Je vous livre également le premier chapitre dans la foulée.


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CHAPITRE PREMIER

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Obscurité Silencieuse

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Septembre 96

Elles défilent, les têtes blondes. Ils sont si jeunes, si innocents. Ils remontent l'allée de la Grande Salle. Ils déambulent jusqu'à l'estrade imposante où attend le Choixpeau. Ils regardent le plafond magique avec ce regard d'enfant. Jeunes, trop jeunes. Ils ont encore trop à apprendre sur le moindre recoin de l'école. Ils ignorent qu'ils n'auront peut-être jamais l'occasion de tous les connaître les passages secrets, les tableaux ayant de nombreuses histoires à raconter.

Dehors, le tonnerre gronde, mais le ciel magique est dénué de nuages. Les premières années sont trempés de la tête aux pieds. Derrière eux, de longues traînées de boue et d'eau. Mais ils sont heureux. Ils découvrent un monde nouveau, inconnu, excitant. Mais ils ignorent tout de la gravité de la situation. Absolument tout. Que restera-t-il de leur innocence une fois que…

« - Hermione ? »

L'interpellée sursaute sous le coup de la surprise. Sa fourchette glisse de ses mains et elle tombe dans son assiette. Le son du choc est atténué par la clameur chaleureuse de la Grande Salle. Hermione se tourne vers Harry dont le visage est marqué par le deuil et le chagrin. Elle devine cependant dans son regard blessé qu'il tient bon malgré tout. Il lui lance un sourire factice. Elle fait de même avant de débarrasser son visage d'une épaisse mèche de cheveux chocolat.

« - Tu vas bien ? dit-il alors. »

« - Oui. Je vais bien, Harry. »

Menteuse, se dit-elle intérieurement. Mais elle se reprend. Après tout, c'est de bonne guerre. Harry ment, lui aussi. Tout le monde ment depuis que Sirius est mort. On ment pour cacher son mal-être, pour cacher ses failles. Parce qu'il y a tellement de choses à vivre. Parce que ne pas les vivre serait un affront. Alors on fait semblant de vivre, mais on s'en contente.

Elle scrute le visage de son ami de ses yeux ambrés. Elle décèle un non-dit, une chose qui le contrarie. Mais il se tait. Il hoche la tête et feint de s'intéresser au discours du directeur. Elle fait alors de même, remarquant au passage que Ron n'a pas touché à son repas. Elle fronce les sourcils, elle voudrait faire un commentaire. Mais elle ne dit rien. Elle se tait. Ils sont tous brisés, déchus. Ils savent que le pire reste à venir. Et pourtant, ils trouvent la force de faire semblant.

« - Chers élèves, anciens et nouveaux, Poudlard vous accueille, vous protège. Puissiez-vous trouver votre place. Je vous mentirais en vous disant que tout ira pour le mieux. dit-il calmement imposant un silence respectueux et lourd. De sombres heures nous attendent. Un jour viendra où les temps changeront et se noirciront. Ce jour arrivera bien assez tôt, ne gâchez pas le temps si précieux qu'il vous reste. Ne gâchez rien. »

A cet instant, Hermione se sent mal. La chaleur ? L'odeur de pluie mélangée à l'odeur de la boue fraîche ? La nourriture ? Son cœur se soulève. Non, ce sont les mots qui ravivent ses maux. Elle est malade de cette inquiétude. Elle se lève, fébrile puis retombe comme une feuille légère et fragile. Elle s'effondre au sol dans un bruit mat et sourd, attirant l'attention de ses amis qui tentent de lui faire reprendre conscience. Mais c'est trop tard. Le néant oppressant l'a déjà happée de l'intérieur, brouillant son esprit et compressant ses poumons.

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« - Hermione ? Ron, vas chercher madame Pomfresh, elle se réveille. »

Des bruits de pas précipités qui résonnent atrocement fort. Puis les mots qui tourbillonnent dans son crâne. La lumière l'agresse. Elle veut vomir, se penche sur le côté. Elle rend ses tripes sur le carrelage. Elle a l'impression de mourir sous les contractions violentes de son estomac. On la rabat sur son matelas. Malade. Malade de chagrin. Malade de vivre quand le monde se meurt.

