Alors, pour commencer le titre de ce chapitre n'a rien à voir avec les films portant le même nom. x)

Vous comprendrez le pourquoi du comment après avoir lu le chapitre. ;)

Ensuite, encore merci pour vos reviews. C'est un peu le carré de chocolat de l'auteur.

Quand il y a une baisse de régime, ça remonte toujours le moral de lire vos avis. :)

Bonne lecture ! :)


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CHAPITRE SIXIEME

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Souviens-toi, l'été dernier

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Octobre 96

Harry est à son chevet, une fois de plus. Une fois de trop. La nuit embrasse déjà l'infirmerie de son obscurité froide. Il l'observe. Le visage paisible, ses cheveux aux reflets d'ambre éparpillés sur son oreiller. Elle est pâle. Il tient sa main dans la sienne. Ses longs doigts osseux sont glacés. Elle dort. Et lui, il reste ici. Elle est ici depuis trois jours, et pas une seule fois elle n'a ouvert les yeux. Alors il attend.

Il sait que quelque chose lui échappe. Il sait qu'elle porte un lourd fardeau sur ses épaules. Mais elle ne lui a rien dit. Il aurait voulu qu'elle lui fasse part de ses problèmes. Il aurait voulu l'aider. Mais elle a décidé de le mettre à l'écart. Au fond de lui, ça le blesse. Il voit les événements se dérouler sans pouvoir agir. Il serre un peu plus sa main. Il espère qu'elle va réagir, qu'elle va s'éveiller. Mais rien. Elle reste coincée dans ce sommeil qui la glace un peu plus chaque jour.

Il est épuisé. Tous les jours, il vient la voir et il reste ici. Parfois, Ron vient les rejoindre. Lui aussi, est profondément inquiet. Il reste un peu avant de s'en aller. Parce qu'il ne supporte pas de la voir ainsi. Cela lui ressemble tellement peu. Harry sait à quel point Ron est affecté. L'attitude d'Hermione, ces derniers temps, le blesse au plus profond de lui. Elle ne semble plus être elle-même.

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Elle se réveille en sursaut. Il fait nuit. Il y a cette odeur de plantes médicinales partout autour d'elle qui lui donnent la nausée. Son cœur bat à tout rompre. Un cauchemar. Un cauchemar dont elle ne se souvient pas. Elle touche machinalement son front qui est brûlant. Ou peut-être est-ce sa main qui est trop froide. Son estomac est douloureux, elle a l'impression qu'on lui assène de violents coups de pieds. Et puis sa tête la fait souffrir horriblement.

Elle remarque qu'on tient faiblement sa main gauche. Elle le voit, là, avachi et endormi dans le fauteuil peu confortable de l'infirmerie. Son souffle est lent, profond. C'est la première fois qu'elle le voit paisible depuis longtemps. Ses sourcils ne sont pas froncés et ses traits n'ont pas l'air inquiets. Il est juste calme. Mais les cernes sous ses yeux témoignent de sa fatigue. Elle voudrait le réveiller, lui dire que tout va bien. Mais elle n'ose pas. Il est trop paisible. Elle serre juste un peu la main du Survivant.

Elle devrait lui dire. Pour ses parents. Pour ses entretiens avec Dumbledore. Pour ce qu'il cherche à lui dire. Mais elle ne peut pas. Elle ne veut pas. Alors elle le regarde dormir. Elle se demande depuis combien de temps il attend là, à attendre qu'elle revienne à elle. Elle se demande depuis combien de temps elle est ici se souvenant juste de cette douleur atroce se propageant en elle. Cette douleur pire que tout ce qu'elle avait connu jusqu'à maintenant. Et puis cette colère tapie tout au fond d'elle. Une colère si forte qu'elle ne l'avait pas contrôlée. Une colère qui l'avait happée et entraînée hors de sa propre conscience. Elle est terrifiée. Terrifiée d'avoir agi ainsi. Terrifiée d'être capable de ressentir tant d'amertume. Terrifiée d'elle-même parce que quelque chose s'installe en elle. Et elle ne parvient pas à comprendre de quoi il s'agit.

