient préparée avec des légumes frais, enfin récoltés dans le calme et la sécurité, au grand air.

- J : tu as fait QUOI? Mais?… pourquoi tu ne m'as rien dit? Tu sais qu'il y a une copie de Skynet dans ce machin? JH m'a expressément demandé de ne jamais tenter de le réactiver, c'est beaucoup trop dangereux! Skynet peut très bien le dominer.

- K : oui, oui, je sais… tu me prends pour un ralenti du cerveau? On peut prendre nos précautions… Isoler les supercalculateurs et tout détruire quand on aura eu nos réponses. Comme ça on sera sûr qu'il n'est pas allé se foutre dans une mémoire planquée je ne sais où… et puis si c'est Skynet qui domine dès qu'on le connecte, ce sera toujours l'occasion de l'engueuler copieusement et de lui dire notre façon de penser, à cet enfoiré! Et il ne pourra rien faire d'autre que de nous écouter. Compte sur moi pour aller pisser sur sa puce, d'ailleurs.

Tout le monde se mit à rire, y compris John qui trouvait effectivement, à la réflexion, qu'il n'y avait aucun risque du moment que les calculateurs fonctionnaient en mode fermé, sans aucun lien avec le réseau extérieur, qui de toute façon devait être presque entièrement foutu. John Henry, en donnant son avertissement, avait sans doute voulu dire de ne pas tenter de le réactiver tant que Skynet était actif partout sur terre.

Et c'est ainsi que l'espoir de la recréation du corps de Cameron vit le jour. Il fallut des mois et des mois de travail. Pendant que les hommes refaisaient surface et recommençaient à goûter aux douceurs de la vie, oubliées depuis si longtemps déjà, et que les plus jeunes s'émerveillaient de découvrir le monde tel qu'ils ne l'avaient jamais connus, John, souvent secondé par Ben et ses amis, soutenu en permanence par Allison, admirable dans la compréhension qu'elle avait de son fiancé, travaillait d'arrache pied, toujours sous terre, toujours dans cette base presque désaffectée car synonyme d'angoisse et de protection en temps de guerre pour les anciens résistants.

Il s'était néanmoins permis quelques sorties et avait eu son heure de gloire, porté par la foule comme le héros de la résistance. Il s'était laissé faire mais dès qu'il avait eu l'occasion de s'exprimer en public, il avait rappelé à chacun que les deux héros étaient sa mère et Cameron. Il fit leur éloge et insista tellement sur le rôle primordial qu'avait joué Cameron qu'on le laissa tranquille à poursuivre ses chimères. Personne ne comprenait vraiment, sauf ses proches, ce qui motivait ce jeune garçon à reconstruire cet étrange Terminator. Qui l'aurait pu?

Mais ils avaient au moins compris qu'elle n'était pas le mal, qu'elle n'était pas Skynet, et qu'elle les avait aidé. Et que les quelques machines qui seraient retrouvées intactes ne devaient pas systématiquement être détruites. On devait si possible les immobiliser et tenter de les reprogrammer. Elles pouvaient se montrer très utiles pour reconstruire ce qu'elles avaient détruit sous les ordres de Skynet.

Le message passa doucement partout sur terre. Les quelques moyens de communications qui avaient soigneusement été protégés des impulsions électromagnétiques aidaient beaucoup les hommes à coordonner leurs dernières attaques, les dernières traques pour éradiquer définitivement Skynet. Les militaires de métier s'étaient progressivement organisés pour mener efficacement cette traque. Elle devait être complète, totale. Et cette dernière armée rencontra encore un peu de résistance, essentiellement dans les quelques bases souterraines que Skynet avait encore. Quelques machines avaient survécu et furent responsables des dernières pertes humaines de la guerre. Mais le moral était bon. La victoire finale certaine. C'était une question de temps… de patience. Les zones de front étaient confinées à des endroits bien précis et délimités. On assistait doucement à la distinction entre les militaires de métier et les autres qui redevenaient civils, protégés par les leurs. La vie reprenait ses droits. La civilisation renaissait.

La connexion de John Henry avait été un moment de craintes. Il avait d'abord fallu créer un second port pour sa puce sur un calculateur isolé. Derek avait initialement suggéré de simplement retirer celle de Cameron et d'y mettre celle de JH.

Mais John vit tout de suite le risque: Skynet pouvait très bien s'extraire de la puce pendant l'opération, et une fois Cameron reconnectée, infiltrer son système et le corrompre définitivement. C'aurait été la fin. Pas question de prendre un tel risque!

Non, il fallait un calculateur entièrement dédié, susceptible d'être détruit à tout moment et sans jamais le moindre rapport avec le puce de Cameron.