« - Ca va passer, ne vous en faites pas, mademoiselle Granger. Reposez-vous. déclare l'infirmière. Monsieur Potter, Monsieur Dumbledore souhaite vous voir. dit-elle un peu plus bas. »

Un raclement de chaise insupportable éclate dans son crâne. Des paillettes blanches envahissent ses yeux. Puis de nouveau le néant. Ce fichu néant baigné de silence. C'est pire que l'agonie. Elle se sent prisonnière d'elle-même. Elle plonge à nouveau dans l'inconscience, dans l'obscurité.

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Lorsqu'elle se réveille à nouveau, la pièce est emplie d'une lueur orangée qui brûle ses yeux. Elle devine que c'est la fin de journée, et derrière la fenêtre en face d'elle, elle voit le soleil trouble décliner à l'horizon. Elle se redresse un peu, masse ses tempes et regarde autour d'elle après plusieurs clignements de paupière. Elle entend des murmures lointains. Ils proviennent du couloir menant à l'infirmerie. Elle tend l'oreille et l'espace d'un instant, cela la détourne de la douleur qui bat dans ses tempes et de la nausée encore présente. Soudain, des bruits de pas se rapprochent et elle s'enfonce dans son lit, se calant contre l'oreiller. La porte entrouverte de l'infirmerie grince, laissant passer Albus Dumbledore. Il est seul.

Elle sursaute presque, voulant se lever pour le saluer. Mais le tournis qui l'assaille subitement l'en empêche. Le directeur lui adresse un sourire. Ses traits ne laissent rien paraître de ses pensées, comme à leur habitude. Il n'a pas changé. Il semble figé dans le temps. Figé dans cet état de sagesse. Il est atemporel. Il traverse l'infirmerie alors que derrière lui traîne sa cape de sorcier faite de velours bleu clair.

« - Mademoiselle Granger, comment allez-vous ? dit-il, s'approchant de son lit. »

« - Professeur. dit-elle. Je suppose que ça va, bien que la migraine soit encore présente. »

« - La migraine ?dit-il songeur. Madame Pomfresh m'a confié que vous vous remettriez très vite, c'est une bonne chose. »

Il semble se perdre dans ses pensées et ses yeux bleus se voilent. Elle devine alors qu'il n'est pas ici seulement pour lui parler de son état de santé. Elle attend alors en silence qu'Albus reporte son attention sur elle et daigne lui confier ses pensées.

« - Lorsque vous serez en mesure de commencer vos cours, je pense que nous devrions discuter. Dit-il alors. »

« - Professeur ? interroge-t-elle, anxieuse. S'agit-il d'une chose que j'ai faite ? Pourtant, je n'ai pas le souvenir de m'être mal conduite. Je… »

« - Du calme, mademoiselle Granger. Il s'agit d'une affaire qui vous concerne dont je ne peux pas parler ici. Les murs ont des oreilles. dit-il en lançant un regard circulaire. Il s'agit d'une affaire sérieuse, mademoiselle Granger. Sur ce, je vous souhaite une bonne nuit et j'espère que vous serez de retour parmi nous le plus vite possible. »

« - Mais… »

« - Les réponses viendront. Mais pas ce soir. Vous avez besoin de repos. J'ai demandé à Madame Pomfresh de vous administrer un Philtre de Paix. Ceci devrait vous aider à trouver le sommeil rapidement. »

Il lui adresse un signe de tête. Il part. Si elle en avait la force, elle se lèverait. Elle réclamerait des réponses. Mais elle en est incapable. Elle se contente de le regarder partir en silence. Une boule se forme dans son estomac. Un boule d'angoisse qui emplit son ventre et remonte dans sa gorge. Le ton qu'avait employé Dumbledore ne présageait rien de bon. Elle a peur. Une peur grandissante. Elle voudrait être ailleurs. Là où tout est plus simple. Là où la mort, la guerre et les ténèbres n'ont pas leur place. Elle voudrait être une enfant, à nouveau.


Voilà, j'espère que cette mise en bouche vous a plu. N'hésitez pas à me faire part de vos avis. :)

Mel'.