Dans son fauteuil, Harry bouge, lentement. Machinalement il serre sa main. Et puis il ouvre ses yeux péniblement. Son visage redevient sombre peu à peu. Au fond d'elle, ça lui pince le cœur parce qu'elle se sent coupable. Il cligne des yeux et il réalise subitement qu'elle le regarde s'éveiller. Il se redresse, conservant sa main dans la sienne.

« - Tu es réveillée ? murmure-t-il. Pourquoi tu ne m'as pas… »

« - Calme-toi Harry. chuchote-t-elle doucement. Je vais bien. »

« - Bien ? reprend-il. Dumbledore n'a rien voulu dire, mais quand je suis venu te voir, tu n'avais pas l'air bien. Tu avais tout ce sang sur ta chemise. Que s'est-il passé ? »

Elle le connaît, ce besoin d'avoir des réponses. Elle reste silencieuse quelques instants. Elle va mentir, encore.

« - Mon nez s'est mis à saigner. Je me suis évanouie. Ne te moque pas de moi, mais j'ai horreur du sang. »

Elle rit un peu pour le convaincre. Elle sent qu'il presse ses doigts un peu plus fort. Elle sait qu'il ne la croit pas, pourtant, il rit un peu lui aussi. Lui aussi fait semblant. Elle le connaît par cœur et elle sait lorsqu'il ne fait que paraître. Ce rire-là n'était pas sincère. Aux yeux des autres il aurait pu sembler être naturel. Mais pas pour elle.

« - Je suis ici depuis combien de temps ? »

« - Trois jours. soupire-t-il. »

« - Tu es resté ici tout ce temps ? »

« - Je suis venu te voir aussi souvent que possible. Ron aussi est passé te voir plusieurs fois. »

Ron. La culpabilité d'Hermione ne fait que s'accroître. Lui aussi elle le fait souffrir, sûrement. Elle se rend compte qu'elle s'est éloignée de ceux qui comptent pour elle. Mais elle a l'impression qu'elle n'est plus celle qu'ils ont connue. Parce qu'elle-même ne sait plus qui elle est. Elle ne fait que ressasser cela depuis qu'elle sait qu'elle n'est pas celle qu'elle croyait être.

« - Je… Je sais que quelque chose se trame. Je ne sais pas de quoi il s'agit. lâche-t-il. Mais je sais que tu ne me dis pas tout. »

« - Je sais que tu sais, Harry. Tu me connais mieux que personne d'autre. C'est évident que tu sais. dit-elle. Mais cette fois, personne ne peut m'aider. »

« - Si, je… et puis Ron. Et Ginny aussi. On pourrait… »

« - Non. Personne. Je vais faire face toute seule. Et dès que je serais prête, tu sauras tout. »

Le regard qu'il lui lance la blesse. Chagrin. Inquiétude. Déception. Sa gorge se serre. Bien sûr qu'il est déçu. Eux qui avaient pour habitude de ne rien se cacher. Eux qui faisaient face ensemble quoi qu'il arrive. Aujourd'hui elle le met à l'écart. Elle voudrait lui demander pardon, mais les mots lui manquent. Alors elle préfère garder le silence et éviter de s'infliger un peu plus cette peine qui l'étrangle. C'est mieux ainsi. Elle se contente de mêler ses doigts aux siens. C'est sa façon de lui demander de la pardonner.

« - Viens. dit-elle simplement. C'est trop tard pour retourner aux dortoirs. articule-t-elle. »

Elle se pousse un peu dans le petit lit de l'infirmerie. Il hésite puis il vient s'installer à ses côtés. Ils sont serrés, mais cela n'a pas d'importance. Il l'enlace et elle se sent un peu mieux. Et elle s'endort, doucement, nichée contre lui, la douleur qui oppresse encore son estomac.

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Lorsqu'elle se réveille à nouveau, elle est seule. Elle est recroquevillée sur le bord du lit. Elle n'ose pas bouger de peur de ranimer sa douleur. Elle se contente de jeter un coup d'œil circulaire. Elle voit madame Pomfresh qui semble être à la recherche de quelque chose dans l'une des armoires à potions près de la porte. Elle se sent nauséeuse mais la douleur qui emplissait sa tête s'est apaisée. Elle tente de se redresser. Lentement, elle se met en position assise. Machinalement, ses yeux se portent sur le fauteuil vide près de son lit. Une sensation d vide s'empare d'elle. Un petit cri de stupeur lui parvient. Elle se retourne vers l'infirmière qui s'avance vers elle.

