Chapitre 5 :

Après le départ de Sélèna, Aiolos remonta la pente. Il était certes troublé par le départ précipité de Sélèna mais mit ça sur le compte de la surprise et de l'émotion. Et durant toute la soirée il se montra le plus joyeux des compagnons. Au point même qu'il inquiéta Aiolia qui s'en ouvrit à son frère en fin de journée.

- Grand frère ?

- Hum …

- Tout va bien ?

- Le mieux du monde frérot !

Aiolia n'était pas convaincu ! Il sentait qu'on lui cachait quelque chose. Il insista. Dans un soupir et avec un grand sourire, Aiolos avoua :

- Et si je te dis que je suis amoureux ?

Alors là Aiolia était soufflé. Son frère, qui avait passé sa vie au service des autres, était mort pour sa déesse, avait pu rencontrer une fille et était tombé amoureux. Tant mieux mais en même temps c'était inquiétant. Qui avait bien pu capturer le cœur du héros aux ailes dorés ? Et comment l'avait-il rencontré ? Et pourquoi ne la lui présentait-il pas ?

Aiolos et Sélèna passèrent plusieurs après-midi l'un avec l'autre. Ils étaient certes gênés au début à cause de leur baiser. Pourtant ils se parlèrent longuement, au début comme des amis, puis plus sérieusement. Ils parlaient de tout et de rien, profitant juste d'être ensemble. Aiolos repoussait à chaque instant le moment où il devrait lui dire qu'il était un chevalier et pouvait ne jamais revenir. Il se sentait tellement bien avec elle. Il avait réussi à la faire rire et ne s'en lassait pas. Ses yeux devenaient plus éclatants quand elle riait de bon cœur. Elle commençait à se laisser aller. Bien que les insultes restaient ses paroles préférées.

Leurs rendez-vous duraient de plus en plus longtemps à chaque fois. Ils finirent par pouvoir observer un coucher de soleil, blottis dans les bras l'un de l'autre, heureux comme jamais. Aiolos sentait bien que Sélèna cachait quelque chose elle aussi. Elle restait toujours évasive quand il la questionnait sur son enfance, sa famille. Il savait juste qu'elle avait un grand frère. Mais il ne voulait en savoir plus de toute façon. Il avait l'impression que tout se briserait s'il en apprenait plus. Etre avec elle lui suffisait amplement.

Les jours défilèrent ainsi. Aiolos se sentait le plus heureux des hommes sur Terre. Son cœur allait exploser d'amour. Un amour qui lui était rendu au centuple par Sélèna, ses paroles, ses caresses. Il pouvait l'observer pendant des heures entières. Il lui semblait qu'elle était devenue plus importante que sa vie entière. Il mourrait plutôt que de la perdre.

Mais toute chose à une fin. Aiolia et d'autres chevaliers avaient bien remarqué les absences prolongées de leur camarade. Et ils s'en inquiétaient. Ce n'était pas le genre du Sagittaire. Ils en parlaient régulièrement, se demandant comment agir. Ils voulaient le suivre mais cela aurait été un manque évident de confiance. Un soir, Aiolia prit les devants :

- Moi je veux savoir ! Demain j'irais avec lui.

Les autres chevaliers ne purent que acquiescer même s'ils n'étaient pas convaincus. Cependant il s'agissait de leur ami !

Le lendemain donc Aiolos partit comme d'habitude dans la vallée. Il était trop obnubilé par Sélèna pour se rendre compte que son frère en armure le suivait de loin. Aiolia vit parfaitement les deux amants se retrouver et s'embrasser, du haut de sa falaise. Ainsi son frère avait bien rencontré quelqu'un. C'est vrai qu'elle n'était pas moche. Mais pourquoi la cacher alors ? Il les suivit quelques temps encore. Cette fille paraissait bizarre. Il les vit s'asseoir contre la falaise, la femme assise entre les jambes de son frère qui la tenait serrée contre lui. Ils riaient tous les deux et semblaient heureux. Il voulait en avoir le cœur net. S'il s'était trompé il s'excuserait plus tard à son frère.

Il descendit lentement et s'approcha, comme si c'était tout à fait normal qu'il soit là, en plein milieu de nul part.

- Bonjour Aiolos. Je ne savais pas que tu étais là. Et accompagné en plus.

Le couple eut la même réaction de sauter sur leurs jambes. Sélèna se plaça instinctivement devant Aiolos :

- Un chevalier ! Sauves-toi mon amour ils sont dangereux !

- Mais non ! Aiolia … !

Aiolos voulait surtout engueuler le lion pour être venu mais il fut tellement surpris par ce qu'il se passait devant ses yeux qu'il n'arriva plus à articuler le moindre son. Une armure noire comme les ténèbres avait entièrement recouvert le corps de Sélèna, toujours devant lui. Elle aussi était un chevalier ! Il voulait lui poser mille questions mais elle semblait aussi surprise que lui. Elle se retourna vers lui et baissa précipitamment les yeux. Elle s'enfuit encore ! Cette fois de plus Aiolos ne bougea pas. Il ne pouvait plus.

- Tu étais avec une spectre d'Hadès ! criait le jeune lion.

- Ne dis pas de conneries Aiolia ! C'était juste une armure, rien ne dit qu'elle soit au service d'Hadès.

- En armure noire ? Tu veux que ça soit qui d'autre à part un surplis ?

- Je n'en sais rien ! Et pourquoi es-tu là d'abord ?

- Parce ce que je m'inquiétais figures-toi !

- Et c'est une raison pour me suivre ?

- Tu m'en aurais parlé, j'aurais pas été obligé de te suivre !

Le ton montait de plus en plus entre les deux frères alors qu'ils rentraient ensemble au Sanctuaire. Ils passaient de maisons en maisons mais aucun autre chevalier ne voulait se mêler de cette querelle fraternelle et les laissaient passer sans les inquiéter. Aiolos était tellement surpris qu'il ne pouvait que déverser sa colère contre son frère. Même si ce que le préoccupait était cette armure.

Une fois seul dans sa chambre, Aiolia laissé dans sa propre maison avec Marine qui tentait en vain de le calmer, Aiolos put réfléchir à ce qui c'était passé aujourd'hui. Etait-elle vraiment une spectre ? Ce n'était pas possible. Pas sa Sélèna ! C'est vrai qu'elle faisait un peu sauvage mais elle était tendre et attentionnée. Et si c'était la vérité ? Il ne pourrait plus se battre contre les armées d'Hadès. Comment blesser la femme qu'il aimait. Oh oui il l'aimait, il en était sur ! Aiolos se sentait comme au dessus d'un gouffre, tiraillé entre devoir et passion. Il ne savait plus qui croire, que faire. Si seulement il avait pu être un homme normal, libre d'aimer qui il voulait. Et il voulait aimer Sélèna et seulement elle.

Aiolos passa la nuit à réfléchir sans parvenir à trouver une solution. Et dans les jours suivants il ne put sortir de sa maison. Il pleura comme jamais il ne s'en serait cru capable, son armure posée loin de lui. Il refusa de parler à quiconque et encore moins à Aiolia qu'il rendait responsable de la perte de son bonheur.