John Henry parvint encore une fois à piéger Skynet en faisant mine de luter avec lui. Il le laissa prendre le dessus et John fut obligé de retirer sa puce, dépité par la perspective de devoir tout faire lui-même. Il avait à peine pu poser ses questions à l'IA. Le travail lui prendrait toute une vie… et sans doute n'y suffirait-elle pas.

Mais après son retrait, il vit que John Henry avait laissé des instructions en de multiples fichiers sur le calculateur, exactement comme il l'avait déjà fait précédemment. Cette fois-ci, les détails techniques étaient beaucoup plus précis, tout était là, depuis l'endosquelette de Cameron jusqu'à sa peau.

Il y avait des centaines de Gigaoctets sur la manière de reconstruire l'électronique de la chaîne de montage. Inutile de reconstruire la mécanique qui n'avait pas été affectée par les EMPs.

A la fin de son message, JH renouvelait son souhait de ne plus être réactivé. Il n'arriverait jamais à se débarrasser de Skynet et demanda à ce que sa puce soit détruite. John loua son intelligence. Sa capacité d'improvisation, sa puissance de calcul étaient réellement phénoménales. Catherine Weaver avait eu raison de lui accorder sa confiance et de croire en lui. Si bien qu'ils pensèrent tous respecter leur mémoire en exécutant le dernier souhait de l'IA.

Fort de ces informations, le travail avait pu commencer. Il s'agissait dans un premier temps de récupérer le matériel informatique nécessaire. Or il n'y en avait plus beaucoup sur Terre. Ce fut précisément dans les bases souterraines de Skynet que l'armée conquérait petit à petit, qu'ils trouvèrent ce dont ils avaient besoin. Ainsi que de nombreuses pièces de l'endosquelette.

Mais il en manquait. Il fallut aller jusqu'à couler de nouvelles pièces de Coltan pour obtenir des éléments aux bonnes mensurations, c'est à dire des mensurations atypiques pour un Terminator.

Le travail allait bon train et chaque jour John se rendait, accompagné ou non, à l'endroit où était retenue Cameron. Elle n'avait finalement pas souhaité - par coquetterie? - être connectée à un triple 8. Et John n'y tenait finalement pas non plus. Elle préférait encore attendre isolée dans son calculateur, quitte à passer beaucoup de temps en veille, afin de ne pas broyer de noir, sur la suggestion du Dr Saint Clair.

John venait lui exposer ses avancées, elle semblait intéressée, et Ben était d'accord avec lui pour lui trouver un comportement moins déprimé, moins mélancolique.

Un soir, 18 mois plus tard, alors que John rejoignit Allison dans son lit, exténué par le travail dans le complexe de montage, sous la chaleur de l'été, il lui annonça:

- J : tout à l'air de fonctionner. L'endosquelette est opérationnel. Je viens encore de finir un test concluant. Ben qui se focalise sur l'enveloppe me dit que ça avance aussi très bien. C'est pour bientôt, Allison. Dans quelques jours, on aura enfin du temps pour nous deux, je te le promets.

Il se glissa dans le lit et l'entoura tendrement. Il lui déposa un doux baiser sur la joue, elle lui sourit et l'embrassa.

- J : j'ai vraiment de la chance de t'avoir, Allison. Tu es formidable. Tu patientes depuis si longtemps déjà.

Il passa sa main dans son dos pour constater qu'elle ne portait rien.

- A : tu comprends, la chaleur…

- J : je comprends, oui… et je comprends aussi que la chaleur ne va pas m'empêcher d'aller explorer un peu ce qui se cache sous ce drap!

Les deux jeunes gens s'enlacèrent tendrement. Leur étreinte était profonde, sincère, presque violente. Elle était belle, elle symbolisait la renaissance de la vie, la soif de vivre à tout prix et d'en profiter à chaque moment, de mordre à pleines dents chaque jour que le Seigneur leur offrait.

Pendant ces instants, ils ne pensaient plus qu'à eux, à leur amour, à l'envie de l'autre. Allison avait le souffle court mais restait silencieuse et ressentait avec une joie infinie toutes ces nouvelles sensations. Dans l'effort et la sueur de ces corps enlacés, des larmes de bonheur coulaient doucement de ses yeux clos. Elle qui avait tant souffert avait du mal à contenir tant de bonheur. Elle était heureuse et remerciait Cameron de lui avoir apporté John. Et c'est sans doute aussi pour cette raison qu'elle le soutenait tant dans son travail acharné pour la faire renaître.

- A : je t'aime, John Connor.

- J : je t'aime, Allison Young. C'est si bon d'imaginer le futur avec toi.

Il s'endormirent encore enlacés, dans la sérénité de cette nouvelle vie qui leur tendait les bras.