« - Vous êtes réveillée ! Si je peux me permettre, vous nous avez fait une belle frayeur, mademoiselle Granger. Trois jours… J'ai essayé par tous les moyens de vous faire reprendre conscience. Comment vous sentez-vous ? »

« - Un peu nauséeuse. »

L'infirmière hoche la tête pensivement avant de se diriger à nouveau vers l'armoire à potion. Hermione la suit du regard. Puis elle revient, un flacon emplit d'un liquide bleu clair à la main. L'infirmière jauge la fiole du regard avant de s'emparer du verre qui trône sur la table de chevet à côté du lit. Elle verse quelques gouttes de la potion avant d'ajouter de l'eau.

« - Albus m'a demandé de vous donner de cet élixir lorsque vous seriez éveillée. dit-elle en lui tendant le verre. »

« - Qu'est-ce que c'est ? demande-t-elle alors, une pointe de méfiance dans la voix. »

Madame Pomfresh fronce les sourcils, soucieuse et pensive. Le regard vague et fuyant elle cherche ses mots. Hermione n'aime pas cela. Elle préfère ne pas prendre le verre. D'ordinaire, elle n'aurait pas montré la moindre méfiance. Mais aujourd'hui, quelque chose lui intime de faire attention. Elles restent silencieuses quelques instants, puis l'infirmière plante son regard dans le sien.

« - C'est un élixir apaisant. Pour… disons, maîtriser vos émotions. Oh, rassurez-vous, personne d'autre n'est au courant pour votre attitude. »

« - Mes émotions ? »

Elle se sent blessée et profondément humiliée. Ces sensations font s'évaporer la méfiance. Elle se sent profondément honteuse d'avoir agit de la sorte envers Albus Dumbledore. Elle s'empare du verre en silence et baisse ses yeux. Sans un mot, elle vide le contenu de son verre. L'infirmière l'observe, confuse. Hermione lui tend le verre et elle le repose sur la table de chevet.

« - Je dois également vous informer que vous devrez prendre cette potion tous les jours. Il suffit de quatre gouttes diluées dans un verre d'eau pour agir. Albus vous attend également dans son bureau le plus rapidement possible. »

« - Vous ne direz rien ? demande subitement Hermione. »

« - Bien sûr que non. C'est une affaire d'ordre privée et je ne connais pas les détails. Ne vous en faites pas. répond-elle en lui tapotant la main en souriant faiblement. Cette potion devrait vous aider à mieux appréhender la situation. Je dois vous laisser maintenant. Ne vous faites aucun soucis pour votre entretient avec Albus, il sait à quel point vous êtes surmenée. »

Sur ces mots, elle quitte l'infirmerie, laissant Hermione à nouveau seule.

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« - Harry, tu es là ! Enfin. »

Il arrive dans la salle commune. Ron se lève du canapé et se dirige vers lui. Il est contrarié. Lui aussi peine à trouver le sommeil. Il est pâle, ses yeux sont creusés. Lui qui avait toujours semblé si fort. Depuis la rentrée, Harry l'avait vu changer. Il était probablement le plus touché d'entre eux concernant Hermione. Mais il tentait de le cacher en vain. Son corps parlait pour lui.

Harry hoche la tête. Il est épuisé. Il a passé la nuit à veiller Hermione de peur que quelque chose ne lui arrive encore une fois. Et puis il était parti avant que le jour ne se lève, craignant qu'on ne le découvre à ses côtés. Il aurait voulu être là à son réveil. Il aurait voulu qu'elle lui apporte des réponses. Il aurait voulu avoir le fin mot de l'histoire.

Ron l'observe, silencieux. Lui aussi se pose beaucoup de questions. Il ne comprend pas pourquoi Hermione n'est plus avec eux. Il ne comprend pas pourquoi elle s'est encore retrouvée à l'infirmerie. Il y a tellement de choses qui leur échappent. Eux qui étaient si proches. Eux qui se confiaient absolument tout. Eux qui partageaient tout. Que reste-t-il de tout cela ? Ron le regarde avec intensité. Il voudrait lui demander comment elle va. Mais il n'ose pas. Alors il détourne les yeux.

« - Elle s'est réveillée. dit-il alors que Ron semble s'animer brusquement. »

« - Comment… Comment va-t-elle ? Que lui est-il arrivé ? »

« - Elle va bien mais elle se souvient à peine de ce qui s'est produit. »

« - Mais elle était couverte de sang ! »

« - Je sais, Ron. »

Harry ne sait pas quoi lui dire. Il ne peut pas se permettre de lui confier ses craintes. Il ne peut pas lui dire qu'Hermione leur cache quelque chose de véritablement pesant. Il ne veut pas l'accabler encore plus. Alors il préfère passer sous silence ses pensées. Ron semble bien trop heureux qu'elle soit sortie de ce coma étrange. Harry lui lance un sourire qu'il veut convainquant.

« - Tu as passé la nuit là-bas ? Tu n'es pas venu te coucher hier. »

« - Oui. Je me suis assoupi. murmure-t-il. Je lui ai dit que tu étais passé la voir, toi aussi. »

« - J'aurai voulu… »

Ron ne termine pas sa phrase. Mais Harry devine ses pensées. J'aurai voulu être là, j'aurai voulu être à ta place. Ron passe une main sur sa nuque, visiblement gêné avant de trouver un prétexte pour s'éclipser. Harry le regarde partir sans ajouter un mot. Il sait que Ron est profondément attaché à Hermione. Il le sait depuis toujours. Mais c'est comme s'il se refusait d'admettre ce qui était évident. Ou alors peut-être ne comprenait-il pas lui-même ce qu'il ressentait pour elle. Harry réalise alors que même Ron est devenu distant. Ou alors cela venait-il de lui ? Il réalise que quelque chose a changé et que rien ne serait plus comme avant. Il a ce sentiment en lui qu'ils viennent de franchir une étape décisive. Mais il ne saurait dire laquelle.

Hermione avait était là pour lui lors du décès de Sirius. Et même si Ron avait été un peu plus distant, il ne lui en voulait pas. Ron était Ron. Il était maladroit avec le chagrin des autres. Et c'était compréhensible. Il n'avait jamais était confronté à la mort. Harry ne pouvait simplement pas lui en vouloir. Mais il sait que Ron s'en veut. Peut-être qu'elle est là, la raison pour laquelle rien n'était plus pareil.

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« - Je suis profondément confuse. Je ne sais pas pourquoi j'ai agi de cette façon. Ça ne me ressemble pas. »

Elle baisse la tête. Elle voudrait disparaître.

« - Ne vous excusez pas. Votre réaction était parfaitement naturelle. Je me suis juste trompé sur l'intensité de vos émotions. »

Naturelle ? Elle relève la tête. Elle croit avoir rêvé. Il n'y avait rien de naturel dans son attitude. Elle avait été submergée par cette vague de rage. Cette rage, cette colère. Jamais elle ne s'était laissée dépasser de cette manière par ses propres sentiments. Elle était quelqu'un de censé et de rationnel. Alors non, son attitude n'avait pas été naturelle. Mais en scrutant le regard de son professeur, elle comprend qu'elle ignore encore quelque chose. Combien de secrets lui cache-t-on encore ?

« - Que voulez-vous dire ? demande-t-elle. »

« - J'aurai souhaité que vous appreniez cela dans d'autres conditions, mademoiselle Granger. Mais je ne peux pas me permettre d'attendre encore. dit-il lentement. Le fait est que la trace qui vous protégeait a disparue. Et une chose s'est réveillée en vous. Une chose bien plus puissante que je ne le pensais. Votre appartenance à la lignée de Morgane est la raison de vos changements d'humeur. Vos émotions sont décuplées, la colère en particulier. »

« - Quelle chose ? Quelle chose ? dit-elle, presque paniquée. »

« - Son sang. Le sang de Morgane qui coule en vous. lâche-t-il. Vous êtes sa dernière descendante. Elle était puissante, mademoiselle Granger. Si puissante qu'une part d'elle a survécu à travers les âges. Et aujourd'hui, cette part d'elle vit en vous. »

Elle refuse de croire cela. Comment cela pourrait-il être possible ? Elle ne veut pas y croire. Elle ne peut pas.

« - C'est impossible ! »

« - Vraiment ? Croyez-vous vraiment que cela soit invraisemblable ? Vos émotions, vous ne les contrôlez plus. Ses pouvoirs vous ont été transmis. Il ne s'agit que d'une petite partie. Mais au vue de sa force, votre puissance pourrait atteindre des sommets… Et lorsque la trace s'est dissipée, le jour de votre dix-septième anniversaire, elle s'est réveillée. Je peux vous aider à canaliser tout cela. Je peux vous aider à vivre avec ces facultés. »

« - A vivre avec ? »

Elle n'en croit pas ses oreilles. Une part de ténèbres, de malfaisance coule dans ses veines. Et il voudrait lui apprendre à vivre avec ? A nouveau, elle se sent humiliée. Son identité lui échappe de plus en plus. Et elle découvre qu'on lui a caché toutes ces choses. On lui a caché qui elle était réellement. Et ça, elle ne pourra jamais s'en relever.

« - Les prochains mois vont être décisifs. Vous avez la force, Hermione. Vous êtes capable de surpasser tout cela. Ne vous laissez pas sombrer. N'oubliez pas que la lumière peut percer les ténèbres. Quels qu'ils soient. »

Elle sait que quelque chose lui échappe toujours. Elle sait qu'elle ignore encore un bon nombre de choses la concernant. Comment avait-elle pu vivre une existence paisible sans jamais se rendre compte de ce qu'elle était réellement ? Comment avait-elle fait pour ne pas voir qu'on n'avait fait que lui mentir ? Elle voudrait se réveiller et sortir de ce cauchemar. Elle voudrait que tout cela cesse. Elle voudrait être elle-même. Elle ne veut pas de tout cela. Elle ne veut pas de cette colère au fond d'elle, tapie dans l'ombre de son âme.

« - Vous êtes sans doute très fatiguée, mademoiselle Granger. Il est tard. Nous devrions reprendre cette discussion un autre jour. »

« - Très bien. se contente-t-elle de dire en se levant. »

« - Disons jeudi prochain vers dix-huit heures. N'oubliez pas que je reste à votre disposition. Je sais que tout cela vous bouleverse. Mais j'ai foi en vous. »

« - Je suis un monstre. »

Elle se détourne de lui et quitte la pièce sans rien ajouter. Un monstre. Elle voudrait le crier à la face du monde pour qu'il voit ce qu'elle est réellement. Qui sait de quoi elle est capable ? Elle ignore tout de celle qu'elle est vraiment. Elle traverse les couloirs et se retrouve bientôt dans la salle commune de Gryffondor. Elle est presque vide. Seul le feu crépitant dans l'âtre de la cheminée l'accueille à son arrivée. La pièce est plongée dans la pénombre. Elle se dirige vers le canapé et s'y installe. Elle fixe le feu, le regard vide et hagard. Tout cela n'a aucun sens. Elle est fatiguée. Épuisée.

« - Tu es là. »

Elle sursaute et se retourne. Il est là, dans l'obscurité, en bas des escaliers. Ses yeux l'observent et il semble mal à l'aise. Sans un bruit, Ron s'approche et vient s'asseoir à ses côtés. Elle reporte son attention sur les flammes qui consument les bûches dans l'âtre. Puis elle tourne à nouveau ses yeux vers lui. Le silence pèse sur leurs épaules. Lui aussi est épuisé. Elle le voit dans ses yeux bleus délavés. Elle le voit dans ses épaules voûtées et dans ses gestes mécaniques.

« - J'ai entendu du bruit. Et comme je ne t'ai pas vue dans la salle commune, ce soir, je savais que c'était toi. Comment vas-tu ? »

« - Je vais bien, Ron. répond-elle dans un soupir. Merci d'être passé me voir alors que… les mots se perdent dans sa gorge. »

« - Tu sais, je ne suis pas aveugle. Je ne suis pas le plus intelligent, ni le plus brillant. Mais là je sais, je le vois bien, quelque chose ne tourne pas rond. Tu pourrais peut-être… »

« - En parler ? le coupe-t-elle. Il n'y a rien à dire. »

« - Il faut que tu saches que je suis là. »

Il pose maladroitement sa main sur la sienne. Sa main est froide et dure. Ça la fait frissonner et elle se soustrait à ce contact qui la glace. Lui, il se contente de poser sa main sur ses genoux, un peu blessé. Plus il la regard, plus il se dit qu'elle a changé. Il ne saurait dire comment ni pourquoi. Mais elle est presque devenue l'ombre d'elle-même. Il voudrait simplement l'aider.

« - Je suis fatiguée, Ron. Je monte me coucher. dit-elle alors qu'elle se lève et qu'elle se dirige vers les escaliers. Merci. »

Il perçoit ce faible murmure. Et puis elle monte les marches et ferme la porte de son dortoir. Il est inquiet. Pour elle. Pour Harry. Pour eux. Une chose s'est installée entre eux. Une chose froide et venimeuse. Et il ne sait plus comment les aider. Il n'avait pas su être là pour Harry. Et désormais, il voyait Hermione lui filer entre les doigts. La situation lui échappait totalement. Et pour cela, il s'en voulait. Pourtant il se souvient. Il se souvient à quel point ils étaient proches, lui et elle.

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Août 95

Elle est assise sur une souche d'arbre. Ses cheveux châtains dans le vent, elle observe les alentours de ses prunelles chocolat. Des effluves de résine de pins et d'humidité naturelle lui parviennent. Elle se sent sereine dans cette forêt, coupée du monde. Elle plisse les yeux lorsqu'un rayon de soleil traverse le feuillage des bouleaux et des sapins environnants. Une brise caresse son être, et un frisson la parcoure. Elle serre son gilet gris contre elle, croisant ses bras contre sa poitrine. Elle ferme les yeux quelques instants, profitant de cet instant de plénitude.

Il n'ose pas s'approcher. Alors il la contemple, un peu en retrait. Il s'avance un peu mais elle perçoit sa présence et se retourne vers lui en sursautant. Ses cheveux s'éparpillent alors que le vent les fait danser. Et des reflets dorés se perdent dans ses boucles. Elle lui lance un sourire timide. Depuis le bal, il ne sait plus comment l'aborder et elle, elle semble s'en vouloir. Il finit par la rejoindre. Il pose sa main sur son épaule avant de la retirer brusquement. Il rougit.

« - Hermione, tout le monde te cherche. dit-il subitement. Mais je savais que je te trouverais ici. Je le savais parce que j'ai le sentiment que ce lieu t'apaise. »

Elle lâche un rire sincère. Un rire tendre et cristallin. Elle lève ses yeux sur lui. Il est grand, ses larges épaules et sa carrure avaient été forgées par des entraînements de Quidditch quotidiens. Il porte son regard bleu profond au loin, fixant un point imaginaire, un sourire léger aux lèvres. Un rayon de soleil vient alors embrasser son visage, faisant flamboyer ses cheveux roux. Elle est frappée par sa beauté. Oui, il est beau ainsi, nimbé de soleil, une main glissée dans sa poche avec nonchalance et cet air timide peint sur le visage. Il est beau.

Il tourne ses yeux vers le paysage qui s'étale devant eux. Elle ne sait pas combien de temps ils restèrent ainsi. Elle ne sut déterminer le temps qu'ils ont passé à regarder le lointain en silence. Elle sait juste qu'ils se sentent bien.


Ca n'en fini plus pour cette pauvre Hermione qui ne sait plus qui elle est. Eh oui, il semblerait que le sang de Morgane soit responsable de tout ce joyeux bazar. Des tensions naissent entre les membres du trio. Harry fait du mieux qu'il peut et Ron est un peu largué, si je puis dire. x) D'ailleurs, il se fait envoyer sur les roses. Et ça ne va pas aller en s'arrangeant. Mais tant qu'Hermione est sous "calmant", tout devrait bien aller... Normalement...

Et puis, je suis fidèle à moi-même avec des petits flashbacks. J'aime bien vous faire voyager dans le temps. Et puis ça me permet aussi de vous faire sortir de cette ambiance pleine de colère et pesante.

Enfin bref, même s'il ne se passe pas grand chose dans ce chapitre, il est essentiel car il montre l'évolution des relations qu'entretiennent les personnages.

A la prochaine. :)

Bisous,

Mel'.